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^CuUsA— JJ Ü J j
-b‘. W 'S A ^'°
314227
CHRONIQVE
SCANDALEVSB
OV HISTOIRE
DES ESTRANGE FAICTS
m arriuez foubs le Régné de
ɧM)l o v y s x i. .
ROY DE FRANCE.
Depuis Fan 14.60 iufques à 14-&3.
Efcrite par vn Greffier de l’Hoftel de ville
IMPRIMEE
Sur le vray Original, M. DÇ. XX,
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Y /
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AV LECTEYR.
My Lectevr, Ietedonnecc-
ftc Chronicquc en (à pureté, tant
pour le langage que pour l’Hiftoi-
re: le lay Conféré fur diuers Ma-
nufcrits dignes de foyjceque tu recognoiftras
aifement par la leéture d’icelle. Hllena bc-
foin de recommandation, les faiéts qu elle trai¬
te luy donnent fon paflfeport,tu y trouueras
aflez dequoy contenter ton cfprit, & remer¬
cier celuy qui a mis la peine de te la donner,
non à moitié comme duHaillan, & quelques
autres ont fai (St, mais enticre & fans alteration;
Portant fur le front la vérité. A Dieu.
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TABLE DES MATIERES
CONTENVES EN CETTE
Chronique.
Bas merueil
leux d'vne
ieune fille de
i8. ans en la
*ville du Mans , foy difan t
eflre pojfedee du malin ef-
prit. 9. fa tromperie defcoit-
uerte. ibid.
Bourbonnais. 16+
^Alliance du Roy auec
le Roy dzAngle terre. 160
Alliance iuree entre le
Roy le Roy de Qijhlle.
z 98'. lit ioye qui en fut
faite. ibid.
cAdiancede l'Empereur
, cAccord de. Charlesftere et* du Roy. - 2.18
du Roy auec le Duc de Bre- Alliance du Roy auec le
tagne . 13$ Roy d'Efpàgne. /y»
Accouchement de la Roy - cAmbaffadeurs êt> Egti-
ne, d’vn beau fils nommé fesauoient tous les prefens
Charles acAmboife. 157 du Roy, 538
cAduertijfement au Roy cA miensréduit a ï obeif
très-important y dene cou- fancedu Roy. 16$
cherau bois de Uinciennes: Amitiégrade du R o'ten-
iltaccorde. . 84. uersfes gens de guerre. 207
Agnex. de Bourgongn ? ^Angers fjy autres ter-
Duçheffe de Bourbonnois res appartenant au Roy de
et» Auuergne y meurt au (ecille y mifes fous la main
chafieau de Moulins en du Roy. 109
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Table des Matières.
Anthoine bafiard de
Bourgongne vient à Paris
en habit mefeonu , les
fondons quilylaijfa par
vne telle arrivée. 7
e Anthoine de (habânes
Çompte de Dampmartin,
prijonnier en la Bafiille, ef-
ehapé. zz
Anthoine Fradin Q>rdé¬
lier, efi bannya perpétuité
de France. 295
c Anthoine de fhafleau-
en armes deuant la maifon
de ville. . yj
Arriuee du Roy aeAn-*
gers (y pont de See ,
pourquoy. 23
Arriuee de Damoifelle
%Aiarguerite d'cAutriche à
Taris,&fon honorable ré¬
ception. 3^9-3 3°
c Armee redoutable du
Roy contre les Bourgui¬
gnons. z il
Armee duDuc deBourgo -
neuf. Seigneur de Latigfad gne desfaite par les Suijfes.
mignon du Roy Louy s XI. zyo. zyi
ni. 4 receu dudit Roy en oArmee la plus belle qui
dons plus de quatre ces mil- futoncqueshjeüe. 29
le e feus d'or. ibid. cArmignat mis entre les
cAnthoine Seigneur du mains du Roy fans ejfufion
Lauefchappedesprifonsde defang. lyi
Lujfon en Auuergne. 133. cArfon, lieu de retraite
celuy qui legardoit,decapi- près de Roye, d'vn grand
té. ibid. nombre de voleurs Bour-
Appanage de Charles, guignons. 113
frere du Roy. 128 Arras refufe de fe ren-
Appointemens fait entre dre au Roy. 27a. eft
les gens delà chambre des finalement pris. 27/
cAydes, & t'Untuerfité de eArragon cemetiere des-
Parts. 6 François. 208
cArchers et» Arb ale fier s ^Article d'importance
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é y T a ble des Matières
freJenteaCihirles. yi mémorable faite par les
Artillerieportant boulet Suffis deuant Moratjur
de 5 ùo. liures pefiant. 300.. le Duc de Bourrante fan
maux quelle fit. ibid. *16.276.2:7
Artillerie de Tours tou- Beaujeufrere duDuc de
te yfutamenee au cbafteau Bourbon eft mu par trahi .
du Louure a Taris. 161 fin es mains du Comte
Afre enuoyé en prefent d’Armignac. j$ 9
parteRoyauRoyd’cAn- Beaulieu pris par les
gle terre. llt
ôAJfemblee des ' trois
Bfiats en la'ville de Tours.
B
Bourguignons y fur le Roy.
28
Beaulne rendu au Roy
par compofttion. zy 9
Bellefifj très honora¬
ble réception de la Roy ne
au terrain de Paris. 112.
B Aron en Angleterre Belles ordonnances fai-
eut la tefie trenchee tes par le Roy le lendemain
parle (omte deZ/uaruuich. de fin fiacre. j§
*39 Biens du Comte d’Sn
Barons, Çheualiers fiEfi- donner au (onefiabfe , g/
cuyers gens de guerre, non à fin fier e le Comte de
d enuiron neuf à dix mille Neuers. 170*
tombât ans morts en la def- Biens de T terre Morin
faille du Duc d Y~orth. Threfirier du Ducde Ber-
10 ^ ty, pris par inuentaire,
Barons efiarteleXfi Lon - mis en la main du Roy .
dres, contrelafoypromife. 22
* Biens du Duc de Bour -
Bataille & desconfiture gongnemis (y arrefieTy f
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Table des Matières,
mains du (omte de ‘Uuar- Bourguignons entrent
uuich, 161 partrakifonaupaysdeNi -
Bled fort cher vniuerfel- uernois , 198
lement par la France. 319 Bourguignons défaits
Bleds , 'vins y et toutes par le 'Roy dansTronquoy.
fortes de biens , fansfortir 210. le lieu abbatu.
croifent en abondance au ibid.
Royaume de France. 2 Bourguignons défaits
Bled vendu à Paris. & tu e Z deuant Beauuau.
1460. lefeptier vingtqua- J/S
trefols Tarifs. 3 Bourguignons quittant
Bourgeois de Taris Je de- honteufement le fiege de
fendent vaillamment con- Beauuais y mettent lefeupar
tre les rufef afauts des tous les bleds etc» villages.
Bourguignons. 33 184.
Bourguignons font mon- Bourguignons chafe%
tre entre Charenton gy d Eu , fortent vn bajlon a
Paris. Le Roy auec trois la main , payent dix mille
Seigneurs y fans efre co - efcus,etc. 187
gneu les void. 81 Bonne et, agréable ref
Bourguignons mettent & ponce donnée par Ànthoi-
afeent vnpont pourpafer ne Baflard de Bourgongne
au port aï Anglais,. s 9 auxcsfmbajjadeurs. 7
Bourguignons reuien - Bon defir et* intention,
nent brauer deuant Taris, de l os4utheur duprefènt li-
Bourguignons logéfa ure en la recerche des fin-
ishfonlebery auec leur ar- gularttefdes vies desRgys
tillerie, font défaits par le deFrance. .
J{oy , ayant fort peu de Bretons etBourguign'os
gens. 56 eftasfort niiferabUsetaf-
famez
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Table des Matières.
famefyfont benignemët Je- à l'Efiore pour trahifon ,
courus deviurespar les ha- enterré auec beau Jeruice.
hit an s de Taris au comma-
dementduKoi. 7 6 Calahriens & Bourgui-
Bretons & Bourgui- gnons tous nuds ennomhre
gnons efcarmouchent Pa- de z+. 'Vendus au butin ,
ris. J 2. quatre pour vn efeu. 6 6.qui
Bretons en grand nom- reuient kfix deniers Pari -
bre prennent les villes de fis par homme. 66
Caen de Boy eux contre Capdet Remonnet Capi -
le Roj. 11 p taineGafcon pendu çontre
Bretons chajJeTjie Ba- la foj promife et» ven¬
jeux. 134 geancefaite de fa mort par
But in fort grandgaigné le Roy. 50y
fur les Bourguignons. 37. Canons & grandquan-
de plus de deux cens mille tité depouldresfaites kPa-
ejeusd'or. ibid. ris. 164.
Butins trefgrands O* (ardinal dangers pris
riches conquis par les gens & mené prifonnier a
du Roj en la Duché de tALonbafon, fes biensfai-
Bourgongne , Conte f de fis en la main du Roj t
(haroloiSy eù> Adafonois. dijlribuc% a fon plaifir.
166 1 4.8.0^14.9
C Cardinal d'Yorth ac¬
compagnant le Légat de
C ^Aen (y* autres villes Rome contre Henrj de
-J deNormandie redui - Lancajlre Roj d'Angle -
tes en ïobejjjance dts Duc terre. /
deBerrj. 82. Capn Cholet ftrgent,
Qtdet ctAlbret décapité traiélé comme il meritoit
»
e
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Table des Matières.
dans vn or tombereau,par
le bourreau de Paru. 49
Cent mille hommes de
cheual & leurs cheuaMx
deuant Paris, fournis et*
nourris de biens longtemps
par ceux de Paris mefme.
77.fans rien enchérir Jbid.
Cerfs, biches cé» grues,
tant qu'on en peut trouuer
dam î^aris ,pris eù» portes .£
àAmboife. 14Z
Chandelles ardentes aux
fenefires, chiens en-,
fermes^ denuiéi fur peine
delahart. 31
Chaleurs excejjiues, non
veües telles de vie d'hom¬
me. 197
Chancelier, Admirai,
Aiarefchal,premier P ren¬
dent, Preuoft de Paris, çÿ*
autres defapointez par le
Roy a fa venue à la Cou¬
ronne. 16
Changement dt offices
efiablispar leRoj efiantx
Orléans. 89.
Chofes remarquables
fur la porte fainfl Denis à
l’entree du Roy. ij. 16.&
par la vil le. ibid. et* 17
Charles 7. mourut au
Chafieau de Meun fus
Yeure de maladie incura¬
ble le zz. Juillet 1461. 70
Charles dciskteleun efi
décapité au chafieau de Lo¬
ches. 133
Charles efrefioufi pour
Duc par ceux de Rouen,
e£> luy donnent Panneau.
91
Charles 7. amené mort
en t Sglifenoflre Dame des
Champs, fa pompe funè¬
bre , accopagnee de grands
dueils e£jplufieurs. iz.13 *
14
Charles de tJMeleun,
Chancelier de France, faitgrandAdaifircAhoflel
<27* le general des finances du Roy ,attparauattt,e£ioit
détenus en arrefi d Malins fin Lieutenant. 49.
par le Duc de Bourbon. Charlet le Tonnelier,
ai criminel]} coupe la tangue
Digiti ^ )y
Google
Table des
pour ne rien confeffer. i+f
Charlotte fille naturel¬
le de Charles 7. femme du
Senefchal de Normandie
furprife en adultéré eél tuee
par fin mary,auecfin pail-
lard. zjs
Chartreux mis hors de
leurs cellules et» oratoires
par les gens de guerre. 6j
Chaumont fur Loyre
misàfeu&rafi. pf
Cinq dames prefentees
au Roy fous beau myflere
près l 'Eglife fainél Ladre.
*5
Cinq cens Bourguignons
a Cjranjfon pendus en la
place de cinq cens alle¬
mands qui en furent ofte%.
zji
Clocher de fainéle Ge-
neuiefue à Varis brufié de
fouldre qui auoit duréneuf
cents ans. 33/
Comte de Sommerfit
Anglais y vient parler au
Rey en laBafiille , le Roy
le fait boire et» luy donne
fa cape de velours noir.
Matières.
parce quilpleuuoit. 6 0
Çomte dSureceu Lieute¬
nant deRoya Varis.
Comte de ZJuaruuich
Capitaine de Calais, fai¬
sant pour Richard Duc
d Yorth contre le R oyfon
maigre. /
Çomté de JM ont fort re-
baillee auDuc deBretagne.
81
Comté de D unois bien
guerdonné duRoy. 7/
Çomté de Dampmartin
reçoit de grands dons du
Roy. 7/
Çomté defainél Vol créé
Çonefiable de France:fait
le ferment fur la table de
marbre. 76
Çomte de 'Uaudemont
prijonnier. ipf
Çomte de Vuaruuich
tué en la bataille contre
Edouart. 16g
Comte de Vuaruuich
pour fuit auec greffe armée
le Roy Sdouart,dans Î^An-
gleterre. ijp
Comte deRouJfi (yfin
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Table des Matières.
armee fe campe fans ref - nobles de s'armer pour em-
Henceen la Comté deTon- pefcher l'entree aux zAn-
nerre y gatte & deftruiél glois. 99
tout iufqua Joigny e£> Commandement du Roy
Troyes. *88 d'abbatre le pont fainéle
ComteDaulphind Au- Maixance . 45
uergne } fait des dommages Commandement de te -
irréparables en Bourgon- nir r vn feau d eau deuant
grte. *88 chafque porte de maifon.
Comte d'Armignac tué
enl’ajfault de Leftore par
les gens du Rojy. * 9*
Comté de Koujfllon de¬
rechef mife és mains du
Ro-y. 212
Cornette apparue à Ta¬
ris. é8
17
C onde mis en la main du
Roy. 28p
Conduite et> prudence
d’cAnthoine de Chabanes
Comte de Dampmartin.
9 S
Confrmationfaiéle par
Cornette chet fur Taris le R oy despriuileges a eux
le 18. Nouembre. 14 6 /.çÿ* donner durant la guerre ►
faifoit fembler toute la vil- 8f
le enfeu, ibid. vn homme Confpiration de Guil -
voyant cette Cornette en laume de la Jtdarche y dit le
dèuint fol de frayeur. Sanglier d'Ardaine contre
fiid. Louys de Bourbon Eue f
Cornette très - longue que de Liege. 5 24. fa gran-
courant merueilleufement de cruauté. ibid.
v eue au Ciel le 29. luillet Communication faite de
14.61., dont Tarisfembloit ' zi.perfonnagespout refor-
tout enfeu. 12 mer la iuftice. zoo
Commandement aux Couronne ne peut efre-
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Table dc&M&tteces^
baiüee ny âefmembree par deBçauicuA , i$z
le Rojy. 6f Defencefort ancienne de
Courjïer leplus beau de faire aucune afjemblee dans
lefcurie du Roy enuoyécn' Taris fans la licence du
prefent a ëdoüart Roy Roy.
d(Angleterre. zri Dejfcnce a tous mar-
Cruautédes Bretons et» chands de vendre aucuns
Bourguignons en Nor- draps de foye aux gens de
mandie. 15+ guerre t ny camelots, zoi
ffuauté inhumaine des Defenfe de fe baigner en
Bourguignons contre ceux
de la ville de Ne/le. 17 6
D
la riuiere de Seine. 17
Deux grandes clartef^
efpouuent allés défendent
du Ciel. îyo
- Draps de laine taxeüfd
D Ebat fort grand ar > trente deux folsparifis lau-
riu'e d T arts y entre les ne aux gens de guerre feule -
gens^J Officiers du Roy ment. • zjz
en fa chambre des Ay de sa Dejloyautê du (onefia-
TariSyôtiVn desBedeaux ble. 131
delVmuerfité. 6 Dejfein du Koy fur la
Deliberation du Roy Comté d'Armignac. ijo
pour faire la guerre au Duc Dinan ville de Lïcgcpri-
deBourgongnaeùjfon fils fè par trahifon y pillee&
le Comte de (harolois. 104 Jàecageù y , y *, v 103
Deliurance de tous les Dix mille efeus donner
prifonnïers de Taris y par le auSeigncur qmpshprifon-
Roy y le tour famSIDenk, -nky le Teinte dÔrenge,
Z84. . . . ;.)' îZZf
Deliurattcê de monfieur ». DolefiduùëA artillerie
iij m
€
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T^tê
& prtfe / affaut , < • »• ,;f<t 4' - depefle 0 Nancy en Lot -
Domaine du Roy pour U raine. ip /
plufpart aliéné a fon trejpas D ucdAlençonprtspri*
338 . . . fonnierpar Triftan l'Ermi-
Dons du Roy a iSglife te Preuofi desÀiarefchaux
de la vifloire près Scnlis. ipi
2pf Duc de (alabre hienre-
Dou^egreffes bombar • compenfé du Roy. 7$
des faites à Taris , Orléans, Duc de Bourbonpeu re-
Tours , & Amiens. x8j
Duché de Normandie
donné par le Roy àfonfre-
reCharles au lieu dcBery.
7 * -V.,
Duc dYorth vient af-
faillir le Roy Henry de
Lancaftre enfonparc - en
main armee & le prend
prifonnier. /
DucdeBourgongnenen
pouuantpîus ,pratjqueJjo-
mes pour empotfonner k
Roy. jp8
Duc deBourgongnefaù-
Je ordinairement fa fqy du¬
rant les troues. 208
Duc deBourgongne ms
a fa croix deparDieupar
P Empereur:. 22+
D uede Calabre meurt
compenfé. 7S
Duc de Bretaigne à fon
appointement auec le Roy.
81
Duc de Berry fait borna¬
ge au Roy de la Duché de
Normandie , au bois de
• Vinciennes. 84.
\ Duc de Guknne &le
Roy fonfrere mken bonne
paix et> amitié, 14p. la
ioye qui en fut faite, ibid •
Duc de Clairance frere
dEdouart Roy d'Angle¬
terre exécuté d'vn mer¬
veilleux &imfitéfuppUc'e.
28 j. 28 £
Duc d'Albanie frété du
.iR<y dEçoffevsént\à refu¬
ge au Roy. 306
IDuc de Bmrgmgne
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Table des Matières.
meurt dBmges : gpinhu*
me aux chartreux dcDijon
jo8 ,
D uc fi Alençon crimi¬
nel de leTJ zJJfdieflé con¬
damné4 Mort en la ‘ville de
Vendofme. izo. fauf Je
flaifîr dv Roy ; il efi pri-
fonnier à Loches , deliuré
pardonné. . Jbjfi.
Duc fi A[lençonfaulfiJâ
foyauRoy. . no
Duc d'Y'pryb pay e fa
trahifon, efi t u é efi» fis
gens par le Duc de Som¬
mer Jet f cou fin du Roy
d'Angleterre, y .fa . te fié
mife au bout fi^ne lance,
ftfi autour d'icelle vne
couronne de feurre par
mocquérie, 10
Duc de Berry frere dit
Roy mené fecrettement cil
Br et aigneparles AmbaJJa-
deiirs. -, 2 r
Due fie .Bourbon fait
guerre au Roy , prend toti¬
tesfisfinances , fût pendre
le Seigneur de Çrufjel , mi¬
gnon dnRoy.
Duc de Bretagne renon¬
ce d toutes aüiances % et»fie*
/'T- r Z 3 X
Due de Nemours mené
prifonnrer a Vienne en
Daulphiné. ijzJSufemme
accouche fienfat & meurt*
ibid- mené de Vienne a
Tierre afiifi à Ly on, ibid .
Duc de Milan tué par
V# gentilhomme dans ta
grande Eglife de Mi¬
lan : 'uengence incroya¬
ble fur le meurtrier. 26$.
264.
Duc de Bourgongne
trouué mort tout nud apres
la bataille perdue deuanr
Nancy. 269.17 or
■ Quc.de Bourgongnepor-
lejajprtiete & croix rou¬
ge d Angleterre. if3. fi
déclaré ennemy capital du
.Roy.de France* . ibid.
,, Que de Bourgongne afi
fiegéenfion parc par les
gens du Roy. 16 6. efi ré¬
duit en extrefme mifire,
fanslatreue. ibid*
Duc de (alabre quitte
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Table desMatieresJ
fa femme fille du Roypbur Xie:3$j> 'autres^ dé trop
efpoufer U fille du Duc dè boire. ibid.
Bourgongne , & tref-in- Edoüart Roi d'angle*
grat fe rendenrkÀyduKoy. terre femme le Roi de lui
ï73 rendre les Ducbe% de
Duc de B ourgongne Guienne & de Norman*
rompt latreue entre luy & die. ait
le Roy. 174- • Edoüart rentré en An*
Duc deB ourgongne en* gleterre aidé du Duc de
ire a ch eu al en iEglifi de Bourgongne auecpuijfante
Nesle dans le fiang dès armee, occupe la couronne
meurtris , e yfaboufonne- partrahifen, 16S
Yie, 176 Edoüart Roi d‘'Angle-
Duc de Bretagne plus terre's enfuit vers le Duc
craint par le Roy pour fis de Bourgongne fin beau*
rufisque le Duc de Bour- frere. 161
(rongne parfit cruauté, Eglifi nofire Dame de
' Qèriprès Orléansprefques
Duché de Bourgongne toute bruslee par mefgarde.
efi mis en la main du Roi 174
apres la mort du Duc de- Sglifes gymaifens brufi
uant Nanci. ali lees en la ville deD inan par
Duché de Çuerles ajfic- les Bourguignons. ^ 103
gépar le Duc de Bourgon- Empereur vient a Mets
-ip 6 pourpenfer mettre le Duc
de Bourgongne t mais en
E vain. *97
Emprunts 'très-grands
E Douar d R ofid’Jngle* faits fur Taris\ pour le re¬
terre meurt d’Jpople- couurement d'Jrras çfiJ
autres
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Table des Matières.
272 on^ains
Autres*
ëntreprife faite fur la
perfonneduRoi. gz
ëudemcntieres ville
£ Alençon mife es mains
du Roi.
Enuoy des quatre ordres
24.6
ëfeus ayansvn croijfant
au lieu de la couronne,
cLjC. 2-4-7
ëfioille accompagnant le
Roy. u)
Eftabliffement delà fe -
_ •» a J J
de Paris au Duc de Berry t fie , touchant lordre du
S3 Roy nouueÜement infiitué.
ëpitaphe honteux ap- 1S3
pofe par eferit fur le corps EfiienneCheualie^Thre-
mort de ÏSuefque de Paris, forier des finances du Roi
pourquoy 172. Charles 7. vn des execu-
*73 teurs du tefiament dudit
Epitaphes & eferits dif- Roi. 11
famatoires contre le Roi Eu rendu aux Bourgui-
appofeXjt fainél Innocent^ gnons. 18f
(S7 hoflel de ville. 167 Eue/que de (onfiances
ëfehange du (hafiel de fait prifonnier en la Con.
Blancajfort en Gafcongne ciergerie de Paris: tousfes
faitparleRoy. yf biens temporels mis en la
Efclair merueilleux main du Roi. 311
tonnerre effroyable, ny Sur eux baillé & hure
Efcus mis à trente fols, aux Bretons* 82
trois deniers tournois.
202 F
Sfcus (Cor du Roi va-
lants vingt s et» quatre I ^ Amine extrejme dans
fols parifis , trou tournois x Nancy pour le fiege.
mis au prix de trente cinq 2 6$
t
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Table des Matières.
Faulfe accufation fume,
226,2.87
Femmes et* filles de Di-
nan contraintes apres lefac.
de leur ville de s'abandoner
pour gaigner leur vie. loy.
Fertilit é très-gran¬
de abondance du Royaume*
de France. 2 .
Feu mis far cas de for¬
tune aux foudres à canon
fur la forte du Temple. 6o\
Fille aifnce du Roy ma¬
riée au Seigneur de Beau*
jeu.
Fille naturelle du Roy
fianceeau bafiard de Bour¬
bon. 86
Fouldre terrible en l’E-
glife de Fefcamp en Nor¬
mandie ou les cloches fu¬
rent toutes fendues (ymi-
Fraçois de FracefiDuc de
Berry fils du Roi meurt au
cbafteau d'zAmboife. ipj
q
O Auuain Mamieldé¬
capitéau pot de l Arr-
che : fatefie au boutd'vne
lance :Jon corps jetté en la
riuiere. $6
Gens de guerre du Duc
deBourgongnefomment les
Trelats (y populaire- de
Beauvais a fe rendre, jo
Gens du Roy enlèvent
tout le bled de Fourgon -,
gne eL> Ticardie , befiail,
prifonniers gyc. (y lé tout,
amené à zA miens & Beau¬
vais. 216
Gefors demande fecours
fsenmajfe. 7 au Roy. 4 72
Francs zArcher S tous (jomememet deCham-
caffeX^en France, {y les pagne donné àmonfieur de
Suijfesmis en leur lieu. 313 (haflillon. 10$
François prifonniers en -, Gouvernement deNor-
Angleterre tous delivre^ mandie donné. auComte.de
renvoyez libres en faineïToi Ÿ avparauanten-
France. 161 mmy du Roy. iqj
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Table des’ Matières.
(grandes defeonfitures
'faites fur lesFlamans $/
Picard s par les gens du Roi.
1.6 6
Cf ronds blancs mis à
on%e deniers tournois, zoz
Grand Çonjetl tenu,en
Fhofel de‘ville a Paris ,
pour fe refoudre des An*
glois. y
(fronde iuflice faite l'an
14.6o.a Taris y fur plufîeurs
larron s , facrihges , pipeurs
& crocheteurs. ' 5
Grands Princes (y Sei¬
gneurs tue% en la proditoi-,
reprifede Henry de Lan-
clafreRoy d'cAngleterre.
S
Guerre tres-grande en¬
tre les Liégeois & le Duc
de Bourgongne. ioz
Guillaume deCorbiefait
premier Prefident deDau-t
p biné par le Roi. 18
H Abitans eFcAuxerre
penfans picorer les
pais du Roi, font attrape 1 ^
& chaftieX^ 178
Habitons deftinÛ Qoud
rendent le pont aux Bour¬
guignons par compoftion.
34
Henri de Lancaftrefait
prifonnier par le (omte
‘Uuaruuich. /
Henri de Liuresprefente
les clefs de la porte fainél
Denis au Roy. //
Henri Cou fin exécuteur
de la haute lujïice a Paris
Fan 14.60, en la nouuelle
execution de fupplice nou-
ueau de Perette Mauger.
4 ' ■ ; r
Heraux enuoie^d Paris
par le Duc de Berriaux ha¬
bitons ,4 /’ Vniuerfité^ a l'E-
ghfe, (y d iAîeffîeurs de la
Cour. Si
Htfloire merueilleufe
cFvnfranc archer de Adeu-
don. . Z14.
Montage de là princi¬
pauté d’Qrknge au Roi .
ZZf-
Honteufe fuite du Duc
ï ij
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Table des Matières^
de Bourgongne devant
NuX, . 227
Hontettfe fuite experte
du Duc de Bourgongne de¬
vant Beauuais. 184
Hollande & Zélande
prefques notez. 14 /
Hui fl entrées de parc 0#
Henri de Lancafire Roi
à'Angleterre fut trahi par
hui fl Barons quigardoient
chacun fon entree. f
Huie y 'ville au Ltegegai -
gnee apres longfiege. ird
1
la ville de Tours pour tra>
hifon. 18 p
Jean Hardi entreprend
dempoifonner le R oi.ip p.
200. fon proceXJçfJ exe¬
cution. 201.2 03.204
Jean Aiarceau fe pend y
eSlporté au gibet de Taris»
2f
le an Petit coupe lagorge
àjàfemme - 2/
Jean de Bourges &fon
compagnonpour seftrere-
tire-^du Roi y noieXdam la
Seine ,par fentence duTre*
uojl des Marefchaux.
44
I cAcques Fournier fon* Jeanne du Bois , s en va
feillerduRoifeprecipp- afis plaiftrs laiffant fon
te dvnefenejbe. 100 mari , qui la rameinea-
Jacques dArmtgnac uec lui Çjj lui pardonne.
Duc de Nemours t fomte zp.
delà Marche defeapité es Jeanne de France femme
halles de Paris. 279^.80 de Jean, Duc de Bourbon*
Jean Bon natif du pais nois &d’Auvergne meurt
de Galles , conjpire dem* œMolins,&*ygijl, enîE-
poifonncrmonfieurk&au - glife de nojlre Dame,
phin , tla les Jeux creueT^ 320
pourfupplice. 263 Images de pierre de
leanDcimereJtarteleen Juin# Louis &* Char le*
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Table des
magne , changées en la fale
du Valais. z6j
fmpofttion (tvn efcu
fur chafque pièce de vin.
* 4-9
■ Impofîtionforaine oftee
à ceux de Paris. zo
Importions ofteesfur Pa¬
ris > excepte les denrees de
ftxfermes,&c. 4/
Jmpudente fubfcription
de lettres. 67
Jngratitude très-grande
du (ordinal d angers en -
uers le Roi. 1+ 6
îuftices, maux & vio¬
lences faites par le R or.
33 7.pour cefon peuplepref
que s mis a bas. ibid. pref
que audefefpoir à fon tref
pas, ibid.
lnfolences ef ranges des
*fJiegeX'danszArra& contre
le Roi g^/ fon armee.
*73
loufiesfaites a Paris dc-
uantles 7 * ournelles. 13 0
lugement ejfrange en
l'an 1460. donné contre
omefemme larromejfe &
Matières!
receleufe à Paris t d*eflre en¬
fouie en terre toute viue. 3
T ArronsfonetteZ^i ( e-
L-jftans ieunes) publique¬
ment au cul deücharette
l'an 14.60, 3
Laurent de Afory gen-
ttlhommeypourfa trahifon
condamné defire ejcartelé
aux halles deTarisynaisfut
pendu feulement. 4.1
Légat de Rome vient en
Angleterre. 4,
Légat enuoyé de Rome
efneut le peuple a fedition
contre fon Roy légitimé
Henry de Lancaftre et> de
la Roy ne fa femme, 4,
Légat du Tape , nommé
le (ardinal fainêl Pierre
ad Vincula y enuoyé en
France , receufort honora¬
blement. 3 iz
L'Eftore brujlee , gf/
renuerfee dans les fofjeZ^
ipz
Liberté grande donnée
t Uj
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Table des Matières.
parle Roy en tout le pays Tonthoife. é6.et>67
de Normandie aux c An- Louys on^iefme, Daul-
glois e£j cAnglifches de phin , apres la mort dejon
pouuoir demeurer et . traf- pere (harles 7. fitplufeurs
fiquer audit pays fans fauf officiers en la chambre des
conduit: 10 Qsmptes. 11
Lifrelofres allemands Louys onXtefme fils de
& Calabrois enrage^de (harles feptiefme, duquel
faim courent aux viures. eflfaite laprefente hifioire.
76 z
Leheac Lieutenant du Louys de Luxembourg
Roy à Parts. 104. Coneîlable de France fait
Longueuille, fay , & prifonnier : mené en la Ba-
plufeurs lieux et 'villa- JliUe: fonproce^faiâl. 233.
ges brufle ^ par les Bour - 234. 237. 238. 23$. ^/
guignons au Raillage de 240.
Caux. 18 j
Louanges de Charles 7. tJM
n
Loup enuoyê en prefent A A cA chinât ion des
par le Roy , au Roy d’cAn- i VI Anglois pour 'venit
gleterre. 211 rauager le France.
Louys XL fefaitfrere Marchans François fur
et» compagnon de la grand les terres du Duc de Bour¬
bon frairie aux Bourgeois gongne perdent tous leurs
de Taris en ÏEglifc de la biens qui leur furentfaifis.
Magdelaine, le 8. de Sept. i j<>
146j. 63 Marguerite de Bourbon
Louys Sorbier,traifred Comteffe de Breffe meurt
fonRoimet les Bretons das éthique ; 333
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Table des Matières.
Adaladie ,fiebure , et*
rage de tellepar tout lepaïs
ui enfit mourir,grand no-
re. $20.321
Adariage traillé de mo -
fieur leDauphin auec la fil¬
le du Ducd\Auterichc.$2$
- Adenaces des Bourgui¬
gnons a ceux de Taris. 3 2
Meruetlles aduenu'ès au
Royaume d'Angleterre ,
lani+ào. 4
Adefcbanceté d'vn fer -
gent deTaris^et j des maux
quilfit. 33
Aiontdidier réduit a
lobeyffanceduRoy. 16 /
Adontdidier donné a
monfieur de Qharolois en
butin {y héritage perpétuel
7f. autres chofès.ibid.
Molins en Cfibers au
pays de Niuernois , pris par
rufeparles Bourguignons.
'ZJt
Adonlir es faites a Pa-
.ris>des officiers t bourgeois,
manans habit an s d'i¬
celle •ville. 204.
Adontigny ancien gibet
de Paris. 3. fon entrefuite
auec Adontfaulcon. ibid.
Adort du Roy Louys
XI. x Ad ont ils le^ Tours.
3 3 7-gift a noflre Dame de
(Jery ,parfon ordonnance.
ibid.
Adort du (omte d'Eu.
170
Adort accidentelle de
Louys deTilliereSy Notaire
et* Secrétaire du Roy. 27
- c 'Adule fauue fon mai-
lire. 6 s
N
TV ’lAncy reuiens en lo~
I N beyffance defon Duc
et* Prince, les Bour¬
guignons cbajfez bagues
faulues. zf9
Nauires du Duc de
Bourgongne ajfiegeant la
•ville de Nufrompuès et*
m'tfes en pièces dans le Rhin
(y émir onfept mille Bour¬
guignons tue%en icelles (y
noye'Z. zij
.Nejle ville prife par le
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Table des Matières^
Due de Bourgongne. 17 / de Charles fonfrere. *>2.
Nejle mis a feu (yrafé.177 Office d'Admirai donne
Neuf Chaflel de Ni- au bafiard de Bourbon. *
court belle 'ville de guerre pp
e£*grande , bruflee par les Ordonnances tref belles
Bourguignons. 18 / pour la fortification de B a-
Noms de quatre bom- ris. 17p
bardes du Roj, afçauoir. Ordonnance du Roy en
Londres:Brabant:Bougen faueur du Duc de B our-
Brejfe:&fainélOmer.21 g gongne. ifi.&i+z
Nopces de monfieur le Ordonnances tref belles
Daulphin & de madame faites en la maifonde ville
Marguerite de Flandres. • deVaris par le commande-
33f.en la rutile d'zAmboi- ment du Roy pour la def-
fe, ibid. fenfe & tuition de ladite
Notable procefion a ville. zz
Parts, zip. d'enuir on cent Ordonnance a tous hu¬
milie perfonnes. ibid. bit ans d'auoir armes. zS
Noyon refijle vaillam- Ordre du R^y nouuelle -
ment & enuoye au loin les ment mis et* créé efl en -
Bourguignons. 186 uoyépar le Ro^ enprefent
Nu^ ville d Allemagne au Duc de Bretaignepour
affiegeeparle Duc de Bour- le porterie. zjz
gongne. Z07 Ordre tenu aufacre de
LouysXI. z+.zs
O
O Fficiers en Norman¬
die execute^ , pour T^Ain de deux deniers a
les queftions du R0? et* 1 B cannais vaut trois
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Table des Matières.
fols parfis en ïarmee des Jlre Dame de H aulx, 739 -
Bourguignons afidillans. Pèlerinage du Roy 3 d
17y Sain fl Michel. ijS
Pain de douleur & eau Pèlerinage du Roy à S.
de triélefie ordonne ^ d Claude & auec luy bien fix
Thomas LouefleReligieux mille combat ans. 379
four le meurtre par luÿ P erone prifi & le Comte
commis. iio.gym deNeuersquiefioitdedans.
Tardon fait au Conejla- 79
bleparleRoy. 207 P étonné donné d mon -
Parpignan mis en la main Jieur de fharo lois en butin
duRoy. 218 perpétuel çÿ» héritage. 7/
Tarpignan abandonnée Permifion a tous ydnglois
Philippe ifMonfieur de Sa- de trafiquer librement en
uoye. 1 91 Francefdufau Roy Sdou-
Parpignan pris par le Roy art de la Marche , [es aidiez
etA,rragon: non le chafieau. & complices.] . 1 60
19 3 Permifilon du Roy d tou*
Paix entre le Roy & les tes gens de quelque nation
Flamens dont fut chanté d qu ils fufient avenir demeu-
Toitrs te Deumlaudamus. ter d Paris pour le repeu-
$18 pler. " 109
Paix entre le Roy t'y les P eflilence très grande d
Princes , publiée en four de Paris (y enuirons. 108
Parlement . 85 Petit P kart Capitaine
Velerinage duRoy dpied pour le Roy d Nejle 3 auec de
dSainflDenySt gyenche- fisgens pendu par comman-
min il donne grâce d trois dement du Duc de Bour -
ribaux voleurs. 116 gongne. 176
Peler in âge du Roy à No- Picards ingrats fi mot -
*J
0
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T ablé des M uier es.
quentduKoy. 77 Prefens très-grands faits
Picards & Flamensac- par le Roy au Comte de
cufentleRoyd tortd'auoir Puaruuich . 1 08
voulufaireprendreprifon- Prince d'Orenge prifon-
nier le-Duc de (barolois, zo nier duRoy. zzj
Pierre fort groffe tombe Princes de (jades tué en
fur la manche du Rjoy for- la bataille contre Edouart.
tant du chafieau dAlen- 168
çon . 196 P rifonniers deliure^ d la
P irrede (jueroult natif venue de madame la Daul-
de Lefignen efeartelé aux phine. 334
hallespour trahifon. 46 P rifonniers détenus es
Pierre de Ai or ui Hier def prifons de Paris , deliure ^
appoinélé de. fon office de parle Prince de Piedmont.
Chanceüier. 87 133
PierreVuy defapoinélé P roceffion Generale de
de fon office de maiffre des tous les èflats de Parts va d
R equeftes dé Ihofiel du Saint}Denys. 333
Roy. 87 Proceffion Generale &
Prebftrcs,religieufes,an- notable de Paris. z'j
riens hommes > femmes , & Proceffion Generale d
enfants tueTfruellement en Paris en l'Eglife Sainéle Ça-
la ville de Liège. * 4 o therine du Pal desSfcoliers
Prcfentftit au Roy dAn- 31
gleterrepar leRoy. zzp P roceffions commandée
Prefent duDuc duMaine par le Roy durât trois iours
auDucdeBerry. 60 pour la deliurancedeHcn-
Frefem tres-beaux du ry de l'AnclaffreRoy d'An-
Roy faits aux Ambaffa- gleterre & fon reflabliffe-
deurs d Angleterre. 310 ment. 161. le mefme par
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Table des Matières.
to ut es les villes du Roy au- repris de P iquigny. 22/
me. 162 Pourparlédu Roy auec le
Tromejfede fidelité & Conefiable , vn pont entre
fruice faiél au Roy par le deux fait exprès.' 206
Duc de Bourgongne. 137 P unition exemplaire d'vn
Promejfejolemnellefaite Normant. 63
au Roy par les Ducs de Ne- Punition d'vn Normand
moùrs, de Bourbon^ eti Sh qui ayant eu plufieurs en-
res d'Armignac&Z dé Al- fans de fa fille propre ^ les
bref y de ne porter iamais les tuoit aujfi tofi qu'ils efioient
armes contre luy. . 30 nais. ioj
Pont dësArhes ajfiegépar ' Punition d'vn del'hofiel
le Roy. ' p 2 duRoy quiauoitfalffiéfon
Pont Sainéle- Maixance fignet & celuy d'vn des Se -
rendu par compoffioncretaires . 277.27$
argent. 28 Puijfance deParisinefii-
T ont des Bourguignons piable . 76
au port d l'Anglots coupe.
S}
Ponts de Chamois y de S~^\ Vcttrev ingtsnauires
Beaumont Sur-Oife , de Flandres pris pour
autres y abbatus par le com- le Roy } par Çoulony&c. 30 p
mandement du Roy. 2 g le grand Butin prts fur eux
Portes S.Martin , Mot - ibid.
martre , leTemple , S. Ger - Quefiions & noifes très
main DefpreXj S. e ViAor i grandes en Angleterre. 168
et* S. Michel furent toutes
murets: 26 R
Pourparlé duRoy Eception du Roy de
d S do u art Roy d'Angleter- X\ Portugal d Paris. 260
* a
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Table des Matières,
R ecompenfe faite au Duc
de Lorraine par les Suijfes
deuant Morat. 2/7
R egnede Charlesfeptief
me. 2
Régnault de'Ueloux Gen¬
tilhomme de Poiélou efcar-
télé aux halles de Taris. 232
Religieux faux accufa-
teur, puny (y noy éparfen -
tence. ioy
Religieux Centre les
Moines noirs en yiuuergne
trouué mafle (yfemelle, fe
feruant des deux, ffr)gros
d’enfant. 298
Remerciments du Roy a
ceux de Paris pour leur loy -
auté. 30
Remuements merueilleux
par lesBourguignons es pri-
fes de Dampmartin , Nan-
touillet, Viïïemouble (y au¬
tres. z8.et>2y
Retraite du Roy au cha-
fieau deAionlehery, caufe
de grand perte £7 accident.
59
Reuerence par trois fois
fur vn genoiiil au Roy par
le Roy d'Angleterre £-
doüard. 228
Richard Duc cfYorth
fait guerre à Jon Roy pour
le Royaume ou il prétend
droiÜpremier. j
Riuieres de Marne ty
Seine fort grandes (y leurs
dommages en diuers lieux.
8. notamment à Claye .
ibid.
Riuieres de Seine, Mar-
ne,Yonne,at » autres fi très-
fort gélees que tous char¬
rois,gens {y befies pafoient
par dejfus la glace. 314.
ponts rompus par le degel
(ficelles. ibid\
Robert Defiouteuille re¬
mis en fon office de Preuofi.
U
Robert Defiouteuille y
Cheualier Preuofi de Paris,
prifonnier en la Bafiille,et>
depuis au Louurepour iniu-
fiiees fifrj abus dont onîac-
eufoit. g
Rouen repoujfe •vaillam¬
ment le Duc de Bourgongne
(y le met a honteufe fuite*
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Table des Matières.
. 186 Roy ne d'Angleterre, pri-
Rouen pris par le Duc de fonniere , racheptee de fa
Bourbon. 74 rançon de cinquante mille
Roy deCecilleJeDuc du efcusd'or. .2/4
s^iaine, et» 20.0u30.mil- R oyne de France décou¬
lé combattis accompagnons cbe d'vn beau fils, appelle
le Roy à Angers (ypont de <JMonfieur de Berry , qui
See. 23 vefcutpeu. iSS
R07 de Tortugal vient Royedonné dMonfieur
à la ville deTours deman- de Charolois en butinper-
der fecours au Roy : duquel petuel & héréditaire. 7/
il effort honorablement re~ Roye & Alondidierpris
ceu. 260 fur le Roy par le Bafiardde
Roy en diuerfes fois pour Bourgongne. 2j
vn iour en grand danger de Roye, reduiéîe a ïobeif
faperfonne contre les Bour- fonce du Roy. 16 S
guignons aCMonlehery. $8. Roye rendu au Duc de
ou fe trouuerent trots mille
fin cents hommes morts,
ibid.
Roy s (ÏEfcoffe (y d’An¬
gleterre ont grand guerre
enfemble. 529
Roy ne d'Angleterre ar-
riue à Paris, auec tous les
Bourgongne. 177
Rudejfesfaiéles tres-gra-
des en la maifon du Treuofi
de Paris par Jean cAduim,
durât fon emprifonnement .
8
S
fient, efi receuëfort honora- P âge refponfè du Roy au
blement par le commande- Procureur du(hafiellet.
mentduRoy. 162
Roy ne accouche aNogent Sage-Femmes d'au iour-
le, Roy, etvnefille» 19 dlhuy appelles autrefois.
Ch /if
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Table des Matières.
ventrieres. 4
Salle^art (yfon équipage.
79
Sale^art capitaine a Beau-
uais emporte vne grande
defpouille des Bourguignos
dans la ville affiegee. 182
Sanglier enuoye t en pre-
fent, par le Rojy, au Roy
d'Angleterre. zii
Sainfl Quentin rendu au
Roy.
230
SainflValery y le^Je (fo-
toy rendu aux Bourgui-r
gnons. 184
Sain fl Valéry paye ftx
mille efeus pour fe deliurer
du fiege. 187
Sainfl Quentin en Ver-
mandois pris pour le R^y,
fans refi fiance. 163
Satnfle Ampoule appor¬
tée à Paris (y delàoTours.
33S-&33^ t
Sauetier d'Auxerre en -
noyé pour Ambaffadeur
aux gens du Roy , gy leur
refus defe rendre. 16j
S cales heraultd'Angleter¬
refurpris,portant lettres de
trahifon. zzz
Séditieux puny (y pendu
près le pont de Charenton.
78
Seigneurs accompagnant
le Roy faifant fon entree a
Paris. if
Sept Bourguignons tueï ^
d'vnfeul coup y gy plufieurs
blejje^ d'vne tiree de Ser¬
pentine. 7+
Sépulture honorable du
Duc de Bourgongne , a luy
donnée par le Duc de Lor¬
raine à Nancy. 271
Sergens fuftige'fpar les
carrefours de Paris {y ban¬
nis. 106
Simon (ourtois décapité à
Tours. zpp
Siégé deuant Sainfl Mo-
rife y at> fa reddition par
compofition. 27
Siégé mis deuant Rionen
Auuergnepar le Roy contre
le Comte d'cArmignac, Duc
deNemourSydeBourbon {y
autres. zp
SixÇhanoines {y le Doyen
de l’Eglife de Roüen 3 bannis
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Table des Matières.
de Normandie - p 6
Six cbofes defcouurirent
le Duc de B ourgongne tout
nud apres fa mort. 170
Sommation à ceux d'Au¬
xerre de fe rendre au Roy.
Soudaine maladie au Roy,
auTleffisprèsdcTours. 313
& auffi tofl apres aTouars.
ibid.
Sternay general de Nor¬
mandie habillé en (ordelier
Obferuantin ejl pris &
conu au pont SainélTierre.
poefl noyé en la riuiere Du¬
re auecfon Augujlin. pz
Subieéls du Roy de quelle
qualité qu'ils fujfent le re-
doubtoyent extrêmement.
33 *
T
T Ables rondes mifespar
les rués pour donnera
boire a tous venants. 11$
Targes de iz. deniers , mis
à vn%e deniers . zoz
TeDeum laudamus chan¬
té a Paris pour la vélo ire
du Roy fur le Duc de Gùer-
les deuant Tournay. 17 p
TeDeum laudamus chan¬
té à Taris pour la paix et»
alliance entre le Roy et» le
Duc de Bourgongne,
l'allegreffe publique. 138
Terre mouuant & trem¬
blant merueilleufemcnt en
Auuergne. zpp
Therouenne rudement af-
fiegee par les Ticards &
Flamensqui n'y eurent que
la honte &lafuite.30j.3 08
Tonnerres , vents,pluyes
gaftent tout au pays de Soif
fons. joz
Trahifons eftranges du Ço-
neftable fainél Taul contre
le Roy. Z4.5.&Z44.
Tremblement de terre , à
Tours, Amboife, & autres
lieux en Touraine. 133
Trois cents efeus d'or pro¬
mis aux dénonciateurs des
autheurs des libelles diffa¬
matoires affich encontre S.
Innocent çÿ* ailleurs. iép
Tromperies exécrables des
Officiers de ÏEueJque du
Mans% p
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Tablc des Matières.
Treue marchande entre le par les gens duDuc de Bour-
Roy & le Duc de Bour- gongne. 211
gongne zy/.pour le temps berges de moyfeet* d'A-
de neuf ans. ibid. ron.
Treues (Tvn an entre le Vicomte de Villars en
Roy pfyj le Duc de Bour- Toi flou fait le Roy fonhe-
gongne. 16-/ rider. if+
Treues entre le Roy ffj Vin, pommes, choux ffj
les Bretons et» Bourgui- ruues enuoye% au Duc de
gnons. 61 Berry par le Duc du Maine
Treues, criee et»publiée a 60
toupours entre le Roy Vin deTannee aux Bour -
lesTrinces. 7/ guignons. 62
Treues de 22. mois auec Vingt (y deux millefept
les Angloisyp.tantpar mer cets hommes Bourguignons
que par terre. défaits deuant Morat . 2/7
V Ville de Liegebruflce
\ T Aine et» foie menace faccagee. 140
V des Bretons & Bour- Ville & (hafteau de S.
guignons a ceux de P aris. zAmant Lalierprife d'af-
' fault. 2+
Vaijfelle d argent faipe Vjfon en Auuergne donne
par tout Paris, pour- au bafard de Bourbon. 100
quoy. 2ÿf Vuaruuich eflfait Çou-
Verdun, Monfauion QJ uerneur du Royaume d'An-
Semur en Lauxois pris tant gleterre. 161
par affaultque parxompop- Vuaruuich (omte portant
don y mis es mains du Roy. l'efpee nue deuant le Roy
294- qu on menoit prifotinier à
Verdun en Lorraine pris Londres. /
F 1 N.
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L ES
CHRONIQVES
DV TR.ES-CHRESTIEN
ET TRES-VICTORIEVX
e LOYS DE VALOIS, EÉV ROT
de France ( que Dieu abfolue )
Vnziefme de ce Nom,
AVE C QVES TLVSlEVRS A VITRES
aduentures aduenüès tant en ce Royaulme de
. France , comme «t pays vcifins , depuis
. Part milqüatn-cmspixat^iû/quee
en lan mil quatre cens quatre
*vingtsç£ trqistnclujiuement.
' ‘ '' . . V * • • ' ' i. X \ J. . f ’ i i •
L’HÔNNËVR6c ioüangedeDieu
nôftre doulx Saulueur &: Rédempteur,
de la ' Vierge &
pucelle Marie * fais le jboyen defquels
Huiles Bonnes œiuirês ou opérations ne. peuüent
eftrecondüi«5bes^ Etpource auulque plufieurs Roys^
Prkdes ^eomres^cBarons^ Ppdats j ntib$cs hom¬
mes ÿ gen^ d^Eglifey & i\dtfe pb^ulacê, fe font
fouü(|nc delidéz £c dçli&erit à ouyr & efcputér
A
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i Les Chroniques
dcshiftoires merueilleufes, 8c chofes aduenuës en di-
uers lieux,tant de ce Royaulme que d’aultres Royaul-
mes Chriftiens. Au trentecinquiefme an démon aa-
ge me dele&ay en lieu de pafler temps & defcheuer
oyfiuetéàefcripre & faire mémoire de plufieurs cho¬
fes aduenuës au Royaulme de France, & aultres Roy-
aulmes voifins, ainfi qu’il m’cn eft peu fouuenir. Et
mcfmement depuis l’an mil quatre cens foixante, que
regnoit a Roy de FranceCharles feptiefme de ce nom,
iulquesautrefpasduRoy Loysvnziefme de ce nom,
fils dudit Roy Charles, quifut le penultiefme iour du
mois d’Aoultjl’an mil quatre cens quatre vingts &
trois,combien due ie nevueil ne n’entens point les
chofes cy apres eicriptes eftreappellees diètes ou nom¬
mées Chroniques, pource que a moy n’appartient,&
que pour ce faire n’ay pas eftë ordonné 8c ne m’a efté
permis : Mais feulement pour donner aucun petit pafi
fe-temps aux lifans,regardans,ou efcoutansiçelles. En
leur priant humblement excufer & fupployer à mon
ignorance ? & addrefler ce que y feroit mal mis, ou ef-
cript: car plufieurs defdites chofes & merueilles font
aduenuës en tant de diuerfitez & façoris"eftrâges, qüé
moult pénible chofe auroit efté à moy, ou aultre,de
bien au vray & au long efcripre la vérité des chofes ad:
nenuës' durant ledit temps. : ! : V ;
Et premièrement, touchant le faiét 8c vtilité de la
terre durant ladite année mil quatre, cens foixante.
Au regard 8c en tant que touchele t terroüer; ^ finaige
duRoyaulme derFrancê,il y creut compeébamment de
blez, qui furent bons 6c de garde, 8c n en fut point
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dv Roy Loys XI. \
vendu au plus chier temps de laditte annee que vingt-
quatre fols parifis lefepcier : mais il n’y creuft que bien
peu de fruitt. Etau faitt des vignes il y eut bien peu de
vin,& par efpecial enl’Ifle de Frâce, comme dvn muy
devin pour chafcunarpent, mais il fut bien bon : & fe
vendit chier le vin creués bons terroüers d’entour Pa ¬
ris , comme de dix & vnze efcus chafcun muy.
En ce temps fut faitte iuftice & grande execution
audit lieu de Paris, de plufieurs poures & indigentes
creaturesjcomme de larrons,fàcrileges,pipeurs,& cro-
cheteurs. Etpourlefdits cas plufieurs|enfurent batus
au cul de la charrette pour leurs ieunes âges & premier
meffaitt : Et les aultres pour leur mauuaife couftume
& perfeuerance furent pendus & effrangiez au gibet
de Paris, nommé Montigny, nouuelle créé & eftably
pour la grand vieilléffe, ruyne &: décadence du prece¬
dent & ancien gibet nommé Montfaulcon.
Audit temps fut fait mourir & enfouye toute viue
audit lieu dé Paris vné femme no riimêe P èfrette Mau*
ger, pour occafion de ce que laditte Perrettc auoit fait
& commis plufieurs larrecins, & en ce faifànt par long
temps continué, &aufli fauourifé & rècellé plufieurs
larrons, quiaufli faifoienc &c commettoient plufieurs
& diuers larrecins audit lieu de Paris, lefquels larrecins
pour lefdits larrons vendoit & diftribuoit, & l’argent
quedeceellerecepuoit en bailloit & deliuroit aufdits
larrons leur portion, & pour elle en retenoit fon bu¬
tin. Pour lefquels cas & aultres par elle confeffez fut
condamnée par fentencé donnée dü Preuoft de Paris,
nommé Meflire Robert Deftouteuille Cheualier, à
A ij
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4 Les Chroniques
foufFrir mort &eftreenfouye toute viuedeuant le gi¬
bet,^ tous lès biens acquis & conhfquez au Roy : de
laquelle fèntence & iugementelie appella formelle¬
ment en laCour de Parlement,pour reuerence duquel
appel fut différé à exécuter. Et apres quepar ladi&c
Court le procez d’icelle eut elié veu & viute,fut dit
par Arreft d’icelle, & en confirmant ladi&efentence,
que ladiéte Perrette auoit mal appelle & i’amende-
roit, & que iachéfcefentence feroit executee : ce qui fut
dit à icelle Perrette, laquellc declaira lors quelle eftoit
groffe, parquoy fut de recfaiefdifPeréde l’executer.. Et
fut faiéfc vifiter par venmeres 6c mawofnes, qui rap¬
portèrent à ïuftice qu’eUeneftort point groflfe. Et in¬
continent ledit rapportait fut enuoyee enecuter aux
champs deuant ledit gibet, par Henry Coufin exécu¬
teur delà hatilte iuflice audit lieude Paris.
anime et Angleterre en iadifie année.
N ce tetnps paffla la mer en Angleterre
vil Legatde Rome, Légat dé par le Pa¬
pe, qui illecprefcha le peuple du pays.
Et par efpecial en la ville de Londres ,
maiftreffè ville duditRoyaulme., là ou il
fift plufieurs remonftrances aux habitansdudit lieu,&
aultres d’enuiron,contre & au preiudice du Roy Hen¬
ry d’Angleterre, lesquelles remonftrancé^ leGardinal
d’YorthquLactompaignoit ledit Légat apres ladiéle
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erpofitionpar luyexpoféen leur langage. Et tantoft
apresladifte expofition faite,ledit peuple .qui eftoit
aiTez de legiere creance fe efmeut pour faire guerre al-
lencôtre dudit Roy Henry de; Lancaftre & de la Roy-
ne fafemme,fille duRoy René de Cecille & de Iheru-
falcm,ôe du Prince de Galle leur fils. Et print ledit po¬
pulaire pour leur Capitaine le Comte deyvarvuich,
qui etoit Capitaine deCalais, pour & au lieude Ri-
cnardDticd’Yorth,qui vouloir & prétendait a eftre
Roy dudit Royaulme, qui maintenoit à luy duyre &
compeéber ledit Royaulmed’Angleterre, côme prou-
chain(heritier delà iignee & du confié du Roy Ri¬
chard. Et peu de temps apres ledit Duc d’Yorth qui
auoit apres luy.grant nomkrede populaire en armes,»
femifient aux champs & vindrenr envn parc où eftoit
illec ledit Roy Henry auec plufieurs Ducs, Princes, &
aulcres Seigneurs, auili tous en armes. Et auquel parc
y auoit huit entrées, qui eftoient gardées par huit Bar¬
rons dudit Royaulme,qui tous choient traiftres audit
Roy Henry. Lesquels huit Barons quant ils iceurent
venir le Duc d’Yorth deuers ledit parc,lelaifterent en*
trer enicelluyauec le Comte de Vvarvuich &: aultres^
quivindrent tout droit ou eftoitleditRoy Henry,lef-
quels ils prindrent & faifirent. Et incontinent ce fait,
vmdrent tuerplufieurs Princes&aultres grands Sei¬
gneurs de Ion fàng qui eftoient autour de luy. Et ces
chofes faiétes ledit Comte de Vvarvuich print ledit
Henry & l’amena tout droit en la ville de Londres, &
portoit l’efpee nue déliant ledit Henry comme fon
Conneftable. Et quant icelluy Roy Henry de Lanca-
A iij
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6 Les Chroniques
ftre fut audit lieu de Londres, il le mena tout droit de-
uantlaT our dudit Londres, dedans laquelle Tour e-
ftdient quatre Barons dudit pays pour ledit Henry.
Aufquels ledit Henry & V varvuich parlèrent par bel¬
les paroles, les tirèrent hors de la T our, apres ce qu’ils
leur profmirent qu’ils ne auroient nul mal de leurs per-
fonnes, & qu’ils les afleuroient : lefquels foubs vmbre
de leurfdiâes promefles y dirent hors de ladiâeT our.
Et ainfi qu’on menoit lefdits quatre Barons apres le¬
dit Henry & Vvarvuich,pluheurs de ladiâe ville de
Londres s’efmeurent & vindrent tuer l’vn dcfdits qua¬
tre Barons, nommé le feigneur Defcalles, & luy bail¬
lèrent pluheurs cops orbes. Et le landemain ils firent
efcarteller lefdits aultres Barons deuant ladiâre Tour
de Londres , nonobftant lefdiâres promeffes ainfi à
euxfaiâres. Et s’y fie qui vouldra.
Audit temps aduint en la Cité de Paris vn erant de-
bat entre les gens & Officiers du Roy en la Chambre
des Aides à Paris,& vn des bedeaux de l’Vniuerfité d’i¬
celle fVille, pour vnexploiâfait par icelluy Bedeau à
l’encontre de deux Confeilliers de ladiâre Chambre
des Aydes, pour lequel exploiâ ledit Bedeau fut con-
ftitué prifonnier en la Conciergerie du Palais Royal
audit lieu de Paris. Dont ceulx de ladiâe y niueruté
furent moult defplaifms : & pour lerauoir firent cef-
fations en ladiâe Ville,de prefehier,lire,& eftudier.Et
apres furent appointez,& fut tout reftably & demou-
rerent contens. .
Audit temps aduint à Paris auffi, qu’vn nommé Am
thoine le Baltard de Bourgongne vint & entra en la-
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.dv Roy Loys XI. 7
diéle ville de Paris en habit mefcognu, & n y feiourna.
que vn iour & vne nuit & puis sen retourna. Et quant
ilfutfceu quileftoit ainfivenu en ladiéte ville, plu-
fieurs Officiers du Roy & gens de façon d’icelle, furet
fort imaginatifs comment ne pourquoy il eftoit ainfi
venu que dit eft. Et de ladiéte venue en furent portées
les nouuelles au Roy par aucuns qui en parlèrent à la
charge de ladite Ville, qui n’y auofent aucune coul-
pe. Et pour celle caufe & a grant halle le Roy enuoya
audit lieu de Paris fon Marefchal feigneur de Loheac,
& Maiftre Iehan BureauThreforier de France,pour
pourueoir & donner prouifion audit donné à enten¬
dre. Et affin que le Roy n’euft aucune imagination
que ceulx de ladiéle ville de Paris euftent aucune couk
pe ou charge a ladiébe venue, luy fut enuoyé de par la-
diéle Ville vne Ambaxade,ouelloient Maiftre Iehan
[de Loliue Doéleur en Theologie & Châcelier de l’E-
g life de Paris, Nicolas de Louuiers,fire Iehan Clerc-
ourg general maiftre des Monnoyes, lire Iehan Lui-
lierCler de ladiéle Ville,laques Rebours Procureur
d’icefte, Iehan Volànt Marchant, & aultres : tous les¬
quels le Roy receupt benignement. Et apres leur pro¬
pos fait feruant à leur exeufation fut le Roy tres-con-
tent d’eulx, & leur fift bonne & gracieule refponfe,
& s’en retournèrent ioyeufement à Paris dont ils
elloient partis.
En ce temps Melfire Robert Deftouteuille Cheua-
lier, qui eftoit Preuoftde Paris, fut mis & conllitué
prifonnier en la Baftille fàinél Anthoine à Paris.Etde*
puis au Louure par l’ordonnance defdits Seigneurs de
- j
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8 Les CHROîHQVEs r
Loheac,màiftre Iehan Bureau, pour aucunes inrafticés
ou abus qu’on luy mettoit fus,qu’il faifoit en exerçant
fondit office, dont de ce ne fuft point attaint. Et lors
par maiftre Iehan Aduin Confeillierlay en la Court de
Parlement, furent faits plufieurs exploits en l’oftel
dudit Deftouteuille : comme de cercner boiftes, cof¬
fres, & aultres lieux, pour fçauoir fe on y trouueroit
milles lettres, & fift plufieurs rudeffès audit hoftel à
Dame Ambroife de Lore femme dudit Deftouteuille,
qui eftoit itioult faige , noble ôc honnefte Dame,
Dieu de fes exploits le vueille pugnir : car il le a bien
defferuy.
En ladite annee furent les riuieres de Seine & Mar¬
ne moult grandes,tellement que en vne nuit ladidteri*
uiere de Marne creuft & deuint fi grande à l’enuiron
de fàind Mor des Foffez, comme de la haulteur d’vng
homme, & fift plufieurs grands dommages en diuers
lieux. Et entre les aultres dommages ladite riuiere
vint fi grande à vn villaigè nommé Clay e,& en vn ho¬
ftel illec eftant qui eft à l’Euefque deMeaulx,qu’elle en
emporta toutèïa maffonnerie du deuant dudit hoftel,
ou il auoit deux belles tours nouuellement baftieside-
dâslefqueftes y auoit de belles chambres bien nattees,
voires bien garnies dé lits, tapiflèries, & aultrescho-
fes qui tout en emportaladiéfexriuiere. .
En ce temps aduint en Normandie que le corps de
l’Eglife dé Fefcamp,par malle fortune & feu d’auentu-
re qui vint de la mer de deuérs les Marches de -^Gor-
nouaüe fe bouta au clochier d’icelle Abbaye, qui fïœ
tout brûlé & ars, &: furent les cloches d'icelle Abbaye
toutes
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dv Roy Lo ys XI. 9
toutes fondues & mifes envne mafTe, qui fut moult
grant pitié en ladite Abbaye.
Audit temps furent grandes nouuelles partout le
Royaulme de France & en aultres lieux, d’vne ieune
fille de l’aage de dixhuiét ans,ou enuiron,qui eftoit en
la ville du Mans, laquelle fift plufieurs folies & gran¬
des merueilles, & difoit que le diable la tourmentoit,
&failloitenl’air,crioit &efcumoit,& faifoit moult
d’aultres merueilles, en abufànt plufieurs perfonnes
qui l’aloient voinmais en fin on trouua que ce ri eftoit
que tout abus,& quelle eftoit vne mefcnante folle,&
faifoit lefdiétes folies & diableries par lenonrtement,
conduire & moyen d’aucuns des officiers de l’Euef-
que dudit lieu du Mans, qui la maintenoient & en fai-
foienttoutceque bon leur fembloit, & que aufdits
folies faire l’auoient ainfi duiéte.
Audit temps aduint de rechief audit Royaulme
d’Angleterre apres que la defconfiture deuant dite ait
efté faite par le Conte dèVvarvuich,que le Duc de So~
merfet coufin dudit Roy Henry d’Angleterre,accom*
paigné de plufieurs aultres ieunes Seigneurs parens &
héritiers des aultres Princes & Seigneurs qui eftoient,
& auoient efté tuez à la prife dudit Roy H enry de Lan-
claftre, firent degrans amas de gens d’armes & vin-
drenttenir les champs a l’encotre dudit Ducd’Yorth,
& tant firent qu’ils le vin drènt trouuer en vn champ
luy & fà compaignie, qui furent tuez. Et audit champ
nommé les plaines fainéf Albons fut tué ledit Duc
d’Yorth. Et apres qu’il eut efté tué luy coupperent la
telle, laquelle ils mirent au bout d’vne lance. Et au-
B
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io Les ChronVq^ves
; tour d’icelle telle luy mirent vne Couronne de feurre,
en figure de Couronne Royalle,en derifion de ce qu’il
fe vouloit faire Roy dudit Royaulme. Et auecques
luy moururent audit champ bien fix vingts Barons,
Cheualiers, Efcuy ers, & gens de nom dudit Royaul¬
me, &c grant nombre d’aultres gens de guerre, que
bien on ellimoit de neuf à dix mu combatans.
Et le mecredy tiers iourde Feburier audit an mil
quatre cens fbixante,furent leues & publiées à. Roüen
& en diuers aultres de la Duché de Normendie es
lieux publicques & à fon de trompe, les lettres paten¬
tes du Roy. Parlefquellesildeclairoitfon plainr eftre
tel, que par tout ledit pays de Normendie & les ports
de mer d’icelluy, feuffent laiffez paifiblement defcen-
dre tous Anglois & Anglefches ', de quelque ellat
qu’ils feulfent, & en tel habit que bon leur femble-
roit,tenans&aduranslepartydu Roy Henry d’An¬
gleterre & de laRoyne fa femme, fans aucun fauf-
conduit auoir de luy, & de les laifTer conuerfèr par
tout fon Royaulme.
En l’an mil quatre cens foixante & vn au mois de
Iuillet, aduint que le Roy Charles fut malade au Cha-
fteaudeMeumfus Yeure, d’vne maladie qui luy fut
incurable, dont & de laquelle maladie il ala de vie à
trefpas audit lieu de Meum, le mecredy vingt-deux-
iefméiour dudit mois de Iuillet, fefte de la Benoifte
Magdaleine, entre vne &c deux heures apres midy du¬
dit jour, dont fut grant pitié & dommaige. Au Roy¬
aulme des Cieulx puifTe élire l’aine de luy en. bon re¬
pos: Car quant il viuoit c’eftoit vng moult faige &
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dv Roy Loys XI. n
vaillant Seigneur, & qui biffa fon Royaulme bien vny
& en bonneiuftice & tranfquilité.
Et incontinant apres ladide mort, & quelle fut
magnifeftee, la plufpart des Officiers dudit lieu de
Paris & plufieurs aultres du Royaulme s’en partirent
& alerentaupays deHenault & de Picardie par deuers
Monfeigneurle Daulphin, qui illec eftoitauec Mon-
feigneur le Duc de Bourgongne. Lequel Monfei-
gneur le Daulphin par le deces de fon feu pere venoit
a la Couronne, pour fçauoir de luy quel eftoit fon
{ daifir & comment ils fe auraient à gouuerner .foubs
uy, & pour eftre de Iuyconfermezen leurs Offices.
Auquel lieu apres icelle mort fïft plufieurs O fficiers en
fa Chambre des Comptes à Paris, & aultres. Et entre
aultres y fîfl & créa Mailtre Pierre L’orfeure feigneur
Dermenonuille, & Nicolas de Louuiers, Confeilliers
enladide Chambre, & Maiftre Iehan Baillet Maiftre
des Requeftes & Rapporteur en fa Chancellerie. Ety
çonferma én icelle Çharpbre Meffire Symon Charles,
qui auffifefift porter audit pays en vne litiere, & les
aultres Officiers requerans eftre confermez furent
renuoyez à Paris, pour illec a adendre la venue du
Roy.
Et le vingt-quatriefme iour de Iuillet audit an foi-
xante & yn, Maiftre Ethienne Cheualier qui auoit
elle Treforier des finances dudit feu Roy Charles, &
lequel il auoit nommévng des exécuteurs de fon tefta-
ment, & aufïi Maiftre D reux Bude Audiencier de la
Chancellerie de France > fe partirent de la ville de Pa-
ris pour aier au corps ducut deffiund audit lieu de
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ii Les Chroniques
Meum : mais le feigneur d’Aigreuille Capitaine de
Montargiisparlepourchasdvng Gentilhôme nom¬
mé Vuafte de Morpedon, furent arreftez audit lieu de
Montargiis lefdis Cheualier & Bude,& illec furent
vne elpace de temps: Et iufques à ce que le Roy les en-
uoya faire deliurer,eulx& leurs biens, & depuis fu¬
rent par luy entretenus en leurs Offices de Trefbrier
& Audiencier,
Et eft affauoir que le ieudy vingt-troifiefme iour de
Iuillet audit an foixante & vn, qui fut le landemain de
ladiéte mort enuiron heure de nuit, fut veuë au Ciel
courir bien fort vne tres-longue comete quiiettoit en
l’air grant refplendiffeur & grande clarté, tellement
quil fembloit que tout Paris feuft en feu & en flam¬
be , Dieu l’eri vueille bien preferuer.
Et le ieudy 6 . iour d’Aouft quatre cens foixante
& vng,le corps dudit deffunét arriua & fut amené re-
pofer en TEglifede noftre Dame desChamps hors Pa¬
ris, ou il fut amené dudit lieu de Meum. Et le lande-
main fut alé quérir audit lieu, & apporté à Paris en
moult grande & belle conduire, ordonnance & re-
uerence qui fut faidte audit corps, comme bien le va-
loit: C’ell affauoir duClergié,des nobles perfonnes,
Officiers, Bourgois& populaire. Et y auoit pour lu¬
minaire porté deuant ledit corps deux cens torches de
quatre liures de cire chafcune piece, toutes arriioyees
en double aux armes de France, & eftoient portées par
deux cens poures perfonnes, tous reueftus de robes &
chapperons de dueil. Et eftoit; ledit corps porté en vne
litiereparles Henoüars de Paris. Laquelle litiere eftoit
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dv Roy Loys XI. 13
couuerte ôc aflèmblee dvng moult riche drap d’or,
qui bien pouoit valoir mille ou douze cens efcus d’or.
Ét deflus ladite litiere eftoit la pourtrai&ure faite du¬
dit defFunét Roy Charles,reuellu d’vn bel aby Royal,
vne Couronne en la telle, & en l’vne de fes mains te-
noitvngceptre,& en l’autre le ballon Royal. Et en
ceeftatrat porté en la grant Eglife noftre Dame de
ParisrEt tous deuant aloyent tous les Crieurs de corps
de ladite ville, pareillement vertus de dueil, ôc ar-
moyez deuant ôc derrière defdiébes armes de France.
Et apres eulxeftoient portées deuant icelle litiere leE
diètes deux cens torches, ainfi armoyees en double
que dit eft.Et apres icelle litiere aloyent faifans le dueil
MefTeigneurs les Duc d’Orléans, Conte d’Angolef-
me, freres: les Contes d’Eu ôc de Dunois, Meflire
Iehan Iouuenel * des Voifins Cheuaher Chancellier* iecroy
de France, ôc le grant Efcuyer, tous reueftus de dueil ^^ aut
ôc montez à cheual. Et puis apres icelle litiere aloyent f ms .
à pied deux ôc deux tous les Officiers de l’Oftel' dudit
deffiinét,aufli tous vertus de dueil angoifïeux, lefquels
il faifoit moult piteux veoir: Et de la grant trifteüe&
courroux que on leur veoit porter pour la mort de
leurdit Maiftre, furent grans pleurs & lamentations
faiétes parmy toute ladièbe ville. Et aufli y auoit au
ioingriement de ladièleiitiere rix des Paiges dudit def-
funèt, houfez ôc efperonner fus fix courriers tous ve¬
rtus ôc couuers de veloux noir, ôc lefdits Paiges audit
habit de dueil. Et Dieu fcet le douloureux & pi¬
teux dueil qu’ils faifoient pour leurdit Maiftre. Et di T
foit on lors que l’vng defditsPaiges auoit efté par qua-
B iij
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i4 Les Chroniques
tre iours entiers fans boire & fans menger, pour caufe
de ladi&e mort : Et le lâdemain qui fut le vendredy fe-
ptiefine iour d’Aouft audit an foixante & vn, ledit
corps d’icéluy deffimét fuit tiré hors de ladi&e Eglife
de noftre Dame de Paris enuiron trois heures apres
midy, & mené & accompaigné comme deuant eft dit
en l’Eglife fainâ: Denis en France, & là il fut inhumé
& y gift: noftre Dieu ait mercy de fon ame. Et vers la
fin dudit mois d’Aouft noftre fouuerain feigneur le
Roy de France Loys, lorseftant Daulphin de Vien¬
nois & aifiié fils dudit deftunél fucceda à ladite Cou-
ronne,fiit facré Roy à Reims par l’Arceuefque Iouue-
nel, auquel lieu il fut moult noblement accompaigné
par la plus part des Seigneurs de nom de fon Royaul-
me en moult grant& no table nombre.
Et le dernier iour dudit mois d’Aouft il partift
d’vng hoftel eftant aux faulxbourgs de la porte faintft
Honnoré , nommé les Porcherons , appartenant à
Meflirelehan Bureau qui fut fait Cheualier audit fà-
creàReims, pour venir faire fon entree en fa bonne
ville de Paris. Au deuant de laquelle entree ylïirent
hors de la ville tous les eftats d’icelle, & par belle or¬
dre, pour illec trouuer le Roy & luy faire la reuerence
& bien viengnant.En laquelle alfemblee eftoit l’Euef
que de Paris nommé Chartier, l’Vniuerfité, la Court;
de Parlement, le Preuoft de Paris, Chambre des
Comptes & tous Officiers,le Preuoft des Marchans
& Efcheuins tousveftus de robes de damas fourrées
de belles martres. Et lefquels Preuoft des Marchans &
Efcheuins vindrent aux champs rencontrer & faire la
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dv Roy Loys XI. 15
reuerence au Roy, 6c propofa deuant luy pour ladiétç
ville ledit Preuoft des Marchans nommé Maillre
Henry de Liures qui luy bailla 6c prefenta les clefs de
la porte fainéb D enis, par ou il fift fàdiéte entree. Et ce
fait chafcun fe tira à part : 6c au mefme lieu le Roy filt
ce iour grant nombre de Cheualiers. Et en venant le
Roy par ladiéte porte fainét Denis, il trouua prés de
l’Eglife de fainét Ladre vn Hérault monté à cheual re-
ueltu des armes de ladiéte ville, qui eftoit nommé
Loyal Cueur, qui de par ladiéte ville luy prefenta cinq
Dames richement aournees, lefquelles eitoient mon¬
tées fur cinq cheuaulx de pris, 6c eftoit chafcun cheual
couuert 6c habillié de riches couuertures toutes aux ar¬
mes d’icelle ville .-Lefquelles Dames 6c chafcunepar
ordre auoient tous perfonnages tout compiliez à la li¬
gnification de cinq lettres faifans Paris, qui toutes
parlèrent au Roy ainfi que ordonné leur eftoit.
Et en icelle entree faifant le Roy, eftoit moult no¬
blement accompaigné de tous les gransPrinces & no¬
bles feigneursde fon Royaulme, comme de Meflei-
gneurs les Ducs d’Orléans, de Bourgongne, de Bour¬
bon, & de Cleues, le Comte de Charrolois fils vnic-
que dudit Duc de Bourgongne,des Contes d’Angou-
lefme, de fainét Pol, 6c de Dunois, 6c aultres plu-
fieurs Contes, Barons, Cheualiers, Capitaines, 6c
aultres Gentilshommes de grant façon,qui pour hon¬
neur luy faire en ladiéle entree auoient de moult bel¬
les & riches houfteures dont leurs cheuaulx eftoient
tous eouuers, lefquelles houfteures eftoient de diuer-
fes fortes 6c façons, 6c eftoient les vnes d’icelles de fin
j■
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1 6 Les Chr^niq^ves
drap d’or, fourrées de martres febelines, les aultres de
veloux fourrées de pennes d’ermines,de drap de da¬
mas, d’orfeurerie, & chargées de grofles campanes
d’argét, blanches & dorees,qui auoient coufté moult
grant finance, &c fi y auoit fur lefdits cheuaulx & cou-
uertures de beaulx ieunes enfans Paiges, & bien riche¬
ment veftus. Et fur leurs efpaulles auoit de belles ef-
charpesbranlansfur les cropes defdits cheuaulx,qui
faifoient moult bel ôc plaifànt veoir.
Et à l'entree que fift le Roy à ladidte ville de Paris
par ladidte porte faindt Denis il trouua vne moult bel¬
le nef en figure d argent, portée par hault contre la
maçonnerie de ladidte porte deftiis le pont Ieuis d’icel-,
le, en fignifiance des armes de ladite ville, dedens la-
3 uelle nef eftoient les trois Eftats, & aux Chafteaulx
e deuant & derrière d’icelle nef eftoient Iuftice Ôc
Equité 7 , qui auoient perfonnages pour ce à eulx or¬
donnez , & à la hune du maft de la nef qui eftoit en fa¬
çon d’vn lis yfioit vng Roy abillé en habit Royal que
deux Anges conduifoient.
Et vng peu auant dedens laditfte ville eftoient à la
fontaine du Ponceau hommes ôc femmes fàuuaiges,
quifecombatoient ôc faifoient plufieurs contenan¬
ces : & fi y auoit encores trois belles filles faifans per-
fonnaigesdeSerainestoutesnuës,& leur veoit on le
beau tetin droit feparé, rond ôc dur, qui eftoit chofe
bien plaifànt, ôc difoient de petits motets ôc bergeret-
tes. Et près d’eulx ioüoient plufieurs bas inftrumens
qui renaoient de grandes mélodies. Et pour bien raf-
frefchir les entrans en ladidte ville y auoit diuers con-
* - . — « •
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Dv Roy Loys XI. 17
conduits en Iadi&e fontaine gettans laid, vin, &y-
pocras,dont chacun buuoit quivouioit : $c vng peu
audeflfoubs dudit Ponceau à l’endroit de la Trinite', y
auoitvne paillon par perfonnaiges, & fans parlerDieu
eftendu ert la Croix les deux larrons à dextre & à
feneftre. Et plus auant à la porte aux Paintres auoit
aultres perfonnaiges moult richement habillez. Et à la
fontaine (aine Innocent y auoit aufii perfonnaiges de
çhaflfeurs, qui accueillirent vne bifehe illec eftant, qui
faifoient moult grant bruit de chiens &: de trompes
de chaflès. Etala boucherie de Paris y auoit efehauf-
faulx figurez à la baRille de Dieppe. Et quant le Roy
pafla il le liura illec merueilleux affault degens du Roy
à l’encontre des Angiois eftans dedens iaçu&e baftille,
qui furent prins & gaignez , & eurent tous les gorges
coppees. Et contre la porte de Chaftellet y'auoit de
moult beaulx perfonnaiges. Et oultre ledit Chaftel-
let fur le pont aux changes y auoit aultres perfonnai-^
ges, & eftoit tout tendu par deffus ; •& à l’heure que le
Roy pafla on laiflfa voler parmy ledit pont plus de
deux cens douzaines d’oyfeaulx de diuerfes fortes &ç
façons, que les oy felleurs de Paris kiflffcrent aler, com¬
me ils font tenus de ce faire rpource qu’ils ont fur ledit
pont lieu & place àiour de fefte pour vendre lefdits
oyfeaulx, Etpat tous ks Hcux enlüi&e vlUe par ou le
Roy pafla càeioumee, êftoit tout tendu au long des
rues biennotablsment : & ainfî s en ala faire fon oroi-
fon en l’Eglife noftre Dame de Paris, depuis s’en re-
toumafouper en £b>n*Palais Royal a. Paris en la. grant
falle dicelluy : lequel fouper fut moult bel & plantu-
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i8 Les Chroniques
tcux, & coucha celle nuit audit Palais.Et le landemain
premier iour de Septembre audit an foixante & vn, il
fe deflogea dudit Palais, & s’en âla loger en fon Ho-
ftel desTournelles prés delà Baftille defainét Anthoi-
ne, où il fejourna depuis par aucun temps : Et là il fift
& ordonna plufieurs chofes touchant les affaires de
fon Royaulme ,& illec fift plufieurs ordonnances, &
defapointales plus grans & principaulx Officiers de
fondit Royaulme : Comme le Chancellier Iuuenel, le
Marefchal, l’Admiral, le premier Prefident de Parle¬
ment , le Preuoft de Paris, & plufieurs aultres.
Et en leurs lieux y en mift d’aultres tous noimeaulx.
Pareillement aufti defàppointa plufieurs Maiftres des
Requeftes,Secrétaires,Confeilliers & Clers des Com¬
ptes, de la Court de Parlement,des Generaulx des
Aydes, de la Chambredu Trefor, des Generaulx des
Monnoyes & aultres. Et en leurs lieux y en mift de
nouueaulx.
Et le tiers lourde Septembre mil quatre cens foi¬
xante &vn, le Roy auècques les Seigneurs & aucuns
Gentilshommes de fa maifon foupperent en l’oftel
de Maiftre Guillaume de Corbie lors Confeillier en
{a Court de Parlement. Et celle nuit le Roy le fift &
creapremier Prefident du Daulphiné: & la y furent
} )lufieurs Damoifelles & honneftcs bourgeoifes dudit
ieu de Paris. Et en ce temps le Roy eftant audit lieu de
Paris, fift de grandes, honneftes & bonnes chieres en
diuérs lieux & hoftels de Paris.
Etfiaduintcncétempsauditîieude Paris, quevne
belle ieune femme nomnaeelehanne du Bois, femme
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•Dv Roy Loys XV 19
d’vn Notaire de Chatellet de Paris/e partit Ôc abfenta
horsdelamaifon de fondit mary & s’en ala ou bon
luy fembla. Et apres fondit mary bien confeille' de fes
principaulxamis la reprint,& fe contint de là en auant
auecques fondit mary bien & honneftement.
En l’annee mil quatre cens foixante& deux enfui-
uant,nefuruindrentgueres de nouualletes qui feuf-
fent de grant mémoire, pourquoyn’en eft icy fai£te
aucune mention. Et au regard de l’annee enfuiuant
O
mil quatre cens foixante trois, pareillement que dit
elt,nefuruint riens que doye eftre mis en grant mé¬
moire: mais l’hyuer fut court fans eftre froit, & fut
l’eftélong. Il creuft en ladi&eanneeafiez de vin & af-
fez bon. Et au regard des autres biens de terre n’en fut
pas grant habundance.
Enl'an 1464. àvn iourdemardyquinziefmeiour *
de May le Roy vint & arriua en là ville de Paris, qui
venoitdeNogent le Roy,od illec la Royne s’eftoit
deliuree d’vne belle fille. Et ce iour il fouppa en l’oftel
de Maiftre Charles d’O rgemont feigneur de Mery,
& puis s ? en partit audit mois de May de ladidfe ville de
Paris pour aler es marches de Picardie, cuidant illec
trouuer les Àmbaflades du RoyEdouart d’Angleter¬
re , que on luy auoit dit qu’ils y deuoient venir par de-
uers luy, qui ny vindrentpoint. Et àceftecaufe s’en
partit dudit pays de Picardie & s’en ala àRoüen & aul-
tres heux de Normendie. Aduint que vng Balenier fut
prins fur.meres marches de Hollande, dedens lequel
eftoit auecques aultres vng nomme le Briard de Ru-
bempré, lequel Balenier & çeulx que dedens eftoient
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to Xes Chroniques
furent prins tous prifonniers par les nauiresde Flan*
dres: Et apres ladideprife faide plufieurs Picards &
Flamans difoient & publioient que dedens icelluy le
Roy les auoit cnuoy ez pour prendre prifonnier Mon*
feigneur de Charrolois, dont il neftoit riens.
En ce temps le Roy qui eftoit en Normendie s’en
partit pour retourner audit, lieu de Nogent. Et puis de
là s’en ala à T ours, à Chinon, & de là à Poitiers. Au¬
quel lieu de Poidiers ala & fut par deucrs luy vne Am-
ballade de Paris, luy requérir aucunes franchifès pour
ladide ville, dont riens ou que peu ne leur accor¬
da, finon que l’impolition foraine n auroit plus de
cours en ladide ville, qui neftoit pas grand chofe:
mais ils n’en ioüyrent point nonobftant leurdit
don, pource que les gens des Comptera qui leurs
lettres s adreffoient, ne leur vouludrent bailler d’i¬
celles leur expédition. Etauffi furent deuers le Roy
audit lieu de Poidiers les Amballadcurs du Duc de
Bretaigne, qui par luy furent oys fur aucuns articles
■qu’ils luy expoferent touchant le fait du Roy & dudit
Duc: Lefquelsarriclesou la plus part d’iceulx furent
par le Roy accordez, & cniceulx articles accordan t lef
dits Amba/ïàdeurs promifrcnt de faire venir ledit Duc
de Bretaigne audit Poidiers ou ailleurs , pour, confer-*-
mer ic euix articles accordez. Et à tant le départirent
dudit lieu de Poidiers lefdits Ambalfadeurs, feignons
eulx retourner audit pays de Bretaigne : mais ils firent
tout le contraire, comme cy apres fera di t : car ils parti-*
rent dudit Poidiers àvngiourdc Samedy, & ceioür
ne firent que quatre lieues, &: illec demourerent iuf-
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dv Roy Loys XI. ±t
que$ aulundy enfuiuant que Monfèignèur le Due de
Berry frere du Roy s’en partit auili dudit lieu de Poi¬
tiers , & vint iufquesaufdits AmbafTadeurs qui le re¬
cueillirent & l’en emmenerenc audit pays deiBrerai-
giie à bien grant haftei & diligence,pour paouir que le
Roy n’en euft nouuclles & qu’ils reulTent iuiuis. Et
défia efloit audit pays ale par deuers icelluy DucMon»*
Jfeigneur IcComte de DunoysîEt £ s’en alerent audit
pays de Brccaigne apres, ledit partément aucuns partir
culiers par deuers monditlèigneùr de Berry.
Et tantoft apres ledit partcmcat ainfî. fait que dit
eft, Monfeigneiir le Duc de Bourbon porta guerre au
Roy ôc à Tes pays, & print toutes les finances qui e-
fioientau Royeitanseri ces pays, & fi y fill prendre &
arrefter lefdgneur de-Crufibli qui cftoit fort faihilier
du Roy. Et lequel feigneui de Cruflbl patfôit lors pat
les pays de niondit lcigneur de Bourbon , menant
auccqu.es foy faniUe & plufieurs de fes biens, tous
lefquels furent en arreftch la villedeCbfhem' Bour-^
bonnois.
Et apresles.chofcs defïufHidtes furent auffiarreftet
prifonniers en la ville de Molins, le feigneur deTray-*
delparauant Gbancellierde France,&maiûre Pierre
Doriolle General desfinances du Roy,lefquels furent
longuement détenus en^rreft en kdîâbe ville de Mo-»
fins: Et puis apres parmonditleigneurlc Duc furent
deliurez, & s’en retournèrent par deuers le Roy. s.
- > EtleDimencfie dou2defmeioorde Mars audit an
qpaatrecens fbixàn te quatre,apres ledit partementdè
Monfeigneur de Berry dudit fieu de Poitiers, Am
C iij
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Les Chroniques
thoinc dé Chabannes Comte de Dampmartin, qui
eftoit conftitue' prifonnier en la Baftille fain<ft Anthoi-
11e, s’en partit & efchappa dudit lieu & s’en ala en Ber¬
ry & en Bourbonnois: où illec il fut reeueüly par les
gens de mefdits fedgneurs de Bourbon & Berry. Et
pouroccafion dudit efchapement en furent pluueurs
conftituezprifonniers.
: Et lemercredy enfumant quinziefme iour du mois,
Meftire Charles de Meleum Lieutenant du Roy,Mai-
ftre Iehan Balue Efleu Eucfque d’Eureux, & Maiftre
iehanle Preuoft Notaire & Secrétaire du Roy, vin-
drent & arriuerent à Paris-en loftel delà ville, où illec
fut faille ledure d’aucuns articles dont le Roy leur
auoit baillé charge. Et apres ladide ledure ainfi fai-
de, furent faides en loftel dèladide ville plufïeurs
belles O rdonnances pour la tucion, garde, & feureté
d’icelle ville : comme.de faire guet & de garder les por-
tesxi’icelle , les.aultres fermer & murer : & mettre
les chefhes defer des rues de ladide ville en eftat, pour
feruir quant meftier en feroit:& plufieursaultres qui
longues feraient a eferipre, que icpaflè cypour caufe
derbriefucté. y. iv.:!
En ce temps furent prins par inuentoire & mis en la
main du Roy, tous & chafcun les biens de Pierre Mo¬
rin trouuez & eftâns à Paris , pource.qùe ledir Morin
qui eftoit Treforier de Monleigneur de Berry tenoit
pour ledit fei^neur contre le Roy , 1 a Ville Ôc Tour de
Bourges 2. & a cefte caufe le Royjdonna POiKcé de
Huiffîer du Trefbr qui eftoit audit Morin,à vng norsu-
irté Iacques Tefteclerê.
* ■
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dv.Roy Loys XI. 25
Et apres le partement dudit Dampmartin,il trouua
façon & moyen de prendre & auoir iur GiefFtoY
Cueur, fils de feu Iacques Cueur, les places de fainâ:
Forgeau&fain&Morice,oùilprint leditGiefFroy a
fon prifonniér, & àueequesaum print tous les biens-
quiîauoitèfditslieux. 1 - '
Et apres ces chofes le Roy s’en tira deuers Àngiers
& le pont de See, pour fçauoir le vouloir deceulx qui
ainfi s’eftoient mauuoifement de luy départis & alez
audit pays de Brétaigne. Etauoit le Roy auecques luy
pour le accompaigner, le Roy de Cecille & Monfei-
gneur du Maine : Et fi le fuiuirent plufieurs gens de
guerre de fon Royaulme, & en grant nombre, quôn
eftimoit eftre de vingt à trente mil combatans. Et
apres que le Roy eut.ainfi efté iHec vne efpaflè de
temps,voyant qu iln’yfaifoit gueres sen ala & tira
au pays de Berry vers YiTouldun,Viarron,le bourg de
Dreux, &aulcres places enuiron : & mena auecques
luy grant quantité de fes gens; de guerre & de fon ar¬
tillerie, & laiflà lefdits Roy de Cecille & feigneur du
Maine bien accompaignez de gens de guerre,pour
garder & deffendre que lefdits de Bretaigne mentraï-
lent en, Normendie ne en aultres fieux de ce Royaul¬
me, pour le dommaiger.
- Et quant le Royfut ainfi venu audit pays de Berry
que dit pft, il ièj outna illec vng peu de temps, & puis
s’en partit pour aller au pays de Bourbonnois : & laifi-
fa la ville de Bourges fans y aler,pource qu’il y auoit
grant garnifon dedens ladiéle ville, dont eftoit con¬
ducteur & Capitaine Monfeigneur le Baftard de
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*4 Les Chroniqves
Bourbon pour mondit Jfcigneur de Berry : & vint
entrer aüdit pays de Bourbonnois ,ouillcc enuiron le
iour de l’Afcenfcion noftre Seigneur, la Ville & Cha-
ftel de fainft Amant Lalier fut prinfe d’atïàult, & peu
de temps apres luy fut rendue la Villç & Chàfteldé
Molucon parcompofition,ctedcnslaquelle eftoient
laques de Bourbon & trente cinq lances , qui s’cnale-
rent eulx & leurs biens faufs, & iurerent que iamais ne
s’artreroient contre'le Roy. .
Et la veille dudit iour d’Afcenfdon Noftte Seigneur
arriuerent à Paris Monfeigneur le Chancelier Trai-
nel, Maiftre Ethienne Cheualier,Nicolas de Lôuuiers,
Mailtre Iehan de Molins : par lefquels le Roy efcrip-
uoit à Tes bons bourgeois, manans & habitans de Pa¬
ns , en les merciant de leurs bora vouloirs 6c Iqyautez,
en les priant & enhortant de bien en micubc conti¬
nuer : Et par iceulx leur mandoit qu il leur enuoyeroit
la Roync pour accoucher à Paris,comme à yulo du
mondé queplus il aimoit; ?
Et le ieudy penultiefine iour de May l*an mil quatre
cens foixante cinq ,aduint que à vng moulin qui eft
par delà Moret en G affinais, nommé le moulin ba£-
lèt, en vne hoftellerie illcc criant fe vûwfcent loget
I ehan de la Hure marchant de la ville de Sens» vng ficn
nepueu 6c aultres en là compaignie: & en ladite ho-
fiellerie enuiron minuit vindrent de trente à quarante
hommes a chenal tous en armes, qui eftoient venus
défaits lieux dcfainéf Maurice & fainét Forgeau, qui
ernmenerent pc^oniiiers efdits lieux lefdits: laHure tic
ceulx de ladite compaignie ,enfemble tous. leurs
biens
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BV Rô'y Lôÿs XI.
biens & bagues : 9e dudit teriips te Roy ordonna de;
rompre &■ abbatré 4es portt&de Chamois, de Beau-;
mont fur Oife, & aultres.
Etleieudyfixieûneioutdeluing audit an mil qua¬
tre cCfisfoixante cihq \ âdüïïït a Paris en k rue faind
Denis deuant labarbedor,que vng ancien homme,
Bonnetier nommé Iehan fylarceau,fe pendit & eftran-
gla en k maiion^ 8c fut le corps trouué mort. Si fut
deipendu & apporte' aüChàftelletde Paris ,ponr eftijef
illec vilité: & apres ladi&e vifitation fai&e fut enuoyé
ôc porté pendre ledit corps au gibet de.Paris. Et en ce
mefme iour y eüt vhg kboureur démontant- VCli-r
^nencourtnommé Iénan Petit, quicouppa la gorge
à là femme. , , ; , - ; j
En ce temps le BâftafddeBourgongne&leMaref^
chai de Bourgongne ââéompaignea de grantquanti-t
te de gens de guerre de la compaignie dudit Monlèi-
gneurdeCharrolois, eommencereittà courir fus aux
villes & fubje&sdu Roy par port d’armes,& vûjdrent
prendre fus le Roy Roye & Mbntdidrer J&tjorS Mon-
îèigneur’le Conte de N'eùers & Iouaehia Rpuault
Mareichal dé Prince,' éftansponftfoRoÿ çkdèns. la
ville de Péronne a tourbien ipiatremîl corhÈ^tans, fe
retrayerent àbîoyon & a ConapiengUeb &laiflerçnt
audit lieu d^Peronne -pxmr k sarde d’icelle » des< no¬
bles de >Frantaey tecihqlcms francs archicrs, :. Jï. ; ; ;
Et le Dimenche vnziéfiiaeioucdudic mois de Iuing
futfaiéiq àPaosvüé moult Belle.& notable procef-
frbrti^enanlèefoudumiiLpmrÉecs, moukdk kinéfes
reliques,^ entée Mitres ïairtéleseliofésf^rentportees
’ D
. -J
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iê Lés CHÉ-OifiQjfK?
les cliafles de Madame faip&qÇ ençuiefue &ç fain&
Marcel : Et par beûe orid wpafiçç ÿindrint en la,gratis
EgiifedeParis,oùillec futcjbanteevnç haulteMelTe
de noftre Dame* Et ittee prefcha .au .peuple Maiftre
de Loliue Do&wr en 7* heoiog^gui de*
claira qüeladi&e aflèrablee de çoiigregacion fè Faifoit
pour la faute'& bonne profperitc 4u t R,oy, & auili de
la Royne& dufnii&qui eftoitaUlQW dfc^>&poûr
la paix ôc bonne vnion eftee flaife entre le Rcfy- & les
Princes : & pour les biens dec^tre.
Audit temps le Roycflamm Bourbonnais s’en ti¬
ra à fainû Pourfàin ,anquelE^U’Madanie la Duehelfe
de Bourbonnois de d’Auucrgne fa fœur.s’en aiapour
parler à luy, comme delplaifante du difçord qu’ellç
Bourbon lm mary. Et pour .y (»ider trouuer bon
moyen ce qui nefepeutfaite lots ï&t, cependant ledit
Monkigneucki>ucyuida hoïs,de Mo.üÆins > & s’en
âl&àRyon. - ' L r : 7 v
Audit tempsfùt ordonne en l’oftdl de la villede Pa¬
ns, que les pomudefaieuftM^rtin^ Montmartre, le
T eroplc', fainfb Geo^ain J^c%rez»füïi^Vi<ftot,fis
fainft Michel, SCermmt tnautcsmurecs, & quôoi ferdic
guctde nuit deffus les murs d’kdlc ville
- Audit temps futennoyc nacrcrc leite^eidcuancfàin^
Morife,tenu Arioccupe paxladuen dudML<3aiirc dâ
Dampmartm : À tenir lequel liège y êftcitle Bailly ■ de
Sens nommé Meffire CHarLesdc Mclcun^âc pluJaéUJCS
gens de commun# aneequçs itsydEt endures y.iut de
rechiefeüuôyë AntHoinè Bailly de Mebun > qui y me*
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, D.v Roy Loys XI.
na auecqües luy aucuns archiers 5c arbalcftriers dudit
lieu de Paris : 5c tântoft apres que ledit de Mcleun 5c
iceulx archiers 5c arbaleftriers furent ainfi arriuez de--
uauic ladiébe place,ceulx dudit fainét Morifè fe rendis
rént par coimpofition, & baillèrent ladite place.
Audit temps aufli aduint que vng nommé maiftre
Loys de TilÉerçs, Notaire 5c Secrétaire du Roy 5c
Treforier de CarcalTonne 5c.-Grened.er de Selles eu
Berry, qlii eftoit feruiteur de meflire Anthoine de
Chafteauneuffèigneur du Lau, fut tuépar malle forr
tune d’vngatchicr quieftàyoit vn arc duquel il droit
vne flefche contre vng huys qui eftoit deuant luy, que
à feure ledit maiftre Loys ouuroit, 5 1 luy vint paflerla
flefehe tout au trauers ; du corps : âc.inoonthicnt s’eu
alageéterdeflîisvnecouchetteeftant en la chambre:
demis laquelle il rendit famé à Dieu incontinent
après.: •. . ■
Et le iôur faipift Iebari fiapfcifte vûtgt^qimmefott
jour dé Iüing, aucuns qui fe baignoientà leurs plai-
fances en la rmierc de Seine par malle fortune fe noyè¬
rent : 5cpour caufe de ce fut edé par les carrefours de
Paris;quede là enauantnidinc feuft fi hardy de foy
aler plus baigner en ladiéte riuiere: 5c que chafcun
teint de iour aeuant fomhuysvpgfeau d’eaue, fur pei¬
ne de pîifom & de fbixante fouis parifis d’aaméhde.
Et le landemain vingt-cmquieîmc iour dùdit mois
de Iuing,fut ordonné en ladiâe ville de Paris que tou-
teslcs chefnes-des Tués deladiéte ville fcroientabatues
& laüfees gc&r fin terre, és lieux ou elles font ordon-
nees,pour eftretoutespreftes , & regarder ouilyau-
D ij
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ï-t Le s C b r om qv% s
roic feultc pour les amender & y poutuebir à festrôü-
uet toutes preftes quant befoing en feroit: ce qui fut
fait. Et fi fut aufli ordonné & enjoingt à vng chafcun
de ladite villeq'u'ils fdatmaffenty&; eudenüproùifion
darmeures chalcun félon fon eftat jipour la garde de
ladite ville, & pour eltre tous prefts quant meftier en
lèrqit. Et ce par cedulîes enuoyees de par ladite villea
vng chafcun particulier. ; ' J :< % ?• > :
Audit temps tous Bourguignons, Picards, & aul-
tres nations del’obeyfïance!& loubs la conduire du¬
dit monfeigneurde Charrolois,miatcherent tant en
France qu’ils vindren t Sp arridcrent îufques a Ponts
faindte Maixance,qu’ils .trouuerent moyen d’auoir,
& que vng nommé - tyadre qui en eftoit Capitaine
pour maiilre P ierreL’oifeureleigneur E) ermen onuil-
le, leur bailla par compofition & argent qu’il en print
dudit feigneur de Charrolois. Eta cellecaufe vindrent
'&pafïè£sntparray:i f IifledéFtande, qui par lesdefluf-
•dùs’fut fort dommaigé: nonobftant quils dilbient
par tout ouils palïbient qu’ils venoient pour affran-
chirle pays de France pour lesbien publicq. .
Et incontinent apres ledit palîàige mit audit Ponts
fainéte Maixance, lefdits Bourguignons eurent la pla¬
ce de Beaulieu qui longuement atioit elle tenu contre
iceulix Bourguignons paraucuns dè la charge & com-
paignié de Iouachin Rouault, qui s’en alerent par
compofition eulx & leurs biens làufs.
£t lefdits Bourguignons âinlivenus en Iadiéte Idc
de France, s’efpendirent en diuers lieux en icelle , & y
prindrent Dampmartin, Nantoullet, Viliemonble,
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dv Roy Loys XI. z ?
& aultrês menues places. Et puis à Laigny fur Marne
où ils firent plufieurs exploits, comme de ardre ôc
brufler tous les papiers qu’ils trouuerent fur le fait des
Aydes, & ordonnèrent en ladiébe ville que tout yfe-
roit franc : & fi ordonnèrent que le fel qui eftoit au
grenier dudit lieu pour le Roy raft baillé & diftribué à
tous ceulx qui en vouldroient auoir, en payant le droit
du marchant feulement.
Et le Dimenche dernier iour dudit mois deluing
audit an foixante& cinq, Iouachin Rouauit Maref-
ehalde France a toutcent & dix lances, vindrent & ar-
riuerent en la ville de Paris pour la garde d’icelle, com¬
bien qu’il n’en eftoit gueres de meftierrcar les habitans
d’icellé qui tous eftorent bien vnis & loyaulx au Roy,
eftoientafTez foufEfans pour la garde d’icelle ville.
Audit temps le Roy qui eftoit au pays deBourbon-
noismift lenege deuantRion en Auuergne,dedens
laquelle y eftoientmonfeigneur le Duc de Bourbon*
le Duc dé Nemours, le Comte d’Armignac, le fei-
gneurd’Albret, & aultres. Et auoit le Roy deuantla-
diébe ville la plus belle & noble armee que oncques fut
guère veuë: car il auoit de bonnes gens de guerre & de
grant façon, vingt-quatre mil hommes combatans &
mieulx. - ‘.
* Et apres que ledit ftege euteftéainfimis deuantladi-
£be ville de Ryon, & voyantà Paris que lefdits Bour¬
guignons approuchoient de lacfiébe ville, fut ordonné
Sc eftably en icelle ville de Paris vng grant guet à che¬
nal , quialoit toutes les nuits fur les murs & en ladiébe
ville, depuis l’eure de minuit iufques au iour apparant:
D iij
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30 Les Chrôniqves
Pour la conduire duquel guet y auoit Capitaines or¬
donnez par icelle ville par’chafcune nuit, de gens de
façon d’icelle. Auquel guet eftoient ordinairement de
huit vingts àdeux cens cheuaux, ou miculx.
Et le lundy fécond iour de Iuillet audit an, maiftre
Iehan Balue Èuefque d’Eureux, fift le guet de nuit par-
myladi&e ville, & mena auecquesluyla compaignie
dudit Iouachinauecques clarons, trompettes & aul-
tres inftrumens, fonans par les rues &c fur les iriuts,qui
neftoit pas accouftumé de faire à gens de guet.
Et lemercredy quatriefmeiour dudit mois de Iuih-
let audit an foixante-cinq, le Roy eftant deuant ledit
lieu de Ryon eferipuit à meflire Charles de Meleun
fon Lieutenantaudi^Paris, audit Iduachin &c audits,
habitans de Paris, par fire Charles de Charlay foi*
Cheualier de guet audit lieu de Paris, par lefqueües
lettres le Roy mercioit moult fort ledits hàbitansde
Paris de leurs bonnes loyaultez, en les priant & exhor¬
tant de toujours y continuer & perfeuerer, & que de-
dens quinze iours enfuiuans luy & toute fon armee fo*
roit à Paris : Et fi leur mândoitde bouchepar ledit de
Chatlay certain accord qu il auoit fait aüec lefdits
Ducs de Bourbon & Nemours,& les fires d’Armi-
gnac & d’Albret. Et comment en faiiànt ledit.accord
chaücun d’ëulx auoit promis au Roy de bien & foyâul-
ment le feruif, & de viure & mourir pour luÿ. Et pat
aultrés deffus nommez, prome&oienrde faire tout
deuôir , de faire faire la paix au Rôy par les aültres fei>-
gneursauecqueseuk allez contre luy. Et que pour ce
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dv Roy Loy$ XI.’ ji
faire feraient enuoyezde par Iefdits quatre fçigneurs
certains A mhaifadeurs deuers le Roy a Paris dépens lç
ioiir 6c fefte de my Aouft enfuiuant, pour traiter de
ladi&e paix. Et que ouiefdits aultres feigneurs. auec
eubcaliez contre luy .ne vouldrent entendre à icelle
paix, ils promifrent 6c iurerent que d’orefnauanc a ia-r
mais ils ne s’armeraient contre le Roy,&j qu’ils vi-
uroiemc &: mourraient pourluySc.fon Royaulme. Et
futtouteequediteft ainfi protni^par Iefdits quatre
feigneuüSjftu lieu de Moifliat près dudit Ryon. Et
pour plus ample promeife ils s’en obligèrent es mains
de deux Notaires Apoftoires, vovdans 6c aecordans
eftre incontinent excommuniez fepar eulx,ou l’vng
d’eulx eftoit fait le contraire. Et pour les nouuelles def
fufdt&e$ fut ordoirik 6c délibéré que le vendredy en*
fuiuant ea; feraient faites procédions generales en
l’EgÜfc defain&e Katherine du Val des Efcolliers à
Paris >kquelk v hit fai&e bien honnefte 6c folempt-
nette, & y prefcha ledit ioür maiftre Iehan Pain 6c
Chair Dodeur en Théologie.
Eckmccredy futpublié 6c fait fçauoir par les car¬
refours de Paris* que en chafcunhoRel d’icelle ville y
eut vne lanterne 6c vne chandelle ardente dedens du¬
rant la mut; que çhafeun meChaige qui auroicchien
l’enfertnaft cn&maifon, 6c iùrpeinedelaharn : r
u r. Et le vendridy enfuiuant la cotnpaignie, ou la pluf-
part defilits Bourguignons vindrent 6c arriucrent à 5.
Denis en France eulx loger illec. Et ce iour venait à
Paris trente chcuaulxdcnaaree, dont Iefdits Boucgui 4
gnons eivpriadrcatles vingt 6c deux, les aultres nuit
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"%i Les Chroniqves
cheuauxfefauUerent& vindrent à Paris. Et bien toft
apres que lefdits Bourguignons eurent efté ainfiarrp
uez audit lieu de làin<5b Denis, partie d’eulx s’en ale-
rentdeuantlepontde faindt Clout pour le cuider a-
uoir, cequ ils ne peurent pour celle rois, & a tant s’en
retournèrent.
Et le Dimenche feptiefme iour de Iuillet audit an
foixante-cinq, lefdits Boürguignoüs vindrent voul-
llerdeuaht Paris'& n’y gaignerènt"riens, finon qu’il
en y eut aucun d’eulx tuez de l’artillerie, eftant defliis
les murs d’icelle ville, & puis s’en retournèrent, audit
lieu dcfainâ: Denis. ' •» • •
Et le lundy enfuiuant huitiefine iour dudit mois de
Iuillet, lefdits Bourguignons vindrent de rechief dé¬
liant Paris \ êc delïogerent tous dudit fàin<£fc Denis,
en amenèrent àueceulx toute leur artillerie. Et pour
grande cautelle & fubtillité enuoyerentauant qu’ils fe
monftraflent quatre de leurs Heraulx aux portiers de
la porte faind Denis, dé laquelle éftoient Commiito
res & Capitaines pour leiour,maiftre Pierre L’orfe-
ure feigneur Dermenonuille, Sc rpaiitre Içhan de
Pompaihcourt feigneur de Cervelles , &; vihdrenr fëfc
dits quatreHeraülx demander des viures pour leur olE,
& auili que on leur donnai!: pafTaige parmy ladite
ville, & dirent que feon leur bailloitt ledit palfaige^
lèfdits viures qu îlsentretoientdedens laBidevüîe au
def-honneur & grande confufion d’icelle ville. ï
> Et ainfi queon efcoutoit lefdits quatre. H eraulx fur
lès ehof& deffufifc£les, Srauant queon ieu£b peu auôk
loifir de leur rendre aucune refp once, leffe'Bourgujt-
gnons
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bv .Roy . Lo.ys XI. 3 $
gtl$®s cuis^iMrpjciidrfi àïk^camaÆii les fôhfa&s de
S^âQ^Uc^Pc ftadfraemfcnt caik q^rgatrdoierk, ladi r
ëfceporte dfe 5; Deftis ,vmdr<ent. à grant faneur girofle
cbftïpaignie Pc artncepaflêc iufques .à (àinftjUdre ëç
pljsatfWtt» cttLdamègaigcwE ksbimeces' qui aüx&ulxt
boraSjdebi
lc:Hakarit.Iâdi£lte porte auoient
çfté faites, Avenir iufquesà lachâre porte Pc dedenfc
ladiëfegifte, «a: j ettgntparr eulso canonsyferpenriner,
Pc fmltEes trdiËfe lAqupykÜri^ Pc
vàillamment refilte parles bourgois de Paris, 6t àuh
très illec.de par iadicSbe yillc^ par les gens dé
lotiachinâc de Idy? «dîmes qui s’y vihdreàt trobuen
Ecyeiitlors defHits Bourguignons tirez iraurear &
puis s’en retournèrent aux champs km aultre choft
faire, 8c femifrent enbataiile deuanc ladite ville i St
bis y :eüt beau hurxibilis de barons, vulgytes ,< ferpen-
tines, coiileurines, & aultre trait quf leur fut enuôyë
de ladite ville,& donty eut aucunsde met ôc !naurez>
Etdurantladiéteelhmbtfé^ paiflart refi¬
rent à verge du £haiMlet dé Paris nommé Caflft
Chollet^qui encourant fort efchauftëpat plüfieurS
des unes de îPaxâq erioip àtautte Vof& ces mots j bôütëi
vio uftous end'os; maifont 8c ferme» vos huis, Cto léfc
Bourgmgnoûs font entrez dedens kvïife. Età eaïlfë
de feiîdy qu’il hityeüitpiufieurs ferflMeSgroffes qui
enhoaoüdietienpauant'teril^yèc d'afûltrcâ éïi iti 0 urù-
renf&pefthfbmlèurenfendement. "•
• Le mtody ëhfuiuâfnt rie fut riens fait deuaht Paris,
finm^uhleÉohted^^âï^Pc^ qiîi éffeoit audit lieu
detkin&Penis auecqùes : lddk ; feignent dfeCharrolbis,
E
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$4 .-Les Cri roNieves
ic partit cludit lieu def^inû Denis aueeqüéS4ücün$
Pidtrds & Boyrgriigiions'eftans iïidit lieù 'd^fam^
D cuis, poutfs^eii aler au poncfaindtCloud, ôc poürle
prendre & auoir, ce qu’il ne peuft pour ce iour : Et le
mefcredy enfuiuant nicraenep aumütfefàiirift Pot ccf-
taine quanDittj d^artiHerredadic ïcignbxbdeaCharro-
lois, cotnmede cinquante a fûixante chariots. Et ce
tnefmeioucaucuns de Ikoompaignie de meflire-Picrre
deBraeyffircàtkonde!Pai-tscpcna.ralefaleurauèntU-
re deffiis lefdits B ourguignons,• qui aïnfi Soient audit
iàinét Cloud; defquels Bourguignons en fut par eulx
medeux ÿ ôc en fht prins cinq rident l’Vng dicedlx dut
fort nanre, & tellementque tout le douant defbn vi-. r
faige luy fut aba tu d Vng coup d’efpee, & luy pendoit
le viiàigeàiafpeaniur fà poitrine ; Et pat icculx, Bour¬
guignons fut prins vng Arcbidr feruiiieiir. de Mcffire
Iehan Noyer Cheualiet de la compaignie dudit Bre-
2 e. Et ledit iomldç mercredy enuiron fix heufes de
nâitdefdits Bourguignons; bailler enr vite. éfearmou-
ehe terrible & mérüeulêufe-àubouleuàrt dudit fainét
Cloud, qui fort efpouuenta ceulx de dedens qui le te-i
noient pourle R,oy : telljdment qu’ils poudrent com-
pôfition dé rendre ledicipont à ITeure prefeiterce qu’ils
firent & s’en reuindrent à Paris , eulx & leurs biens
faufs : & fi promirent de liurer.& bailler lefdits cinq
Bourguignons prins ledit iour. Et pour ce faire de-,
mourerent pour oftages laques leMaire bourgeoisdfe
Paris, qui eftbit Capitainéduditfàinâ: Cloud, &vng
homme d’armes de la compaignie dudit JdeBreze,
eilant audit pont defain€l Cloud* ; \ , ■ •
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forknurbi'4’€lfîBîd<3la
ville de Paris vng grandConfeil; pour délibérer &.
i^ôk^i^i^reÇonfcièf^itixndÂëatriiiitsJBouxgiüi;
gaoiis^tel^a'ilsîuoiqnc rpqius! que deladidievUle:
rrailèrit^Uôyerâricünsdelegciez paricellcvilk', par
deuenleditfeigrieur He Ghârrolois pourleur eftre dit
pat adxîpéebdudie ôi>kft>fecKtv lesueàuüês; pour lcfrt
quelksdsdftbiôrframfrye^ paÿsdc
France.' A quoy feé coricludqaæ^on ferék-fçaüoiri a.u«
dkdeCharioîoisqit’ïi \caü»3ÿaftbjamdaüfiondkiit f,
t» -r • i ... .. ! t. : • rr • r r • i nt
pûurau
toiotpnq
de Orléans , ouâ EonGonfoireflarndudit jHcu dcPan
ris , f pour leur faire telle'refponcequ/ii iferoit aduisç de
fairp: Et cttrafcffiif ifltaf-vâ^e&ta^^
fkne^cnüiijffliidriîq lieiiRkœd^ndflœ^^
ledit fergncuk - deCftarro lois’, pour auoir laneiponce
de <æ quexlirefti'AuFqaek 1 fiarfdlo conxnse dèuant eft
die r y àf qnéledbdeChaçrolad^iapjprqufchaÛida aücufa
lüeuiprésjparisj'&eiiuoyaft; bdic raùf cpriduiüôcque
ouvrait à Idy çoUr l ? e£couter,6s.aültre choie n’eurent:.
Etapmces chofesiiis feqeiroacanolr^cinnai^imt dit;
naprÈrj&î fSaxdhjamra : isuecj dè lknioc^doriti tbfeux; fut
baille: & fi. demandèrent à auoir. du Jkcréi St aukres
drpgucri^pqinraucuns GenrildioaimidS-qui eftoient
maJadesenleiiE Chfcydoift æml kurrific rejfêfe* qui s en
tindoantà, bienùfial xonions de:Ceul«::dé ladite ville;
Çcà tant s’en retournèrent iceute deûx Beraivilx,
Eij
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H és ? .CHlR.ONïîQrss
mois de Iuiliet atuqüti an fohôanfie & quinze *atrâkercnt
re GuHkiimoGon^imrpqnirjçportç^ntJ^t^de^aï
le Roy aux ’Bouigpis $ mahànst & habitant® ide ladidte
ville, par la teneur defquelksle: Roy ks rajeccioit cx>m-*
me deuaqt die/leuni bonsiQuloirs ipi’tkia&ateht cnn
uirs luy j'&iderkrbonne ; âo efiandeitefiftenbe-qbaJb
auoient fài £fce à Kencompelddioits &0(iU3guîghcaM. Et
qu’ikva^ffihcadidtsftaiiby kiffii w <:do Ja.Bofcolc jfib
Ganfiasocdieiaaii cc^ttikleiflrxÛDo^ntidepM^y^Iià*
quelle <rrcdaM:e ed»iocn^et jqne le Roy lès mercroit
mouladeifois de/lcun. grandes: k>yaultez „j3c ft leurl
priait loülwte jdç iriifulk jconctFf
nuer-j !Ec qhaxkffcmiébiioly aftfuitkrit tl jEaroit l.Pak
th yeoimmanhéitxhtraocndc que,plus â dcûhjiteftre*
pont damier Teqidde 3&t>jkowiiion rp^wwfcjÆ qui!
i\èi[
meqafcm&l ncincannanmd vcmft erüadiâieyiflc, cnt
poiuble luy {croit d c ^ymümeo ir;. Audi die &jpria kt»
ditGûMtfinbddeptîj ieRoy çqmc cenbcxikjParis :pQii&
tseodèmau logis. des gûnsi d’annes fiede tcaâi[3: qtu3:M
Roy amoit & menait aüecqucs.litiÿ : 8c suffi dé mettre
* ^ V 1 | • A f * ■*- §■ , Z'® r v
du potmaiftreld enry dë iiiucaJ 3 œua&dcs, fyknkanE,
que:suffifecokoû.. i ziv/:..A.i ;.:.t h il
:-i Et le Iqndy.fjn^uuant-Géfdcigg.Boucgnignons 1 qifc
eftoietdeî^gez idaffid fiânébGloiiR^ anall etméldgci
à- Montlehery^mbt ^tiouDeiïtüraii^rie^ciddandaètt
HH»” w il» k EM ww
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Iby GoOglC
&v Roy Lots XI. 1 $7
& de Brétaignedc Conte de Danois & aùhres qui s’en
vcnoient audit de Charrolois. Et de ce enfurentpor-
tcçs, ks.nQunellcs auRoy qui eftoitdeça Orléans potit
s mtvvènir à-Bam ;tLaqttei>& à coure diligence; vint ék
arriuale mardymatinfixiefmd iour dudit moj$ dé
Juillet à Chaftrès foubs ledit Montlehéry.. Et d’ilieç
fansifay ceÆradthicr ouquobknpeu,: 8c fans attendre
toutbfi compkignic qui cftoit pour gensii chenal la
phistœllcô: miailxên point que oneques auoit efté
vaaërpQjauaiic^pt)urxnitd^ degkms ;cmjl.yi auoit.-Se
yinc riappcr& 'DCJiiter dedens raimœdeidit^)Bc«H>
guignons^ illec àfabordef yeuft faitdesplùs beaulx
faks-d’amies queianmiais furent veus pour vng peu de
gensrtiac audic’eftoient tousnoblies hommes,vaillant
j8cdegraiitéflitc, qui tellement b efongnerent que le
Ray gaigm.& mift en fuite roiitel’auangarde defdits
Bouiguignpns ÿ&iyeüft d’iccuk ficaggirignans ai hw
diétcireaK)nuegrartdqîiandt^deirLorts&pris. Ecdt
icelle defcanficure en vint incontinant le bruit à Paris;
de laquelle ville en yffit aux champs plus dç trente mit
pexfdratcs ,paracdcfqueks en alerent aiçheujLM l’e&
cart,8ctrauuercnt moulrdefdits Bourguignons qui
furent prinsâc dcfjconfis par culx, 8c auili de ceulxdcs
vilkigcs diantout d!ice]iq ville yXommedéVainiicsy
Scure^iàmârCloud > Surefnes, 8c aultresr Peux.
£c en cefaifamfut gaLgnehkn grantbutin fur lefdits
Bouiguignons, tant en chariots, Bahus, malles, boi*
tics/queaultiremeut r ôctaht y perdirent lefifcts Bout-*
guignons que on difoit lors que leur perte en toutes
•i&ofes montait plus de deux cens mil efeus d’or. £c
iE
Digiti d by c.ooçLe
3 g . L £ s : CHR CKN/LQVES
;aprés queiàdiûe auangàrde eafttûé ainfidefosMifîte"*
.leRoy n on content de ce, mais cuidant toufiourspen-
•jfeuçrer & auoir le bout dieeub :Bourgtûgnons,!&
^nsifoyredrclcbirnc prendreawam repas, ne iuy:ric
fes gens ,fe rebouta luy, fa garde , & environ quatre
censlances delà compaigniedédenslefdits Bourgui*
gnons, qui s eftoient fort ralkz par le moyen dudit
Conte de iïàkwSb Pol , qui moult oien lèruift ledit, de
Charrolois celle iourneerlefquels Bourguignons:re^
cudüii’ent-vigoureuiçmentle Roy ôclàdkbeajmpaij-
gtùe,,' car ilfejsfeftoientiferrez en bamiüe&:pajrjordte,&
leur artillerieippreÜree, de laquelle ils gireuerent fort
les gens du Roy» & en tuèrent plufieurs gens de bien*
& auflède ceulx de la garde- du Roy qui: moult:.vail*
lammentiè portèrent & feruirenc bien le Roy,;qiïi
euft illec beaucoup affaire, & en grant dangierpardi-
ueirfes fekdcfà perforine: car iln tuïoictque.iwTg peu
degefis ii8e fans-artillerie sEttdlemqnt y futiopprèfe
le Roy qui toufiourseftoit des premiers dedensÿ quil
ûefçauoicque faire. Etpbfé oresqu’ilnauctttqitevn^
peuidegensiyfî mainccnoient plufieurs/queî s’il toaq
éu jdauantagecinq cens francs archrers à pie' poür jlkc
expedier les.Bour guignons, qiii illec furentiettezpdf
t^rrequfapres fe releuoiemt ÿqu’il ctuftmis on tdicimfcF-
icdkioh iceuk Bourguignons ^quefiarnais nlcuRMe
memdire d’eulx en armees. Ledit feigneurde Charroi-
lois y perdit toute fa garde. Et atrifi fift lcRôy beau¬
coup délai fiennc. Et rqtteHementiuiuyidlit deÇhair
rolois que par deux fois fut priins par Geuffroy çjjejSè.
Belinôc Gilbert de GrafFay, & puis fur refcoux. Et
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dv Roy Lo ys XI. 1 ^
durant ladi<fte iourneey euft grantoccifiondc hom-
mes & decheuaulx ,dontpluüeursen furent tuefe par¬
les ribaülx piétons ducoftédudit de Bourgongrie, qui
depicques & aultresferremens les tuoient, &.ymou-
ttftdc gens de nobles maifons de cofté & daultre.
'Et apres que tout fut fait on trouua queaudit champ
yeftoient mors trois mil fix cens hommes, Dieu en
aitlesames. Etversk nuit IcsEfcofTois de la garde du
Roy, voyans & cbnfi derans le grant dangier ou le
Roy eftoit & la grant perte de leurs gens : aufti que
lefmts Boùrguignôs pourfuiuoient fort & afprement,
prindrent le Roy qui moult eftoit las & affii<ft, & qui
n’auodtcefsédecombattre & faire grans armes toute
la iournee, fans boire & fansmenger, & le menèrent
dedçnsle Chafteau dudit Montlehery. Et poureeque
pluficürs eeris dei armee du Roy nauoient point veu
qu’il euft ainii efte mene audit Montlehery & ne le
fçauoiBnt où trouuer, cuidoient qu’il feuft mort ou
pris , & à tefte caufc 1a plufpart d’ieeulx (émirent en
fuite: Etlors Monfeigneur du Maine,Monficur l’Ad¬
mirai de Montaulban, le feigneurde laBarde&auI-
tres Capitaines qui bien auoient de fept à huiâ: cens
lances fe retrahirent, &c s’en alerent & habandonne-
rent ainft le Roy.Et à ladite iournee nul des deflufdits
ny frappa vng feul coup, & à ces moyens le champ dé¬
molira aufdits Bourguignons, & en icelle rencontre
aunombre des mors y furent trouuez de gens de fa¬
çon & de bonnes maifons:C’eft aflàuoir Meflire Pier¬
re de Breze Çheualicr Senefchal de Normendie, Gçu£
froy defaindt Bclin dit la Hyre, Bailly de Chaumont,
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4o .Les Chroniques
ïioquef Bailly d’EumiK y&plufieurs aultrcs Cheuar
licrs & Efcuycrfc de nom dd brcompaignic duRoy ; Et
aufîi de la compaignicdcfdits B our guignons yefteut
beaucoup de mors, fie de pris plus que de ccubt 4d
Roy. Et apres que ie Roy eut ndfté vngipèu rd&fCby
audit Ghifteau de Montlehcrÿ, fiaft mené & conduit
d’illec iufques en la ville de Corbueil, ou il yfejourna
iufqnesavt ieudy enfumant dixhuiéHefme iour.dudit
monde Iiûlletqu’ilarauafht Ie,tarden> fa villede Pa¬
ns : &c fouppa cedit iour en l’oftel de fon Lieutenant
general Meffire Charles de Meleun, & auccques luy
y jfoupperentaufïi plufieurs feigneurs, damoifellbs, fie
bourgoifes : auquel lieu il recita fon aduenture tout
ainft aduenuë audit Montlehery. Et en ce faifant dift
fie declaira de moult beaubc mots & piteux , dequoÿ
tous fictoutes plorérent bien largement. Er fi dift plus
que auplaifir de Dieu le lundy enfumant il retourne-.
roit .de reehief à l’encontre de Tes ennemis, €fc qu’il
mourEQitçh lâpour fuite, oif que brief en auroit
bout, dortt il ne fe fift riais : pourcè qui! fut confeilid
pour le mieubt du contraire, auecques ce qu’il fut laft
cheméwfeniy de fefc gais deguerre, fie ne rintpointa
luy, çat il elloitaffez & trop vaillant. , i '
Et levendredy enfuiuant dixncufiefme dudit mois
de Iuillet audit an foixante-cinq ,vng Gentilhqmnae
nomme Laiirens de Moryprès de MicdryënErancc,
qui aûokeffé canif ituépriionnier en la Bàltidc famëfc
Anthoine, pour occanon de ce qu’il auoit fàüarife
lefdds .Bourguignons ► & les aiiok induits âcrhdaca
en dniersliétee, en plufwuts maillons addesmdiuets
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DV RO Y' liO VS Xir %%
Villaiges d’entour Paris appartenans a âuîcuns bour**
gôis audit lieu de Paris, pour icelles maifons pillier &
prendre les biens defdits bourgois de Paris. Et queen
ce faifant auç c plufieurs larreciris fut fait fon procez
fur lefdits cas audit lieu de la Baftille, par aucuns Côm-
mifïàires à ce faire ordonnez. Par lefquelles fut dit & ;
declairé audit de Mory qu’il eftoit cnmineulx de cri¬
me deleze Majefté, &:commc tel le condempnerent
à eftre efcartellé es Halles de Paris, & fes biens & heri-
taigés acquis & confîfquez au Roy, dont & dequoy il
appella en la Court de Parlemen t : par reuerence. du¬
quel appel fut différé d’eftre exécuté pour ledit iour:
Et le fàmedy enfuiuant par la Court de Parlement fut
vuidé ledit appel, en corrigant iceliuy fut dit par Ar-
reft de ladiéte Court que ledit Laurens de Mory ferait
pendu & eftranglé au gibet de Paris. Et fuft exécuté
çedit iour. d. r. r :•: r..
: Et ceditiourdefamedy PEuefquedeParis nommé
Maiftre Guillaume Chartier & aultrès Confeilliers &
gens d’Eglife dcladiÀe ville, fufent deucra le Roy en
fon hqltcl des T oumelIes.Et là fut orbpofé deuant luy
par ledit Eüefquè & diètes de moult belles parales,qui
toutes tendoient affin que le Roycbnduifift delà en
ftuanf toueps fps affaires par boncxrafeil, ce qde le Roy
accordà.Et futlors ordonnéqùe deiaenauanc iroient
au Confeil du Roy auecqueS le CoiifeiLordinaitê: c’eft
affauoir Çx Confeilliters bbuigois de làdiète ville ,Ex
auïtjc^ CoidèiUiensidêrla Court de Parlement fix
Çlersprms enrViiiuerfité de Paris. Et àuffî pource
que le Roy vit qu’il auoit moqlt d*ennemis en foui
F
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4* Ltt 0HR.ON1(^VBJ
Royaulme, mift endeliberationde trotmer des geins'
de guerre auecques ceulx que defià il auoit, & auffi:
combien on en crouueroit à Paris.: Et à cefte caufe fut;
ordonne quê tons ceulx de Paris feroient prrns par ef-i
cric & par dixenes, poiir en prendre de chafcunedixe-:
ne dix hommes, mais il ne s’en fift riens.
Et au moyciidc la venue du Roy à Pàrisdlconuicnt
que pluficurs gens de guerre qui le. fuiuaieht feuflenc
logezesvillaiges d’antour Paris & de Brie, & aultres;
Heux voifins ^Icfquck gafterent &. defeonfirent tous
lefdits viilaiges ,&c prinnrentde fait & fins riens payée
tous viurd qu’ils y troimertnt, & aultres chofes qui
appartenaient, tant aux hahitans defdits viBaigcs que
d’anlcres demouransà Paris : Etaufh quant le Roy fer
trouula à Paris ii .fe ttèuùaforcchargé des geiis de
gucrre. y pour lefquels payer de leurfdits gaiges & foui-
dees,luyconuintfiner de grans fommes ac deniers?
car il nercceptiokriicris idaitçùnes viflesr for liefqudlcs
bfdks gaiges eftoientaffignez., qui cftoient tenues te
vfurpefes par aucuns Princes qui nc:\wbdbient riens
foumâr eftre euçâHy dudit payement en! leur pays, foi
contmntdefaireempïunt d’argent furpluheurs Of¬
ficiers & aultres de fi ville de. Paris, aufqudta de par
luy fot demandé argent à prefterydequoy ik forent
rcfiufans , amnoms defigranc femme que on-leur de-
tnandoit. Et pour leur reffiasàauomscfeulx foc dit Ô 6
declaire.de pàt lé Roy quedeluyiiseftokric priue^d^
roütcsOffices R 6y aulx, commé^moittfo
netcau Greffier de Parlement, maiftreMartitt Picard,
GonffilHccdes:Comptes ) & aultres.^ ^ v
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dv Roy Loys XI.'
Et le: mecisedy eWkmàûtvingeqùacriefiïée, lour.jdç
Iuillecauditan foixaritcciriq, ieRsdy fîfl; bailler eomf
million au IPreuoft forain de Senlis pour àler abatre le$
arches depbmfàin&e Madrances, poutce qu’il eftoit
gcaht bruic que le léignair xîe Sauleufcs auee grànt
nombre de gens deguerre, venoicnt audit lieu poutle
prendre fusceulx qui le tenaient pour Je Roy. Et ce
mcfme iour le Roy du auoit donné fa Capitaàieirk à
Iehan L’orfeuteChaftellain r dudit liai j & luy donna
charge d’aler garder ladideplacé,& luy deffendit bien
fort queriens nen feùft rompu dudit pont. Et le ven*
drcdy ehfiliüant le Roy ordonna qu’il derriourroit
deux cens lances à Paris, fcijibs la chargea conduire
dudit Bahardd’ArhùgimcCofjitEide Comminge, de
meilireG iUes ! defamt 3 yfndnjBan% de Senlisdé:fîre de
la Barde, de Gharle&des Mares,& dudit mcfEreChar¬
les de Melcun, que le fyoy cofïâAm Lkutcnantpour
hiycnladiCie vilîe^àiai'ebtioni&t ïcqiicfted’aucunes
gens d’Églifey &:dcs PreupfbdeaMarchahs & Efche^
uinsde ladiéte ville. j
.:i Etlé iàmedy enfiiiuant vingt^eptkfme tour dudit
mois de Iinllec audit an foixante ciiaqy vng. nommé
Iehan de Bourges qui auoit eûé Clerc & fcruiteur de
mai&re Iehatl Berard Conieillier du Roy naftrc Sire
en ia Gourcde Parlément , qui auoit efté mis & con*
fticué prifonnierauec Gaciou Meriodeau & Frakiçois
Meriodeau fon frere, pour occafioh de ce quils âé
aulcres * s> éftoienc chez de Paris cm Bretaigne par de-»
vrcri haondit feigneur de Berry j; en; conipdrant cootfè
le Roy : fut iceliuy Iehan de Bourges tiré hors de la
Fij
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Les Chrolniqa^es
Baftiftêy& icdic François: Meribdeati. Et par la £cn-
tfctrce du Préuofctfes Marefchauh: furent noyez en la
riuief ê de Seine par le bourreau de Paris, deuât la tour
de billy : & 1 e mardy enfiiiuaht vin gt-ncufiefme iout
d’icelluy mois ledit < 3 acEen.qui eftoit Notaire du Roy
au Chaftellet de Paris., &c pour ledit cas fut pareille¬
ment tiré dudit lieq de la Baftille, comme les aultres
deflùs nommez, & noyié auheudefftddiil Etpardlle-t
ment y fut âulïi naye;vng pbttfe dyde à Maçon qui
auoit èfté enuoyé dè Paris à Eftampès de par là femme
d’vngnommé maiftre O do dé Bucy r^pour porta: let¬
tres audit de Bucy fomniary,qUl Icirseftbir Adubcat
au Ghaftellet de Paris j& qui çltoit audit lieù d'Ellam-
pes,apeclcfrereduditfâgnein de fàin £b Pbl, dont il
eftoit fèbiiteur ^eftjdrc audinEnanipès àuec les aultres
Princes &c Seigneurs.eftans côntte LdRoyycommedit
eflr. Etlequel aydeà Maçon rapporta,, rpfpcmce defdi-
ûesiettres àdadûfee femme deraaiflrè O db, quiauoit
gaighé par chafcuii îourqud auoit vacque à afer audit
Heud’Eltampes & retournera Paris v pair chafcun tour
déux fols parmsv Ppurlequel cas ledit ayde a! Maçon
futauili çondempné à mourir > & fut noyé afu, deuant
dit lieu apres les aultres deflfus nommez.: Et le landes;
mainiut *fait commandement?à. icelle femme duefas
mrifhê Odb de vuider iEars : de la tille, de Paris, ce
quelle fift & s’en ala à fainéb.Arrthoiiïedes champs
hors Paris : ou depuisxcaifiours, s’eft tenue, iiifqucs à
cu.que l’appointemcntrftit fait encrele Roy 8 c les
Princes-& Seigneuns, qui depuis vindrent àfàint Mo%
Conflans,&deuant Pâris. . ... .. J
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d v Roy Loys XV 4$
, Et apres que ladi&e rencontre euft efte ainfï faietc
audit lieu de Montlehery, lefdits Princes tous enfèm-
ble ainfi eftans contre le Roy que dit eft, furent & de-
mourerent enfemble, fe mirent audit lieu d’Eftampes
& s’y tindrent par l’efpace de quinze iours : Et apres fe
deflogerent& prindrent le chemin par deuers fainét
Mathurindel’Archant, Moreten Gaftinois,Prouins.
& le pays d’enuiron. Et quant le Roy en eutouylès
nouuelles, il enuoya à Meleun, Monftereau, à Sens,&5
aultresvillesd’enuiron,desgens de guerre,&del’ar^
tilleriepour gardée lefdits lieux, & pour faire des fail¬
lies fur les deifufdits quant ils verroient leur auantage;
Et le famedy tiers iour d’Aouft audit an foixante-
cinq ,lc.Roy ayânt fingulier defir de faire des biens a
fà ville de Paris &:aux habitans d’icelle, remift lequa-
triefmeduvinvendu à detail en ladite ville au hui-
étiefme : & veult que tous preuillegez peuifentioyr de
leurs preUilleges, tout ainn qu’ils àuoient fait durant
la vie dudit dedunéb Roy Charles.
Et en oultre ordonna toutes les importions qui
auoient cours en kdi&e ville eftreabatuës , hors Sc cxà
cepté les denrecs de Ex fermes vendues en gros en icel¬
le ville : c’eft affauoir les fermes de la buiche, du pie
fourehié, le drap vendu en gros, le poifïbn de meh-Et
ce mefine iourèos chofes furét publiées à fon de trom- F
pe par les carrefours de Paris, en iaprefence de lire De^
nisHeflfelinEfleu fur le fait desAydes à Paris: Et in£
continent apres ledit cry tout le'papulaire oyanticeh»
luy, choient de joye&de bon vouloir, Noël, î^ocl;
Et en furet faits les feuxparmylesiucsdeladi&evillei
* F iij
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4$ !Lés Chron iqjv es
. Et le Diménchc enfuiuant quart iourd’Aotift,
Reuerend Pere en Dieumaiftre Iehan Balue fut iàcré
a Euefque d’Eureux cnl'Eglifc noftre Dame de Paris*
& ce mefme io ur le R oy fouppa en loft eide fon Tre-r
forier des finances, maiftre Êftienne Cheualicr : ôc le
mardy enfuiuant fut exécuté és Halles de Paris vng
jeune cômpaignon nommé'maiftre Pierre de Guc-
roiiltnarif de Lefigneni & illccefcartellé parla fcnten*
çedu Preuoft des Marefchaulx, pour occafion de ce
qu!i]auoit confefle eftre venu de Bretaigncà Paris, 6c
illec enuoyéi de l’ordonnance du Due de • Brçtaignc
pour dire ôc aduerrir le Roy que plufieufs Capitaines;*
6c chefs deguerre de fon ordonnance 6c retenue e-
ftoient à luy contraires, pour ;ôc afEm de mettre difTem
tion entre le Roy & lefilits gens de guerre, & auflî
pour accuferpluüeurs notables perfonnes de Paris, de
non eftre à luy fcaulx, & auecques ce pour efpiér &
regarder quels gens de guerre & puifiance le Roy
auoit pour tout ce que dit eft, 6c rapporter aufdits
princes 6c feigneurs au Roy contraires, pour mieulx
ôc plusaifément exécuter contre luy leur dampnee en-
treprife. Et pour ledit cas fut ainfi exécuté que dit eft,
fes biens & heritaiges au Roy acquis Ôc confifquez.
- Audit temps lelfe Bretons, ôc Bourguignons pa&
fcrét les riuieres de Seine «Sc Ÿonnepar bafteaulx qu’ils
trouuerent à Morct en Gaftinois 6cailleurs. Et audit
paflàige faifaot fe y trouua Satezart ôc aucuns de k
ccynpaigniedeI.oua(diiiiRouauIi pour cuider empef*
çhcr ledit paflâige, mais ilsn’eftoient que peu de geiw
ôc fans artillerie. Elles ennemis du Ro y en aument lar-
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bv Roy Loys XI.' 45»
gement,parquoy les eonuint recuiller & retraire : Si
audit paflaige fut tué par lefdits Bretons contre lefdits
gens du Roy d’vne ferpétine,qui d’vng coup emporta
le bras dvn Paige,& apres vint frapper vn gentilhonv
me nommé Pamabel parent dudit Iouachin Rouault,
parmy le petit ventre, & apres en tua trois aultreS
nommes de guerre. >
Et le: kudy enfuiuant huiéfciéfme iour d’Aouft,’
Monfeigneur de Pretigny Confeillier du Roy noftre
Sire & Prelident en fà Chambre des Comptes à Paris,
& Chryftofte Paillartauffi Confeillier dudit feigneu?
en fàdiéte Chambre, que le Roy auoir enuoyez pat
deuers le Duc de Calabre qu’ils trouuerent au pays de
l’Auxerrois, pour luy porter lettres de par le Roy, s’en
retournèrent à Paris par deuers le Roy a toute la ref-
ponfe qu’ils auoient eue dudit de Calabre. Et le famé-
dy enfuiuant dixiefme iour dudit mois leRoy fe partift
de Paris pour aler a Rouen,Eureulx, & aultrcslieutetf
Normendie,&ala ce iour à P on thoife : & àfon parte-
ment de Paris ordonna plufieurs francsarchiers qui e-
ftoient venus dudit pays de Nofme|idie, & enuirori
quatre cens lances des compaignies de feu Floquet,dii
Conte de Boutongne, de reu G euffiroy de fàin&Be-
Ütt, dtofcigneurdeCraon& dufeigneurde la Barde,
eftre& demeurer à, Paris pour la garde & turion dé
ladiébe ville.
Et ledit iour du partement du-Roy fe tint & affermi
bla vn graiit confcd énl’oftébde >lâdii£be Yiftedè Pârisj
& en icclluy tenant vint & âtriua audit cOnfeil vrig
Gentilhomme de par k R oy nommé h fèigneü* dé
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4* Les C hr o n r qv s s
BttifTet qui vint dire à tout le confeiï ainfralTemblé*
que le Roy leur mandoit depar luy qu’il auoit change
propos, & que le mardy enmiuant il feroit de Ton re¬
tour audit lieu de Paris : & au regard defdits francs ar-
çhiers de Normendie qui citaient des Bailliages de,
Caen & Alençon, ils frirent logez par distribution :
c’eft alïauoir ceulx de Caen qui auoient iacqueétes ou.
eftoit efcript delfus la broderie Caen,frirent mis &
logez toutdedens l’oftel & pourpris dudit Temple:&
les aultres dudit Bailliage d’Alençon qui auoient ia-
queéïes ou eftoit deftiisefcript aufti de broderie, Âuài
partent : furent logez au quartier dudit T emple, ou ils
peurent eftre logez oultrc l’ancienne porte dudit
Temple.
En ce temps maiftre Ieliafn Bcràrd Confcillier du
Roy en là Cour de Parlement, s’en partift & ala audit
pays de Bretaigne par deuers mondit fèigneur de B er-
ry, pour ce qu’il diloit qu’on auoit arrdtce prifonnic-
re là femme a Paris, & fait vuider hors de ladite ville,'
pource que on la chargoit d’auoir ’fauorifë mondit r
fèigneur de Berry Ôç autres fes feraitçuts contre le
Roy,
Audit temps fut public & crié par les carrefours de
Paris, que tous ceulx de laditfte ville qui .auoient, ma¬
rdis aux chaps d’icelle ville, feiffent qoupper & abatre
tous les faulx & aultres arbres eftans en iceulxi & tout
cededens deuxiours, du aultrernent &>u$ iceulx fàülx
& aultres arbres eftoiçnt' habandonnez jà tpuf .-ceute
quiles vouldroiçntabatre. Et ce mefme ioftr vint &;
arriuaà Paris.monfieur leÇpfttç d’Eu, oummfiiLieu^
tenant
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dv Roy Loÿs XIC 49
tenant du Roy. Et comme tel y fut receu I edit iour qui
eft oit letreiziefmeiour d’Aouft mil quatre cens foi-
xante cinq.
Et le mardy enfuiuant quatorziefme iour dudit
mois d’Aouft, ledit Câlin Chollet dont deuant eft
parle, pour le cas deflufdit de auoir crié en courant par
les rués de Paris,boutez vous en vos maifons & fermez
vos huis, caries Bourguignons font dedens Paris. Et
qui à caufe de ce auoit efte depuis conftitué prifonnier
par fcntence du Preuoft de Paris fut condempné à
eftrebatu par les carrefours de ladiébe ville, & priuc
de toutes Offices Royaulx, & eftrc vng mois encores
en prifon au pain 6 c à l’eauë. Et fut ainfi mené que dit
eft battre par lcfdits carrefours dedens vng ord, villain
& paillard tumbereau, dont on venoit de porter la
boue en la voirie. Et en le batant par lefdits carrefours
comme dit eft,le Roy crioit à haulte voix au bourreau,
bâtez fort & nefpargnez point ce paillard, car il le a
bien pis defteruy. Et ce mefme iour arriua à Paris deux
cens archiers tous à cheual, dont eftoit Capitaine Mi¬
gnon: tous lefquels eftoient afTez bien en point,au
nombre defquels y auoit plufieurs cranequiers, voul-
giers & couleuriniers à main. Et tout derrière icelle
compaigniealoyent à cheual huiét ribauldes & vng
moine noir leur confeffeur.
En ce temps meftire Charles de Meleun qui auoit*
efté Lieutenant pour le Roy audit lieu de Paris durant
le temps deftufdit fut defappoindé de fa charge, 6 c fut
baillee audit feigneur d’Eu,& au lieu dudit eftat de
Lieutenant le Roy le fift fon grant maiftre d’hoftel i ôc
G
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jo*. Les Chroniqves
fi luy bailla le bailliage & la Capitainerie d’Eureux, &
la Capitainerie de Honnefleu.
En ce temps aucuns defdits Bourguignons & Bre¬
tons qui s’eftoient rafrefchis en la ville de Prouins,
s’en retournèrent à Laigny fur Marne le iour & fefte
demy-Aouft. Etlcvendredy enfuiuant vindrent lo¬
ger à Creteil maifon fur Seine, Cheelle Sainde, Ba-
pteur,&aultres lieux illec enuiron. Et pource qu’on
aoubtoit fort lefdits Bourguignons & Bretons retour¬
ner deuant Paris, & qu’il rut rapporté que maiftre Gi-
rauld canonnier s’eftoit venté de affeoir & affortir de
fon artillerie à la voirie deuant la porte faind Denis &
celle de faind Anthoine pour fouldroyer aucuns lieux
de ladide ville, & au long des meurs fut ordonné ce
iour en ladide ville que chafcune perfonne alaft le
landemain en ladide voirie garni de pics & de pelles,
pour ruer & efpendre icelle voirie, ou ce que on en
pourroit faire, & ainfi fut fait : mais on ny filt quepeu
ou néant, '& fut tout laifsé. Et à cefte caufe furent fait$
defliis lefdits murs plufieurs tauldis, bouleuers, ôc
tranchées au long deldits murs, pour la feureté & def-
fence de ladide ville & des habitans d’icelle, & auffi de
ceulxquifeemployeroient à la garde & deffence d’i¬
celle. Etlefamedy enfüiuant plufieurs notables per-
ibnnes & de diuers eftats de ladide ville furent par de¬
niers mondit feigneur le Conte d’Eu Lieutenant pour
le Roy en ladide ville, auquel ils firent de moult belles
temonftrances qui concluoient qu’il luy pleuft pour le
bien , proufEt & vtilité du Roy, de ladide ville & des
iubieds d’icçlkj & du Royaubne, de aduifer façon 6 c
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dv Roy Loys XI. $r
moyen par deuers lefdits feigneurs de Berry^Bourgon*
gne, Bretaigne & aultres deuant nommez, dauoir
auec eulx aucune bonne pacification de paix ou accord
à rhonneur du Roy & aufoulagement & bien dudit
Royaulme: A tous lefquels ledit monfieur d’Eu fift
refponfe telle que le Roy l’auoit mis & laifsé à Paris
pour y eftre fon Lieutenant, & en Ton abfence pour
donner de tout fon pouoir, prouifion à tout ce qui fe-
roitnecetfaire tant au Roy que au fait dudit Royaul-
me, & que à ce faire eftoit bien tenu & obligé, & que
àtoutcequepoftible luy feroit ilmettroit toute pof-
fibilité de pourchafter ledit accord & bonne vnion
auec les feigneurs defiufdits, & que fi meftier eftoit
luy mefmes fe oftroit d’y aler en perfonne, & plufieurs
aultres chofes luy fut dit de par mondit feigneur d’Eu
& maiftre Iehan de Ponpaincourt fon Confeillier.
Et le lundy enfuiuant lefdits Bretons & Bourgui¬
gnons & aultres de leurdiéte compaignie vindrent
deuant le pont de Charen ton, auquel lieu ils aflirent
plufieurs pièces d’artillerie, & d’icelles tirèrent aulcuns
coups contre la tour dudit pont. Et incontinant ce fait
ceux qui auoient la gardedudit pont l’abandonnèrent
& s’en vindrent à Paris,parquoy & qu’ils n’eurent nul¬
le refiftence, pafferent incontinent par deflus ledit
pont auecques leurdkfte artillerie. Et ce mefme iour
enuironvefpresiceulx Bretons & Bourguignons vin¬
drent vouifter pardeuant Paris, & là y euft deux francs
archiersdeCaën qui y furent tuez, & aufii y eut au¬
cuns d’iceulx Bretons & Bourguignons prins & ame-r
liez à Paris : de celle nuit aucuns des deffufdits Bretons
Gij
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Les Chroniques
& Bourguignons s’alerent loger dedens le parc du
bois de Vincennes enuiron de trois à quatre mil hom¬
mes. Et le mardy enfuiuantmondit feigneur d’Euen-
uoyadeuers lefdits feigneursvng nommé le feigneur
de Rambures pour fçauoir de leur intention & qu’ils
vouloient dire.Et le landemain ledit feigneur de Ram-
bures retourna à Paris : mais de ce qu’ilfift par deuers
lefdits feigneurs en fut peu de bruit,& ce iour vindrent
voulfter deuant Paris: & auiTi yfht aulx champs des
gens de guerre de Paris; mais il n’y euft riens fait finon
qu’ilycuft vng franc archier d’Alençon qui fuft tué
par lefdits Bourguignons.
Et le ieudy enfumant vingt & deuxicfme iour dudit
mois d’Aouft lefdits Bretons & Bourguignons vin¬
drent efcarmoucher 3 & il yflic de Paris plufieurs gens
de guerre aux champs, & là y eutvng Breton archier
du corps de mofieur de Berry qui eftoit habillié d’vnes
brigandines couuertesdeveloux noir à doux dorez,
&enfa telle vng bicoquet gamy de boüillons d’ar¬
gent dorez qui vint frapper vng cheual fur quoy eftoit
monte vng nomme d’armes de l’ordonnance du Roy
par les flans &c la euilfe, tellement que ledit homme
d’armes en s’en retournant à Paris ledit cheual cheut
foubs luy tout mort delfoubs les galleries des Tour-
nelles : Et incontinant que ledit Breton eut ainfinauré
ledit cheual, vint à luy vn archier de là compaignie du-
. dit Monfieur d’Eu, qui le trauerfa tout oultre le corps
d’vne demie lance ,& incontinent cheut à terre tout
mort, & fut fon cheual amené ôc habillement; prins
pour apporter àParis,& le corps laifsé mort en chemin
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bv Roy Loys XI? ^
fe. Et bien tantoft apres vint vng Herau It à la porte S.
Anthoinequi requill auoir ledit corps mort:ce qui luy
fùfl o&royé, & le fift porter à S. Anthoine des champs
hors Paris, où illec fut inhume' & fonferuice fait.
En ceditiourmondit feigneurde Berry qui eftoit
logié à B eaulce auecques plufieurs defdits feigneurs de
fonfang,enuoya fesHeraulx à ladidfe ville de Paris
qui apportèrent de par luy quatre lettres, les vnes aux
bourgois,manans & habitans d’icelle ville, vnes à T V-
niucrlîté, les aultres aux gens d’Eglife, & les aultres à
la Court de Parlement: Qui contenoient en efFeft que
luy & ceulx de fon fang auecques luy tous alïemblez,
eftoient illec venus pour tout le bien vniuerfel du
Royaulme de France, & que par ladite ville luy feuf-
fent enuoyez cinq ou fix hommes notables pour ouyr
les caufes pourquoy luy & ceulx de fondit fang e-
floientainfi venus que dit eft. En obtempérant auf-
quelles lettres & pour icelles oyr & efcouter furent ef-
leuz & deleguez pour ladi&e ville, maillre Iehan
Choart Lieutenant Ciuil au Chailellet de Paris, mai-
lire François Halle Aduocat en Parlement,& Arnault
Luillier Changeur de Paris. Pour l’Eglife de Paris mai-
lire Thomas deCourcelles Doyen de Paris,maillrc
Iehan de Loliue Dodteur en Théologie, & maillrc
Euftace Luillier Aduocat en ladi< 5 te Court de Parle¬
ment. Et pour ladi&e Court de Parlement, maillre
Iehan le Boulengier, maillrc Iehan le Sellier Archidia¬
cre de Brie, & maillre laques Fournier. Et pour i’Vf
niuerfité tnaillre laques Ming Liant pour la faculté
des Ars, maillre Iehan Luillier pour Théologie, mai-:
G iij
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Les Chroniqves
lire lehan de Montigny pour Decret, & maiftreAn-
guerrant de Parenri pour Medecine. Tous iceulx
nommez dcffus eftoient menez & conduits par Reue-
rend Pere en Dieu le deuant nommé Guillaume Euef
que de Paris, qui eut la charge de prefenter, mener ôc
conduire tous iceulx nommez.
Ledid iour y eut vng archier du feigneur de la Bar-*
de monté à cheual, armé & délibéré d’aieràfon auen-
ture, vint à la porte faind Anthoine : auquel archier le
Baftard du Maine qui gardoit la porte faind Anthoi¬
ne dift & deffendit qu’il n’y alaft point, lequel archier
luy refpondit que fi Feroit, & qu’il n’elloit point à luy
ne foubs luy : mai&eftoit audit de la Barde ion maiftre
& Capitaine. Et lors pour fon refus ledit Baftard du
Maine tira fon efpee pour frapper icelluy archier, & le¬
dit archier tira aufïi la Tienne pour fe reuencher. Et
alors ledit Baftard du Maine cria à fes gens & aultres
eftansà ladide porte, prenez ce ribault & le tuez. Et
incontinent fut couru fus audit archier, & illeç le tuè¬
rent tout mort. Ce iour aufli vint nouuelles que mai¬
ftre Pierre D oriolle general des Finances du Roy, la-
uok delaifsé & s’en eftoit alé rendre à monfeigneur de
Berry. Cedit iour aufïi les Ambafïàdeurs de Paris qui
ainfi eftoient alez à B eaulce par deuers les feigneurs de¬
uant dits, s’en retournèrent à Paris & vindrént arriuer
en i’oftel des Tournelles, où ils trouuerent mondic
feigneur d’Eu : auquel ils dirent ce qui leur auoit efté
dit Ôcpropofé.
Et le famedy enfuiuant furent tous les deiïiis nom¬
mez Ambaffadeurs en l’oftel de ladite ville,ou eftoient
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dv Roy Loys XI. 55
afTembtez plufieurs notables perfonnes pour oyr ce
qu’il leur auoit efté dit par les deffufdits Princes & fei-
gneurs, à quoy ne fut riens conclud pour la matinée :
mais fut ordonné que ledit iour apres difner feroient
affemblez en ladi< 5 te ville, rVniuerfité, l’Eglife, la
Court de Parlement, & aultres Officiers, & le corps
de ladiéle Ville, tous lefquels s’y trouuerent : & con¬
clurent qu’au regard des trois Eftats que requéraient
eftre tenus lefdits Princes & Seigneurs dirent que la te-
quelle eftoit iufte. Et en oultre que palTaige leur feroit
baillé à Paris, & des viures en les payant, & aulïi en
baillant par eulx bône caution, que nul mal ou efclan-
xlre ne feroit faiét par eulx ou leurs gens en ladiéle ville
ne aux habitans d’icelle, fauf fur tout lebonplaifîr du
Roy. Eta tanticculx AmbafTadeurs retournèrent par
deuers lefdits Princes leur dire leurdiéle deliberation.
EteftafTauoirque durant que ledit Gonfeil fut en la¬
dite ville a Iadiéte heure d’apres difner, furent tous les -
archiers & arbaleftiers de Paris en armes deuant ledit
hoftel, pour garder d’oppreffer les oppinans audit
Confèil. Et ledit iour de famedy les gens d’armes de
l’ordonnance du Roy ellans en icelle ville, firent leurs
monftres au long de ladiéte ville, & tous marchans les
vngs apres les aultres par ordre, ce qui faifbit bien bon
veoir. Ee premièrement aloient les archiers à pié dudiè
N ormendie, & puis les archiers à cheual, & en apres
les hommes d’armes des compaignies de mondit fei^-
gneurd’Eü,de monfeigneur de Craon,de monfei-
gneur delà Barde, & dudit baftard du Maine, & po-
uoient bien eftre en tout de quatre à cinq cens lances
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5 6 Les Chroniques
bien en point,(ans ceulx de pied,qui bien eftoient
quinze cens homes & mieux. Et ce mefme iour le Roy
efcriuift lettres à ceulx de Paris,par lefquelles leur man-
doit qu’il cftoit àChartres auecques fon oncle monfei-
gnçur du Maine a tout bien grant nombre des gens de
guerre,& que dedés le mardy enfuiuat il feroit a Paris.
Et ce mefme iour vint & arriua à Paris l’Admirai de
Montaulban & grant quâtité de gens de guerre auec¬
ques luy. Ce iour fe deflogea de Bçaulcemondit fei-
gneur de Berry pour aler à S.Denis,& puis s’en retour¬
na audit lieu de B caulce pour ce qu’on luy dift qu’il fe¬
roit plus feurement audit lieu de Beaulce, ou prés d’il—
lec eftoient logez lcfdits ennemis, que d’eftrefeul au¬
dit lieu de fkin<ft Denys,& aufli que on luy ala dire
que le Roy venoit & retournoit audit lieu de Paris. Et
le mercredy enfuiuant le Roy retourna à Paris, & ame¬
na auecques luy fon oncle monfeigneur du Maine,
monfeigneur de Panthieure & aultres, & ramena fon
artillerie qu’il auoit amenee auecques luy, & grant
nombre de pionniers prins au pays de Normendie,
qui tous furent logez à l’oftel du Roy à faincft Pol. Et
de ladiéte venue que fift le Roy en fadiéte ville de Pa¬
ris,fut le populaire d’icelle moult fort refioüy en criant
à haulte voix par tout où il pafloit par ladiéte ville,
Noël. Et le landemain bien matin lefdits Bourgui¬
gnons & Bretons vindrent bailler vne reuerdie dé¬
liant le bouleuert de la T our de billy, ôcauoient auec¬
ques eulx trompettes, clerons, hauts meneftriers, &c
aultresinftrumens,dont ilsfaifoient- grant bruit: Et
illec & deuant la Baftille fainél Antnoine vindrent
faire
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Dr Roy Loy» XI'. p
faire vngrgrand bruit & cry/en criant àlaftàult & à
larme dbnc chàfcun fut fort cfpouuenté, &s’en ala
chafcun fur les murs & en fa garde. Çt ledit iour vin*
drent lefdits Bretons & Bourguignons voulfter de*
liant Paris jdcfluslcfquels yfïirent grant nombre de
gerisdegûerrede 1 ’oraonnance du Roy , Sc tant par
port d’armes que de grofîes ferpentines du Roy qui
Fore tirèrent ,iy eut deiourplufieurs defdits BretOns &t
Bourguignons tuez. Et le vendredy enfkiuant vin*
drent & amuerent à Paris des farines & aultres vi*
tailles dupaysdeNormendie. Et entre les aultres cho*
les y fut amené de la ville de Mante deux cheuaulx
chargezde paftez d’anguilles de gort, qui furent ven*
dus deuant le Chaflellct de Paris en la place à la volaiL
le. Et ce mefme iour apres difhet yfürent dehors Paris
Poncet de Riuiere & ceulx delà compaignie, qui bien
pouoient eftre de trois à quatre cens cheuaulx, cuidans
crouuer lefdits Bretons & Bourguignons, mais point
ire s’y trouucrent, & ne fut lors riens fait: Et la nuit
les Bourguignons qui eftoient logez à la grange aux
Merciers s’en deflogerent, potrree que l’artillerie du
Roy portoit de Paris iniques en ladiéfce grange: & au
defloger abatirent toute la couuerture dudit lieu,& en
emportèrent tout le préparatif, comme huis,feneftres
& aultres boispoureuix taudir & pour àrdoir. Et ce
jour ;le Roy hft dire à cinq des deuant nommez qui
auoient elle a Beaulce deuecs lefdits Princes, apres la
deliberation ainfi fàide que dit eft, deuant audit hor
fiel delà ville qu’ils vuidaffent hors delà ville: defquei-
les cinq perfonnes les noms enfuiuent :C’cfl aÆàuoii
H
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5* Les Chroniqves
maiftrelehan LuillierGuréde faind Germain Làt£
xerrois,maiftre Euftace Luillier,& Arnaud Luillier
fes freres, maiftrç Iehan Choart, & maiftre François
Halle Aduocat en Parlement.
Et le fàmedy enfuiuant dernier iour d’Aouft y eut
moult belles faillies faiétes parles portes defain&An-
thoine & fainét Denys. Et du cofté de ladiéte porte
fàin&Denysy eutvngarchier de l’Oftel duRoy tué:
& du cofté defHics Bretons & Bourguignons en y eut
auflide tuez & naurez. Et fi aduint que vng gentil¬
homme nommé le feigneur de fainét Quentin fut en
ladifte faillie ou efcarmouche abbatu de deffus vng
bon courfier fus lequel il eftoit monté : & apres fut re-
coux, mais il perdit fondit courfier & deux aultr.es
beaulx cheuaulx. Et du cofté de ladiéle porte fainéfc
Andioine ny fut riens fait. Et ce iour le Roy faillit aux
champs du cofté de fonbolcuart de la Tour de billy,
& illec fift paffer au trauers de Seine de l’autre cofté, de
trois à quatre cens piétons pionniers, qui eftoient: ve¬
nus du pays de Normendie pour aler pionner à l’en-
droit du port à l’Anglais, & deuant Conflans tout do¬
uant le fiege defdits B ourguignons à l’endroit de la ri-
uiere : car on difoit que leidits B ourguignons auoienc
intention de faire vng pont pour paüerladiéte riuiere.
Et audit lieu le R oy ordonna certain nombre de gens
de guerre pour garder &c deffendre de faire ledit pont
& palTer ladiéte riuiére, & apres lefdits pionniers ainfi
paflez que dit eft, le Roy aufti pafta apres eulx ladiéle
riuiere tout à cheual dedens vn g bac Uns defeendre de
dcfliis ledit cheual.
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/
’ dv Roy Loys X'I. ^
' Et le Dimenehe enluiuant premier iourde Septem¬
bre lefdits Bourguignons mirent & agirent vng pont
pour pafTer ladite riuiere audit port à l’Anglois, Et
aduïnt que à l’eure qu’ils auoient délibéré de palier
par delïus ledit pont arriua audit port àl’Anglois cer¬
tain grant nombre de francs arcniers & aultres gens
de guerre pour le Roy, qui vindrent aiTeoir engins au
boutdudit pont, dont ils tirèrent à l’encontre defdits
Bourguignons, & en tuerent & naurerent, & leur
conuint reculer. Et de l’autre cofté de la riuiere du co-
•fté defdits Bourguignons paflà à nagé vng Normant,
qui ala coupper les diables ordonnez à porter ledit
pont, & partant ledit pont sen ala aual l’eaue. Ce iour
auffi fut tiré grant quantité d artillerie dedens l’oft d e£
dits Bourguignons, pourquoy les conuint reculler
plus arriéré. Ce iour aüfïf lcldits Bourguignons tirè¬
rent de leur artillerie aux gens du Roy eltâns audit
port à l’Angloisv & y eut vn G entilhomme de Nôr- '
mendie qui eut la telle emportée d’vng coup de fer-
pentine. Aufli vindrent & arriuerent à Paris par deuers
le Roy deux Ambalfades, l’vne pour le Duc de Ne¬
mours, l’autre pour le Conte d’Armignac. Leditioür
aufli fut faiéte belle faillie aux champs par meflire
Charles deMeieun& Malorrie, &; ceulx de leur com-
paignie qui faillirent tous bien en point pour efcar-
moucher fus lefdits Bretons & Bourguignons.Et ledit
iouraufli arriua à Parislesvoulgiers & cranequinièrs
du pays & Duché d’ÀnjbU qui bien pouoient eftre
quariecenshommes qui aum ledit iourfiirencmenez
aux champs pour efcarmoucher lefdits Bretons Sc
H ij
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éo ;’Xeï Csrokic^ves
Bourguignons,- & y eut àçefte fckdenx archîor$ de
l’ordonnance du Roy tuez, & vng prins ; &c les gens
du Roy prindrent fept Bourguignons entuerent
deux.Tédir iour ènçot es fotà-Haris àfciwtépardGuérs
le Roy le Conte de Sommorfttdu RoyaUlmed’An-*
gleterrequieftoit de loft defditf Bourguignons, &
parla au Roy qui eftoft an la l^ftdl.dmnîâ Antfhome*
allez longuement, & puis luy fut donné à. fedira, &c
print congié du Roy, qui au partir pouf ci qu il pion-
noitluy donna facappeam eftoftdeveioux noir,
. ; iwt Âe^ic«3abrte àtt-
dit an foixantednq monièigneiir dù Marne qui eftott
loge'à Parisdeuaatlofteldu Roy > èrooya à monfei*
gneOrle Diwde Bercy deux muyidbvinverinçjl, qua*
tre demies queues de vmde Rçnftnfij & vng; eheual
charge de pommes, dechoulfoderaues* it ieroardy
«nfuiuant; durent nomme* &. eûeus Ambaftàdeurs
pour k Roy &kfdits 3 ourguign ans,* priun^mmuf
niquer furkuus diffens, G ’eft aftàuoir pour le Roy
furent eileu? mondit fdgneur du Maine ,1e frigneur
dePrécigiT^PiekènitdçsCoîbptcïi&'i'twlïrclejiaü
Dauuêt Prelident dk Parlement de ^Jioulèuk^ Et
dii.toftédefdtts Princes & feigneurs conccajircs,furent
nomme?:kDucjdçCnlaricé > .kGonte(kftiinâ:.Pol ) ^£
leGomcede Danois. Encéiour aiufti i par; cas;dc fqmif-
ne fut mis & boute le feu dedans la poùidtcJt canon
qui eftoit à la potte du Temple, qui on emportait
corohkdeladh^tepocttr, &ijft defchkcgier hukpipcês
<d artillerie eftansn, kdi<fte. porte, quia ladirite-nciift
eftoienttOutcs chargées, £t incontinent qrw lefdits
r H
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bv Ror Lovs rXÎ.’ &
fcignmrt Arabalfedeurs furent ainfi efleuz &: hom-i
mez, pOurparlerent enfemblc fur l’accord àc pacifica-i
lion d'entre cube » & fut fait treneiufques au ieudy çn-
fiiimmt, ; Pendant laquelle crcne ne fat fài£^ audiinô
guerre de co£té ne d’aultre : mais durant icelle çh^fcuÀ
miû peine delà part de fby fortiffier. Et durant icelle
tmie veut piufrc«ri,aieca J &: venues factes de coite êà
a. a V r* . « • • - « « « • m \ i
ne dénote faillir queraondit fçigneur du Manie éii re-i
tournant de L’oftdefdits Bourguignons ddf aux por¬
tiers! x^e ladiâç/p prœJï^âj.Andïaihe q uiis feiîfènc
tous bonnes chiercivâcxpie, au'plaiûrdô Dieu âdàntf
qui! feuft hui&iouns lors à. aduenir ;■* tous aurotéiW
cauftdeiiaycj&f deqiecNdel. Et cedit iboekdtdte t¥eU
u£ filcccduinuceinCqucs au mercredy cMttpant. -lÉ-dê
veiidrcdy après furent tous reçu!* feignèurs confulter
cnfemblenn k gtanthe aux; pets-,4ê#jpub« Vrig
pamHan.jpoacodfccauiêillcc Ksrdbnhéi^ ^epéndâiit
lefdits Bretons & Bourguignons en grant nombre
commc deux mil op cnuioon, ôt des plus honneftes
sui^écsaufbâé ck r d«diMre)S;AndgKiiedesyia«ipè^
Et auiïi yflkfaors de Paris plu&qus perfonnespourles
ikrvxbifc ^parler Gbeulr ; nonoblfan c : que IÇ’R&ÿ
i’oiffdeffcn^y^cenfaE bien maieontçïït,-&:v<>ÿanè
tes adiofo fut /raim de leur faire 1 jefter plufieurs câ^
nous fie ürpertrin es qui efloient chargées çn la Tour
«kjBillÿflpê àsàs d’iiiec. Ejd quamie^HUdelkrkt
tmèit cni îadwüo ifc en fit prendrdiesnoïwr de piu^
Üous parafent. EticDimençbe ciiiuiuant Büiâlëfme
H iij
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4z Les - Ch ko niques
iour de Septembre fefte de N offre Dame, te Roy par¬
tie de fon nofte] desTournelles pour aler en la granc
Eglife NoftreDame : & eny allant palTa par l’EgliTe.
de la Magdel ene, oùiliec iT£e fiftjfrere &compaignon
delà grant Confrairieauxbourgois de Paris, &auec-
ques luy s’y mirent lEuefquc d’Eureux Ôc aultres.Etle
lundy enfuiuàt neufiefine iour dudit mois de Septem¬
bre, lefâits Bretons & r Bourguignons furent es ter*
roüersdeClignencourt, Montmartre, la Courtiilc 8c
aultres vigno oies d’entour Paris, prendre 8c venden-
gier touteJa vendange qui yuéftoit, jaçoic-cequ’elle
neftoit point meure 1 , & en firent du vin tel quel pour
le boire. Et à celle caufe furent cculx de Paris con¬
traint? de vendanger les aultres vignes par tout autour
de Paris, qui neftoientpasademy meures , ôc aufE lé
temps leur fut fort contraire : Et fut la plus méfehante
annee & poure vignee qui.long temps fut. fceuë.en
France* &-> l’appelloit on le vin de l'année desJHonr*
guignons.
En ce temps vindtent à Paris plufieurs des nobles
de IsformendiçipômfcmirléRoyen fes'guerrcsîtous
lefquels furent logez àux faulxbourgsdéiàin£ Mai*#
çel lez Paris. Entre lefquels en yauoit aucuns particu-
licrsqui firent monlcae mauL» & larrecins., & deçà en
fofent deux-reprins par aucuns desbt&u^oisde ladi&c
ville, 8ç qui contre leur gré 8c vouiencéy vôulbient
entrer. Et pour le refius;qui leur en for fait par lefdits
bpurgojis fc d$utdirént itsulx dë Nôrxtiemffe pkififcuifs
iniurçs &mayuailès.pafolle$;j en dubd lebdlant à i’cm
contre d’eulx& enlesappelâfctfaiftres Bourguignons^
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bv Roy Loys XÎJ
ôc qu’ils les mettraient bien en point, & qu’ils ne-
floient venus dudit pays de Normendié a Paris, que
pour les tuer & piller. Defquelles chofes information
Fut faite à la plainte de ceuîx dudit Paris, qui defdites
paroles fe fentirent fort irtiuriez. Et veuë icelle le prin¬
cipal malfaiteur & prononceur defdites parolles,fut
condempné à faire amende honorable deuant l’oftel
de ladite ville au Pro cureur d’icelle pour toute ladite
ville , telle nuë, deffeint, vue torche au poing , En di-'
fantpar luy qùefaulfement ôc mauuaifemcnt il auoit
menty en dilant lefdi tes patelles: Én priant & requé¬
rant icelles, hiyeftre cemifes & pardonnees, & apres
eut la langue percee, dont il auoit piro feré lefdites pa~
rolles, ôc ce fait fut banny.
; Et le lundy enfuiuant les Bourguignons fe vindrent*
înonftrer deuant Paris, entre lefquèls y eftoit inonfei-
gneurdefaint Pol,pour parler auquel le Roy ylïxt
dehors Paris & parlèrent enfemble bien deux heures.
Et pours’enretourner feurement le Roy bailla pour
luy en hoftaige monfeigneur le Conte du Maine, qui
demeura en loft defdits Bourguignons iufqucsau re-
tourdemondit J feigneur;de fiint Poi : & cb mefîne
jour le Roy en retournant des champs dift à plufteürS'
de Paris eftans à ladite porte fain t Anthoine, que-
lefdits Bourguignons neleur dônçroient plus tant da
■peine qu’ils auoient fait, ôc iqUÜi lès en garder oit bien:
ôc lors vng Procureur de Chaftellef nomme Pierre:
Bcronluy refpondit, y aire Sire : mais ilsvendangent
nos vignes êtmengent nos radins fans y fçauoir re¬
médier. Et le Roy répliqua qui! valloit mieux qu’ils
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^4 _ Les Ch r o vï.qtvj s
yend^ngéaflenf lefdi&es vignes, & mentirent Iefc
dits raifins que çequWŸeoiflent dédens Paris prenq
dre leurs tafles & vaillant qu’ils auoient mis & mufle»
dedens leurs càues & celliers. Et le vcndredy enfuiuanç
vint &‘arriua,çs. Halles de Paris deux cens cheuaul^
tous chargez de mafee & de toutes maniérés & fortes,
& y vint aufli plufieurs faulmons, eflm*gons, & du
harenc frais, en dcfpit & malgré detous.léfditS Bout-*
guignons , Bretons & aultres, ainfi eftans deuant Pâ-«
ris, qui auoient menaflez ceulx de ladidx ville de leur
faire mengier leurs chats âc leurs rats par famine. Et
depuis fut ladi&e treue cmatimïeepar dêux hu trois
fois iufques au dixhui&ieftnc iour de Septembre,pen¬
dant laquelle lefdits Bretons & Boiirguignonsfeauiti
tarèrent fort en leur oft * à la gtant charge fôüle du
pays & du peuple. Et n’stft point à ddubter que quant
le Royeüft voulu dire auant ,^quil etfftefté bien fer-
uy des gens de guerre prenans ibukkes!*
auecqu^lei nobles-âe peuple de.Paris',quï?feonnedoî
uotionauôieiit au fainét : il eurt fubiuguc te tfliistoui
fefHits ennemis en tel eftatque iamais j ne ifeuflènÇ re¬
tournez dontiliseftoiempaïtit^pourvefairdeualnty^
ditSte Ville dé Paris; 1 . ? -J ,? \
Et ledit lourde mercredy dixhoiiéhcfmc iour dtxdic*.
mokde Se^rembre y n6noibflani? lepqurpairlédefiiite^
Ambdfladeétrsde ; collé & pi*sSuhixd ;fuc tout rompu Sc
perdu le bonefpoir que on aùoit eu porauanL ;
Et cedft tout de mercredy fut defemparé le fiegequé
le Rayauroit fait; audit Iponrà^ÀngioîSyauque) fiego
auoient eil éfai&è* dé belles tranchées & bouilcuers *
tentes
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fevvRoY« I*oÿ$ XT . 1
tehtcé &.pauiHons : & apfesdcdk defbnpàreinent
tous les geiis de guerre eftans audit (îege s*en vindrent
retraire & loger aux Chartreux près Paris, dedens le-
3 uei lieu des Chartreux furent logez flx cens hommes
e guerre & leurs cheuaulx. Et teuement en fut ren?-
ply ledit lieu, que les fain&s hommes Religieux de
Jeans en furent dechadez & boutez hors de leurs celles
& lieux de deuotioh . Etltc landemain iour de ieudy
lefdits Bretons & Bourguignons paflerent laididbe ri-
uiereaudit port àTAnglois,^ vindrent au point du
iour efearmoucher lefaits gens de guerre du Roy ainfi
logezàfàindb Marcel, les Chaxtreux,& fàinâ: Vi&or,
& en y eut de cofte' & d’aultre de mors ,naurez & pris.
Et ce mefme iour fe fift vng grant.Confeil & afïèni-
hleèen laChàmbi]e des Comptés, auquel furent a£-
■femblez auecquesaultres les feize Quartemers d’icelle,
les Cinquanteniers, & de chafcun defdits Quarteniers
£x hommes notables auec aucuns iÇonfcilliersj de la
Court de PàrlernentjO fficiers & aultresi Et illec moi*-
feigneur le Chancellicr Mbmillier dift & expofa de
parle Ray comment il s;eflx)it^iaiidementJilislcrifbn
deuoir , dîaubir•oflœfct âuh Princes, &idcigfteui£ qui
eftoientdeuant Paris'auix demades qu’ils luy fâifbient
pour fappaqaige de mohfcigneurle Duc de Berry,
pôiûièqueIxls>aernati4aientaik)irla!Duclié/ dé Guÿ-
enheÿPoiétoi^iSclepays'deXainilongejOüderaDu-
tdiédeNormeiidie.'rÀ quoy leur fut cuti& refpondu
pacikdkConfeil'-àiiifiàfreiiiblcÿ què le fyoy ne leur
pjckurit-paiBailkr^idi^meibbrcEdeTaEourQnneiEt
depuis le Roy lèur oi&it bailler le pays de Champai^
1
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\çç îiss r C*liOîîi<^ys5r
gne éc BnE r rcferuéà luy Mcaulxj Moniiercafc & M»
leuri, pour ledit âppanaige. Etaufdits de CharroJois,
& aultresfeigneurs fift degrans offres ppur leurs def-r
Aaycmàis yoeiqù%: de deuc^cmt point iefïufo: : mais
rrçns ne\rcoildrênt artepeerj & deéioura. tout iniques
au vendredy matin enfuiuant: Auquel iour leieuneSo
nefchal de Normendiejyffit hors de Pâtis a cour bien
iixcenselneuaidxpcakrE&Mmôudîcr^ & foy'mouûrer
-deuantles deffufdits. Et pareillement fc monfbrerent
de l’autrecofls de la riuiercigrant quantité de gens de
guerredeumt lefdics Eimtgmgildns ^ qui fort tirèrent
.engins celieibüfcttce, domkâtmefcenttAg Gennlboni-
.me de Poiblou de k conrpaighie de manfeigneur de
-PantEieutc,qm lè nommait IehanGbanreaufeigneur
de Pamapelie. Etdedemlfis^gnlespres kinûAndioi-
jac des champs yfuùnt prins bien vingt ou vingt-qua¬
tre paillais Calibriens & bourguignons, tous nuds 6c
uroten pdiiÉ^üi tomi^Brtntn/eddks au kudffi,^ ctt
-donmnbon quatre pourvu^ îefeu > qui eft ! audit prix
iixibulsfixdeiuerspàrilislàpiieee.
"■ > Ecle l^edy chunuan nom-.
: më Loys Sorbier ,qm cfloit a ÉdiuJuMièrld^ioenaiic
delouacbin Rouarnt Marcfdhalde France, par fauice
f fe maunaife trahifon quil Eft ÔL coidpira oontre le
R»y fëwi fouileraln iagneur bGnatadbdcnp ladiâtc
-vittcdb'firetons ôdaultrestfonerais' du Roy^ ôélçnfaja-
iànc par iuÿ ladi ce trahifon rcqft endonappointeirtent
■que oeukquièftofent Imt&K hchide'Pcmîhfcidèda;]^
compagnie dudit iouraefain i qduanet vidulrboiemi def.
mouccr, s en yroiend fiandbfciiuâit mlx & lèurs biens
i
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,dv Rot l’OYs XI. 1 *7
&ufs. Et incontinent qu’ü eùtainft bailteekdiéleydle
dePonfchoifeiils’eh partit, luy & aucuns de faconvr
paignie,& alcrent deuant Méulanc porter & mon¬
trer i’enfeignedudit Iouichin,affinqueceulxeftans
aUdit lieu ioskroutsifent dedens fans en faire didjeiilte,
encuidânt par Iuy qu’ils neuffent point ençores.efld
aduertis de ladite crahifon : mais auant qui! vint ceulx
dudit Meidanc eftoienthien aduertis d’iceUe tralufop,
& incontinent quitfucapperceurpar lefiiits de Me4->
lanc qui ja eftoient en armes defFas les murs, crièrent à
haulte voix, alez Faulx & mauuais traiftre, 8e leur j et-
tarent des^ginsd'udiriku. Et partant lut. contraint
de foy en retourner audit lieudc Ponthoife a toutefa
hontç. Et cedit iour ledit Sorbier eferipuit vues lett>
creç audit Iouachin ,par leCqueUes luy mandçit qui!
auoît rais 8c,bouté lefdiéb Bretons & iwtes. au¬
dit Ponthoife, & qu’il auaitefté con&llé de ainfi k
faire,pour lemieulx, 8c que.de la faulte,qu’il auoit&ir
âje,|lùÿ8ckPiO}5 kypardonoaiffim Etiüc kfuper-r
feription. defdites lettres eftôit efeript. A yous&au
Rpy. Et ce iourfuc fai&e faillie de Paris fur lefditsjro»
tons & Bduiffiiignon^,. r&y.cdt de :pdhsi ,i «aurez
& tuez de cofe & d aultrc£j8e fi -y eut yng chenal de
pris qui eftoittout bardé, de cuyr boully, qui fof .tue
d’vng coup de eouleurine que luy'.baülerent lefdits
Bburguâgnoois.Æç le>nimfinchejehfwuanfc auf oint
duio«rle$delfutot3«^^ Vng ref«
ueil,deuant ladi&ç.viüe du collé de kdiéie porte lâinéb
Anthoine^ndrçhtbi^igrantnqrabreluiques.audit
Anthrane^dès champs. î*^poufcl©s.&ired^pk^
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%8 Les Chroniqves
cer leur furent j edbez dicellc vple plufieurs traits de
canons, ferpentines,&; aiiltre artillerie d’icelle porte
faind Anthoine & de ladite Baftille, & aultre chofe
ny fut faide. Et lelundy enfuiuant de nuit apparût à
eeulx qui faifoient le guet 8c arriercguet en kdi&e vil¬
le, vnecomede qui vint des parties dudit oft cheoir
dedens les fofTez aicelle ville à l’enuiron de l’oftel d’ar-
doife, dont plufieurs furentefpouüentez, non fça-
chans que c’eftoiü : mais cuidans que ce euft efté vne
fuzeeardantjillecjettee 8c enuoyee par lefdits Bour¬
guignons. — * : ;
Si endurent portées lies nouüelles ai* Roy en fort
hoftel desTournelles qui incontinent monta à che-
uai & s’en aladefïus les mursau droit dudit hoftel de
ardoifcy 8c ydemôura grant cfpacede temps, SC fift
aflèmhléf tous les Quartenfeïis dé Paris pour aler chat
Cun en fa garde deffus lefHics murs. Et à cefte heure
courut bruit que lefHits ennemis ainfi eltans deuant
lem'ent mettôient peine de brûler & endommager la¬
dite ville par tout ou poftible leur feroit ; & fut trou-
uéque toutceilneftoicden.Audiïtempslefdifts en¬
nemis ainfi logez deuant Paris firent plufieurs balla¬
des , rondeaulx T libelles diffamatoires, 8c aultres cho-
du Royyafin que à celle caufé ‘le Royies print en fà
mai-veilLmee, 8c les dechafïàft de fon feruice. En ce
temps les gens de guerre de l’ordonnance du Roy e-
ftans logez à Paris y y firent de grandes^ bonnes ^hic^
res. Ec en lieu de pafTe-cemps’y feduirent plufieurs-
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ï>v Roy Loys XI.’ g,
femmes & filles, qui par leur moyen en debauflerent
& déguerpirent leurs menaiges & enfans,& les aultres
jeunes filles feruans leurs maiftres & fcruices pour fui-
ure iceulx gens de guerre. Et encre aultres y eyt vne
jeune fille quieftoit fille d’vng Procureur de Chaftcl-
letde Paris nommé Euftache Fernide qui auoit prins.
habit de damoifelle & grant efiat,pource quelle auoit
fiancé vng homme le Chien natif de Carentemen
Normcndie, & feruiteur d vng nomméle feigneur de
fàin&e Marie dudit pays de Normcndie. Laquelle
jeune fille pource que ledit le Chien mettoit trop a
l’efpoufcr, fe acointa d’vn archier de l’ordonnance du
Roy, qui auecqucs luy l’emmena & accordèrent leurs
vielles enfemble, & en fut couroucé. ledit le Chien,
& n y feeut remedier: mais le pere & la mere deladiébo
jeune fille tres-mal contens de ce que dit eft, s’en aie-
rent faire gransplaintes par deuers le Roy, mais dis
n’en eurent aultre chofe. Et cedit iouf au foir enuirott
deux heures de nuit raonfèigneur l’Eùefque d’Eureux
Bàlye fut guetté & accueilly par aucuns fes ennemis cri.
la rue de la barre du bec, & fut fait à l’enuiron de ht
porte de derrière de feu maiftre Bureau Boucher, leiV:
quels chargèrent fils luy, & de première àrriuee vin-
cirent oiter & fbuffler deux torches que on portoit des
uantiuy,âc apres vindrent audit Baluç qui eftoit mort*,
té fus vne bonne mule , qui lefauua & gaigna à fuyfr :
car tous fes gens à l’effroy I’abandonerent pour paour
des horions , & en emporta ladiébe mule fondit mai-
ftre Balue iufques au cloiftre Nofixe Dame en forihq-
ftel, dont elle eftoit partie. Etauant Iadiébc fuite il ot
1
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yo Les Chroniques
deux coups d’efjpeeyl’vn au plus haulr de fes biens &
au milieu de fà couronne, & l’autre enl’vn de ièsdois,
Etfefditcsgens qui ainfi s’en aloient courans aual la
ruë, crioient à larme & au meurtre affin quele peuple .
faillift pour donnerfecoursà leur maiftre. Et dudit cas
le Roy en fut courroucié & ordonna qüeon en fift in¬
formation , & que la chofe feuft feeuë : mais tout en
demeura ainfi fans en fçauoir aultrc chofe, combien
que aucuns difoient depuis que ce auoit fait faire mon-
feigneur de V illers le bofeaige, pour l’amour de ladite
lehanne du Bois dont il ëftoit amoureux. Celle nuit
aucuns Bretons & Bourguignons furent à Seure ou ils
trouucrcnt aucuns Efcoüois dclacompaignie Robert
de Conychan, lefquels ils tuerent & leur copperent à
tous lesgorges.rEn cetenips vngnbmmé Alexandre
Lorget natif de Paris, qui eftoit homme d’armes de
l’ordonnance du Roy notfre Sire, foubs la charge &
compaigme dufeigneurde la Barde, s’en ala&ab&n-
tn de Paris pour foÿàler rendreà làindt Denys 1 à mon-r»
fèigneur de Berry quiillec eftoir, & s’y en alaluy dn-
quiefine, & auecques luy en emporta toutes fesbad
sues £cdà malle. Et leléudy enfumant vindrdntenfoq
fiel de ladidte ville plufiéurs grandes plaintes par' au¬
cuns desbourgoisde ladiéte ville,de plufiéurs mau*
uai&sparoles mal fo nnansjquedifoient &pUbliôienD
plufiéurs gens de guerre eftans en ladidc ville, contra
Içfdits bourgois,maiians&habitahs' d’icelle,pour y
donner prouifion. Eteftdient lefchtcs parolles telles,
proférées fie dictes paf iceùlx gens de guerte. Ie ! regny*
Dieu, les biens qui font à Paris, ne aufhla ville,ne
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bv Roy Loyü XL yi
font point ne appartiennent à cculx qui y font de-
mourans ne rcfidens, mais à nous gens dé guerre qui
y fommcs:&: voulons bien que vous fçaehiez que mal¬
gré vos vifaigesnous porterons les clefs de vosmai-
ions* &vous en bouterons dehors vous & les voftfefc
Et cé voir en caquetez, nous femmes aflez pour eftre
maiftres de vods. Et te mefineiour y eut vng fol Nof-
rnant qui diïtàla porte faindt Denis que ceuix de Pa-*
ris eftôienibien fols depénfer que leurs cfiefiles de feir
tendues au trauers de leurs rues, leur peuft valoir alen-
concreri’éulx. Pour lefqueües paroilesainlimal fort-
liausque dit eft,fur foùbdainement Ordorimépar ütft
cunsenloftel de ladi£fce ville x qui lefiiidtes paroileS
furent ainûdidtes & rapportées, que cefte nuit chaf*
cun Quartonoer de. Pans feroit faire béârilx Stgràns
feux par foutes les dizainesde fon quartier,^ que vng
chafcun fèroit en armes & fur fà garde deuant lefoids
feux. Et ü furentoitdonnees toutes les chefoes des rü£$
foraines eftre tendues, ce qui fut fait : èc veilkdiaïcûii
4 . * , * *
p ourlaifter entrer dedans Paris cculx qui eftôient do*
riant. JEtdi trouua l’eli cefte nuit aucuns canonsprès
dudit lieu, dont les chambres eftoient enclosez alSn
qu iis ne pefo&nt fèraiir quantmeftier en'fèrôit. Et
defdits feuk flc dûgtantguêt qui y fut fait & aànfior-
donné que diteft, furétlefdics Capitaines quieftoient
à Paris mofot efbaiiys,&4ont aucuns s’enàlérent^rt
ia dtainbre du Roy en fonhoftei'des Toumettes>
uoir à luy fcc*ridait de fou ordonnance Recommande-
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7* Les Chronïqveîs
ment que lefdits feux & guet eftoientainfi faits-&: or¬
donnez, ou de par qui. Lequel dift & refpondit que
non. Et tout incontinant il manda venir à luy lire
Iehan Luillier Clerc de ladite ville, qui y vint & luy
certifia que lefdits feux & guet eftoiént faits à bonne
fin, & de ce a fleura le Roy & lefdits Capitaines. Et ce
nonobftant ordonna à mefiire Charles de Meleun
qu’il alaftenl’pftel de la;ville, & par tous les quartiers
d’icelle dire que on laiftàft lefdits feux, & que chafcun
s’alaft coucher, dont riens ne vouîdrent faire, mais de-
mourerent ainfi armez iufques'au iour, & mainte-
noientplufieiirsdepuis que ce fut grâce dé Dieu, &
quéfis’enfeulTent alez & départis ladite ville eftoit
perdue deftruifte. Et que lefdits de deuant Paris y
feuffent entrez parladidebaftillé ,& par ccdemourec
ladite ville deftruide & du tout defolee. •
Et le vendredy enfuiuànt vindrent à Paris deux
pourfuiuans, l’vngde Gifors qui vint dire au Roy
quU ehuoyaft fècours en ladi&e ville, & que deuant y
auoit bien cinq ou fix cens lances, & que aedens icelle
pyauoit niilles gens deguercedepar le R6y. Etfin’a?
uôientauffi àrtilldrie * pouldres, né aukres deffences:
& l’autre pourfuiuant eftoit aulïî enuoye au Roy de
par Hue des Vignés, Efcuy ér homme d’armes de l’or¬
donnance dudit feigneur, foubs là charge &iompai-
gnie dû feigneur delà Barde, lequel Hue eftoit lôfs à
Meulanc : par lequel pourfuiuant eftoit mandé au
Roy qué ledif de Vignes aûoit fcpupac gensjdé iby*
quélcs Breton$ & aultres auoiententreprifd 'd’eAtrci
à Rouen tout ainfi qu’ilsauoiént fait à Ponthdife*&
par
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bv R!o y Loys XI. 75
pardedensle Chaftel ou Palais de ladite ville., afEn
qu’il ypourueuft. Et cedit iour de vendredy lefdits
Ambaftadeursordonnez de châfcun côfté difnerent à
fain.it Anthoine des champs dehors Paris. Et là leur
futenuoyédeparle Roy, pain,vin, poiiTon, & tout
ce que meftier leur eftoit pour ledit difner. Et fut illec
aufit porte en vnecharreteplufieurs des cômptes ren¬
dus en la Chambre des Comptes à Paris, des pays &
villes de Champaigne & Brie. Et le fàmedy enfuiuant
lefdits Ambaftadeurs de cofté & d aultre furent de re-
chief aftemblez en deux parties, c’eft allàuoir mon-
fieur du Maine & ceulx de fa compaignic pour la par¬
lai tie du Roy, auecles aultres Princes & Seigneurs,eftans
dehors tous en la granche aux Merciers. Et pour le
Roy audit fainèt Anthoine des champs y ëftoient or¬
donnez maiftre Ethienne Cheualier Treforier de
France, maiftre Arnauld Boiichier, & Cryftofle Pail¬
lard Confeillier des Comptes. Et les Gommiflaires de
l’aütre partie eftoiehr Guillaume, de Bifohe, maiftre
Pierre Doriolle, maiftre Iehan Berart,maiïlre Iehan
Compaing,vng aultre Licencié efcumans Latin, &
maiftre Ythier Marchant, & ce iour ne firent que peu
de chofe. C edit iour le Roy receupt lettres de la vëfue
meflire Pierre de Breze, par lefquelles luy mandoit
quelle auoit fait prendre le feigneut de Broquemont,
Capitaine du Palais de Rouen, poiirce quelle fe fouf-
Î jeçonnoit dudit cas, & qu’il n’euft aucune doubte de
achète ville de Rouen, du bout du pont du Paluis, &
des habitans d’icelle, & que tous ils fe trouueroiënt
bons ôc loyaulx enuers luy. Et le Dimenche enfuiuant
K
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74 Les Chroniques
au point du iour fe vindrent rendre au bouleuartde la
Tour» de Billyfept hommes qui eftoient efehappez
prifonniers de loft defdits Bourguignons, dontil en y
auoic quatre fadeurs de Marehans de Orléans, deux
autres Faveurs de Marchons de Paris, & vng Flament,
qui tous auoient eitecondempnez à eftre pendus par
IefditsBourguignons,pourceque depuis leur prinfe
n’auoit eu perfonne qui les euft pourdbaffez. Et rap¬
portèrent que lemecredy precedent fuc tiree vne fer-
pentinedelaTourdeBillydedens l’oftdefdits Bour¬
guignons , laquelle dvng feul coup tuafept Bourgui¬
gnons & en blefïaplufiairs. Ce iour apres difncr vini
drent nouuelles au Roy cjue Rouen eftoit pris par
monfeigneur le Duc de Bourbon, qui y entra par le
Chaâel de Rouenducoâedeschaijaps. Le vendredy
au foir preoedent, par le moyen de la vefue mef&re
Pierre de Brezeà qui le Ray auoit fait moult de biens,
& ou il auoit grant fiance , & conduifoit le fait d’icelle
■vefue, l’Euefquede Bayeux & ledit maiftre Ichan Hé¬
bert & aultres : Et au moyen deJadite prifè quantles
feigneurs de dehors Paris feeurent icelle,ils donnè¬
rent refjponfè au Roy que monfeigneur Charles frere
du Roy, qui parauant fefenft contenté de Champai-
gne & Brie n’aurok point d’aultre appanaige que de là
Duehiéde Normendie, laquelle chpfeie Roy par for¬
ce contrainte. Et pource qu’il n y jpouoit remédier
bailla àmondit feigneur Charles pour fondit appa-
nàige ladite Duehiéde Normendie, & reprint à luy
la Duehiéde Berry. Et apres que IcRoy cuftbaillé la¬
dite de Normendie audit monfeigneur Charles,il fut
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DV Rüy Loys XI. 75
■âprescoritfainél dérecompenfer tous lcfditis Princes
& feigneurs de leurs armees & interefts qu’ils auoiént
fait contre luy, qui tous féburinerentainfi. qu’il s'en¬
fuit :C’eft aflauoicmonfieur de Charrolois eut pour
fou butin les villes de Peronne, Roye, & Mondidicr,
pour eftre fiennesôc demeurer en perpétuel heritaiga
£t ii hiy laifféauffi leRoyduranjtle coiirs delaviedr-
celiuy Chartoiôis les villes & terres qu’il auoit nou-
uellement degaigees de quatre cens vingt mille efoas
d‘or de monüeuf de Bôttfgbngnefoh pera Ecoultre
luy bailla & biffe les Gontefc de Guywes & deBoulon-
gne fur la mer aufïi en petpetuel heritaige; Et apres fut
Baillee au Duc de Calabre certaine grant fpmmc de
deniers &c de gens de guerre au Roy <■ foaidj&yez à fes
delpens,pour les exploicter a Ion plailir.Et a monlieur
de Bourbon fut baillé & biffé là penfioncelle qu’il
auair du temps du Roy tTfefmffé -, & lesT^ensde guerre
qu’il tenoit audit temps, & Migifé dti payement à luy
deu pour la relie defon mariage,& aultreéhofe ne eut
du Roy» £t au Conte de EXunois fut couttcnduoe quï
luyauoit efté ofté durant la diuifion, & merimàgrarit
penfion. Et au Conte de Dampmartin fut fait de
teaulx dons de par le Roy, reftituer; en; toutes fes
terres qu’ilauoit petdues^e eonfæfquees pâr Arrell'dè
Parlement. Etau regard desanbxes Seigneurs chafcuil
en emporta la piece. Et le mardy premier *our d (Jj-
ârobretsduiuant yfut erieed^ publiée la creueà rotifi
iours entre le Roy Sc léfHità Princes] &fle£andemaiik
moniteur defainâ» Polvint à Paris & difna ce - tout
auecquesle Roy, &alaenlafeiie dudit:Palais::^ là à
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' J6 . L e S ;CH R.o.-Ni QV E s
la tabîé de marbre fut créé- Conneftable de 'France, 8c
fift le ferment en tel cas accouftume 7 de faire. Et cedit
iour futerié à Paris de parleRoy que çhafeun portail
des viures & aultrés.»c&)fçs.pour auitailler & reueftit
lefdits.Bourgüignons & Bretons,laquelle chofefuft
faiéte. Et incontinant que ledit çry fut fait plufleurs
Marchans de Paris.y portèrent grant foifon de viures
aux champs deuant faindt Anthoirie, lefquels yiures y
furent incontinent bien recueillis par défaits de loft,
qui y vindrent de toutes parts, & achetaient iceulx
-viufes> ce qufe on* leur ftiiloit par elpccial pain & vini
carlefditsdeloft eftoient tant affamez,les iouës ve¬
lues & fipendans de maleurete.quils auoienç longue¬
ment enduré que plus n’en poup’içnt, 8c la plujparr
eftoient fans chauffes &foulîiers,plaiiis de poulx 8c
de ordure. ;
Et entre atrftres vindrent & arrinerent aufdits viures
plufieurslifrelqfr es, Calabriens & Suiflès qui auoienc
telle raigedefain aux déts qu’ils prenoient fromaiges
fèns.peler, 8c mordoient àmefmes, 8c puis buuoient
degrans.& merùeilleux traits en beaulx pots de terre.
Et£>ieuiceten quels nopces ils. eftoient , mais ils ne
leur eftoient)pas franches* pourcè qu’ils payent bien
knfidwot ï&l plujfieurs aultresohofes y eidf faiétes ce
iour qui font cypàffees pour caufè de briefueté .‘mais
chafeun peultiçauoirqucc’eft chofe incompeehenfi-
ineftimablequëik j*uil^€edp:lkrisi«arkfâi^
Bourguignons; Bretons; Galabriens,. Bourbonnais,
Pleurs *& aukres, ainft eftans deuant Paris que dit eft,
quèont^nrôicàbknÆmt^ aprcsffap^r
i ' li
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dv Roy Loys XI. 7 y
poinébementfait, & ceulx de Paris qui eftoient trois
fois plus furent tous fournis & nourris des biens de la¬
dite ville par moult grant efpace de temps & fans
riens enchérir. Et apres leur partement y futencores
beaucoup meilleur marché que deuant n’auoit efté, &:
le ieudy enfuiuant ne fut riens fait linon que toufiours
onauitailloitlefdits de loft: & auffi ce meline iour le
.Roy à priuee meifnec ala iufques au ioingnaht de
Con flans parlant à mondit feigneur de Charrolois,la¬
quelle chofe fèrnbia à toutes perfonnes voulans ton
bien eftre fîmpleraentfaità luy. Et de cedè farfoient ôc
mocquoiéntles Picars&aultresdeleurparty,qui en
difoienttelsmçits. Et reuoitiez voRoy qui parle à no»
feigneur de Charrolois, & apaflfé à deux heures qu’ils
y font, & pàr foy fe voulions il eft à no comman¬
dement.
. Et le vendredy enfuiuant quart iour dudit mois, le
Roy ordonna de ladiébe porte fain 6b Anthoine que
onlaiftalhentrerlefoitsBourguignons en icelle ville,
dont plufieurs y vindrent à ceftc caufe & en grant
nombre, qui y firent plufieurs excez & maiftriles,cè
qu’il ne leur eufl pas efté foufFert, qui bien euft feeu
que le Roy ne s’en feuft point courroucié.Et à caufe de
la pèrmifE on d’icelle entree y eût vng Bourguignon
entre les aultres qui voulfift entrer en icellevifle par la-
diébe porte faindt Anthoine, contre le gré des portiers :
illec eftans, & mefmement d’vng de la compaignie
dudit baftard du Maine qui gardoit le guichet deladi-1
ébe porte fain6b Anthoine. Et pour le refïus que fîft le¬
dit archiet audit Bourguignon d’entrer dedens ladiébe
K iij
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7$ Les CHitONiQ^vEs
porte & en icelle ville,ledit Bourguignô bailla àicèluy
archier en entrebâillant ledit guichet d’vne dague de-
dens le ventre, & incontinent ledit Bourguignon fût
prins & merueilleufementbatu & naùré, & Te voulu¬
rent plufieurs tuer, ce qui leur fut deffendu : mais on
fiftaffauoir ces chofes au Roy qui ordonna que on lfc
menait audit feigneur de Cliarrolois pour ch. faire iu-
ftice, lequel y fut incon tinent mené. Et tout auffi toit
qu’il fut vers luy arriué & qu’il fut aduerty des chofes
deffufdictes, le fifl: prendre & eltrangler à h iuftice
cftant prés du pont de Charenton.
Ce iour aulli le Roy ordonna que en chafcun quar¬
tier de Paris feuft fait des feux, & ceulx defdits quar¬
tiers de ladiéte ville eftre illecen arènes, & que en cha¬
cun defdits carrefours y cuit vn notable homme efleu
pour parler aux paffans parmy les rués, & fçauoir que
ils eftoient & ou ils aioient : & ce ioiir fut édifié de
Lune. '
Et le Dimenche enfuiuant plufieurs des Seigneurs
del’oft vindrent foupper a Paris aueçr le Roy , en l’o-
fteide fire lehan Luilier Clerc de ladide ville de Paris.
Et là s’y trouuerent plufieurs Dames & Damoifelles,
& aultres nobles femmes d’icelle ville.-Et ceditiour
Sailezart Capitaine & vingt hommes d armes de; fa
compaignie, furent aux champs dehors Paris, & y di¬
rent parlaBaftille de fainét Anthoine-,pource que la
porte eftoit gardee, & ddfendu- de par le Roy que
homme n’yfiit hors d’icelle ville, mais;* les s bouter de-
dens on n’y en mettoit que dix à vne fois:car on leuoit
le pont leuis deuers ladite place, & les menoit on attst
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dv Roy Loys XL 79
champs, & puis remenoit on quérir lesaultres dix
pour aijfîi faire paffer aux champs.T ouslefquels vingt
hommes d’armes eftoient veftus & habillez de hoc-
quêtons de camelot violet à grans croix blanches, &
auoient: belleschefhes4 or autour du çol,& en leurs
telles eramignoiles de veloux noir à groffes houppes
de fil d’or de chippre deftiis, & tous leurs cheuaulx
eftoient couuersde campanes d’argent. Et au regard
dudit Sallezart pour différence de fes gens il eftoic
monté deffus vng beau eourlier a vue moult belle
houffure, toute çouuerte de tranchouers dargent,de£
fus chafcun defqueljsy auoit vne groftè earapanp d’ar¬
gent doree, & tout deuant ladiétc compaignie aloit
la trompette dudit Sallezart monté deftns vng chenal
grifon, lequel en courant au long des foflez d’entre
bdi&e porte fainél Anthoinc & le bouleuert de la
Tour de Bitly, lediét cheual cheur deffoubs ladiéle
trompette ,fi tres-lourdement que icelle trompette fc
roîtipitlecol. Et le lundy enfuiuant vint nouuelles à
Parisquele feigneur de Halbourdin & le feigneur de
Saueuzcs auoient prins'P.eronne, & le Conte deNe-
uers qui y eftoit dedens. Et cedit jour efehapperent
trois prifonniers des prifons de Tizon, dont 1 vng
auoit efté caufe auecques Loys Sorbier de bouter lès
Bretons &:aultres dedens Pomàoife y &c eftoit de la
corapaigaieiouachin Rouault. Ce iouraufïifeprine
le feu à Paris en vne mailon en champ-gaillard, dont
le Roy ènfiut vng peu de paour. Et ordonna pour ce-
jfteeàufe quçdnen fift faire des feuz par tous les quar¬
tiers de Paris y fie les habitans armez deuant iceinx àc
fc
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8® Lés Chroniques
le guet feuft renforcié, ce qui fut fait.
Audit mois d’O étobre furent aucunes gens de guer¬
re du party dudit de Bourgongne deuant la ville de
Beauuais, pourfommer les Prélat & populaire d’icelle
deeulx rendre & mettre es mains dudit feigneur de
Bourgongne ôc ladiéte place aufft, lefquels Prélat ôc
habitansprindrent ladide fommation par efeript ôc
renuoyerent au Roy, qui incontinent l’enuoya au
feigneur de Charrolois auec lequel il auoit fait paix Ôc
treue. Lequel Charrolois rendit refponce que ce n’e-
ftoit point de par luy qu’on faifoit lefdi&es fomma-
tions, en difant que le diable peuft emporter ceulx
qu’ils faifoienttels, &c qu’ils failoient plus que on ne
leur commandoit. Et dift le Roy audit feigneur de
Charrolois que puis que appoin&ement auoit efté
fait entre eulx, qu’il ne railloit plus vfér de telles voyes:
ôc fi luy dift plus le Roy qu’il luy donncroitiadi&e vil¬
le de Beauuais, s’il vouloit. Et le mercredy enfuiuant
neufiefme iour dudit mois fut ordonné de par les Pre-
uoft desMarchans & Efcheuins de ladiéte ville, que
chafcun Quartenier Ôc Dizenier d’icelle ville feiftent
faire des feux es lieux accouftumez de les faire, & que
toutes les chefnes des rues foraines feuftcnt tendues,
ôc que chafcune perfonne feuft veillant deuant lef-
dits feux, laquelle chofè futfaiébe. Et leieudy enfui¬
uant vint ledit feigneur deSaueuzes ôc arriua en l’oft
dcfdits Bourguignons a tout grantpuifïànce de gens,
quiamenoient certaine,grofle fomme d’or ôc d’ar¬
gent , pour faire le payement' des gens de guerre dudit
leigneur de Charrolois. Et ce iour aufïi le Duc de
Bretagne
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DV R.0Y Loys XI. Bi
Bretagne eut Ton appointement auecques le Roy no-
ftreSiredefcsvaccations, frais & miles de luy & fon
armee,pour eftrevenu contre luy & fon Royaulme
dçuant Paris auecques les aultres Princes & feigneurs
defliis nommez, & en fàifant ledit appointement luy
fut rebaillee fa Conté de Montfort &c aultres,auec¬
ques grant fommede deniers. Et le vendredy enfui-
uant vint en l’oftel de Iadiéte ville maiftre Iehan le
Boulengier Prefident en Parlementaire illec de par
le Roy noftre Sire que on fift ailàuoir aux Quarteniers
& Dizeniers de laaiéte ville, & de main en main au
populaire d’icelle que on ne fe elbahyft point fe on
veoit la puifïance des Bourguignons venir ce iour de-
uant Paris, & que ce feroit pour illecques faire leurs
monftres.Et nonobftant ce ny vindrent point ce iour:
mais les firent depuis le pont de Charenton iufques au
bois de Vinciennes, & le monftrerent grant puiflan-
ce : & là le Roy fe trouua pour veoir icelles monftres
bien fimplement, comme de luy quatriefine feule¬
ment, c’eîlajfifauoir le Roy, le Duc de Calabre, le fei-,-
gneur deCharrolois, & monfieur de làinét Pol. Et
quant lefdiètes monftres furent faidtes le Roy s’en re¬
tourna par eauëà Paris, &c auantfonpartement &en
fa prefence ledit feigneur de Charrolois diftà tous fef-
diètes gens de guerre ces mots, Mes feigneurs vous &
moy fommesauRoymonfouuerain feigneur qui cy
eft prefent, pour le feruir toutes les fois que meftier en
aura. Et le ïamedy enfuiuant douziefme iour dudit
mois d’O étobre quatre cens foixante cinq, vint noü-
uellesquela ville d’Eureux auoit efté baiflee & liuree
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Si Les Chroniqves
aux Bretons par vng nommé meflire Iehan le Beuf
Cheualier, qui les bouta en ladiéte ville le mercredy
precedent iour de fainét Denys, ainfl que les bourgois
& habitans de ladiéte ville aloient en procellion hors
d’icelle ville. Et ainfi qu’ils yffoient par l’vne des portes
d’icelle en alant à ladiéte proceflion, lefdits Bretons
entroient en ladiéte ville par vne aultre porte. Et le
lixiefmeiour d’icelluy mois d’Oétobreaduint queon
aduertit le Roy qu’il y auoit entreprife faiéte fus fa
perfonne par aucuns Tes ennemis, deîe prendre ou tuer
dedens ladiéte ville :& pour foy en garder & dormir
feurement ordonna exprefTément que on fift grant
guet & garde en ladiéte ville tant fur la muraille que
dedens, & que par chafcun quartier & ruë feufTene
faits les feux, ce qui fut fait : & vint aufli nouuelles que
la ville de Caen & aultres de Normendie s’eftoient re-
mifes & reduiétes en l’abeyfiance de mon dit feigneur
de Berry. Et depuis ce le Roy enuoya en la ville de
Mante grant quantité de gens de guerre & de francs
archiers.
En ce temps le Roy fift aier laRoyne à Orléans,
qui lors eftoit à Emboifè. Et le ieudy enfuiuanr dix-
huiétiefmeiouï dudit mois le Roy fouppa en l’oftel
du feigneur de Armenonuille où il fïft grant chere, &
ymenaauecquesluy le Conte du Perche, Guillaume
de Bifche, Guiot Durie, laques de Creuecueur, mon-
fieur de Craon, meflire Yues de Fau, meflire Gafton-
net du Leon, Vuafte de Monpedon, Guillaume le
Cointe,& maiftre Renault des Dormans. Et pour
femmes y eftoient madaaioifelle Dermenonuille,la
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dv Roy Loys XI. 8$
longue joye, & la Ducheffe de Longueil. Et pour
bourgoifes, Elliennette de Paris, Perrete de Chaalon,
& IehanneBaillete. Etlemardy vingt-deuxiefmeiour
dudit mois le Roy ala par deuers lefdits Princes à pri-
uee meifnee fans fa garde, iufques à la granche aux
Merciers, fauf que monfieur de Berry n’y eftoit point :
& le ieudy enfumant monfieur le Duc de Bourbon
vint parler au Roy en la place deuant Paris par de çà la
foffe de la grandie de Ruilly. Et eif oit le Roy ceiour le
plus honneftement habillé qu’on ne l’auoit point veu
deuant: carileftoitveftud’vne robe de pourpre def-
feinte 5c toute fourree d’ermines, qui luy feoit beau¬
coup mieux que ne faifoient les cours habits qu’ils
auoit portez parauant. Et le fàmedy enfuiuant mondit
fdgneur de Charrolois fe départit de Ton oft & fift
crier par tout icelluy fur peine de la hart,que tous ceulx
de fon armee &c compaignie feuffent incontinent
prefts pour aler feruir à l’encontre des Liegois, qui
gaftoient & mettoicnt à feu & à l’efpee tout ce qu’ils
trouuoient és pays dudit feigneur de Charrolois. Et
lesDimenche,lundy & mardy enfuiuans, monfieur
de Berry qui eftoit logé à fain&Mor des foffez fut vng
peu malade d’vne heure, qui le tint durant lefdits trois
iours & puis fut guery. Et pareillement que deuant le
Royhftleditiourdelundy les feux & le guet parmy
ladi&e ville, & tendre les chefnes de toutes les rues
foraines.
Et lemercredy enfuiuant trentiefme & penultief-
me iour d’O ârobre audit an, furent leues & publiées
les lettres de la paix, ou treue faidte entre le Roy 8c
L ij
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$4 Les Chroniques
lefdits Princes en la Court de Parlement, où illec fut
enregiftré. Et ce mefme iour le Roy partit de Paris
pour aler au bois deV inciennes par deuers lefdits Prin¬
ces , & là mondit feigneur de Berry luy fift hommaige
de la Duché de Normendie, qui baillee luy auoit efté
pour fondit appanaige. Et cedit iour fut ladiéte ville
de Paris fort gardee, & fift on armer tous les archiers
&les arbaleftriers d’icelle ôc aultres,pour garder les
portes de ladiébe ville iufqucs à ce que le Roy fuft re¬
tourné en icelle de deuers lefdits Princes, où il s’en
cftoitainfi fimplement alé. Et délibéra le Roy cedit
mefme iour de coucher la nuit audit lieu du bois, ôc
enuoya quérir fon licSt à Paris : mais le Preuoft des
Marchans ôc Efcheuins de ladiéte ville luy enuoyerent
meflàge exprez, luy humblement prier ôc requerre
qu’il n y couchàft poin t pour moult de caufes, ce qu’il
leur accorda & s’en retourna au gifteaudit lieu de Pa¬
ris : & le ieudy enfuiuant monfieur de Berry,monfieur
de Charrolois ôc aulcres fe defpartircnt de deuers Pa¬
ris & s’en alerent en diuers lieux, c’eft affauoir mondit
feigneur Charles s’en ala en Normendie, Ôc le con-
ùoya le Roy bien loing fur le chemin de Ponthoife,&
puis s’en tira luy & ledit de Charrolois vers Villers le
bel, où ils furent deux ou trois iours,& puis s’en ala
ledit de Charrolois au pays de Picardie, & de là s’en
ala faire guerre aux Liegois. Et le lundy enfuiuant
mefïire Robert Deftouteuille Cheualier feigneur de
Beine, qui auoit efté Preuoft de Paris du temps du feu
Roy Charles, & que le Roy l’auoit oftee & baillee à
laques de Villers feigneur de fille Adam, fut remis Ôc
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dv Roy Loys XI. g)
reftitué audit Office de Preuoft de Paris. Etcemefme
iour fut en l’oftel de laditfte ville pour les affaires du
Roy,&làluyfutbaillee le nom de la nuit comme à
Preuoft de Paris.Et le mardy enfuiuant le Roy fouppa
en l’oftel d’icelle ville, ou il y eut moult beau feruice de
chair & poiflon, & y foupperent auecques luy plu-
fieursgens degrant façon,inuitez & mandez auec¬
ques leurs femmes. Et auant ledit foupper le Roy prd-
pofa à aucuns Quarteniers, Dizeniers, pource aufli
mandez,difant qu’il les mercioit tous en general &
particulier de la grande feaulté & loyaulté qu’il auoit
trouuee en.eulx : & que pour eulx il eftoit du tout dif-
pofé de faire tout ce que poftible luy feroit, & que
pource que durant la guerre &diuifion qui auoit efté
deuant laditfte ville il auoit donnez & conférez à icelle
aucunspreuilleges,& que aulcuns pourroient auoir
imagination c^u’il auroit ce fait pour laneceftité où il
s’eftoit trouué de auoir d’eulx fecours, & que apres la¬
dite paix ou accord les leur pourrait ofter, il leur de-
claira pour cefte caufe dellors & des maintenant pour
lorsàtoufiours, il le les leur auoit donnez & laiffez,
fans iamais auoir efperance de les rappeller ne venir
contre, & fe mi eulx vouloient auoir de luy qu’ils le
dcmandafTent & il le leur o&roy eroit. Et leur dift en-
cores qu’il laiflbit en ladite ville le feigneur de Bcyne
comme Preuoft de ladi&e ville de Paris,auquel il vou-
loit quils obeyflent comme à luy ’, & leur dift qu’il
auoit moult bien feruy à la iournee de Montlehery, &
pour aultres caufes qu’il declaira audit Preuoft des
Marchans & Efcheuins deladide ville de Paris, en le
L iij
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36 Les Chroniques
priant d’eftretoufiours bons &loyaulx enuers Iuy &
a la Couronne de France, fans ce que aucune partiali¬
té foittrouuee en ladite ville. Et illec ce iour Fut fian¬
cée la fille naturelle du Roy a monfieur le baftard de
Bourbon, & apres foupper y furent faites plufieurs
ioyeufetez,dances & aultres plaifànces : & là mondic
feigneur le Baftard y dança& y fift grande & bonne
chiere.
Et le lundy enfuiuant feptiefme iour de Nouembre
audit an quatre cens foixante-cinq, ledit mefiire Ro¬
bert Deftouteuille fut amené au Chaftellet de Paris
par meilire Charles de Meun & maiftre lehan Dauuet
premier Prefident au Parlement deThouloufe,auquel
Prefident le Roy mandoit quil auoit receu le ferment
dudit Deftouteuille a Preuoft de Paris, au lieu de lac¬
ques de V illers feigneur del’Ifie Adam, auquel il auoic
donné ladiéte Preuofté à fon ioyeulx aduenement, ôc
qu’il le mift & inftitua en pofTefïion & fàifine dudit
office de Preuoft de Paris. Et apres que les lettres de
don dudit office furent leuës au grant parc du Chaftel¬
let de Paris, ieelluy Deftouteuille fut mis & inftitué en
pofleffion dudit office, fans prciudice du cas d’appel
dudit de Villers.
Et tantoft apres ces chofes ainfi faieftes le Roy man¬
da venir à luy les Prefidens de fà Court de Parlement,
aufquels il dit telles ou femblablesparolles. Il eftvray
que apres que ie vins à mon ioyeux aduenement à la
Couronne,ie feis le premier Prefident en ma Court de
Parlement meflire Helye de Thorretes, qui tantoft
apres ala de vie à trefpas. Et à l’eure que ie le rcis i’auoye
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dv Roy Loys XI. 87
mon affe&ion finguliere dey mettre en Ton lieu mai¬
ftre Iehan Dauuetnoftre premier Prefident àThou-
loufe qui cy eft prefent : mais tant par importunité de
requerans que auiTi à lapriere &c requefte de meflire
Iehan Bureau, nous y mifmes le Prefident de Nanter¬
re , qui depuis y axfté iufques à la venue de noftre ville
de Paris datfcuns feigneurs de noftre fan g,qui nous fi¬
rent dire & remonftrer que en noftre Royaulme a-
uoient efté faiétes plufieurs grandes iniuftices, & mef -
mement en noftre Court de Parlement : Pourquoy &
aultres caufes qui nous meuuent, declairons que ledit
de Nanterre ne fera plus noftre premier Prefident en
noftre Court de Parlement, & que pour & en Ton lieu
y auons mis & créons ledit maiftrc Iehan Dauuet,
pour y eftre & demeurer.
Et le fàmedy enfumant neufiefme iour dudit mois
de Nouembre, meflire Pierrede MoruillierCheualier
qui auoit efté Chancelier de France fut defàppointé
dudit office, & y fut mis en fon lieu meftire Iehan Iu-
uenel desVrfins,qui auffi auoit efté Chancellier de
France, & quiencores eftoit au iour du trémas dudit
feu Roy Charles. En ce temps aufli le Roy defàppoin-
ta meflire Pierre Puy de l’office de Maiftre des Reque-
ftes ordinaire de fon hoftel, & donna ledit Office à
maiftre Régnault des Dormans,
Apres ces chofès le Roy fe partit de Paris pour aler à
O rleans, & en emmena auecques luy Amault Luilicr
Changeur & bourgois de Paris, auquel il charga tref-
«xpreffément de le îaiure & eftre toüfiours prés de luy,
& fi y mena aufli maiftre Iehan longue joyele ieunc.
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88 Les Chroniqves
nouuellement marié à Damoifelle Geneuiefue fille de
maiftre Iehan Baillet pour eftre de Ton grant Confeil.
Età l’eure dudit partement il creaTreforier de France
maiftre Charles ( d’O rgemont feigneur de Mery, &
fift ledit Arnault Luillier Treforier de Carcaftonne,&
maiftre Pierre Fertcil mary de Terteau Maiftre des
Requeftes de Ton Hoftel, fans gaiges 6c intereft.
Et le’lundy enfuiuant dixhuiétielme iour dudit
mois aduint à Paris à fix heures de matin que vne co¬
mète y chey t en refplendilfeur de feu,qui dura longue¬
ment: & eftoit telle qu’il ferabloit que toute la ville
feuft en feu & en flambe. Et de celle elpouuentable 6c
merueilleufechofevnghommeenla place de Greuc,
quia ladiéte heure aloit ouyr Mefleaufainéb Elperit*
fut de ce fi tres-elpouuenté qu’il en deuint fol, & per¬
dit Ion fens 6c entendement.
Et apres toutes ces chofes mondit feigneur Charles
quiainfi eftoit party de Paris pour aler en Normen-
die,s’en alaiufques à làinéle Katherine de mont de
Rouen, où il fej ourna illec par diuerfes iournees en at¬
tendant que ceulx de Rouen eulfent préparé ce qu’ils
auoient intention défaire pour fon entree,mais ce¬
pendant femeuftnoife entre mondit feigneur Char¬
les, le Duc de Bretaigne 6c le Conte de Dampmartin,
dont fut dit audit moniteur Charles que ledit Duc de
Bretaigne 6c Conte de Dampmartin auoient entre-
prins deleprendre&ramener en Bretaigne, pour la¬
quelle caule Iehan moniteur de Lorraine qui de ce fut
aduerty,.ala incontinent dire ces npuuelles en l’oftel
de ladiéte ville de Rouen,qui incontinent y pourueu-
rent
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dv Roy Loys XI. 89
rcnt & firent arriuer tous ceulx de Iadi&e ville.
Et a grant port d’armes ledit monfieur Iehan de
Lorraine à l’aide defdits de Rouen ala en la place dudit
lieu de fainébe Katherine ou on né le vouloit laifler en¬
trer. Et illec malgré ledit Duc de Bretaigne & Conte
de Dampmartin, fans folempnité garder, fift monter
mondit lèigneur Charles fur vng cheual garny de fellc
& harnois amplement, fans aucune houlîure,& auoit
veftuàcefteheurevnerobedeveloux noir,& en ceft
eftatle menèrent en ladiébe ville de Rouen, tout droit
en l’Eglifenoftre Dame, dû chante fut 1 çTeDeum Lu-
dam us , ôf de là au Chaftéau dudit lieu.
En ce temps le Roy efiant à Orléans fift plufieurs
ordonnances & eftabliftemens, & defappointa plu¬
fieurs Capitaines de guerre, & entre les aultres il ofta
les cent lances, dont Poncet de Riuiere auoit la char¬
ge, & le fift Bailly de Montferrant, & à d’aultres ofta
aufli les charges & mift d’aultres en leurs lieux.
Et quant ledit Poncet de Riuiere fe vit ainfi delàp-
pointé de fadiébe charge, il s’en ala oultre la mer au S.
voyage delherulalem, de delààfàinébe Katherine du
mont de Sinay, & fi remift & fift le Roy le feigneur de
Loheac Marefchal de France,comme aultre fois l’a-
uoitefté, & futmisau lieu du Conte de Commingc
baftardd’Armignac. Et apres ces chofes ainfi faidbes
leRoyièpartd’Orlcans & s’en ala en Normendie à
toute (on armee francs archiers, & fon artillerie grofle
& menue, & s’en tira vers Argenten, Exmses, Faiaize,
Caën, & aultres places dudit pays ; pour les prendre,
(àifir, & mettre en fes mains. Et làil trouualeDucde
v-M- . ;*>•
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pp Les Chroniques
Bretagne, qui furent enfemblevneefpace de temps.
Et d’aultrc part audit pays deNormendicy eftoit
par le Roy monfieur de Bourbon qui ala deuant E-
ureulx pour l’auoir,qui n’y obeyrent point de pre-*
miere venue, mais depuis traitèrent auecques hiy &
le boutèrent dedens ladite ville, luy & fès gens. Et
apres d’illec fe partift &sçn vint deuant Vernon fur
Seine, ou femblablement luy fut fait reffus de premiè¬
re venue, & puis le mirent dedens. Et dvne aultre part
eftoit meflire Charles de Mcleun grant maiftre d’o-
ftel du Roy, qui auflï prenoit & faififloit villes & pla¬
ces , comme Gifors, Goürnay, & aultres : & fi rua ius
enuiron fix vingts Efcoftois qui s’en aloient au fei-
E neur de Bueil pour mondit feigneur Charles. Et fut
. rencontre faidte defdits Efcoftbis àvngvillaige du
Bailliage de Caulx nommé Cailtyv
En ce temps le feigneur de Stcrnay qui eftoit G ene-
ral deNormcndie, qui s’en eftoit party hors de la ville
de Rouen pour Jadoubte & fureur du Roy,& affin
qu’il ne feuft cogneu fe aJbiila en Cordelier de 1 obfer-
uance, fur rencontre par aucuns gens de guerre de la
compaignîe dudit grant maiftre, aupont faindt Pier¬
re, quieft à quatre lieues de Rouen', & auoit auec luy
vng Auguftin. Ldquels apres qu’ils eurent efté fàifïs
fUrenrterchezpar lefdits gens de guerre, & trouue-
rent fur culx plufieurs bagues & or monnoye contant,
qu’ilsprindrent & làifircnc. Et apres mondit feigneur
Charles qui s’en eftoitalé à Rouen s’en ala à Louuicrs,
cuidant y croutrer mon feigneur de Bourbon, lequel
ilny trouua point, & incontinent s’en retourna au-*
dit Heu dcRouën,
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dv Roy Loys XI, 9t
Et apres Ton retour audit lieu de Rouen, ceulx de
ladiéte ville le receurcnt &ç le menèrent en l’oftel de la¬
dite ville,ouillec i’efpoufercnt à leur Duc: & en ce
faifànt luy baillèrent vng anneau qu’ils luy mirent au
doy, que à ce faire eft ordonné. Lequel depuis mondie
feigneur Charles porta, & promift lors aufdits de
Rouen de les entretenir & garder en leurs franchifes
& libertez, <3c leur ordonna a cefte heure la moitié de
tous les aydes que parauant fit réception ils auoient
payez. Et ces chofes raidies luy fut dit & remonftré par
les gens d’Eglife, lesnobles,bourgois & populaire d’i¬
celle ville , qu’ils fe rendoient & aemouroient du tout
fes vrais & loyaulx fubjedis, tous bien délibérez de vi-
ure & mourir pour luy, & iufques au dernier homme:
& puis luy firent lire vng article contenu en vne Chro¬
nique qui cftoit en icelle maifon de la ville,publicque-
ment deuant tous, qui contenoit en effedt que iadis y
ot vng Roy de France qui mourut, & apres fon tref*
pas demoura deux fils, dont l’vn par aimnefle fucceda
a la Couronne : & à l’autre fut baillé pout-fon appa-
naige la Duchié de Normendic, qui depuis ledit Roy
de France voulut rauoir & enprint guerre contre foni
frere pour la rauoir. Et ôultre pour leurdit Duc guer¬
royèrent tellement ledit Roy de France, que par leur
puifiànce d’armes,ils mirent en exil ledit Roy de Fran-J
ce, & firent leurdit Duc Roy. Et apres ladicle leéhire
luy dirent qu’il nefe fouciaft de riens, & que de là en
auanteeulx dcladiéfe ville lefourniroicntdedens icel¬
le ôc deflus leurs murs d’engins & aultres chofes déf-
fenfàbles, ôc de tout ce que neceifité leur feroit d’aw
M ij
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9t Les. Chroniqves
uoir : tellement que aucun dommaige ou efclandre
neviendroit audit feigneur, ne à eulx, ne à leurdiétc
ville.
Et le lundy pcnultime iour de Décembre audit an,
leRoy^en retournant dudit bas pays de Normendie
vin t au Ponthaudemer, & de là en la Champaigne du
Neufbourgprés Conches, & enuoyamôdit feigneur
de Bourbon deuant la ville de Louuiers. Et le mercre-
dyenfuiuant premier iour de Ianuier ladite ville de
Louuiers fut rendue à mondit feigneur de Bourbon
pour le Roy, & ce mefme iour le Roy entra dedens la¬
dite ville de Louuiers apres difner. Et en ce mefme
iour aufïi fut mené par les gens dudit grant mailïre
d’oft el, le feigneur Sternay qui aufïi en icelluy iour fut
noyéenlariuiere Dure, & aufïi ledit Auguftin auec-
quesluy par les gens du Preuoft des Marefchaux. Et
puis fut le corps dudit de Sternay retiré hors de ladiéle
riuiere & mis en terre en l’Eglife noftre Dame de Lou¬
uiers , ou illec fut fait fon feruice.
Audit temps furent plufieurs perfonnes,officiers &
aultres dudit pays de JSformendie executez & noyez
parle Preuoft des Marefchaulx ,pour les queftions du
Roy & monfeigneur CharleS fon frere. Et apres le
Roy fe partit dudit Louuiers,& vint mettre le fiege
deuant la ville du pont des Arches, qui eft à quatre
lieues de ladiéfeville de Rouen.
Et le ieudy fixiefme iour dudit mois de Ianuier fut
crié en la ville de Paris , que tous marchans accouftu-
mezdéporterviüresenoft,portaffent viuires en loft
du Roy qui cftoit deuant ladiéte ville du pont des Ar-
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dv Roy Loys XI. 93
ches, & aulïî que tous pionniers feuflènt tous prefts à
partir le landemain pour aler audit lieu, foubs lire De¬
nis Giber l’vn des quatre Efcheuins de ladite ville à la
conduire d’iceulx ordonne'. Et le mercredy cnfuiuant
les gens du Roy qui eftoient alez à leur auantaige fur
les champs,prindrent quatre hommes d armes de la
compaignie & ellans foubs ledit monfeigneur Char-:
les, & qui autresfoisauoient efté en l’ordonnance du
Roy, & Tvn d’iceulx eftoit nommé le petit Bailly, qui
autrefois auoit efté de la compaignie de Iouachin
Rouault Marefchal de France, & qui auoit efté caufe
delà prinfe de Pontoife contrele Roy : Furent menez
deuers le Roy, & incontinent fut ordonné qu’oil
leur couppaft les telles, & lors ils requirent au Roy
que il leur fauuaft la vie & ils luy feroient rendre ledit
pont des Arches : ce que le Roy leur accorda, à la re-
quefte de mondit feigneur de Bourbon & de plufieurs
aultres Princes & Seigneurs. ; *
Et ce mefine iour le Roy & là compaignie entre-
rent dedcns ledit pont des Arches,& ceulx qui eftoient
dedens ladiéle ville fe retirèrent dcdens le Chafteau.
Entrelefquelsy eftoit maiftre Iehan Hebert General
des finances du Royaulme de France: & trois iours
apres fut rendu au Roy le Chafteau dudit pont des
Arches. *,
Et apres que ladiéte ville & Chafteau eurent efté
ainli rendues au Roy, ceulx de Rouen enuoyerent par
deuers luy pour parler d’appointement, lequel en-
charga hault & bas les Ducs de Bourbon & deBretai-
gne. Et pour ledit appointement auoir vindrent de
M iij
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94 Les Chroniques
ladideville de Rouen aucuns Commiflàircs ordon¬
nez de par icelle pour luy faire plufieurs requeftes Ôç
remonftrances, ôc entre aultres que quelque choie
qu’ils euffent fait le Roy voulfift eftre content d’eulx,
ôc qu’il luy pleuft declairer qu’ils n’auoient point fail-
ly ne fait chofecontre luy dont il leur voullift donner
pardon,grâce, ouremimon, ôc que le Roy de là en
auant les affranchift en la maniéré qu’il auoit fait ceulx
de fa ville de Paris : ôc plufieurs aultres requeftes firent
au Roy, qui leur rendit relponfe que fur le tout il au-
roiq fonaduis.
Et durant ces chofes plufieurs des gens du Roy
aloient ôc venoient en ladite ville, & les vngs auec-
ques les aultres. Et cependant monditfeigneur Char¬
les , luy ôc plufieurs aultres de fa compaignie fortirent
dehors de ladide ville de Rouen, Ôc s’en tirèrent à
Honnefleu Ôc àCaen,oùils furent depuis certaine ef*
pace de temps.En ces cntrcfaides Iehan monfeigneur
de Lorrainefecuida elchapper pour aler en Flandres,
mais il fut rencontré par les gens du Roy, qui le prin-
drent ôc menèrent vers le Roy. Et donna le Roy U
plufpart des offices de ladide Duchié de Normendic,
Ôc y fift denouueaulxofficiers, ôc en débouta les aul¬
tres. Et aptes ledit partement dudit, monfeigneur
Charles de ladide ville de Rouen,elle fut remifè ÔC
reduide au Roy. Et ce fait le Roy renuoya tous les
francs archicrs, ôc leur donna congé iufques au pre¬
mier lourde Mars enfuiuant,ôc renuoya aufti fon ar¬
tillerie à Paris, ôc puis priât fon chemin pour aler au
bas pays de Normcndie,ôc vers le mont faind Mi-
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dv Roy Loys XI. 95
chiel. En cc temps Anthoine de Chabannes Conte de
Dampmartin dont deftiis eft fai&c mention, fè tint
auecques le Roy, & y eut gouuemement & charge de
gens d’armes de cent lances, dont auoit la condui&e
meflire Charles de Meleun grant Maiftre d’oftel du
Roy, & h luy ofta l’office de grant Maiftre Sc le bailla
à monfèigneur de Craon. Iaçoit que moult de gens
cftoient aflez d’opinion que ledit de Meleun euft bien
fèruy le Roy & fait de moult gratis fcruices, mefmc-
ment à la grant diligence qu’il peint à la garde de la vil¬
le de Paris en i’abfence du Roy, Ôc luy eftant en Bour-r
bonnois, ou tant &fï bien fe gouuerna & maintint,
que plufieurs eftoient d’opinion que fe n’euft efté fâ
grant diligence ôc bonne conduite que ladide ville
euft eu beaucoup à fouffrir,au grant dommaige dû
Roy & duRoyaulme.
Et en ces choies faifant, le Roy fift efehange auec*
quesledit Concédé Dampmartin,d’vn lien Chaftcl
quil auoit en Gafcongne nommé Blancaffort,& alen-
contre le Roy luy bailla tout le demaine & fouuctai^
neté qu’il auoit és villes de GonndTe, Gournay fur
Marne, ôc Crecy en Brie. Et de ce luy bailla lettres ad-
dreflans à là Court de Parlement, pour icelles eftre par
eulx expédiez, & pour les ioindre auecques fadiâe
Conté de Dampmartin.
Audit temps le Roy ordonna que la placede Chau¬
mont fur Loire qui appartient à meflire Pierre d’Am-
boife fèïgncur dudit heu de Chaumont, feuft mife en
feu Sc en flambe anafee, ce qui fut fait.
Etle lundy tiersiourde Feuriet vng nommé Gau-
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9 6 Les Chroniques
uain Manniel, qui cftoit Lieutenant general du Bailly
de Rouen, fut prins en ladite ville & mené prifon-
nier au pont de l’Arche. Et là par le Preuoft des Maref
chaulx defTus le pont dudit lieu fut drecié vng efchauE
fault, dcflus lequel ledit Gauuain fut décapité pour
aucuns cas de crimes à luy impofez. Et defTus ledit
pont fut fà telle mife au bout d’vne lance, & fon corps
jetté en la riuiere de Seine.
Et en ce temps le hault Doyen de I’Eglife de Rouen
& aultres Chanoines de ladite Egüfe iufques au nom¬
bre de fix, furent enuoyezhors icelle, & leur fut ladi¬
te ville interdire, & furent enuoyez demeurer hors
de la Duchié de N ormendie.
: Apres ce le Roy fe partit de Rouen & s’en ala à O r-
leans oula Royne eftoit, & y demoura par long temps
&puiss’enalaàlargeau, &illecenuiron. Et pendant
qu’il y fut arriuerent deuers luy plufieurs AmbafTades
dediuerfescontrées, & de diuers cas: & durant ce le
Roy délibéra enuoyerAmbafTadeau Royaulme d’An¬
gleterre pour aucunes caufes. Et pour ce faire elleut le
Conte de Rouflillon baftardde Bourbon & Admirai
de France, le {ire de la Barde, l’Euefque & Duc de
Langres, maillre Iehan de Ponpaincourtfeigneur de
Sercelles,maiilre Oliuier le Roy Confeillier & maiftre
des Comptes, & aultres. Et partirent pour aler audit
Roÿaulàie d'Angleterre au mois d’Auril mil quatre
cens foixante fix.
î. Et audit temps par la Iuftice ordinaire de Paris fu¬
rent prins plufieurs poures créatures, larrons, croche-
teurs, & aultres malfaiteurs, qui pour lefdits cas
furent
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d v Roy Lqys ^1. 97
furent les aucuns pendus & eftranglez au gibet de Pa¬
ris à Mont faucon, & lesaultresen furentbattfc au cul
de la charrette par les carrefours de ladi&e ville.
En ce temps Damoifelle Yfabeau de Cambrayfem-
me de fire Guillaume Coulombel puiflant ôc riche
homme, fut mife & conftituec prifonniere en la Con¬
ciergerie du Palais Royal à Paris, à la requefte &c pour-
chas de fondit mary, qui principalement la çhargçoit,
de troischofes, Lapremiore, quelle s'eftoit fpfhû&e
& habandonnee à aultre qu a luy. La fécondé ,qu elle
l’auoit defrobé de fes hiens en grans fbmmes de de¬
niers. Et aufli quelle auoit fait & compile plu^eurs
poifons pour Tempoifonner & faire mourir.Et fur ces
chofèsauoitfondit mary fait faire fes informations :
apres lefquelles veuës & pour iefdics cas demouraion-
guement prifonniere, & fur fur cégehainee, Et fîna-
Dlementveu parla Court de Parlement lefdiétes char¬
ges & informations fur ce fai&es, & fa confçflionpri-r
le : par Arreft Se Jugement diÆnitif dVk* fui dit &
prononcé que lefcü&es charges par ledit Columbei
impofeesa ladite femme, cftoiét (oufEtfamment prou,
ueçs, Pourquoy fut declairépar ledit Afnqfi: priueç de
toute communauté de biens Se dçmkt aàeôjifS.fonT
dit mary. Et au regard des poilbns furent appoin&eà
contraires, dequoy elle propofa erreur,.& conhgna
fixvingtsliurespatifis. ? '
• Le mxiefmeiour de May audit an foixantcfix,rne£
fire Anchoine de Ghafteauneuf feigneurduLau, qui
auoit «u congié du Roy long temps parauant, fut
trouuépascascfauenture par le feignpur de Chabeft-
N
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5 >S Les Chroniques
nais & aultres,ésplaines de Clery pies Orléans. Et
pource que luy & les gens furent apperceus en habits
mefcogneus,fut prins prifonnier & mené au Roy,qui
l’enuo.ya auecques fes gens prifonnier en vng Chaftel
prés Mehün. Et le mercredy veille d’Afcenfion noftrc
Seigneur,par ï ordonnance du Roy maiftrelehan le
Preuoll Notaire ôc Secrétaire du Roy entra dedens la
Baftillefàin&Anthoine par moyens fubtils, & d’illec
en mift & ièéla hors vng nommé Marc, qui en eftoit
Lieutenant pour monfieur delaBorde,& lequel Marc
aüoit nouuellement efpoufe la fille naturelle dudit
meffirefchârlesdeMeleuhy qui. eftoit fils dudit de la
Borde. Et apres ledit Maie & fadiébe femme & mef-
naige s’en retournèrent a reifuge par deuers ledit mef-
fïre Charles en la ville dé Melpun. > : ! .
Ét 1 e famedyveille dePenthecoufte viiigtquatrief-»
me iour dudit mois r audit ah :mil quatre cens foixante
fix, furent leues & publiées en ladiébe ville de Paris par
les carrefours dlcelle ,à fon de trompe & à cry publi¬
que, le mandement du Conneftable de France, de¬
dens lequel eftoit infère le mandement du Roy, qui
contenoit que le Roy eftoit Idehément ipformç que
les Anglois ièsanciens ennemis, en groffe& merueil-
leufè armçe eftoient délibérez d’entrer & defeendreau
Rqyaulmede France, pour deftruire & gàfter icelluy.
Et que pour ce faire auoient défia fait grarit amas de
nauires. Etpourcele Roy voulant refifter à leur mau-
uaife & dampnee entreprife, & pour les grêuer & nui->
reen tout ce que poffibleferoitj mandoit audit Con-
neftable que par toutes villes, pays, & lieux dudit
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d v Roy Lôys XI. •- 99
Royaulme, es places où on a aecouftumé de faire cry
publique, il fiffc aflauoir que tous nobles tenans du
Roy en fief & arriéré -fief, de quelque eflat ou condi r
tion quils feufTent, feuflènt en armes & habillement
dedens le quinziefme de îuing enfuiuant, fur peine de
confifcation de corps ôc de biens. Et auili à tous francs
archiers à eftre tous prefts audit iour.
En ce temps le Roy qui ainfi auoit defapppiridtë le¬
dit fcigneur de la Borde de la Capitainerie de la Baftil-
le fkindt Anthoine, donna ladidfe-G apitainerie au fei-
gneur de Blot Senefchal dîAuuergrie, que on difoit
eftre homme de grant conduire. En ce temps ledit
feigneur de Montaulban quiauoit efté Admirai,grant
maiftre Adminiftrateur & général Réformateur de
toute la noifeaduènuëen Bretaignè* & par côfequent
au Royaulme de France, & qiiiauoit eu des biens du
Royaulme 8 c argent inêftimablé, mourut à Tpurs &
ne fucpoint pleure. Et apres famOtftleRdytfpnna fcs
offices:C’eft affauoir l'office. d’Admirai à monfeigneur
le Baftard de Bourbon, qui auoit çfpoufee vne tienne
fillcnaturelle* office degrant maiftrefe Eauçs 8 ç
JFprefts, futdônnee.aufeigrieur de Ch^ftillonfrère du
:Marefchalde Loheac.
1. Auditrt&nps furentpiriféitreues aueequeslefili^
^ -pSu: • merv.que
parterfe,$c j&irent lefdidtes treues publiées, & auffi
.audit- temps monfèigneur du; Mainepoür aucunes
,<»ufeqpjbt9çUi3ên.tile Roy futd^fapppindlé^du goit-
tueruemem^e Ii.anguedpc ?i & fut baillé à mdnfeigiieur
.deÇpürhon;: .. . . : .
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îoo Les Chroniâtes
Et âbres ledit mariage fait dudit monfeignetor l’Ad-
miral, le Roy luy donna le Chaftel & place de VïFon
«n Aütttrgne, quon dit eflre la plus forte place du
Royâulmt, âüetques les Capitaineries de Honnefleti
& àttlttts places de Normendié. Audit moisdeluing
que les fêues âôUriiToieiit & dtuieitneût bonnes, ad*-
uint que plufieurs hommes & femmes perdirent leur
■bon entendement, & mdfmementà Paris : il y tut en¬
tre aultt es vng ieurve homme nommé maiftre Matcial
d’Àüuergfie Procureur en k Court de Padèment, St
Notaireau Ohafttibc de Paris, lequel aptes qu'il eut
efté mafté trois fepakainfes auecques vne des filles de
maillre lutquts Fournier Confeiilier du Roy en ladi¬
te GOttft de Par du fon enreaidtmcnt m
Baptiftt eft&ifOtt neuf heurts de matin, vn e telle Fre-
Uaifitkpttftt qu’dfektfcaparkfeneftre defacfeambitr
«t fot en gtara dangiet de mourir.
tfEgrat* «t quittes geftsdeconfot
na venir, & que on difoit qifils
.ChetiâMrSygèUS
UtidROy OraOï1>
fcoient ordoMitfc
dt pat ieeMuy eftôiêfit nommer vtogt :Qc vug”C©Mv
âfcilfàiifcsjdofit monfeigite'ur Ghârk&de QtitMsCott-
üédç Dubois ©t de Lofigutâilk^ftôîÈ i’vtt&^teiniêi?.
Et duqud ttombre-de tàagt &-yhgdéfimtfk' sâfefc
riens fait qu’ils ne feufient treize, ledit Conte dt
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Dr Roy Lôys XI. f<jr
noiscoufioursdeuant& le premier: & les appelloit-
onlors les refFormateurs du bien püblicque. Et fur la¬
dite commiffion ainfi à eulx baiilec,eommeneerentà
bcfoigner le mardy feizeiefme iour dudit mois de Iuib
let audit au mil quatre cens foixante fix.Et poury bieh
tommencer & mettre toujours en leurs faits Dieu de¬
uant, fiit fait par eulx chanter vne belle MefTé du $.
Efperit en la làinéle Chapeüedu Palais Royal à Paris.
Laquelle Meflè fut chantee & celebree par l’Arceuet
que de Reims luuenel, qui eftoitefleu & nommé lvn
défaits Commiflairês. Ët à cédit iour de mardy auoit
eu Vtt’g ah que le Roy rencontra monfeigneur de
Charrolois à Montlehery.
' Et le lendemain qui fut le meftredy feimefme iour
de Iuillet,aduint en la Court dudit Palais que plu¬
sieurs des paigesdes Confeilliers de ladi&eCourtillec
art endans leurs maiftra, prindrent noife 8c queftion
aux paigâs defiiits feigneurs tenatis le eonfeii dudit
bien publique, & fe meut la noife d’ehtre lefdics pak
f :sdu Palais cohtre lefdits paijges du bien publitqtg?,
r ceqû'iku’auoiteiit point payé ieura bien venues à
îkeulxdü Pàlais, & de céaùoientefteïeffafàns : & do-
mouta a tandadiébe noife uriques àlandemainquifut
4eudy, quetous fefditis paiges d^vncofté ^rdaultrero-
tQUthetentmktdte'GoUrt> fus kurdi&b
queftion, Eténpourparfant d‘ieeile lefdits paiges du
ibienpublique coururent fus aufdjts paiges du Palais ,
•qui-ft reutneher ent de baiitantdes vu gs' %tx aultrès
de terribles & merkeilleusc coups ytant tte : poings, de
pietrès, ballons r coufteaulx de dagues, que il y en eut
N iij
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ici. Les Chroniques
plufieurs naurez, batus, &lesyeulx crcucz, & falut
fermer les portes, & que gens de bien s’en meflaflent
pour lesdefmeller & appointer. Et de ce fut dit par
{ îlufieursqueces chofes lignifioient le bout de l’an de
a rencontre deMontlehery. Ladidfce annee fut fort
moifte, & en diuers lieux en France y creuft de bons
, blez, & en aultres lieux ne valurent gueres, & eftoienr
nuiilez, & y eut de grans tempeftcs en diuers lieux, tac
de clair que de tonoire, vents, pluyes &c aultres tem-
peftes, qui firent moult de maulx & de dommaiges
en diuers lieux dudit Royaulme, & par elpecial au
paysdcSoixonnois,ouelle gafta les blez,les vignes
& aultres fruits,& deftruifit plufieurs belles mailons,
manoirs ,couuertures d’Eglifes,& fift plufieurs aultres
maulx. » ' >
En ce temps s’efmeuft grande guerre entre les Lié-
,gois & le Duc de Bourgongne, qui pour cefte caufe fe
mift en armes & leur ala faire guerre, & sy feift porter
en vne litière, & y mena auecques luy fon fils ledit fei-
gncur de Charrolois, auecques cous les nobles hom¬
mes , gens de guerre & ^ultresquilpeuft recouurer,&
tous les bahiis ôc'af cilleriez & fift: Aiettrc lè fiege dèuant
la ville de Dynan, contre laquelle y fut incontinant
fait grans approuches , 5 c fi y furenc faites de belles
faillies & grandes efçarmouchesdecofté &<d’aultre,&
.au commencement lefdits de Dynan firent de grans
.maulx & dommaiges aufdits Bourguignons, & y en
ndemoura plufieurs morts, quilgueies ne furent plains':
mais en la fin ceulx deladièfe.villejde. Dynan! par tray-
fon & autrement furent furprins, Ôc entrèrent leldits
! ■ 1 *
1 . i .4
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dv Roy Loys XI. 105
Bourguignons dedens icelle ville, qui d’icelle enJet-'
terent& Doutèrent dehors, hommes, femmes & en-
fans, &retindrentprifonniers les plus notables gens
d’icelle ville, & puis la pillèrent tellement qu’il n’y de-,
moura rien. Et apres boutèrent le feu parmy toutes les >
Eglifes & maifons, &y firent mefehief & dommaige
irréparable. Et apres que tout fut braie' & confommé,
emplirent les foflèz des murs d’icelle, & à caufe d’icel¬
le deftrudion deuindrent lespoures habitans d’icelle
mandiens,& aucunes ieunes femmes & filles haban-
donnees à tout vice & péché pour auoir leur vie. '
En ladide ànneeés mois d’Aouft & Septembre fut
grande & meraeilleufe chaleur, au moy en de laquelle
s^enenfuiuit grande mortalité depeftilence,& autres
maladies,dont & dequoy il mourut tant en la ville,
villaigesvoifins,Preuofté & Viconté de Paris,qua-
rente mil créatures & mieulx, Entre lefquels y mourut
maiftre Arnoul Aftrologien du Roy, qui eftoit fort
homme debien,faige & plaifant, & auffi y mourut
plufieurs Médecins & Officiers du Roy en ladide vil¬
le de Paris. Et fi grant nombre de créatures furent por*
tezenfeueillit& enterrer au cymetiere des fainds In-
nocens en ladide ville de Paris, que tant des morts en
ladide ville que de l’oftel Üieu tout y fut remply : &
fut ordonné quedè là enauant on porterait les riions
au cymetiere delà Trinité, qui eft & appartient à To-
ftel de la ville de Paris. Et continua ladide mort iuf*
qtiesam moisde Nouembreyque pour la faire ceflfer
toprierDieuil luy pleuilde le faire, furenffaides de
moult belles procemonsgenerallesà Paris,par toutes
i.i (.Ul
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io4 Les C»roniqves
les parroifTes te Eglifes. d’icelle, où furent portées tou¬
tes les chalTes te fam&es Reliques,# mefmcmcnt les
chaffes denoftre Dame, de fain&e Geneuiefùe, te S.
Marcel, & lors cefTa vng petit ladite mort. Et en cc
temps fut grant bruit à Paris de larrons te crochçteurs
alans de nuit, crocheter huis, feneftrcs,caues & ce-
liers. Etpourlefdits cas en furent aucuns batus au cul
de la charrette, te les aultres pendus te effrangiez au
gibet de Paris.
Audit temps fut pendu te eftranglé audit gibet de
Paris vng gros Normant natif de Conftantin en Nor-
mendie, pource qu’il auoit longuement maintenue
vnefienne fille,& en auoit eu plufieurs enfans que
luy te fadiâre fille incontinent quelle en eftoit deli-.
uree meurdrifioient. Et pour leçut cas fut pendu rotor
me dit eft, te fadidte fille fut arfe à Maigny prés Pon-
toife où ils eftoient venus demourer dudit pays de
Norraendie. En ce temps furent apportées à Paris les
chaffes de fàind Crefpin & fatoÇf Crefpinien,pour
trouuer remede à ladidte maladie de peftüencq te aufïi-
pour eulx quefteraffin d’auoir dequoy recouurer l'E¬
gide defdits Saiinftsaudit lieu deSoixoas, que ladi&e:
fouldre te tempefte auoit ainfi deftrui&e te abbatuo
comme dit eft douant: & durant cc temps le Roy te
fbn Confeil fc tindrem à Orléans, Chtartre^Bourgcs,
Mehun, Amboife, te aultres lieux:, te durant qu’il y
fut vdndrent plufieurs AmbafTadcs de diuerfes na-i
dons, comme d’Angleterre, de ftevurgongne & auk
très, te délibéra lors le Roy de fatre guerre aufcfits Duc
de Bourgongne te Conte de Gharrolois fon fils. Et
pour
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dv Roy Loys XI. 105
pour celle caufe fift crier es villes de Ton Royaulmc,
ban & arriereban, & ordonna & créa pfufieurs francs
archiers oultre lenombre ordinaire.
Apres ce que dit eft, le Roy fill plufteurs ordon¬
nances & eftablifTemens pourlatution& garde de fes
pays & vilLcs, & ordonna monfeigneur le Marefchai
de Loheac Ton Lieutenant en la ville de Paris, & en
rifle de France. Et à monfeigneur de Chaftillon fu,t
baillé le pays deChampaigne,& la garde du pays de
Normendie fut baillee à monfeigneur le Conte de S.
Pol Conneftable de France, qui auparauant auoit efté
ennemyduRoyauecquesle Duc de Bourgongne &
mondit feigneur de Cnarrolois.,
En apresau mois de Feurier mil quatrecens foixan-
te fix, arriua vne Ambaflàde de Bretaigne pardeuers le
Roy, lefqucls apres qu’ils eurent par luyefté ouys les
receut trelbien , & puis apres s’en alerent en Flan¬
dres deuers ledit Duc de Bourgongne & monfei¬
gneur le Conte de Charrolois fon fils.Et lors fut grant
bruit par tout qu’il y auoit appointement fait entre le
Roy & monfeigneur fon frere, dont plufieurs gens de
bien furent moult j oyeux. Et auant ce le Roy auoit en-
uoyé Ion Ambaflàde au pays du Liege,entre lefquels y
eftoit ledit maiftre Ichan Helbert, monfeigneur l’E-
uefquedeTroyes 6 c aultres. Et en icelluy temps ad-
uinten la ville de Paris, que trois fergens à verge du
Chaftellet,quieftoient bien mal renommez,furent
de nuit prendre vng Preftre del’Eglife monfeigneur
fàindt Pol à Paris : Lequel Preftre eftoit paifiblement
couché en fa chambre, en laquelle par Force & vio»-
O
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ic 6 Les Chroniques
lencc entrèrent dedens lefdits fergens, & illec le batti¬
rent & mutilèrent, & puis l’cn emmenerent en la rue
& le trainerent au long d’icelle, & le naurerent en plu-
fleurs lieux & puis le huilèrent. Et apres ledit Preftre
les en pourfuiuit par iuftice, & tellement qu’ils en fu¬
rent conftituez prifonniers au Chaftellet, ouleurpro-
cez fut fait, & furent illec condampnez à eftre bannis
du Royaulme de France, & leurs biens & héritages
confifquez, & à faire amende hônnorable. Dont &
dequoy ils appellerent en la Court de Parlement,dont
auili en appella le Procureur du Roy de ce qu’ils
auoient elle trop peu iugiez. Et depuis parArreil d’i¬
celle Court fut dit que auecques le iugement de fen-
tence du Preuoft de Paris, qu’ils feroient batus par les
carrefours de Paris : ce qui fut fait.
Et le ieudy vingt-troifiefme iour d’Auril mil quatre
cens foixante fept, Anthoine de Chabanncs Conte
de Dampmartin qui ainfi eftoit efehappé de la Baftil-
lefàin< 5 t Anthoine, & qui depuis filt moult de maulx
au Roy & à fes fubie&s en Auuergne & ailleurs, venu
deuantParis auecques les aultres Princes,fut fait ôc
creégrant Mailtrc d’oftel du Roy au lieu dufeigneur
de Crouy, en déboutant de ce ledidb de Crouy
meiîire Charles de Melun & tous aultres, & luy
en furent baillées lettres par le Roy, qui certif-
hoit que ledit de Chabannes luy auoit fait ferment de
loyaulment le feruir à l’encontre de tous. Depuis tou¬
tes ces chofes, au mois deluing audit an quatre cens
foixante fept, le Roy fc partit deParis & ala en Nor-
mendieà Rouen & ailleurs : & luy eftant à Rouen fïft
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dv Roy Loys XI. 107
venir à luy le Conte de V varvuich hors du Royaulme
d’Angleterre, pour aucunes caufes qui le murent, ôc
ôc illec fc mift en bateaulx luy ôc la compaignie,ôc vin-
drent iufques à la Bouille, afiis fur la riuiere de Seine, à
cinq lieues prés de Rouen, à vng famedy feptiefme
iour du mois de Iuingà l’eure de difher, lequel trouua
illec fon difner tout prefE Et le Roy qui eftoit illec
ainli arriué pour lereceuoir, & y fut moult fortfellyé
ôc tous ceulx de fàcfiéte compaignie, ôc puis apres dif-
ner rentra ledit V varvuich efdits bateaulx, & s’en ala
par la riuiere de Seine, ôc le Roy s’en ala par terre luy
ôc la compaignie iufques audit Rouen. Et alerent
alencontre ceulx de ladiétc ville par la porte du cay S.
Eloy,où le Roy luy lift faire moult"grant recueil ôc
honnorable : carde toutes les parroilïes & Eglifes de
ladite ville furent portées au deuant de luy les croix,
bannières, & eauëbenoifte, & tous les Preftres reue-,
Rus en chappes; Et ainfi fut conduic iufqu.es à la grant
EglifenoftreDamedeRouënouil fift Ion offrande,
& apres s’en ala en fon logis qu’on luy auoit ordonné
aux Iacobins dudit lieu. Et apres vindrent en ladiébe
ville la Royne & fes filles, & demoura illec le Roy
auecques ledit Vvarvuich par l’efpace de douze iours :
Et apres ledit de Vvaruich s’en départit ôc retourna en,
Angleterre, ôc renuoya le Roy auecques luy monfei-
gneur l’Admirai, l’Euefque de Laon,maiftre Iehan
de Ponpaincourt fon Confeillier, mailtre OÜuier le
Roux, ôc aul très.
Et eft afïauoir que durant le temps que ledit de
Vvarvuich ôc ceulx de fadidte compaignie furent ôc
O ij
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ioS Les Chroniques
fejourncrentà Rouen, que le Roy leur fift de moult
grans dons, comme de belles pièces d’or, vne couppe
d’or toute garnie de pierreries, & monfeigneur de
Bourbon aulïi iuy donna vng moult beau riche dia¬
mant , & d’aultres chofes : Et h fut du tout deiïrayé de
toute la defpence queluy & tous fes gens auoient fai-
<5te depuis qu’ils defeendirent déjà mer à. terre, iufques
à ce quils remontafTent en mer. Et àjjres ledit pârte-
ment de Rouen le Roy s’en retourna a Chartres,où il-
lec il demoura par aucun temps. Audit mois de Iuing
audit anle Duc de Bourgongne mourut en la ville de
Bruges, & fut fon corps porté en la ville de Dijon, &
inhume' aux Chartreux JÈtaulli fift & ordomia le Roy
audit heu de Chartres, que toutes pètfonnes eftans &
rehdensàParis feroient des.banieres > & que enchafc
cune defdi&es banieres auroit des Gouuerneurs qui
feroientnommez Principaulx,& foubsPrincipauk,
qui auroienc la conduidkeâa gouuemement defdidres
banieres. Et que tous lesiiiEicdls eftans foubs icelle
feroient armez de iaques, de brigandines, falladcs, &
harnois blancs,voulges, haches,&aukres chofes qui
y appartiennent ,paùr eftre, bien armez ,.tanjt dé me*
itier, officiers, nobles, marchans, gens d’Eglife, qilc
aultres : laquelle chofe fut faiéle.
Et en ce mefmean au mois de Iuing, le Roy manda
alerpàr deuers luy aù Mellay prez de Chartres plu-
fieurs gens notables de Paris, entre lcfquels y fut mai-
lire Ienan le Boulengier Prefident en Parlement,mah
lire Henry de Liures Confeillierdeladidte Court, fire
IehanClerbourt general maiftre des Monnoyics,
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dv Roy Lôys XL iop
ques R ebours Procureur en ladite ville de PariSjtnai-
ftre Euftache Milet aulïi Confeillier en ladite Court,
Nicolas Laurens, Guillaume Roger,Iehan de Hac-
queuille, ôc plufieurs aultres bons Marchans que le
R oy enuoya à Chartres deuers le Confeil, qui depuis
y furent par aulcun temps, durans lequel vng nomme
Robert de la Mote ôc Iehan Raoul, qui auoient lon¬
guement efte tenus prifonniers par Paccufation d’vng
Religieux de fainét Lo de Rouen, nommé maiftre
Pierre le Marelchal qui les auoit acculez d’eflre enne¬
mis du Roy, & conîpiré contre luy, ôc auec eulx en
auoit accule plufieurs aultres, ce qui ne peuft monftrer
ne enfeigner, mais fut trouué qu’il auoit menty de
tout ce qu’il auoit dit : ôc comme faulx acculàteur fut
iugé à mort & fut noyé le quatorziefme iourdu mois
de Iuillet audit an. Et apres ce furent defpechez lcldits
delà Mote,Iehan Raoul ôc aultres, & renuoyez en
leursmaifons; Et apres ce le Roy enuoya à Paris- vng
mandement pour y dire libellé, ôc fut ligné Michel de
Ville-chartre,par lequel le Roy vouloir que pour bien
repeupler là ville de Paris, qui difoit auoir elle fort de-*-
populee, tant pour les guerres., mortalitez, ôc autre¬
ment , que quelque gens de quelque nation qu’ils
fèulïent peulîent de là en auant venir demourer en la¬
dite ville ôcés faulxbourgs Ôc banlieue,ils peufTent
jayrdetoutesfrànchifesdetous cas par eulx commis*
comme de meurdre, furt,larrecins,piperies,& tous
aultres cas, referuécrime de leze Maj elté: & aulfi pour
refider illeç en armes pour feruir le Roy contre toutes
perfonnes, lefqueiles lettres furent leuê's & publiées
O iij
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r Google
no Les Chroniques
par les carrefours de Paris à fon de trompe, & tout
félon le preuiilege donné à tous bannis,rendens & de-
mourans es villes de lainét Maio & Valenciennes. Et
cemefme mois auffi le Roy fift crier & publier que
tous nobles tenans fiefs & arricrefiefs, feufient tous
prefts & en armes, & mefmement ceulx de Tille de
France, tant en la ville de Paris que ailleurs, au quin-
ziefme iourd’Aouft, pour le feruir & eftre tous prefts
quant meftier en auroit.
Et le lundy tiers iour d’Aouft audit an, aduint à Pa¬
ris quefvng des Religieux du Temple nommé frere
Thomas Loueéte, qui eftoit Recepueur dudit Tem¬
ple, euftlagorge couppee audit lieu du Temple par
vngdefes freres & compaignons nommé frere Hen¬
ry , pour aucunes noifes qu’il auoit conccu contre le¬
dit frere Thomas. Et pour raifon dudit cas ledit frere
Henry fe abfenta & ne peuft eftre trouvé qu’il ne feuft
ledixiefme iour dudit mois, que enuiron dix heures
de nuit vng Examinateur du Chaftellet de Paris,nom¬
mé maiftre Iehan Potin, accompaigné de trois fergens
en fift telle diligence qu’il le trouua mucié en l’oftél de
làin<ft Pol à Paris deqens vne aumoires, en habille^
ment d’vngrocquet blanc de toille & vng chappeau
noir, & en cefteftat fut mené prifonnier en Chaftel-
lct, 6c puis rendu en la Court de Parlement, pource
qu’il eftoit appellant de là prife, & difoit que le Heu ou
il auoit efté pris eftoit lieu de franchife, & que on luy
deuoit remettre. Et puis fut requis par les .Religieux
du T emple leur eftre rendu : ce qui fut fait, & futme-
né és priions dudit lieu du T emple. Le mercredy dou-
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dv Roy Loys XI. m
ziefmeiourd’Aouft audit an mil quatre cens foixante
fept, & le ieudy enfuiuant le grant Prieur de France t
pour ledit cas, accompaigne 7 de plufieurs aultres fei-
gneurs deleurdit ordre pour faire le procez dudit ffere
Henry, qui depuis fut par eulx condcmpné à demou-
rer prifomiier en lieu tenebreux, & d’auoir illec pour
pitance tant qu’ilypourroitviurc, le pain de douleur
& eauë de trifteffe. En ce temps retournèrent du Roy-
aulmed’Angleterremonfieur l’Admiral & aultres def
fus nommez, qui ainfi s’en eifoient alez auec ledit de
Vvarvuich audit pays d’Angleterre, lefquelsy demeu¬
rèrent longuement & n’y firent riens. Et par eulx ledit
Roy d’Angleterre enuoya au Roy des trompes de
charte& des bouteilles de cuyr, à l’encontre des belles
pièces d’or,couppe d’or,vaifielle,pierreries, & aul¬
tres belles befongnes que le Roy & aultres feigneurs
auoient donnez audit de Vvarvuich à fonpartement
de R ouën. Et le vendredy dixhui&iefme iour du mois
d’Aouft le Roy arriua à Paris enuiron huiert heures
de foir, & eftoit auecques luy monfieur le Duc de
Bourbon & plufieurs aultres feigneurs.
Et le mardy premier iour de Septembre la Roy ne
auffi arriua à Paris en bateaulx par la riuiere de Seine,
&.vint arriuer au terrain noftre Dame, & illec à l’arri-
uer quelle fift trouua tous les Prefidens &Confeilliers
de ladi<5te Court de Parlement, l’Euefque de Paris, &
plufieurs aultres gens de façon, tous nonneftement
veilus & habillez. Et à l’entree dudit terrain y auoit
fait de moult beaulx perfonnaiges, illec richement
mis & ordonnez de par la ville de Paris : & fi eft aflà-
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ni Les Chroniques
uoir queauant que ladiéte Roy ne fè mift efdits ba-
« teaulx pour venir à Paris, furent au déliant d’elle &
pour la rccepuoir les Confeilliers & Bourgois de ladi¬
te ville en grant &c notable nombre, aum tous ai ba-
teaubc, qui eftoient tous richement couuers de belle
tapifferie & draps de foye. Et dedens iceulx eftoient les
petits enfans de chœur de la fainéfce Chappelle, quiil-
lec difoient de beaulx virelais, chançons, &c aultres
bergerettes moult melodieufement. Et h y auoit auL-
tre grant nombre de clarons, trompettes, chantes
haulx, & basinftrumens de diuerfes fortes, qui tous
enfemble iouoyent chafcun en droit foy moult melo¬
dieufement, à l’eure que laditeRoyne,fes Dames &
Damoifelles entrèrent en leur bafteau, dedens lequel
par lefdits bourgois de ladicfte ville luy fut prefenté
vng beau cerf fait de confi&ure, qui auoit les armes
d’icelle noble Royne pendues au col : & fi y auoit plu-
fieurs aultres drageouers tous plains d’efpiceries de
chambre & belles configures, grant quantité aufti y
auoit de fruiéte nouueaulx de moult de fortes, violet¬
tes fort odoransgettees & femees tout parmy le ba-
fteau, & vin à tous venans y fut baillé & diftribué,tant
queonenvouloit auoir & prendre. Et apres quelle
eut faiéte fon oroifon à noftre Dame de Paris, elle fè
rebouta en fon bateau & s’en vint defeendre à la porte
deuant l’Eglife des Celeftins, où aufti elle trouua defi-
fus ladiébe porte de moult beaulx perfonnaiges, & elle
defeendità terre, monta & fes Dames & Damoifelles
fus cheuaulx, belles hacquenees & palefrois,qui illec
les attendaient, & puis s’en ala iulques en l’oftel du
Roy
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Dv Roy Loys XI. 115
RoyauxTournelles. Etdeuant la porte dudit hoftel
trouuaaultre moult beau perfonnaige. Et icelle nuit
furent faits à Paris les feux par les rues d’icelles, & illec
mifes aulfi tables rondes & donné à boire à tous ve-
nans:& leieudy enfuiuant quacriefmeiour dudit mois
de Septembre enfuiuant maiftre Nicole Balue frere
de moniteur l’Eucfque d’Eureux fut marié à la fille de
maiftre Iehan Bureau Cheuaiier feigneur de Mont-
glat, ôc fut la fefte defdites nopces faiétes en l’oftei de
Bourbon, laquelle fut moult belle & honnefte, & luy
fut illec fait grant honneur ce iour : car le Roy & la
Royne, moniteur de Bourbon & madame là femme,
moniteur de Neuers, madame de Bueil, & toute leur
nobleffe qui les fuiuoient y furent & s’y trouuerent, Sc
y fut fait moult grant chiere, & fi leur lift on de moult
grans, beaulx & riches dons. Et depuis ce le Roy & la
Royne firent de grans chieres en plufieurs des Hoftels
de leurs feruiteurs & officiers en ladiébe ville. Et entre
les aultres le ieudy dixiefme iour dudit mois de Se¬
ptembre audit an quatre cens foixante-fept, la Royne
accompaignee de madite Dame de Bourbon & mada-
moifelle Bonne de Sauoye fœur de là Royne, & plu¬
fieurs aultres dames de là compaignie foupperent en
l’oftel de maiftre Iehan Dauuet premier Prelident en
Parlement, & illec furent receues & feftoyeesmoult
noblement & à grant largeffe, & y eut faits quatre
moult beaulx bains, & richement aornez,cuidant que
la Royne fe y deuft baigner, dont elle ne fift riens,
pource qu elle fe fentitvng peu mal difpofee, aulïi
que le temps eftoit dangereux : mais en l’vng defdits
P
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ii4 Les Chroniques
baings fe y baignerét madiéte Dame de Bourbon,ma-
damoifelle Bonne de Sauoye : & en l’autre baing au
joignant fe baignèrent madame de Montglat, & Per-
rette de Chalon bourgoife de Paris, & là firent bonne
chiere.
Et le ieudy enfuiuant quatorziefme iour dudit mois
de Septembre, le Roy qui auoit ordonné mettre fus
les banieres de Paris,comme dit elt deuant,fift pu¬
blier que audit iour ils feuffent toutes preftes pour
cftre aux champs dehors Paris, en faifant fçauoir à
tous de quelque eftat ou condition qu’ils feufTent,de¬
puis l’aagc de feize ans iufques à foixante ans yffiffent
hors de ladiéle ville en armes & habillement de guer¬
re, &. s’il en y auoit aucuns qui n’eufTent hamois, que
neantmoins ils eufïènt en leurs mains vng bafton def-
fenfable, & fur paine de la hart : ce qui fut fait. Ecyllit
hors de Iadi&e ville la plufparc du populaire d’icelluy,
chafcun foubs eftendart ou banniere,qui faifoit moult
beau veoir, car chafcun y eftoit en moult belle ordon¬
nance, & fans noife ne bruit : & eftoient bien de foi¬
xante à quatre vingtsmille telles armces,dont il en
ÿ auoit bien trente mille tous armez de hamois blâcs ,
jaques ou brigandines.Et tous eftans en belle bataille,
le Roy, la Roy ne & leur compaignie qui les fuiuoient
les vindrentveoir,laquelle choie leur pleuft moult:
caroncquesn’auoientveuy eftre de ville du monde à
beaucoup prés,telle ne fl grant armee, & fe trouuerent
foixante fept banieres des meftiers, fans les eftendarts
& guidons delà Court de Parlement, de la Chambre
des Comptes, duTrefor, des Generaulx, des Aydes,
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t>v Roy Loys XI. 115
des Monnayes, du Chaftellet & Hoftel de la Ville, Ief
quels il fe trouua autant & plus de gens de guerre, que
loubs toutes lefdiétes bannières : ôc hors Paris en au¬
cuns lieux ordonnez leur fift porter & conduire plu-
iieurs tôneaulx de vin, qui illec furent defFoncez pour
faire boire & raffrefehir tous ceulx de ladite monftrc,
qui tenoient moult grant pays : car ils eftoient tous en
bataille à commencer au bout de la voirie d’entre la
porte fàin<£t Anthoine & celle du Temple, depuis les
foflez de Paris en montant contre mont iufques à vng
preffoeur deuant ladite voirie, & de la en bataille au
long des vignes iufques à laincftAnthoine des champs:
& puis apres iufques au long des meurs dudit fainéfc
Anthoine des champs iufques àlagranche de Rully*
& d’icelle granche iufques à Conflans : & dudit Con^
flans en reuenant par la granche aux Merciers, tout au
long de la riuiere de Seine iufques au bouleuart du
Roy de la tour de Billy. Et d’iceliuy bouleuart tout au
long des foifez de ladite ville par dehors iufques à la
Baftille, & à la porte fàinét Anthoine. Et briefc’eftoit
merueilleufe chofe à voir le monde qui eftoit en armes
dehors Paris , & fi maintenoient plufteurs qu’il en
eftoit à peu prés demouré autant dedens Paris qu’il y
en auoit dehors. Et le mardy enfuiuant vingt & deu-
xiefme iour de Septembre audit an quatre cens fixan¬
te fept, le Roy partit de Paris apres difner pour aler à
pie iufques à fainét D enis en France, & auoit auecques
luy aufli àpié mondit feigneur d’Eureulx,monüeur
de Cruftol, Phelippe Luiflier & aultres.
Et entre Paris & fainét Denys le Roy alant à fon
Pij
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h 6 Les Chroniques
pelerinaige trouua trois ribaulx qui luy vindrent re¬
quérir grâce & remiflion de ce que tout leur temps ils
auoient elle' larrons, meurdriers, Ôc elpieurs de che¬
mins, laquelle chofe le Roy leur accorda benignemét.
Et tout ce iour demoura audit lieu de lain< 5 t Denis iuf-
ques au lendemain vefpres qu’il s’en retourna en fon
hoftel des T ournelles, & d’illec s’en ala foupper en l’o-
ftel de {ire Denys HefTelin Ton Pannetier & Efieu de
Paris, qui nouuellement eii:oit deuenu compere du
Roy,à caufe d’vne fienne fille dont {à femme eftoit ac¬
couchée que le Roy fift tenir pour luy par maiftre Ieha
BalueEuefqued’Eurcux: & pourcomeresy eftoient
madame de Bueil& madame de Montglat. Et audit
hoftel le Roy y fift grât chiere,& y trouna trois beaulx
baings hori neftement & richemen t attintelez,cuidant
que le Roy deuft illec prendre fon plaifir de fe bai¬
gner , çe qu’il ne fift point pour aucunes caufes qui en
raifon le mirent : c’eft aftàuoir tant pource qu’il eftoit
enrumé, que auffi pour ce que le temps eftoit dan¬
gereux.
En ce temps s’efmeut grande guerre entre les Xic-
gois & monfieur de Bourgongne, & leur Euefque
coufin de mondit feigneur de Bourgongne & frere
de monfieur le Duc de Bourbon, lequel Euefque lef-
diçsLiegois alerentaifieger dedens vne ville nommé
Huye. Et apres que iceulx Liegôis eurent bien lon¬
guement elle deuant icelle ville, ils la prindrent & gai-
gnérent, & en ce faiiànt efehappa leurdit Euclque
cftant en icelle. Et durant ce que dit eft le Roy ordon¬
na aler aufecours & ayde defdits Liégeois quatre cens
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bv Roy Loys XI. \iy
lances de Ton Ordonnance, dont auoient la charge le
Conte de Dampmartin, Sallezart, Robert de Cony-
chan, & Steuenot de Vignolles auec fix mil francs ar-
chiers, prins & efleuz en Champaigne, Soixonnois &
aultres lieux en l’Ifle de France. Et apres ce que ledit de
Bourgongne eue bien feeuë la gaigne que lefdits Lié¬
geois auoient faidte de ladite ville de Huye, & qu’ils
y auoient tué plufieurs Bourguignons,il affembla tout
ion oft en foy délibérant d’aler aux armes fus les châps,
en intention de tout deftruire & mettre à feu & à fang
lefdits Liégeois. Et ainfi le fift crier & publier par tous
ces pays : ôc ceulx qui faifoient lefdi&es publications
en icelles publiant tenoient en vne main vne efpee
toute nue, & en l’autre vne torche alumee, qui figni-
fioit guerre de feu & de fang.
Audit temps au mois de Septembre le Roy bailla
fes lettres à vng Légat venu de Rome de par le Pape ,
pour la rompture de la pragmatique fandtionrl efquel-
les lettres furet leuës & publiées au Chafteliet de Paris
fans y faire aucun contredit ou oppofition. Et le pre¬
mier iour d’O&obre enfuiuant maiftre Iehan Balue
fut & ala’en la falle du Palais Royal à Paris, la Cour de
Parlement vaccant, pour illec aufîi faire publier lefdi-
tes lettres,ou il trouua maiftre Iehan de fainétRomain
Procureur General du Roy noftre Sire, qui formelle¬
ment s’oppofa àl’effeét & execution defdites lettres,
dont ledit Balue fut fort defplaifant. Et pour cefte eau*
fe fift audit de faindt Rotnain: plufieurs menafTes, en
luy difant que le Roy n’en feroit point content,&qu’il
ledefappointeroit de fon office, dequoy ledit faindfc
P iij;
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nS Les Chrqniqves
Romain ne tint pas grant compte : mais luy dift ôc re£
pondit que le Roy luy auoit donné ôc baillé ledit offi¬
ce laquelle il tiendrait ôc exercerait iufques au bon
plaifir du Roy. Et que quant Ton plaifir ferait de la luy
ofter que faire le pourrait,mais qu’il eftoit du tout
délibéré ôc bien refolu de tout perdreauant quede fai¬
re choie qui feuft contre fon amc,nedommaigeau
Royaulme de France ôc à la chofè publique, ôc dift au¬
dit Balue qu’il deuoit auoir grant nonte de pourfuiure
Jadi&e expédition. Et enapres le Reéteur del’Vniuer-
fité de Paris ôc les Supports d’icelle alercnt par deuersi
ledit Légat, qui de luyappeilerent,ôc de l’effeét def-
diétes lettres au fàinét Concile, & par tout ailleurs od
ils verraient eftre à faire, ôc puis vindrent audit Cha-
ftellet, ou pareillement autant en firent^ dirent illec
cnregiftrerieuroppofition. Audit temps le Roy en-
uoya pardeuers ledit de Charrolois leldirs Légat 6c
Euefc^ue d’Eureux, qui nouuellement auoit efté Car¬
dinal a Rome, maiftre Iehan de Ladriefche Treforier
de France ôc aultres, pour faire de par luy aucunes
chofes dont illeur auoit dornié charge.
Et le ieudy hui&iefme iour d’O&obre audit an mil
quatre cens foixante fept, vng nommé Seueftre le
Moyne natif de la ville d’Auxerre pour aucuns cas ôc
délits par luy commis 6c impofez, & qui par aucun
temps auoit efté conftitué Ôc tenu prifonnierés priions
deThyron, fut ledit iour tiréhors defdi&es prifons ôc
fut mené noyer en la riuiere deSeine prés de la grandie
aux Merciers, par la fentencc ôc jugement de meflhre
Triftan l’Ermite Preuoft des Marefchaulx. de l’oftcî
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dv Roy Loys XI. «9
du Roy. Et le DimeUche vnzïefnie iour dudit mois
d’Odb.fiit vng grant & merueilleux efcler & tonnoir-
. re,enuiron huit heures de foir: & auât & depuis durant
ledit mois furent faiébes grandes & merueilleufes cha¬
leurs , & les plus extremes que homme euft veu en fa
vie,quifembloitchofe effrange & defnaturee. Et le
lundy douziefinc iour dudit mois d’O (ftohre audit an
foixante-fept, le Roy fe partift de fon hoftel des T our-
nellesàParispouraleren l’Eglife noftre Dame,où il
oytles Vefprcs, & apres icelles diéfes fut faiéte pro-
eeflion parî’Euefque & Chanoines dudit lieu, & puis
-s’en ala repofer en l’oftel de fon premier Prefident,
maiftre Ienan Dauuet, ou il fut certaine efpace dé
-temps , ôc puis s’en partit pour s’en retourner en foui*
dit hoftel des Tournelles : & à l’eure de fon partement
qui eftoit heure de noire nuit il vit & apperceut au ciel
vne eftoilleau defîus de l’oftel dudit Prefident, hquéh
le incontinànt que le Roy commença à marcher pour
s’en retourner, ladide eftoille le fuiuoit, & fut teruf-
iours apres Iuy,iufques à ce qu’il fut entré en fondit
hoftel : ôc incontinànt qu’il y rut entre' elle fe difparut»
& depuis ne fut veut. r
Et leieudy enfuiuant quinziefme iour dudit mois*
vint nouuelles au Roy que certain grant nombre de
Bretons eftoient venus culx boüter dedens le Chaftel
ôc en la ville de Caen, ôc puis s’en alerent d’illec à
Bayeulx , Ôc tindrent lefdi&es villes contre le Roy*
donc dèce il fut courroucié ; & en f emioya phur ceftô
caufcle Marefchal de Loheac qui lors eftoit auecqués
le Roy y ôc quiauoit cène lances de Bretaigne foubs fa
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110 Les Chroniques
charge e£Hi<5tes villes de par le Roy, pour y pourueoîr
6c mettre prouifion : & aufquels Bretons le Duc d’A¬
lençon qui corne crimineulx de leze Majeftédu temps
du Roy Charles dernier trefpaffé,auoit efté constitué
prifonnierpour aucuns crimes qu’il auoit machinez
contre luy, & à la faueur des Anglois anciens ennemis
du Royaulme en la ville de V éndofme, le lit de Iuftice
illec feant, auquel lieu apres fes confefiions prifes, 6c
procez fait, fut condempné à mourir,fauf furce le bon
plaifirduRoy. Et lequel d’Alençon depuis le temps
dehorsiufques au treipas dudit feu Roy Charles, fut
tenu prifonnierau Chafteau de Loches : & apres icel-
luy trefpas que le Roy vint à là Couronne le bouta
hors defdicftes prifons 6c luy pardonna toi^t, en vou¬
lant que dudit procez ne feuft iamais nouiielles : 6c
puis aduint que vng boiteux qui auoit accufé ledit
d'Alençon audit deftunâ: Roy, craignait fort que le¬
dit d’Alençon ne luy fift quelque grant defplaifir, le
tira pardeuers le Roy, en luy fuppliant qu’il luy fift
auoir affeuran.ee dudit d’Alençon, laquelle chofe il fift
& ordonna: 6c commanda le Roy de fa bouche audit
Duc d’Alençon que fur fa vie il ne luy meffeift ne fift
meftaire, en luy difant qu’ille mettoit en fa main,pro-
teétion & làuuegarde,en femblefe famille & fes biens:
laquelle chofe ledit d’Alençon luy promift, mais tan-
toft àpresledit d’Alençon en alant contre fondit fer¬
ment fift prendre ledit boiteux & amener deuant luy:
&'nonobll:antles deâfencesainfiàluy faitftes dé. parle
Roy,fiftincontinanticelluy boiteux méurdrir & met¬
tre à mort. Pour laquelle mort la femme dudit boiteux
fe tira
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D V R 0 Y L O Y S XI. Il i
fc tiradeuersle Roy luy faire fçauoir ces chofes, Sc
pour eftrefoniniurereparee, dont & dequoy le Roy
depuis empefcha les villes & terres dudit d’Alençon,
mais bien toftapres toutluy fut deliure',&: parluy tout
pardonné comme deuant. Et puis apres le Duc d’A¬
lençon pour bien le rémunérer de toutes fes grâces Sc
biens faits, bailla, ou offrit bailler toutes fes villes Sc
pays aufdits Bretons Sc à moniteur Charles, contre la
voulenté du Roy, & à fa grant defplaifmce. En ce
temps auflimeflire Anthoine de ChafteauneufChe-
ualier feigneur du Lau, grant Bouteillier de France Sc
Senefchal de Guyenne, cjui eftoit grant Chabellan du
Roy, Sc de luy plus aimé que oncques nauoit efté aui-
tre, & à qui le R oy fift de moult grans biens,tant qu’il
fut autour de luy Sc en fon feruice : car en moins de
cinq ans il amenda des biens du Roy, de trois à quatre
cens mil efcus d’or , qui auoit efté fait prifonnier du
Roy Sc mis au Chafteau de Sully fur Loire,de l’ordon¬
nance du Roy fut enuoyé audit lieu au mois d’Octo¬
bre meflîreTriftan l’Ermite Preuoft des Marelchaulx
de l’oftel du Roy, Sc maiftre Guillaume Cerifày nou-
ucllement Greffier Ciuil de Parlement, pour illec tirer
hors ledit feigneur du Lau Sc le mener prifonnier au
Chafteau de Huflon en Auuergne r mais lors qu’il fut
amené au dehors dudit lieu il fut grant bruit que ledit
feigneur du Lau auoit efté noyé,& fut ce que dit eft
longuement continué.
; Et le mardy vingtiefmeiour dudit mois d’Octobre,
le R oy fe partit de fa bonne ville de Paris pour aler au .
pays de Normendie, & ala cedit io.ur au gifte à Ville-
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ut Le s Chroh r qjv es
pcreur, & lclandemain à Mante. Et allant fon parte-
ment en cnuoya plufieurs Capitaines qu’il auoitauec-
ques luy, quérir tous les gens de guerre qui eftoient
ioubs leurs charges pour venir apres luy audit pays de
Normendie,ouaultrepart, quelque lieu qu’il reuft.
Et le iourde fondit parlement il fui âc ordonna cer¬
taines lettres & ordonnances, parielquelles il voulfifl
& ordonna que de là en auant £bn pdaifir eftoitquc
tous les Officiers defonRoyaulme demouraffentpai-
fibles en leurs Offices ,6c que nulle Office, ne feuft di¬
ète vaccant, finon par morc,reflgiiation, ou confis¬
cation : Et s’il donnoit nulles aultres au contraire, par
importunité de requerans ou aultrement,Vouloit qu’il
ilÿ feuft aucunement obtempéré: âc que delà'en auant
toute Iufticefeuft faiéte 8c ordonnée avng chafcun,
& puis s’en partit dudit lieu de Mante & s’en ala à
Vernon for Sdne, où il demeura illec depuis par cer¬
tain temps r.durant lequel'vint de arriua deuers luy
monfieur le Conncftable,lequei trouua moyen que le
Roy bailla. & donna treue entre luy âc monfieur de
Cliarrolok.iufques à fix mois lorS après enfuiuans ,
fans en ce y côprehcndre les villes âc pays de Liege,qui
défia eftoient mis fus âc en armes à l’encontre du fei-
gnéür deCharrolois, en efperanced’aiwir l’aide âc fe-
cours du Roy, ainfi que promis leur auoit efté, âc à ce-
ftecaufe demourerentdu touthabandonnez. Et puis
apres ce que dit eft ainfi fait,ledit monfieur le Çonne-
ftables’en retourna pabdeuerc kdk-monfdgncur de
Bourgongneluy porteries nouuelles defdites treues. ’
Et ce fait, maiftre Iehan Balue Cardinal d’Euteulx,
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dv Roy Loys Xî. u$
maiftne léhan de Ladriefche,&: maiftre Iclian Preuoll,
retournèrent deuers le Roy audit lieu de Veraon, qui
eftoient alez ai Flandres de l’ordonnance du Roy par
deuers ledit de Bourgongne: & tantoft apres ledit re¬
tour fait le Roy fè partit dudit lieu de Vernon & s’en
ala à Chartres, où il fift illec venir & arriuer la plus
grant partie de fon artillerie qui lors eftoit à Orléans,
pour enuoyerà Alençon &ç aultres villes du pays, pour
les auoir Sc mettre en fes mains. Et apres le Roy en-
uoya ledit maiftre Iehan Preuoll; audit lieu de Flan¬
dres par deuers ledit de B ourgongne, pourluy porter
& bailler les lettres defdites treues.
Et apres vint & arriua à Paris le feiziefme iour du
mois de Nouembre, ledit monfteur le Cardinal, ledit
Treforier de Ladriefche, maiftre Iehan Berart,6c mai-
lire GeufFroy Alnequin,pour faire les monftres des
bannières de Paris par deuant eulx, & pour faire aul-
très charges qui leureft oientdonnez de parle Roy» Et
apres s’en partift dudit lieu de Chartres pour aler à O ry
leans, Clery, & aultres villes près d’illec,& puis à Vcn-
dofme,&de là iufques au mont faindl Michiel, &
auecques luy Eli mener grande quantité de fadi&e ar-»-
tillerie, & fi aloient auecques luy grant nombre defes
gens de guerre. Et en ces entrefaites les B rçtons yffi-
rent tous en armes hors de leur pays, & vindrent eh
Normendie iufques à la cité d’Auranches, &c aultres
villes dudit pays. Et apres iceulx Bretons s’efpandirent
par ledit pays de Normen die, comme iufques à Caen,
aBayeux,Confiances,& aultres lieux. Audit temps
ledit fèigneur de Bourgongnc au moyen defdites tre-
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H4 Les Chroniques
lies à luy baillées par le Roy, efquelles n’eftoient aucu¬
nement comprins lefdits Liegois, entra audit pays du
Liegeauecques toute Ton armce, en prefentant lefdits
Liegois: Tous lefquels pourceque le Roy leur faillit
defecours, & qu’ils vcirent clerement leur dellrudiofl
aduenuë, fe rendirent audit de Charrolois, enfèmble
toutes leurs villes :auec lequel ilsprindrent compofi-
tion. Et pour ce faire & auoir luy donnèrent & baillè¬
rent grant fomme dor, & fi eurent vne partie de leurs
portes & murailles abatuës.
En apres ledit Cardinal Balue & Commiflàires de-
uant nommez, procédèrent à faire les monftres des
bannières defdits meftiers par deuant iceulx Commit-
fàires en diuers lieux de ladite ville, tant deflus les
murs d’icelle d’entre les portes du Temple & faind
Martin, en la coufture duTemplefur les murs d’en¬
tre la tour du Bois & la porte faind Honnofré, deuant
le Louure, au marché aux brebis, & fur les murs, iuf-
ques à ladi&e porte faind Honnoré. Et le fàmedy en-
fuiuant vingt & deuxiefme iour dudit mois de No-
uembre, le Roy fift crier par les carrefours de Paris
que toutes gens qui auoient accouftumé de fuiure la
guerre, & qui auoient efté cafTez de gaiges,fe trayf-
lent par deuers certains Commidaires qu’il auoit or-*
donné pour les recepuoir & mettre à fes gaiges & foul-
des, pour le feruir en fes guerres. Et le lundy enfuiuant
vingt & troifiefme iour de Nouembre maiftre Iehan
Preuoft retourna par deuers ledit feigneur de Charro¬
lois, ou le Roy l’auoit enuoyé porter les lettres de tre-
ues qu’il auoit faides auecques luy, & pour rapporter
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dv Roy Loys XI. 115
au Roy la refponfe que ledit feigneur de Charrolois
auoit fai&eaudit Preuoft touchant le fait defdites tre-
ues. Et le ieudy enfuiuant vingt-fixiefme iour dudit
mois de Nouembre partie defdi&es monftres furent
fai&esdehors Paris, deuantTEglife & Abbayefaindt
Germain Delprcziufques fur la riuiere de Seine, ef-
quelles monftres y auoit grant nombre de gens à pie
& à cheual, tous bien en point & àtmez, où eftoient
les.Treforiers de France, les Confeilliers & Clers des
Comptes, les Generaulx des Monnoyes & des Aydes,
le Trelbt, les Efleuz ,& toute la Court de Parlement,
toutenfemble. Apres y eftoient tous les Praticiens &
Officiers de Chaftellet de Parisien bien belle & groilè
compaignie: & auec les compaignies deftùfdiètes c-
ftoientaufti tous ceulx eftans ioubs fèftendart & gui¬
don de la ville de Paris,qui eftoient moult grant nom¬
bre de gens à pie & a cheual : & fi y vindrent pour l’E-
uefque, Vniüerfité, Abbez, Prieurs, & aultres gens
d’Eglife de làdidte ville certaine^ quantité de gens eii
armes, & en icelles monftres y auoit grant nombre de
gens bien armez. Et apres lefdidtes monftres ainlî fai-
dtes, ledit Cardinal & Commiftaires dcflùs nommer,;
maiftre Iehan de LadriefcheTrèforier de France, mai-
ftre Pierre l’Orfeure feigneur Dermenonuille, & aub
tre Officiers du Roy partirent de là ville de Paris pour
alèr deuers le Roy, qui eftoit erttreiéiMa&s & Aléçon,
a tout moult grant armee: car il auoit qui le fùiüoit
plus de cent mil cheuaulx, & plus de vingt mil hom¬
mes à pie, pour relifter à l’armee defdits Brecons,& fift
mener le Roy auec luy de fon artillerie grant quantité
QJij
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né Les Chroniques
pouf mettre le fiege à Alençon.
Et en ces entrefaites fut pourparléde traies, qui
tindrent le Roy & ladite armee longuement làns
riens faire, &c en ce failant mengerent & deftruyrent
tout le plat pays, bien à. vingt ou trente lieues dudit
lieu du Mans & d’Alençon. Et durant ce quediteft le¬
dit feigneur de Charrolois qui ainliauoit deftruit lefi-
ditsLiegois & leur pays,s’en retourna deuers faint
Quentin, & fift crier par tous fes pays que toutes gens
de guerre defdits pays s’en tiralfent deuers S. Quentin,
pourillec faire leurs monftres au quiftziefme iour du
mois de Décembre, furbien grpflès peines: & fi lift
aufli crier par tout le pays de Bourgongne que tous
nobles & aulcres gens fuiuant les armes , feulïènt tous
nreft àMontfauion,pour illec preuve les gaiges Sc
ibuldees dudit feigneur de Charrolois par les mains de
lèsCommiiîàiresqu’il auoitordonnez: & ce dedens
Je vingtieCne iour de Deçembreprouchaia enfuiuant,
k pour partir dudit Monti'auion & aler audit faint
Quentin par deuers luy pour le accompagner, &? luy
aider à fecourir fon trei-chier & amé frere, monfei-
g*>eurCharles de France &ç le Duç de Bretaigne,eftan$
auecques luy, Ulencontre de aucuns leurs mal-vueil-
lans, & telle fubftance portoit ledit cry. Pour occafion
duquel ory les Marehafis k fateucsde$ Marchans de
Paris, qui: cftoieutulcz audit pays de Bourgongne
pour faire leurs amplettes,s’en retournèrent à Paris
bien haftiuement, (ans riens faire, Et de rechief apres
toutes ces çhofes ledit de Charrolois fift mander à luy
venir toutes lès gens de guerre audit faint Quentin,
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dv Rot LOys XI. ixy
auquatrùdmeiourdelanuier enfumant.
Et le lundy fefte des faines Innocens vingt-hui-
dricfmeiour de Décembre, vint &c arrima à Paris mon-
feigneurleDuc de Bourbon de par le Roy, pour met¬
tre garnifon en plufieurs villes y &c garder les B aurgui-
gnons d’entrer és pays du Roy. Et vint &c arriua auec-
ques luy monfèigneur le Marefchal de Lobteac,. qui
venait à Paris, comme on difait y pour eftre Lieute¬
nant de ladi&e ville. Lequel de Loheac s’en partit deux
ioursapres pour alerà Rouen &c aultres villes de Nor-
mendie, pour y mettre garde & ordre par le Roy , &
iüec demoura par certain temps. Et miondit féigneur
de Bourbon depuis demoura à Paris par certain aultre
temps. Pendantlequelfut feftyé dcpiufieurs no tables
gens de ladi&e ville, endementiers la villed’Alençon
qui eftoit tenue par les Bretons, comme dit eftdeuant,
fut rendue & mife es mains du Roy par le Conte du
Perche fils du Duc d’Alençon qui tenoit le Chafteau
dudit Alençon, & lefdits Bretons tenoient la ville.
Mais durant ce le Roy ne partit point de ladite ville
du Mans, & durant qu’il y fut enuoya deuers mondic
feigneur Charles audit pays de Bretaigne lé Légat du
Pape * dont pourparlé eft deuant, & Anthoine de
Chabannes Conte de Dampmartin,le Treforier de
Ladriefcbe & aultres, pour cuider trouucr aucun bon
expédient. Et en fin le Roy fe condefcendit que les
trois Eftats fe tiendroient & aiïcmbleroient : & pour
ce faire leur fut iieuaffignéen la ville de Tours,pour
rilèc eulx y trouuer aü premier lourd’Auril mil quatre
cens foixante-fepcs’en reuint le Roy dudit paysdu
«
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iz8 Les Chroniques
Mans, & s’enala aux Montils lez Tours,à Àmboifc
ôc illec cnuiron.
Et puis fut l’afTemblee dcfdits trois Eftats tenue au¬
dit lieu de T ours, qui pour celle caufe y elloient alees:
& illec le Roy prefent rut pourparlé &conclud fur la
quellion pour laquelle ils elloient aflemblecs audit
lieu de Tours iufques au iour dePafques, qui fut mil
quatre cens foixante huiél, que chacun d’culx illec ve¬
nus s’en retournèrent en leurs mailons, apres la con-
clulion par eulx prinfe fur le faiél de ladiéte alfemblee.
Et pour celle caufe y elloient venus le Roy première¬
ment , le Roy de Cecile, monfeigneur le Duc de Bour¬
bon , le Conte du Perche, le Patriarche de Iherufalem,
le Cardinal d’Angiers ôc plufieurs aultres feigneurs,
Barons, Arceuefques, Euefques., Abbcz, ôc aultres
notables perfonnes ôc gens de grant façon, enfemblc
aulïi les AmbalTadeurs venus audit lieu pour celle cau¬
fe, de la plufpart de tout le Royaulme de France.. Et
par tous iceulx ainli alfemblees, ôc à grande & meure
deliberation fut dit ôc conclud que au regard de la
quellion d’entre le Roy ôc mondit feigneur Charles
touchant Ton appanaige qu’il auroit ôc receueroit
pour icelluy appanaige:& de ce fe tiendroitpour bien
content de douze mil liures tournois en alïiette de ter¬
re par an, & tiltre de Conte ou Duché. Et en ouîtrc
queleRQyluyfourniroitenpenlion par cfiafcun an
iulques à foixante mil liures tournois par chafcun an :
ôc tout ce fàrispreiudiçe aux aultres: enfans , qui pour
le temps aduenir poudroient venir àladiéte Couron¬
ne, de pouoir demander tel ôc feAblable appanaige.
Pourcc
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dv Roy Loys XI. 12.9
PourcequeleRoy pour auoir paix &c bonne amour
auec fondit frere fe eflargiftoit à luy bailler (1 grant
fommequedefoixantemilliures tournois par an. Et
entant que touchoit la D uché & pays de Normendie,
monfeigneur Charles ne l’auroit point : difans qu’il
n’eftoit pas au Roy de la bailler, ne definembrer fa
Couronne. Et que au regard du Duc de Bretaigne qui
detenoit mondit feigneur Charles, & qui auoit prin-
fes les villes du Roy en Normendie, lequel on difoit
auoir intelligence auecques les Anglois, anciens enne¬
mis de la Couronne de France , fut dit & délibéré par
lefdits trois Eftats qu’il feroit fommé de rendre auRoy
lefHiâres villes, & ou cas que il en feroit reffus, & que
le Roy feroit deuëment aduerti de ladiéle alliance auf
dits Anglois, que incontinent le Roy recouuraft fef-
diétes villes à main armee, Sc de luy courir fus. Et que
pour ce faire lefdiéts trois Eftats promifrent de fecou-
rir & aider au Roy : c’eft afïàuoir les gens d’Eglife de
prières & oroifons, & biens de leur temporel, & les
nobles & populaire de corps & de biens, & iufques a
la mort inelufiuement. Et que en tant que touchoit la
Iuftice de tout le Royaulme, le Roy auoit fingulier
defir de la faire courir par tout fondit Royaulme,
fut coûtent que on efleuft nobles perfonnes de tous
eftats poury mettre remede & bonne ordre : & furent
d’oppinion lefdits trois Eftats que à ce faire monfei¬
gneur de Charrolois-fe deuoit fort employer, tant a
caufè de la proximitéde lignaige qu’il a au Roy, com¬
me aufli de Per de France. Et apres ladiéte delibera¬
tion le Roy fe partit de Tours & s’en ala à Amboife,
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i^ô Les Ch,R'0^xq;ves
& puis apresenuoya fon Ambafïade par deuers l’af-
femblee eftantà Canibray, affin de fçauoir leur vou-
loir&refponce fur ladiéle deliberation prinfe parief-
dits trois Eftars ainfi afTemblez comme dit eft.
Apres ces chofes le lundy cinquiefme iour de May
mil quatre cens foixante huicSt,, Dame Ambroifè de
Lore en fon viuant £enamedemeffire Robert Ddktou-
teuilleCheualierPxeuoft de Paris, àla de vie à trefpas
ce iour enuiron vue heure apres minuidt, laquelle Put
fort plainte, pourne^qu’elleeftoir noble Dame, bon¬
ne & honnefte, & en l’oftelde laquelle itoutesinobles
& honneftesperfonnes eftoientihonnorahlement rc-
ceues. Et-ce mefnie iour enuiron entre neuf’& dix
heures de nuir^iferboutalerfeuenr-vndesmoulinsaux
Mufniers deParrsqui apparccnoitau Prieur de faindt
Ladre, ôcfutxour le comble d’icelluy (hruflé par vng
pailkrtvarlet mettmicr^jqjii auoit.attachee vne chan¬
delle contreiemurdei£anliâ:., t qui chey t dedems *icel-
luy li<5b, &'Jbrufla tout cefemé ledit pailiart <qui le faul-
iia ,& s-enfuit comme Yngettnasd.
Lequinzieûnc iour dÜœlhiymoiiS de May ,furqnt
faidkes iouftesà Paris deuaattroftelduiRoyaux Xour-
nelles, parxjuatre ^Gentilshommes de ignedre de Ja
compaigniedu gtant Senehhsfl de cHonnendie,,; qui
auoien t© rdonn élesdkes .âcpnepare'ih .champ,, enfai-r
fànt afïàuoir à tous qu’ils Perrouuer oient audit quin-
ziefme iour de Maypomutrteiidrc Iksvmans ,jtaoa-
pans chafcuntcoisiances à l’encontre deulx. Auquel
iour y vindrent &: comparurent les enfans de Paris.,
defquèh &itoutle-premicr y vint & axriuaishan Ra-
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dt Roy Lors XI. *$i
guier Gtenetier de Soixons & Trelbrier des guerres
au Duché de Normendic, fils de Maiftre Anthoine
Raguier Confeillier & Trcforier des guerres du Roy:.
lequel Iehan Raguier vint & arriua à. bien grant halte
delà ville de Rouen où ileftoit : pour eltre &c compa-
roiltre aufdiétes iouftes, & arriua le foir de déliant à-
faindt Ladre lez Paris, accompaignéde plufieurs no¬
bles hommes de la charge & compaignie de melïire
Iouachin Rouauit MarefchaL de France , &c aultres.
gens, iufques au nombre de vingc cheuaulx. Auquel
lieu de laindt Ladre ils fe tindrent fecrettement & fans
faire bruit iufques à lendemain qu’ils ^ menèrent &:
compaignerent ledit Raguier bien & honnorable-;
ment, garny de trompettes & clairons qui faifbient
de prans mélodies iufques aulieu defdrdtes lices : & le-
1 ri ^ • / J *
quel Raguier accompargne comme ait elt,auoit au¬
tour de luy quatre piétons veftus de liuree,& toujours
eftans prez de luy & du courfler furquoy il eftoit mon¬
té , lefquels eftoient prefts de le feruir & recueillir fon
bois: & eftoient tous ceulx de la compaignie habillez
de hocquetons brodez à grans lettres d’or,
Etauditchamp & dedensleslices fe pourmena plu¬
fieurs tours attendant leldidb' quatre champions, ou
l’vn d’eulx, contre lelquelsil fe porta vaillamment: car
il rompit cinq lances bien & nettement, & euft fait
plus s’il euft pieu aux CommilTaires ordonnez; pour
lefdidfces iouftes. Et apres lefdibtes lances ainfi rom¬
pues s’en partit moult honno rablement en foypour-
menantpar lefdiétes lices, & prenant congié des lu¬
ges defdidtes iouftes, & merciant les Dames, Damoi-
R ij
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iji Les Chroniqves
Telles & Bourgoifes qui illec éftoient venues, defqucl-
les il acquift moule grant los. Et apres luy y vint &
comparut vng efleu de Paris nommé Marc Senamy,
& deux des fils meffire Iegan Sanguin, qui auffi vin-
drentenladiéte ioüfte honnorablement, & ils firent
toutlemieulx qu’ils peurent:mais ils n’en emportè¬
rent gueres de bruit. Et en apres y vint auffi & arriua
vn nommé Charles de Louuiers Efchançon du. Roy,
qui moult bien & vaillamment fi porta, en portant
bien & honneftement Ton bois & fans aide, & rompit
nettement plufieurs lances : & tellement fe porta à la
iournee que en la fin le prixluy fut donné, & demou-
rerent lefaits quatre Gentilshommes dedens moult
foulez, clefquels les deux portèrent le bras en l’efchar-
pe, & le tiers eut la main blefTee deffoubs le gantelet.
Et par ainfi l’onneur fut & demouraaufdits enfans de
Paris.
Et le Dimenche precedent qui fut huiéHefme iour
dudit mois de May, fe fîrentaulfi à Bruges en Flandres
aultres iouftesdeuant monfeigneur le Duc de Bour-
go ligne,qui aufh furent inoult triomphantes refquel-
les auffi vng enfant de Paris nommé Ierofme de Cam-
bray,feruiteur dudit monfeigneur le Duc,ioufta, &
illec fe porta vaillamment & tellement qu’il en empor¬
ta l’onncur de ladiéfe ioufte. Apres lefdites iouftes le
Roy qui efloit à Amboife s’en partit pour aierà Paris,,,
& en emmena auecques luy monfeigneur de Bour¬
bon, monfeigneur de Lyon, monfeigneur de Beau-
jeu, & aultres feigneurs, & fe tint par aucun temps à
Laigny fur Marne, à Meaulx & aultres villes illec en-
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r»v Roy Loys XI. 133
uiron. Et auant fonpartement dudit Amboife aduint
que le iour veille d’Afcenfion noftre Seigneur, la terre %
trembla à T ours, audit lieu d’Amboife, & aultres
lieux en Touraine. Et quant le Roy fe partit de Lai-
gny odils’eftoittenu par aucunes iournees pour aler
à Meaulx, il enuoya à Paris Ton mandement pour fai¬
re publier par les carrefours d’icelle ville, que tous no¬
bles & gens fuiuans la guerre feuilent tous prefts & en
armes le huidiefme iour de Iuillet,pour aler & eulx
trouuer où il leur feroit ordonné de par le Roy, & fur
peine de confifcation de corps & de biens.
Et puis ces chofes ainfi raides le Roy s’en ala à
Meaulx en Brie, & durant le temps qu’il y fut y eut
vng homme natif du pays de Bourbonnois, qui pour
aucun cas par luy commis , & auffi pour auoir reuelé
les faits du Roy aux anciens ennemis lesAnglois, fut
décapité audit Meaulx le lundy vingt-feptiefme iour
de Iuing audit an foixante huit : Et auparauant le Roy
enuoya à Paris le Prince de Pimont fils du Duc de Sa-
uoye, pour bouter le feu en Greue. Etfimilf en ladi-
de ville de Paris les prifonniers à deliurance,qui e~
ftoient en Parlement, en Chaftellet & aultres pnfons.
Enuironcetempsy eut vng nommé Charles de Me-
leun homme d’armes de la compaignie de monfei-
gneur l’Admirai, lequel de Meleun eftoit Capitaine
de ViTon en Auuergne, qui auoit la garde de par le
Roy dufeigneur du Lau fur là vie,audit lieu de Vf-
fon, dont il efchappa, dequoy le Roy fut fort delplai-
fant : & pour ledit cas fift conlf ituer prifonnier ledit de
Meleun au Chaileaude Loches, auquel lieu & pour
R iij
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i34 Les Chroniques
icelluy cas fut décapité. Etapres luy, fut aulft décapité'
pouricelluy cas vng ieune fils nommé Remontrer qui
eftoit fils de la femme dudit Charles deMeleun en la
ville de T ouïs : & fi futaufti pour icelluy cas décapité
en la ville de Meaulx, le Procureur du Roy audit lieu
deVfton. Et puis le Roy s’enala dudit lieude Meaulx
à Senlis & à Creil.
Audit temps les Bourguignons ou Bretons eftans
en Normendie , prindrent le feigneur de Meruille
feant entre fainéb Saulueur de Diue &c Caen, & luy fi¬
rent rendre & mettre en leurs mains làdiéle place, de-
dens laquelle y auoit plufieurs francs archiers, & in¬
continent quilsfurentdedens tuèrent &meurdrirent
tout ce qu ils y trouuerent, & puis pendirent ledit fei¬
gneur de Meruille, & pillèrent tout ce qu’ils tcouue-
rent, & puis ils boutèrent le feu en ladiéte place. Et
apres le Roy fe deflogea de Creil & s’en ala àCompie-
gne, aùil fut depuis par aucun temps, ôc puis s’en re¬
tourna à Senlis: & d’illec s’en vint à Paris monfèigneur
de Bourbon le iour fefte de AfiemptionnoftreDame.
Etparauantle Roy auoit enuoyé par deuers le Duc de
Bourgongne monfeigneur de Lyon , monfeigneur le
Conneftable & aultres feigneurs, pour toufiours fe
mettre en deuoir, & trouuerpar tout bon moyen de
paix, fans figure de guerre. Et ce nonobftantle Roy
énuoya fon armeeau pays de No rmendie, dont auoit
la charge & conduiéle monfeigneur lbn Admirai, qui
bien y befongna : car en moins d’vn mois il chaiïà les
Bretons eftans dedens Bayeux. Et puis apres le lamedy
vingtiefineiourd’Aoûft.audit an mil quatre cens loi-
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dv Roy Loys XI. 135
Xante hui& j meflirc Charles de Meleun feigneur de
Normainuille quiauoitefté grant maiftre d’oftel du
-Roy, ôc lequel nouucllement auoit efté canftitué pri-
fonnier ati Chafteau de Gaillart en la garde du Conte
de Dampmartin Capitaine dudit lieu, fut par le Pre-
uosft .des Marefchaulx fait fon procez fur les cas à luy
impofez. Etkdit iourfot tiréhors de fa prijfon ôc me-
ndau marohed’Andely, où illec publiquement deuant
tous, fut décapité ôc mis à mort. Et depuis ce le Roy fe
tint par certain .long temps àNoyonyCompiegne,
Chauny aultr.es places cnuiron, iufques au quin-
ziefmeâourde. Septembre que nouuelies luy forent rl-
kcappartees, que monfeigiaeur Charles fon .frere ôc
kiDuc.de Bretaigne s’eftoient reiinis .& deuenus bons
amis & bien-vueillans au Roy, & prdft mondit fei-
gneur Ohades de prendre la penfion de foixante mil
Bures tournois .par an , iufques à ce que fonappanaige
luy.euft ede alfignéfelon ledit de pluficuts Princes ôc
ièigneursjqueledit monfeigneur Charles.efliroit pour
ceiaite.,6c aufquels il fe vouloit rapporter : c’dt afla-
iiotir à monfeigneur le Duc de Calabre Ôc monfei-
gneur.leConncftable defrance. iEt leditDucde Bre-
taigne odritibailler auR oy les villes que luy Scfcs gens
tenoicnten'Nomiendie, emluy rendant & treftituant
ks aul très villes & places queles gensduRoy.tenoicnt
en&retaigae. Laquelle cnofe le Roy luy accorda.
^cpuîSileRoy fift Içauoir ceschofesauDucde Bour-
gpngnc quieftoit à toutîfon oft aux champs pres de
Peronne, entre Efclufiers ôc Cappy, fur.lariuieredc
Somme.Defquelles no uuelles il ne youloitiriens croi-
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i $6 Les Chroniques
rc iufques a ce quil en fuft aultrerhent acertené par lef.
dits monfeigneur Charles & Duc de Bretaigne: la¬
quelle chofeluy fut depuis di<fte & certiffiee par le Hé¬
rault dudit Duc de Bretaigne, mais ce nonobftant il
ne s’en voulut aler, n e defemparer fon oft : Et s’en ala
auecques fondit oft tenir & édifier vng parc audit lieu,
d’entre Efclufiers & Cappy le dos, aulong de la riuic-
re deSomme.Et pendant certain temps qu’ils y furent,
furent enuoyez par diuerfes fois audit DucdeBour-
gongne de par leRoy plufieurs Ambafladeurs, com¬
me monfeigneur le Conneftable , monfeigneur le
Cardinal d’Angiers,maiftre Pierre Doriollc & aultres,
pour toufiours cuider trouuer moyen de bonne
amour & pacification du côfté du Roy, qui toufiours
lavouloitauoir,iaçoit-ceque les Capitaines & gens
de guerre du Roy n’en eftoient point d’oppinion :
mais requeroient au Roy qu’il les laifïaft faire & qu’ils
rendroient au Roy ledit Duc de Bourgongne & ceulx
de fadufte compaignie, tout à fon bon plaifir & vou-
lente'. Laquelle chofe il ne voulut fouffrir,ne tollerer
qu’on leur courut fus : maisleur deffendit dele faire &
fus la hard. Et durant ce temps & iufques au douzief-
me iour d’O <ftobre enluiuant mil quatre cens foixan-
tc hui£t, furent grans nouuelles que le Roy & ledit
Duc de Bourgongneauoient fait vne treue iufques au
mois d’Auril prochainement enfuiuant : & fur l’efpe-
rance de icelle treue le Roy délibéra foy en retourner
deCompiegne où il eftoit, pour s’en venir à Creil ôc
à Pontoife.
Et pour ceftecaufe enuoya fes fourriers audit lieu
de
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dv Roy Loys XI. 137
de Pontoife, qui y prindrent fon logis : mais depuis il
changea propos, & retourna haftiuement dudit lieu
de Compiengne à Noyon, ou peu de temps parauant
y auoit effcé. Pendant lequel temps Phelippe de Sa-
uoye, Poncet de Riuiere leigneur Dulfe,le feigneur
du Lau & aultres qui’s’eftoient mis &c mcflez enfem-
ble, firent moult de maulx: & cependant le fàmedy
huiétiefmeiourdumois d’Oétobre fut crié à fon de
trompe par les carrefours de la ville de Paris, que tous :
les nobles tenans fief ou arrierefief de la Preuofté 8c
Vicontéde Paris, feufTent tous prefts 8c en armes à-
G onneffe, pour d’ilecques partir le lundy enfiiiuant &
aler ou mandé leur feroit: lequel cry elbahift beaucoup
plufïeurs de Paris, qui aiidoient bien que veu ledit
cry il n’y auoit point de treue ne abftineiy c : Et puis le
Roy qui eftoit à Noyon s’en partit, & ledit Duc de
Bourgongnes’enpartitpour âlerà Peronne. Auquel
lieu le Roy s’en àla bien haftiüement par de'uers luy au¬
dit lieu de Peronne, & à bien petite compaignie: car il
n’auoitauecquesluy que ledit Cardinal d’Angiers 8c
vng peu de gens de Ion hoftel^monfeignéur le Duc de
Bourbon & aultres. Et ainfi priuément que dit eft s en
ala iufques audit lieu de Peronne pardeuers lediéf
Duc de Bourgongne, lequel luy: fift grande reue-
rence, comme bien tenu y. eftoit, & puis parlèrent
enfèmble longuement & furent fort bien contens
l’vn de l’autre, quelque rumeur qu’il y euft eue au- ;
parauant, & tellement pacifièrent enfemble qu iis fi¬
rent entre eulx paix. Et iura ledit monfeigneur de
Bourgôngne que iamais ne fetoit riens contre le Roy,
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138 Les Chroniques
& quiljvouloit eftre Ton fubjeét & feruiteur, & viurc
& mourir pour luy. En faifant laquelle paix le Roy luy
conferma le trai&é d’Arras & plufieurs aultres chofes,
ainfi que depuis le Roy le manda & dit aflàuoir aux
nobles, gens d’Eglife, à fa Court de Parlement v &
aultre populaire de làdiéte ville de Paris, qui pour cau-
fe de ce, & par Ton ordonnance firent procédions ge-
neralles,chantansaux Eglifes TV Deum Uudamus , &
aultres loüanges à Dieu. Les feux furent faits parmy
les rues, & tables dreifees, donnans à boire à tous ve-
nans, & plufieurs aultres grans joy es en furent faites
en ladiéte ville de Paris.Et en ces entrefaites vintnou-
uellesquelesLiegoisauoient prins & tué leur Euef-
que & tous fes officiers, dont & dequoy le Roy, ledit
monfeigneui^de Bourgongne, monfcigneurleDuc
dcBouroon & mefTeigneurs fes freres, & aultres, fu¬
rent moult defplaifàns & marris, & furent grans nou-
nelles que le Roy & ledit feigneur de Bourgongne
yroient en perfonne pour pugnir & deftruire îeldits
Licgois. Et incontinent apres yindrent aultres nou-
uelles que ledit Euefque n’eftoit point mort, ne prins,
mais lauoient iceulx Liegois contraint de chanter
Mefîè : & depuis fe tindrent iceulx Liegois bien con-
tens de luy , & fe rendirent tous à luy comme à leur
vray feigneur naturel, en euhr offrant à luy à tout fort;
bon plaifir faire, cuidans à ceftecaufeappaifer tout le
mal tallent de auparavant.
En ce temps le Roy s’en ala à Noftre-Damer.de
Haulx en Almaîgne, où il ne fejourna gueres , aufti
Phelippe de Sauoye & aultres eftàns auecques luy fi-
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d v Roy Loys XI. 139
rent leur paix au Roy, par le moyen dudit feigneur de
Bourgongne. Et apres que le Roy eut fait Ton voyage
& pelerinaigeaudit lieu de Noftre-Dame de Haulx, il
s’en ala à Namur par deuers ledit feigneurdeBour-
gongne, ou on luy filt délibérer d’aler auecques ledit
de Bourgongne deuant la cité du Liège, où ils furent
& demourerent depuis par aucun temps logez aux
faulxbourgs d’icelle y tenans le fiege,& auecques le
Roy y eftoient monfeigneur de Bourbon, monfei-
gneur de Lyon, monfeigneur de Beauj eu, & monfei¬
gneur l’Euefque dudit Liege, tous freres. Lequel mon-
ait feigneur du Liege eftoit yffu hors d’icelle ville pour
aler deuers mondiét feigneur de Bourgongne, pour
fçauoir s’il pourrait trouuer aucun bon appoinébe-
ment pour les habitans dudit Liege, en luy offrant par
eulx luy bailler & deliurer ladiéte ville & tous les biens
de dedens , pourueu que les habitans d’icelle ville,
hommes, femmes, & enfans, enflent leur vie faulue
feulement, dont il ne voulut riens faire : mais au con¬
traire fift ferment que iuy & tous fes fatellites mour¬
raient en la pourfuite, où il aurait ladiéte ville & tous
les habitans d’icelle,pour en faire du tout à fon plaifir
& voulenté, & retint par deuers luy ledit Euefque du
Liege ,lans vouloir fouffrir qu’il s’en retournait en la¬
dite ville, nonobftant que ledit Euefque auoit pro¬
mis & iuré aufdits du Liege de retourner par deuers
eulx, & de viure & mourir auec eulx. Et tantoll
apres le partement dudit Euefque de ladiéte ville &
cité du Liege, & ce que leldits Liegois furent ad-
uertis que leurdiét Euefque eftoit detenu par ledit
S ij
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140 Les Chroniques
de Bourgongne, ôc ne s’en pouoit retourner en la¬
dite ville,iceulx Liegois firent plufieurs faillies fur
lefdits Bourguignons ôc gens du Roy , ôc fur leurs
compaignies. Lefquels Liegois quant aucuns en po-
üoient prendrelesmcttoientàmort, ôc gens 8c che-
uaulxrmais nonobftant toutes ces chofes lé Dimenche
trenteiefme ôc penultiefmeiour d’Octobre, audit an
quatre cens foixante-huiét, entre neuf ôc dix heures
de matin, ledit Duc de Bourgongne fifi ordonner de
bailler ôc liurer aflault en icelle ville : ce qui fut fait, &
y entrèrent iceulx Bourguignons fans aucune refiften-
ce, 8c y entra aufïi le Roy ôc les Ducs de Bourgongne,
monfeigneur de Bourbon, mes feigneurs de Lyon,de
Liege ôc de Beaujeu,freres.Et aufii dudit aflault la plus
grant ôc faine partie des habitans de icelle cité s’enfuy-
ïerit ôc retrayerent, ôc laiflerent vng peu de populaire,
comme femmes, enfans, Préfixés,R eligieules,ôc vieils
8 c anciens hommes : qui tous y furent tuez 8c meur-
dris, & moult d’aultres merueilleufes cruaultez 8c in-
humanitez y furent faiétes, comme ieunes femmes 8c
filles forcées ôc viollees : 8c apres le defordonné plaifir
pris d’elles, les tuer 8c meurdrir. Les Religieufes aufii
forcer, petits enfans tuer, ôc Preftres conlacrans Cor¬
pus D omini, aufii tuer ôc meurdrir dedens les Eglifes.
Et apres toutes ces chofes faites, roberent 8c pillèrent
toute lâdicfie ville ôc cité, ôc en apres la brulerent ôc ar-
dirent, ôc getteren t la muraille dedens les fofiez.
Et apres toutes chofes ainfi faiétes que dit efi,Je Rov
s’en retourna à Senlis ôc Compiegne où il manda aler .
par deuers luy toute fa Court de Parlement, fà Cham-
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dv Roy Loïs XI. 141
bre des Comptes, Generaulx des finances, & aultres
fes officiers : ce qu iis firent. Et eulx venus & arriuez
par deuers luy, fift & ordonna pluficurs chofes, &
auffi pource qu’il n’auoit pas intention de feioürner
audit lieu, il fift propofer par là bouche dudit Cardi-r
nal d’Angiers à tous les defTufdits O fficiers tout ce qui
par luy auoit efté accordé audit feigneur de Bourgon¬
gne, qui plus à plain eftoit contenu & fpecifié en qua¬
rante deux articles, qui par ledit Cardinal furent de-
clairees lors aufdits Officiers : en leur difant de par le
Roy que fon plaifir eftoit qué par fàdiéfe Court de-
Parlement & tous aultres fes Officiera, feuft faié&ac-
complytout ce qu’il auoit conclud & accordé auec-
ques ledit de Bourgongne, & que tout luy feuft du
tout entériné St accompli, fans aucun contredit ou
difficulté, fur certaines grins peines que lors il expri¬
ma de bouche. Et puis le Roy s’en ala en aucuns lieux
prés Paris, fans vouloir eritrer dedens ladidre Ville:
mais aucuns grans feigneurs eftans autôur de luy y
vindrent & y feiournerent, comme mes feigneurs de
Bourbon , de Lyon & Beaujeu,freres, le Marquis du
Pont, éb aultres: : ; - ! - ; ! : •
Etlefamedydixneüfiefmeiour de Nouembre au¬
dit an quatre cens foixante-huiét, fut criee & publiée
à fon dé trompé^ Sc cry publique parlés carrefours de .
Paris, ledit accord & vnion fait comme dit éft, entre
le Roy & mondit feigneur de Bourgongne. Et que
pour raifon.du temps paffé perfonneviuantnefeuft fi
oféou hardy détiens direà l’opprobre dudit feigneur,
feuft de bouche , par efeript, lignes, painéhires, ron-
S iij
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14& Les Chroniqjes
deaulx, ballades, libelles diffamatoires, chançons, de
gefte, ne aultrement,en quelque maniéré que ce peuft
eftre.Et queceulxquiferoient trouuez auoir fait, ou
efté au contraire, feuffent gtiefùement pugnis,ainfl
que plus à plain ledit cry le contenoit.
Et ce mefme iour furent prinfes jj>our le Roy de par
vertudelàcommiflion addreflànt avngieune fils de
Paris, nommé Henry Perdjriel, en ladiéte ville de Pa¬
ris , toutes les pies, iays, de chouettes, eftans en caiges
ou aultrement, & eftans priuees, pour toutes les por¬
ter deuersleRoy, & eftoit efcript & cnregiftré le lieu
où auoiene efté prins lefdits oifeaulx: & auffi tout ce
qu’ils fçâuoient dire, comme larron,paillart, fils de
putain, va dehors va, Perrette donnemoy à boire,&
plufieürs aultres beaulx mots que iccsulx oifeaulx fça-
uoient bien dire, de que on leur auoit apprins. Et de¬
puis cncores par aultre commiftion du Roy addrefïant
a Merlin de Cordebeuf, fut venu quérir de prendre
audit'lieu de Paris tous les cerfs, biches, & grues qu’on
y peuft trouuer, Se tout fait mener à Amboife.
En apres le Gonte de Eouez qui nouuellement
eftoit venu à Paris au mois de Décembre enfuiuanc,
deuint merueilleufement amoureux d’vne moult bel¬
le bourgoife de Paris, nommée Eftiennete de Bcfàn-
çon, femme dVn marchant de ladùfte ville nommé
Henry de Paris, qui eftoit bon marchant de ptiiffanc
homme: & fi eftoit ladiéte bourgoife moult prifee de
honnoree entre toutes les femmes de bien de ladiétc
ville, & fort priee &requife deeftre& foy trouuer en
toy,s banquefts, fcftqs de honneftes aiTemblees qui fc
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dv Roy Loys XI. 145
faifoient en icelle ville, communiqua auecques ledit
Conte de Fouez de queftionsioyeufes ôc amoureufes,
& fur plufieurs requeftes, offres, & aultres plaifans
bourdes que luy fift & promift ledit Conte de Fouez,
conuindrent tellement enfemble que le Dimenchc
douziefme iour dudit mois de Décembre audit-an
mil quatre cens foixante huit, icelle Eftiennete fe de-
partit de fon hoftel de Paris qu elle iaifla 6c habandon-
na, enfemble fondit mary,les enfàns,pere 6c merci
frères & fœurs, & tous fes parens 6c amis, & s’en ala
apres ledit feigneur de Fouez auecques aucuns de fes
gens & feruiteurs, qui pour ce faire choient demou*
rez audit lieu de Paris 6c l’emmenerent à Blois, où
eftoit demouréà fejour ledit feigneur, attendant illec
la venue d’icelle Eftiennete : Aiieçquës lequel feigneur
icelle Efticnnetedcmoura par l’efpace de trois iours *
6c puis s’en partit ledit feigneur de Fouez 6c s’eji ala à
Tours par deuers le Roy, 6c en fift mener aiieoqûcsluy
icelle Eftiennete, qui fut illec bien recueillie par Mar-,
tin Potichier marchant 6c bourgois de T ours, oncle
d’ioelie Eftiennete. Et peu de temps apres fut ladi&c
Eftiennete enuoy ee a Frontetbulx pkr deuers la Prieu*
re dudit lieu,tante de ladiâre Eftiennete,ou depuis
elledemoura par certain long temçs apres. En apres le
Roy fe tint 6c fèjourna à T ours, a Amboife, & illec
enuiron, toufioursattendant queia Royne deuft ac¬
coucher que on difoit eftre fort greffe,mais elle ne eut
point d’enfant. Et apres ces chofes le Roy ordonna
certaine quantité des lances de fon Ordonnance pour
i t .»
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*44 Les Chroniques
aulme d'Arragon, & auecques lefdites lances y ordon¬
na aufïi aler huit mil francs archiers auecques grant
quantité de fon artillerie, ou ils ne furent point:
ponobllant ladiéte ordonnance.
Et le mois de Feurier cnfuiuant vindrent à Paris les
Amballàdeurs de mondit fei^neur de Bourgongnc
pour l’expédition des articles a luy accordées de par le
Roy, & pour lefquels le Roy efcripuit & charga bien
expreffémentau Preuoftdes Marchans & Efcheuins,
& tous aultres Officiers & gens notables de ladiâre
ville, que de tout leur pouoir ils feftyaflent fort &c
honnorablement lefdits AmbafTadeurs. Laquelle cho-
fe fut faiéte, & furent moult honnorablement & ha-
bondammentfeftiez: & premièrement par ledit mon-
feigneur le.Cardinal d’ Angiers ,fecondemçnt par le
premier Prehdent de la Court de Parlement,tierce-
mentparmaifbrelehandeLadriefche Prefident en la
Çhambrcdes Comptes & Tçefotier de. France, quarr-
teniént par monfeigneur de Mery, & quintement &
pour derniere fois par les Prcuolt des Marchans & Ef¬
cheuins, & boutgois de ladiéfeville.Lequel feftoyiut
moult honnoéable, & durant lëfifi&es chofes furent
leurs lettres expediccs paï toutes les Cours de Paris,
touslefdids articlesainfi à eulx açcordees par le Roy,
comme dit cftisEt le ieudy feiziefme ijour de Fçuriejp
audit an mil quâitré cens fôixantc hui6b, aduint au
Chaftellet de Paris que vng nomme Chariot leTon-
nellier, dit k Hotc-varletyChauffetier demoiirant à
Paris iquiauoftcfté conltitué pnfdnniçr audit Cha- ’
ftellet de Paris , pour raifon de plüfleut? krreciiis dont
on
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dv Roy Loys XI. »45
on le chargeoit, qu’il denioit, fut o rdonné par le Pre-
uoft de Paris 6c les Officiers du Roy audit Chaftellet,
quefonprocez fait fur les charges à luy impofees 6c
conclud de ainfi le faire, dont il appella : 6c par Arreft
fut renuoyé audit Preuoftpour eftre fait fondit pro-
cez.En l’amenant de fà prifon en la chambre de la que-
ftion dudit Chaftellet faifit vng coufteau qu’il apper-
ceut fur fon chemin, 6c d’icelluy fe couppa la langue,
6c puis fut ramené en fa prifon fans aultre chofe faire
pour ledit iour. Audit temps aduint que au pays de
Holande & Zelande qui font des pays de monfieur
deBourgongne,yvindrent & habonderent fi gran¬
des eauës, que l’eauë noya & emporta piufieurs villes
6>c places defHits pays, pour raifon de piufieurs efclu-
fes qui tenoient la mer, qui fe rompirent.
Etàceftecaufeyeut de grans dommaiges faits, 6c
plus grant dcftrudtion comme on difoit, que ledit
leigneurdeBourgongnen’auoit fait par fureur en la
cité & habitans du Liege. Et apres que ledit Chariot
Tonnelier dont eft parlé deuant, qui ainfi s’eftoit in-
cifèe la langue &c fut guery, fut de rechief amené en la
queftion prés d’eftre eftençlu en la gehayne,pource
qu’il ne vouloitcognoiftre les cas à luy impolez,le-
3 uel apres qu’il eut efté longuement affisiur la fellete,
ift qu’il diroit vérité, & lors declaira tout au long fà
vie & de moult grands & merueiileux larrecins, & fi
accufà moult de gens coulpables à faire icelles, com¬
me vng fien frere furnomme le gendarme, vng ferru-
rier, vn Orfeure, vn Sergent fieffé nommé Pierre
Moynel, 6c piufieurs aultres qui pour lefdits cas fu-
T
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146 Les Chroniques
rent conftituez prifonniers, & fur ce interroguez qui
depuis confefferent auoir fait plusieurs larrecins. Et
apres toutes ces chofes le mardy de la fepmaine peneu-
fe ledit la Hôte & fon frere, ledit Sergent fieffé, le fèr-
rurier, vng tondeur de grans forces, & vng frepier
nommé Martin de Coulongne, par la fcntence du
Preuoftdc Paris, furent conaempnez à effare'pendus
& effrangiez au gibet de Paris, dont ils appellerait en
Parlement. Et par Arreft delà Court ladidre fentence
fut confermee au regard des quatre d’iceulx : c’eft afla-
uoirdefdits de la Hôte, fon frere, dudit tondeur de
grans forces, & dudit ferrurier, & le landemain qui
fut mercrcdy, furent menez pendre au gibet : & au re¬
gard defdits freppier & Sergent fieffé,ils demourerent
encore en la prifon iufquesapres les feftes de Pafques.
Et le vendredy fàind &c aourné vint & yfïitduCiel
plufîeurs grans efclats de connoirre, efpartiflèmens &
merueiileufe pluye, qui efbaliift beaucoup de gens,
pource que les anciens dient toufiours que nul ne doit
dire helas, s’il n’a ouy tonner en Mars. Et apres ce que
dit cft, ledit freppier nommé Martin de Coulongne
fut rendu par ladide Court de Parlement audit Pre-
uoft de Paris, & fut enuoyé audit gibet le fàmedy veil¬
le de Quafimodo, mil quatre cens foixante-neuf.
Au mois d’Auril enfuiuant mil quatre cens foixan¬
te-neuf, maiftre Iehan Balue Cardinal d’Angiers, qui
en peu de temps auoit eu de moult grans biens du R oy
& du Pape par le moyen du Roy, qui pour l’auancer
& faire n grant comme de Cardinal, & auquel Cardi¬
nal le Roy fe fioit moult fort, ôc faifoit plus pour luy
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dv Roy Loys XI. 147
que pour Prince de fon fang ôc lignaige. Et icelluy
Cardinal non ayant Dieu en mémoire, ne l’onneur ôc
prouffit du Roy ne du Royaume deuant fes y eulx,me¬
na le R oy iufques à P eronne, auquel lieu il le fift ioin-
dreauec icelluy Duc de Bourgongne, & leur fïft faire
enfcmble vne telle quelle paix, laquelle fut iurec ôc
promife entre les mains dudit Cardinal, ôc puis voult
confeilla ôc ordonna que le Roy yroit ôc accompai-
gneroit ledit de Bourgongne iufques en ladiéte cité
auLiege,quc parauant s’efloient efleuez ôc mis fus
pour le Roy contre ledit de Bourgongne, ôc pour luy
porter dommaige. Et au moyen d’icelle allee du Roy
deuant icelle cité,lefdits Liegois ôc icelle cité furent
ainfimeurdrisÔcdeftruis,tuez ôc fugitifs comme dit
cft deuant : mais qui pis eft, le Roy, mes feigneurs de
Bourbon, de Lyon, Beaujeu, ôc Euefque dudit Liè¬
ge frétés, ôc toute la feigneurie ellant deuant ladiéte
cité furent en moult grant dangier d’eflre morts Ôc
tous périls, qui euft efté fait la plus grant efclandre
qui onequesreuft au Royaulme de France depuis la
création d’icelluy. Et apres que le Roy s’en fut retour¬
né deuers Paris pour s’en retourner à Tours ôc aultres
lieux enuiron, ôc le garda d’entrer en fàdiébe bonne
ville ôc cité de Paris, ôc lefillpaffer à deux lieues prés
d’icelle, en cuidant par luy à celle caufe mettre ladiéte
bonne ville ôc cité, enfemble les fubieéts d’icelle, en
l’indignation du Roy. Et en faifànt ledit voyage audit
lieu de Tours ôc Angiers par le Roy, il fiil content ,
monfieurfon frere de fon appanaige, ôc luy bailla
pour icelluy la Duchié de Guyenne ôc aultres chofes,
T M
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148 Les Chroniques
dont il fetint à bien content du Roy, & voyant par
icelluy Cardinal la paix & bonne vnion eftre entre le
Roy & fondit frere, cuida de rechief faire fon effort &
rebouter trouble & malueillance entre le Roy & aul-
tres feigneurs de fon Royaulme, comme deuant auoit
fait : car il enuoya &c mift fus meffaige efpecial auec-
ques lettres & inftrumens quil enuoyoit audit de
Bourgongne, en luy faifant affauoir que ledit accord
ainfi irait eftoit du tout à fà confubon & delfruiftion,
& n’eftoit fhit à aultre fin que pour laler deftruire in¬
continent que le Roy & fondit frere feroient affem-
blez. Et que pour foy garder contre eulx,luy eftoit
befoing & neceffite' qu’il fe mift en armes comme de¬
uant auoit fait,& quil afTemblaft plus grant armee
que oncques n’auoit fait, & mouuoir guerre au R oy
plus que iamais, & aultres grandes & merueilleufes
diableries qu’il efcripuoit audit de Bourgongne par
vngfienferuiteur, qui de cefdidteslettres & mftru-
éfions qu’il portoit fut trouué faifî<, & promptement
furentportees au Roy,lequel incontinent ces chofes
par luy fceuës fut icelluy Cardinal prins & fàifi, & me¬
né prifonnier à Montbafon, ou il fut laifïe en la garde
de moniteur de Torcy & aultres. Et apres furent prins
& faifis en la main du Roy tous fes biens & feruiteurs,
& furent lefdits biensprins par inuentaire, & luy fu¬
rent baillez Commiflaires -pour l’interroguer fur les
cas & charges à luy impofez : c’eft aflàuoir meffire
Tanneguy du Chaftel Gouuerneur de Rouffillon,
mefîire Guillaume CouCnot,! mondit feigneur de
Torcy, & majftre PierreDoriollëGeneral des finan-
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dv Roy Loys XI. 149
ces j tous Iefquels befongnerent à l’interroguer & exa¬
miner fur lefdits cas & charges. Et en apres le Roy
donna & diftribua des biens dudit Cardinal à fon plai-
fir, ceft afîauoir fa vaiffelle d’argent fut vendue & l’ar¬
gent baille' au Treforier des guerres pour les affaires
du Roy, la tapiflerie fut baillee audit Gouuerneur de
Rouffillon, & la Librairie audit maiftre Pierre Do-
riolle, &: vng beau drap d’or tout entier contenant
vingt-quatre aulnes & vng quart,qui valoit bien dou¬
ze cens efcus, & certaine quantité' de martre febelines,
& vne piece d’efcarlate de Fleurance, furent baillez &
deliurez àmonfieur de CrufTol, & fes robes & vng
peu de mefnaige fut vendu pour payer les frais des O £
fîciers & CommifTaires qui auoientvacqué à faire le¬
dit inuen taire.
Et durant ces chofes le Roy de Cecille & la Royne
fà femme vindrent par deuers le Roy àTours & Am-
boife, ouillecfurenc moult honnorablement receuz
de par le Roy. Et apres tout ce que dit eft, le Roy,
monditfeigneur de Bourbon, &c aultres feigneurs s’en
tirèrent deuers Niort,la Rochelle, & aultres lieux en-
uiron, où ils trouuerent monfieur le Duc de Guyen¬
ne frere du Roy, & en icelluy voyaigemoyennant la
grâce de Dieu & de la benoifte Vierge Marie, le Roy
& monditfeigneur de Guyenne furent reünis & mis
en bonne paix & amour l’vng auec l’aultre , dont
moult grant ioye fut incontinant efpenduëpar tout
le Royaulme. Et pour celle paix fut diét & chan¬
té en fainéle Eglife le Te Deum laudamus , faiél les
feux par toutes les bonnes villes, Tables rondes
T iij
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*50 Les Chroniques
dreifecs, & de moult grans foulas, & elbatemens,
& ioycs prins. Et puis apres le Roy s’en retourna à
• Amboife par deuers la Royne, qui comme bonne,
honnefte ôc tres-nobîe Dame auoît fort trauaillé à
traiéter ladite bonne paix & vnion, que noftre
Seigneur par fa fainéte grâce & bonté vueilledebien
en mieulx toufiours bien entretenir. Et puis fut déli¬
béré par le Roy ôc fon grant Confeil d’aler conquérir,
prendre, &auoir la Conté d’Armignac, ôc mettre en
la main du Roy, ôc promis de icelle bailler à mondit
Seigneur de Guyenne. Et pour ce mettre à execution
y enuoya le Roy grant quantité de fon artillerie, de fes
gens de guerre, ôc francs Archiers. Et pour ledit voya¬
ge faire, & préparer ladiétearmee, le Roy s’en partit
audit lieu d’Amboife pour aler iufques àOrleans,od il
feiourna cinq ou fix iours, & puis s’en retourna audit
lieu d’Amboife. Et peu de temps apres vint& arriuaà
Paris Moniteur de Chaftillon grant Maiftre Enque-
fteur,& general réformateur des eauës ôc forefts,pour
prendre, receuoir, & veoirles monftres des bannie-
res, des officiers, gensd’eftaf, ôc populaire delà ville
de Paris.
Et le Samedy quart iour de Noucmbre mil quatre
cens foixantc-neuf, fut leuë & publiée par les carre¬
fours de Paris és lieux ordinaires en icelle ville l’allian¬
ce & bonne vnion faiéfcc entre le Roy, ôc le Roy d’Ef
paigne, laquelle leéture & publication fut faiéfce par
maiftre Iehan le Cornu Cler de la Preuoftéde Paris, és
prefences des Lieutcnans Criminel &Ciuil de ladiétc
Preuofté, ôc de la plus part des Examinateurs ordinai-
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dv Roy Loys XI. 151
res & extraordinaires dudit Chaftellet.Et depuis ce, le
Roy, Monfieur de Bourbon,& autres Seigneurs d an-
tour de luy fe tindrent à Amboife, & illec enuiron, &
iufqucs au Samedy vingt-troifiefme iour de Décem¬
bre audit an mil quatre cens foixante-neuf, que Mon¬
fieur de Guyenne accompaigné des nobles de fa Du-
chié,en moult grant belle & noble compagnie, arri ua
par deuers leRoy en fon chafteau des Môtis les T ours,
qui de fa venue euft moult grant ioye, & aufli eurent
la Royne, Madame de Bourbon, & autres Dames &
Damoifelies de leur compaignie, qui incontinent
qu’ils feeurent ladite venue Te partirent dudit lieu
d’Amboife pour aler audit lieu des Montis, pour aler
veoir & feftier ledit Monfieur de Guyenne. Et en ces
entrefaites fut tout le pays d’Armignac mis & ren¬
du es mains du Roy, & fans efïufion de fang, & tout
deliure à Monfieur l’Admiral & Conte de Damp-
martin, comme G ouuerneur de ladite armeepour le
Roy. Et demourerent depuis le Roy, Monfieur de
Guyenne, la Royne, Madame de Bourbon, & aultres
de ladite compaignie, audit chafteau des Montifs, fai-
fans illec de moult grans chieres, & iufques à Noël. Et •
apres que mondit Seigneur deGuyenne s’en partift,&
print congic du Roy &de toute fa compaignie,& s’en
ala,& retourna à la Rochelle, à faintlean d’Angeli,
& aultres fès pays voifins,pour illec tenir fes Eftats, &
appointer de fes offices, & aultres affaires de fondu;
pays & Duchié de Guyenne. Et apres le Roy s’en re-
uint & retourna audit lieu d’Amboife, où il fe tint de¬
puis par aucuns temps,durant lequel il enuoya fesAm-
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iji Les Chroniqves
balïadeurs par deuers le Duc de Bretaigne,par lefquels
fes Amballadeurs il enuoyoit audit Duc de Bretaigne
fon ordre nouuellemcnt mife & créé fus, afin que icel¬
le il portail, & iurall tout ainfi & félon quelauoient
prife & iuree plufieurs autres Princes & Seigneurs de
ce Royaulme.Et iaçoit ce que le Roy luy eull fait ceft
honneur, neantmoins de prime face il la refufa, & ne
la voulut prendre ne accepter. Et difoit on que c’eftoit
pourcequeauparauant ledit Duc de Bretaigne auoit
prife la toifon d’or, en foy déclarant amy, frere, & alié
duDuc deBourgongne,pourquoy le Roy fe tint pourj
mal content, ôc non finis caule. Et bien-toft apres le
Roy ordonna certaine quantité de genf-d’armes de
fon ordonnance, & fes Archiers, aucc partie de fon ar¬
tillerie pour faire guerre audit Duc de Bretaigne,& fes
pays j mais auant le partement defdites gens de guerre
d’aler audit pays de Bretaigne, fut donné delay audit
Duc de Bretaigne de dix iours entiers, qui faillerent le
quinziefme iour de Feburier pour donner au Roy fil
rclponcede tout ce qu’il auoit intention de faire, &
comment il fevouloitauecques luygouuerner.
Et le Mercredy treiziefine iour d’iceluy mois de Feb¬
urier furent leuës & publiées és carrefours de Paris le
mandement patent du Roy ligné Guillaume de Ciri-
fiiy, par lequel le Roy mandoit au Preuoft de Paris
qu’il eftoit deüement acertainé, que le Roy Edouard
d’Angleterre, & les Princes, Seigneurs , & populaire
duditRoyaulme,que pour long temps auoient efté en.
grant guerre & diuilion entre eulx, auoient fait leur
paix &c pacification entre eulx. Et que tous iceulx
eftans
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DV Hoy Lo’ys XI. 15^
eftans affemblez en confeil auoientconclud, promis,
&iuré de venir defcendre en plufieurs & diuers lieux
de ceRoyaulme,en intention dey prendre,faifir,& ga-
fier yilles, places, pays, & fortereffes, & deftruire ledit
Royaulme & les habitans d’icelluy, tout ainfi que au¬
trefois il auoit fait. Pour lefquelles caufes & voulant
par le Roy de tout Ion pouoir & puifTance obuier aux
dampnees & faufes entreprifes defdits Anglois, or¬
donna fon ban & arriereban ellre fait: & que par ledit
Preuoft de Paris toutes excufations ceffant il contrai-
gnift vigoureufement & fans depportaucun, tous les
nobles &c non nobles, tenans en fief & arrierefief, pre-
uilegez & non preuilegez, à eftre tous en armes & ha¬
billement foufEfant, & en perfonne,fans y prendre
ne receuoir aucun au lieu d’eulx, dedens le premier
iourde Mars enfuiuant, & fur peine de conhfcation
de corps & de biens, en defFendant de par le Roy par
lefdi&es lettres audit Preuoft Ôc tous aultres,de bailler
ne recepuoir aucune excufation ou certification, pour
iceulx tenant en fief ou arrierefief,fur peine de perdi¬
tion de leurs offices, & de confifcation de corps & de
biens, & nonobftant oppofitions ou appellations: &
auflien declairantlesdeftaillansourefFulans eftre en¬
nemis du Roy, & auoirconfifque enuers luy corps &
biens, fans iamais le leur remet;tre ou pardonner. Et ce
mefrrie iourde mercredy vint nouuélles à Paris,que
monfieur de Bourgongne auoit efté veu en la ville de
Gant, portant à lvrie de fes iambeslâ jariretiere & fur
luy la croix rouge, quieftoit ordre & enfeigne dudit
Roy Edouart d’Angleterre : & à celle caufe le demon-
V
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i 54 Les Chroniques
ftroit & dcclairoit ennemy capital du Roy & du R oy-
aulme, & comme Anglois tenu & repute'.
En apres ledit feigncur de Bourgongne cnuoya à
Tours Tes Ambaflàdeurs par deuers le Roy,lefquels
depuis y demourerent par certain temps illec attcn-
dans leur expédition : durans ces chofes le Viconte &
feigneurde Villarsen Poi&ou ala de vie à trefpàffe-
ment, lequel en Ton viuantauoit donnée & lailfee fa
fuccellion au Roy, pour en iouy r par luy incontinant
apres fon trefpas. Et pour icelle fuccellion auoir & re¬
cueillir le Roy s’en partit pour aler audit pays de Poi¬
tou, pour prendre, faifir &c auoir ladi&e fuccellion
d’icelluy fcigneur de Villars, à quoy faire le Roy y de-
mouratous le mois d’Aunl. Audit mois d’Aunl vng
nommémaiftre Pierre Durand, qui cftoitncpueu du¬
dit Cardinal d’Angiers, lequel par long temps auoit
elle detenu prifonnier au Chafteau de Mailly, cfdiap-
pa des prifons dudit lieu & s’en vint iufques àParis,où
il fut cogneu par vng Appoticaire nommé Chambe-
tin, & fut de rechiefprins & làifi, & mené prifonnier
es prifons delà Conciergerie du Palais Royal à Paris,
ou il fut detenu iufques au vingt-lixiefmeiour d’Auril
mil quatre cens fo {xante & dix apres Palques, qu’il fut
tiré & mis hors defdi&es prifons de là Conciergerie,
& baillé & dëliuré és mains des fergens & feruiteurs
du Preuoft des Marefchaulx, pour mener ou ordonné
leur feroit.
Au mois de May cnfuiüant mil quatre cens fonçan¬
te & dix, le Conte de Vuarvuich & leDuc de Clairan¬
ce auec leurs femmes, qui dechàlfez auoient elté par le
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dv Roy Loys XL 155
Roy Edouard d’Angleterre, au moyen de certains
grans débats & questions qui s’clloient meus entre
eulx, fe mirent eulx, leurs feruiteurs, & aultres gens
qu’ils auoient peu recueillir en plufieurs maniérés, fur
mer, iufques au nombre de quatre-vingts nauircs, Ôc
s’en vindrent prendre terre en Normendie, iufques à
Honnefleu & Hareflc.Etillecils trouuerent moniteur
l’Admirai qui les recueillit, & bouta lefdits de Vuar-
vuich, de Clairance, le Co;ite de Vuafonfort,Dames
& Damoifelles, auec vng peu de leur priuee meignee.
Et au regard des nauires ils fe rctrahirent depuis, &
ceulxeftans dcdens,es hables de Honnefleu & Bar-
fleu : & en apres auifi fe'deflogerent les Dames & Da¬
moifelles , & leur train, & s’en alcrent à Vaioignes,ou
leur logis leur fut ordonne'. Et bien toft apres ces cho¬
ies le Duc de Bourgongne fçaehant ce quediteft , eC-
cripuit lettres rnimues à la Court de Parlement, par
iefquellesilleurmandoit qu’il auoitfccu que le Roy
auoitrecueilly ledit de Yuarvuich en aucunes villes de
fon Royaulme, es marches de Normendie, qui eftoit
aie contre l’appointement fai< 5 t à Peronne entre le
Roy & luy : en priant &c exhortant aufdits de Parle¬
ment qu’ils voulfiifent demonftrcr ces chofes au Roy,
afEn qu’il ne fauori&ft ledit de Vuarvuich & ceulx de
fadidbe compaignie,qui difoit cftre fon ennemy ca¬
pital & dudit Royaulme,ouaultreraent il leyroit qué¬
rir quelque part qu’il le peuft fçauoir en France, pour
en faire à fon bon plaifir : & nonobftant ce ledit de
Vuarvuich {èiourna & demeura depuis certain temps,
c’elt aifauoir durant ledit mois de Iuing audit Honne-
V ij
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15 6 Les Chroniques
flcu. Et durant ce temps plufieurs gens de guerre de
l'ordonnance du Roy deüogerent de leurs garnifons,
& s’en vindrent gafter tout le plat pays, loger & met¬
tre en plufieurs villes & places fur les marches de N or-
mendie & Picardie. Audit mois de luing aduint que
deux hommes de guerre de ladi&e ordonnance,foubs
la charge de monfieur le Conneftable , tuerent &
meurdrirent deux ieunes Clers du T reforier des guer¬
res en plaine B eaulfe, pour auoir l’argent qu’ils por-
toient pour le payement des gens d’armes. Et peu de
temps apres furent pris & faiiis à Honnefleu, & d’illec
menez par deuers mondit feigneur le Conneftable en
la ville de Meaulx, où il y a dêux arbres, & fur deux
diuers chemins furent pendus & effrangiez. En ces
entrefaites le Roy fe tint & feiourna à T ours, à Am-
boife, Vendofme, & aultres lieux prés d’illec, par de¬
uers lequel lefdits Anglois alerent. Et aufti y fut & ala
la Royne d’Angleterre, & le Prince de Galles fon fils :
& illec tous arriuez fut pourparlé entre eulx de la ma¬
niéré pourquoy ils eftoient illec tous venus & arriuez:
& depuis s’en retournèrent lefdits Anglois à Honne¬
fleu , a V alongnes, faint Lo, & aultres lieux en N or-
mendie. Durant ce que dit eft le Duc deBourgongne
fift prendre & mettre en fà main toute la marchandifè
qu’ilauoitenfespays,appartenant aux marchans de
France, iufques à ce que les marchans de fes pays euf-
fent eu reftitution d’aucuns biens prins fur mer par
lefdits Anglois.
Audit temps & le famedy dernier iour de Iuing mil
quatre cens îoixante & dix, enuiron entre deux &
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dv Roy Loys XI. 157
trois heures de matin, la Royne accoucha au Chafteau
d’Amboife de vng beau fils, qui illec fut baptifé &
nommé Charles par monfieur l’Arceüefque de Lyon,
auecques le Prince de Galles fils de Henry jadis Roy
d’Angleterre, & prifonnier detenu par Edoüart,qui fc
difoit Roy dudit pays: & la commere fur madame Ie-
hanne de France, Duchefle de Bourbon. Et de ladiéfé
natiuité fut grant joye fai été & efpendué par tout le
Royaulme de Frace, & en fut chanté en diuers lieux Te
Deum laudamus , & aultres belles loüangesà Dieu, les
feux faits parmy les rués,tables rondes, & aultres grans
joyes & efbatemens. Ettantoft apres ladite natiuité
le Roy de Cecillc, monfieur de Guyenne, monfieur
de Bourbon, de Lyon,Beaujeu, &c aultres, s’en ale-
rent àAngiers,à Saumur,le pont de See,& aultres
lieux illec enuiron, pour trouuer pacification & ac¬
cord auecques le Duc de Bretaigne fur aucune que-
ftion qui eftoit entre le Roy & le Duc deflufdit: &: il¬
lec demourerent par certain temps, & iufques à tant
que appoinétement fe trouua & fut fait entre eulx, &
puis le Roy s’en retourna par deuers la Royne à Am-
boife. Apres ledit accord ainfi fait, furent enuoyez
Ambaftadeurs dudit Duc de Bretaigne par deuers le¬
dit de Bourgongne, & luy furent rendus le feel &
aliance qui eftoit entre eulx, dequoy ledit de Bour¬
gongne fe courrouça fort quant ilapperceut l’accord
du Roy & dudit Duc de Bretaigne. Durant ce que dit
eft le Conte de Vuarvuich dont deuant eft parlé, qui
eftoit au pays de Normendie,cuidant foy en retour¬
ner en fonpays d’Angleterre, fut ordonné & eftably
V iij
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158 Les- Chroniques
fur mer de par ledit de Bourgongne plufieurs beaulx
& gransnauires de guerre, commehur ques, gallees,
& aultres nauires, engrant quantité, cous fort auitail-
lez & garnis d’artillerie & gens de guerre, d’Anglois,
Bourguignons, Piears, & aultres, ôc finglerent en
mer tellement qu’ils s’enyindrent arriùer & entrer fur
la cofte de Normendie, cnuiron la foifede Laire,cui-
dans trouuer & rencontrer ledit de Vvarvuich & fa
compaignie pour les defeonfire, &c illec demourerent
à l’encre par certain long temps, pendant lequel le
Roy qui eftoit à Amboife s’en partit & ala au mont S.
Michiel en pelerinaige. Et apres içelluy fait & accom-
ply s’en reuint & retourna à Auranches, Tombelaine.
Confiances, Caen, Honnefleu, & aultres places de
N ormendie, 3 c illec fur le cofté de la mer fifl auffi arri-
uer de auitailler fa nef, lanef de moniteur l’Admirai, la
nef de Colon, & aultres plufieurs beaulx nauires, de-»
dens lefquels fe mirent de boutèrent lefdits de Clai¬
rance, de Vvarvuich, & ceulx de leur compaignie,
auec aucuns francs archiers & aultres gens de guerre
que le Roy leur auoit baillezpour leur feureté & con¬
duite. Et incontinent qu’ils furent ainfi montez que
dit eft prés de partir & ungler en mer, lefelits Bourgui¬
gnons, Anglois j Piears,& aultres, voyant qu’ils a-
uoien t longuement eftéa l’encre fans auoir riens fait,
& mangé tous leurs viures, retirèrent leurfdiétes an¬
cres & s’en retoiurncrentàleur Duc fur trayne boyau,
& fans auoir riens fait, dequoy il enft bien tofl ris fon
fàoul,pourcequ’ilsauoientperdugrant temps, & fi
auoit beaucoup frayé Ôc defpendu à l’auitaülement
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4
dv Roy Loys XI. 159
defdi&es nauires , & au fouldoy defdiéfces gens de
guerre. Et ce fait lediét de Vvarvuich accompaigné
comme deiTus, entrèrent en mer & eurent vent pro¬
pre &c à'gré,, tellement que en peu de temps ils vin-
drentarriuer audit Royaulmed’Angieterre,& défen¬
dirent & arriucrenticeulxnauires-à Pleume & Dertè-
muë à heure-de nuit. Et tout incomtmant qu'il eut mis
le pie' à terre il cnuoya dix mil dedens ledit pays d’An-
gleterre par aucuns dé fes gens, prendre & faifirvng
Baron d’Angleterre qui elloit ai fon bel couché, &
quine penfoit point aladiéle defeenduë, &c l’amene-
rent au matin par deuas ledit de Vvarvuich, auquel
Baron incontinam luy arriué fut mife la telle hors des
efpaules: & apres s’en ala hors audit lieu Der remué,
Abrilco , où il fut bien recueilly, & illec auoit laide
fon artillerie & de fes bagues, quant il s’en ala en Nor-
mendie.Et apres qu’il eut recouure'fes chofes & auant
qu’il fufttrois iours,il vint & arriua par deuersiuy plus
de foixante mil hommes en armes, pour le feruir, vi-
ure & mourir pour luy,il fe miftdedus les champs
toujours cherchant à trouuer ledit Edoüârt, & fut
plus de quinze jours apres fadiéle defeenduë auant
que en France on peuft auoir aucunes de fes nouuel-
1 es «Apres les chofes delfufdidles le feigneur d’Argueil,
füs du ! Prince d’Qrehge, quicftbic domeftique & le
plusprouchain dudit Bourguignon, qui elloit marié
alalœurdemonlieur de Bourbon, s’en partit & em-
blad’antaur dudit de Bourgongne, & s ? en vint & re-
trahhpar deuers le Roy qui bien le recueillit. Et quartt
ledit fhic fceuft ledit partemeiit, il cuida enrager &
I'"
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léo Les Chroniques
creuerdedueil. En la prcfence de ladite Ambaffadc
deBretaigneleditDucde Bourgongnc declaira ledit
feigneur d’Argueilauoir confifqué enuersluy corps &
biens, ôc puisnftarrafer &abatre toutes les places &
Chafteaulx qu’il auoit en fes pays. En apres le quator-
ziefmeiourd’Octobre audit an mil quatre cens foi-
xante & dix, le Roy enuoya fes lettres patentes à Paris,
qui furent leuës& publiées par les carrefours d’icelle,
prefens les Lieutenans Ciuil & Criminel de la Preuo-
fté de Paris, & plufieurs des Examinateurs d’icelluy
Chaftellet. Etparlefdidres lettres eftoit. contenu l’al¬
liance faiéte du Roy & du Roy Henry d’Angleterre,
en mandant par lefdi£tcs lettres tous Anglois laiffer
venir & defeendre en ce Royaulme, pour leurs affaires
& marchandées,fans fauf conduits ne autre feureté
comme les fubiets de France, fauf en ce non comprins
Edoüart delà Marche, n’aguieres Roy dudit Royaul¬
me d’Angleterre, fesaliez & complices. Eta ceiour &
depuis vindrent certaines nouuelles en France que lef-
di6bs de Clairance, Vvarvuich, qui ainfi eftoient fur
les çharçips & en armes audit Royaulme d’Angleterre,
cuidans trouuer ledit Edoüart, profpererent illec telle¬
ment, que tous les Princes, Seigneurs,nobIes,Prelats,
bourgois, &; commune dudit pays d’Angleterre, &
fingulierement tout le populaire de Londres vindrent
au deuant dudit V varvuich, & tournèrent le dos audit
Edoüart , & vindrent mettre à pleine deliurance ledit
Henry, qui par long temps auoit dledetenu en capti-
uftéde prifoh par ledit Edoüart, & luy baülerent de
rechief japofTeflion ôc j ouyfiance dudit R oyaulme, &
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dv Roy Lors XI. 161
fut fait ledit deVvarvuich Gouuernant dudit Roy-
aulme, &c puis s’en vindtent en la cité de Londres fai-
iàns grans chieres, & illec & aufïi audit Royaulme fu¬
rent mis à pleine deliurance tous François qui illçc
eftoientprifonniers & renuoyez en France, quitte-
ment.Et fi fift ledit deVvarvuich prendre & faihrtous
les biens aux fiibieéts dudit de Bourgongnc, & mettre
en arreft & en fes mains. Et puis ledit Edoüart voyant
qu’il eftoit feul demouré & du tout habandonné,s’en¬
fuit & vuida hors ledit Royaume & s’en vint à recours
audit Duc deBourgogne fon beau frere,& audit Roy¬
aulme d’Angleterre demoura fa femme & mefnaige.
En apres le Roy qui par long efpace de temps n’e-
ftoit bougé de T ours & Amboife, meu de bonnede-
uotion s’en partit &ala àNoftre-Dame de Celles en
Poiétou, ou il fejourna vng peu & puis retourna au¬
dit lieu d’Amboife. Audit moisdcNoüembreleRoy
enuoya à Paris fes lettres patentes, par lefqueiles il
mandoit aux nobles, clers & lais de la ville de Paris,
qu’ils feiflent procédions & loüanges à Dieu & à la
Vierge Marie, & toutes œuures ceffans par l’efpace
de trois iours, en louant & merciat Dieu noftre Créa¬
teur, la Benoifte Vierge Marie, & tous les Sainêts &
Sain êtes de Paradis, de la bonne viétoire que auoit
eue Henry de Lancaftre Roy d’Angleterre de fondiêt
Royaulme, alencontre de Edoüart de la Marche, qui
longuement fur luyl’auoitvfurpé, à lafaueur dudiét
Duc de Bourgongne. Et aulïi de la bonne paix &
vnion que faiêfce eftoit entre le Roy & ledit Roy Hen¬
ry d’Angleterre, laquelle proceflion fut faiéte & ac-
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igt Les Chroniqves
complie ainfi que le Roy leuc mandé, & tout ainfi en
fut faid par toutes les bonnes villes de ce Royaulme.
En apres le Roy efcripuit aultres lettres, par lefquelles
ilmandoità Paris quil y enuoyoit laRoinc d’Angle¬
terre femme dudit Roy Henry, auecques fon fils le
Prince de Galles & fa femme , fille dudit Conte de
Vvarvuich,aueclafemmedudit de Vvarvuich mere
de la femme dudit Prince de Galles, la Dame Vuile-
chere & aultres Dames & Damoifelies de la compai-
gnie d’icelle Roine d’Angleterre. Laquelle Roine
d’Angleterre y vint & arriua audit lieu de Paris, ac-
compaignee comme dit eft, & eftoierit a 1 accompai—
gner de par le Roy,les Contes d’Eu,de Vendofme, &
de Dunois,de monfieur de Chaftillon,& aultres plu-
fieurs nobles hommes. Et furent & y dirent hors de la¬
dite ville de Paris pour aler & eftre au deuant de ladi¬
te Roine, & du commandement exprez du Roy, le
Prélat & Euefque de ladide ville, l’Vniucrfité, la
Court de Parlement, le Preuoft de Paris & Supports
de Chaftellet , 1 e Preuoft des Marchans & Efcheuins,
marchans,bourgois,manans & officiers d’icelle vil¬
le , tous moult honnorablement & en habits honne-
ftes, & en moult grant & merueilleuxnombre.Et en¬
tra en icelle ville par la porte faind Iacques, & par tou¬
tes les rues par où elle paffia auoit de moult belles ta-
piffieries & tentes au long defdides rues, depuis ladite
porte par où elle paffia iufques au Palais, où fon logis
luy fut moult honnorablement apprefte'. En ce temps
fut amenéà Paris toute la belle artillerie de Tours que
le Roy y auoit, laquelle fut mife & defcenduë au Cha-
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dv Roy Loys XI. 163
fteau du Louure. Audit temps aufli le Roy efcripuit
aux Preuoil & Efcheuins de ladide ville de Paris, que
fon plaifir, voulente' & intention eftoit de faire & te¬
nir la fefte de fon ordre en ladide ville de Paris. Et que
pour celle caufe & pour eftre à icelle fefte y ameneroit
tous les feigneurs de fon làng,qui y viendroient & fe-
roient à grant compaignie de gens, & que pour celle
caufe les manâs & habitans de ladite ville fuftent con-
tens qu’ils y feuftent logez& hebergez par fourriers,ce
qui leur fut accorde. En ce téps aufli qui eftoit le mois
de Decembre meflire Artur de Longueual Cheualicr,
&aultrès Gentilshommes entrèrent pour le Roy en
la ville de làind Quentin en Vermendois,du bon vou-
loir des habitans dudit lieu. Et puis le dixiefme iour
dudit mois monfieur le Conneftable vint & entra
pour le Roy en ladide ville, à tout deux cens lances &
les archiers. Et d’icelle entree le quatorziefme iour du¬
dit mois enluiuant, maiftrc Iehan de Ladriefche Tre-
foricr de France, maiftre Robert Felfier, maiftre Pier¬
re de Boycuual & aultres Officiers demondit feigneur
le Conneftable, firent faire vngcry publiqueàlon de
trompe à la table de marbre au Palais Royal à Paris.
Enfailànt fçauoir la prife & entree ainfi raide audit
faind Quentin par mondit feigneur le Conneftable,
& que de ce on merciaft Dieu en luy priant de donner
bonne prolperité au Roy Ôc audit Conneftable,ftipu-
lant pour luy aurecouurcmentdefes aultres villes &
pays engagez, qu’il auoit intention de recouürer &
mettre hors des mains de Charles, foydifant Duc en
Bourgongne, & ainfi le contenoit ledit cry. Aumois
X ij
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i<$4 Les Chroniques
de Ianuier enfuiuant le Roy qui s’eftoit party d’Am-
boife pour venir à Clery & Orléans, s’en partit pour
venir au pays de Beaufle & vint coucher au Puyfet, &
le landemain s’en ala au gifte à Palaifeau près de Mont-
lehery,& le lan demain vint à difner àSeaulx le grant
en vng hoftel qui appartient à maiftre Iehan Baillet
maiftre des Requeftes ordinaires de l’oftel du Roy, &
d’iilec s’en vint au gifte à la ville de Paris en fon hoftel
des Tournelles.Et auecques aufli y vindrent la R oine,
madame de Bourbon, & aultres plufieurs Dames &
Damoifellesen leur compaignie, & demoura le Roy
à là bonne ville de Paris iufques au famedy vingtfixief
me iour dudit mois qu’il s’en partit pour s’en aler à
Senlis, à Compiegne & aultres lieux voifins ou eftoit
laplufpartdetoute fonarmee, pour batailler contre
ledit Duc deBourgongne.
Et apres luy fut meneepar eauë & par terre grant
quantité de ion artillerie, & mence a Compiegne,
Noyon& ailleurs au pays de Picardie & Flandres. Et
puis fut crié à Paris parles carrefours de Iadiéte ville à
fon de trompe, que tous les francs archiers de l’Ifle de
France, & aufli tous les nobles feuflent tous prefts &
en leurs habillemens pour fuiurc & aler auecques le
R oy en Iadiéte armée. Et durant ce temps fut fait à
Paris moult grant quantité de pouldre à canon & fer-
pentines,pour fournira ladiéteguerre. En ce temps
auoient efté enuoyez de par le Roy fireChriftofle Pail-
lart fèigneur des Comptes, & lire Iacques HefTelin
Conterolleur du G renier à fel à Paris, en la ville d’Au¬
xerre pour fommer les habitans d’icelle de eul* & ladi-
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dv Roy Loys XI. 165
ébeville rendre au Roy &: de prendre illec garnifon
pour luy, & par lefdits Commifïaires leur .furent fai¬
tes de moult belles remonftrances.Lefquels habitans
demandèrent aufdits Ambaffadcurs terme iufques au
Ieudyenfuiuant,pourauoir aduis entre eulx & de ce
leur rendre refponce. Pour laquelle refponce attendre
s’en alerent lefdits Ambafladeurs à Ioigny,diftant d’il—
lec de fix lieues, & y fejournerent iufques audit Ieudy,
que iceulx habitans leur enuoyerent refponfepar vng
homme de ladite ville que l’en difoit effre fauetier:
lequel leur dift& rendit refponfe que lefdits habitans
d’Auxerre mandoient aufdits Commiflàires qu’ils
auoient mis & boutéauecques eulx dedens ladite vil¬
le grande garnifon de gens de guerre pour ledit Duc,
& que au regard d’eulx ils eftoient fermes & délibérez
de viure & mourir pour ledit Duc, & garder ladiéle
ville pour luy. Et le iour que ladite garnifon y fut
boutee y fut tué & meurdry vng des bourgois d’icelle
villenomméGuilleminGoutier qui fut dommaige:
car il mourut pour la querelle du Roy fouftenir. Et
apres le partement du Roy de fà ville de Paris pour aler
à Compiegne & Senlis, fe reduifirent pour le Roy les
villes d’Amiens,de Roye & Montdiaier, & jDuis le
mardy quatriefmeiour de Feurier furent faites a Paris
procédions generalles moult honnorables. Et y fut la
Roine, madame de Bourbon & toute leur noble corn-
paignic, & alerent en la grant Eglife de Noltre-Da-
mc,&de là à N ollre-D ame derecouurancc aux Car¬
mes. Et là fut prié pour le Rov, la Royne & leur bon-
neprofperiré. Et fut dit & dcclairé comment lefdiébes
X iij
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1 66 L'es Chroniques
villes eftoient rendues au Roy, & entre aultres la ville ■
d’Abeuille,dont il n’eftoit riens. 1
Audit temps furent prins à Paris & contrains tous
manouuriers de bras, comme maçons, charpentiers
de la grant congnee & aultres plufieurs, de aier efdites '
villes ainfi nouuellement reduidtes au Roy, dont on :
bailla la charge au regard defilits pionniers à maiftre ;
Henry de la Cloche, Procureur du Roy au Chaftcllet \
de Paris, qui eftoit bon & loyal François, qui les me¬
na & conduifit iufques en ladite ville de Roye, ou il- !
lec fut fait de grans bouleuers, fofTez, trenchecs, &
aultres belles fortifications: & auiîi en furent faiétes
d’aultres en aultres villes & diuers lieux, & illec de- *
mourerent lefdits pionniers certain grant elpace de
temps, & iufques enuiron le ion* de Pafques que le
Roy donna & bailla treue pour certain temps auec- ;
ques le Duc de Bourgongne, lequel eftoit amege par
des gens du Roy en fon parc, qu’il tenoit entre Bapaul- ’
mes & la ville d’Amiens. Et là od il fut en telle miferc *
& poureté qu’il eftoit du tout & fondit oft à la difpo-
fition & volenté du Roy, pour en auoir du tout fait à
fon bon plaifir, n’euft elle ladiâre treue. Et depuis la
guerre encommencee iufques à ladite treue y eut de
grandes & merueilleufes defeonfitures faidtes par les
gens du Roy fur les Flamens & Picars, tant fur ceulx
quiauitailloient le parc defdits Bourguignons, que à
caufè de plufieurs belles (àillies que les gens du Roy
faifoient (ur les tenans le party defdits Bourguignons.
Et mefmement fc fift de moult belles deftroufles en la
Duché de Bourgongne Ôc Contez de Charrolois &
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dv Roy Loys XI. \6y
Mafconnois, où les gens du Roy y gaignerent de
moult beaulx butins , 8c y prindrent de moult bons
prifonniers, & moult grant nombre en y eut de tuez.
Et auoient tout gaigné meffeigneurs les Conte Daui-
phin d’Auuergne, de Comminge, le Tire de Com-
bronde deCharentez,meffire Guillaume Coufinot,
& moultd’aultresnobles hommes, n’euft elle que le
Roy leur manda qu’ils ceffafTcnt tout pour l'amour
defdi&es treues, qui moult en furent defplaifans, 8c
moult de gens de façon aymans le Roy 8c fon hon¬
neur. Etàceftecaufcs’en firent à Paris des epitaphes
qui furent mis & afïis à fainét Innocent, à l’oitcl de la
ville & aultres lieux , en vitupérant 8c en donnant
grant charge à plufieurs feigneurs eftans prés du Roy.
Et durant ladidte treue le Roy, monfeigneur de Guy¬
enne, & aultres feigneurs 8c nobles hommes d’autour
d’eulx fe tindrent à Han auecques monfeigneur le
Conneftablc. Auquel lieu durant ledit temps fc firent
de grandes alees 8c venues des AmbafTadcurs du Roy
8c de ceulx de mondit feigneur de Bourgongne, 8c il-
lecdemourerentpar longtemps fans riens conclure :
mais en la fin fut fait treue entre le Roy & ledit Duc
de Bourgongne durant vng an. Et pour appointer les
difFerens du Roy & ledit Duc de Bourgongne y eut
Ambaffadeurs ordonnez, 8c pour appointer des dé¬
bats 8 c queftions des gens de guerre de chafcun des
deux coftez, 8c puis fe départirent dudit lieu de Han,
8c s’enala chafcun en fa maifon : 8c demourerent les
gens de guerre du Roy en garnifon es villes qui para-
uant ladidbe treue auoient efté gaignees par le Roy.
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i 68 Les Chroniques
En cc temps fe murent de grans queftions,noifes ôc
débats au Royaulme d’Angleterre entre le Roy Hen¬
ry de Lancaftre Roy dudit Royaulme, le Prince de
Galles Ton fils, le Conte de Vvarvuich, Ôc aultres fei-
gneurs duditRoyaulme,tenans ledit party dudit Hen¬
ry contre ledit Edouard de la Marche, qui viurpoit le¬
dit Royaulme contre ledit Henry. Et y eut à caufedc
Ièurdit débat de moult grantmeurdre fait de cofté ôc
d’aultre, ôc dura ladide guerre iufques au mois de
Iuing mil quatre cens foixante ôc vnze, que nouuelles
furent apportées au R oy audit lieu de Han, que ledit
Edouartaccompaigné de grant quantité de gens de
guerre, tant Anglois, Auftrelins, Flamens, Picars &
aultres nations, que ledit de Bourgongne luy auoit
enuoyez, fe mift lur les champs alencontre de Tannée
& puifiance defdits Roy Henry, Prince de Galles, la
Roine, ledit de Vvarvuich, & aultres Princes ôc fei-
gneurstenans ledit party de Henry. Et y eut les vngs
contre les aultres de grans armes faides, ôc grant
nombre de gens morts de chafcun cofté : mais en la fin
ledit Edouart demoura vidorien, tant par trahyfon
qui eftoit du cofté d’aucuns eftans en l’amiee dudit
Henry, queaultrement,& y mourut ôc fut tué ledit
Prince de Galles qui fut moult grant pitié : car il eftoit
moult beau îeune Prince , ôc aulii y mourut ledit de
Vvarvuich qui auffi fut vng grant dommaige: car il
auoit fingulier defir de bien feruir le Roy ôc le Royau¬
me: ôc pour lequel le Roy auoit frayé ôc defpendu
moult grant finance pour Tentretenement dudit
Conte de Vvarvuich. Et de ladide defconfiturc fut le
Roy
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dv Roy Loys XI. 169
Roy moult defplaifant : & puis apres ces nouüelles
ouysfe partit le Roy de ladiétc ville de Hari en Ver-
mendois , & en emmena auecques luy mondit. fei-
gneur de Guyenne, le Conte de Dampmartin, le Pre-
lident des Comptes, & plufieurs aultres, & vint à Pa¬
ris où il ne fej ourna guieres : & durant quil y fut il filt
grande & joyeufe felte, & fifteeft honneur à fadiéte
Bonneville & cite' de Paris de luy mefmes bouter le
feu au feu fait en la place de G r eue d’icelle ville, la veil-
le faindt I ehan Baptifte. Et puis s’en partit & s’en ala à
O rleans, ou le Prince de Piémonty deuint malade de
maladie, dont il ala de vie àtrefpas audit lieu d’Or-
leans. En apres s’en ala le Roy àTours & à Amboifc
veoirla Roine & monfeigneur le Daulphin.
En ce temps dudit mois de Iuing mil quatre cens
foixantc & vnze,le Roy fut mal content des epitaphes
& libelles diffamatoires qui ainfi auoient efté mis &
attachées à l’efclandre dudit monfeigneur le Conne¬
ctable & d’auitres. Et pour fçauoir la vérité deceulx
qui ce auoient faiét, filt crier à fon de trompe & cry /
publique par les carrefours d’icelle ville, que quelque
perfonne qui fçauroit aucune chofe defdits epitaphes,
ou deceulx qui les auoient faits,qu’ils leveniflent in¬
continent dire & dénoncer aux Commiffaires fur ce
ordonnez, & on donneroit trois cens efeus d or au
dénonciateur : & qui le fçauroit & ne le viendroit de-
cIairer,auroitlecolcouppé. Et pour fufpeétion de ce
fut mis & conftitué prifonnier vng ieune efcollier de
Paris nommé maiftre Pierre le Mercier, fils d vn lune¬
tier du Palais, qui peu de temps apres fut deliure non
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lya Les Chroniques
charge du cas. Aufli y fut mis & conftitué prifonnier
maiftrc Henry Mariete, qui auoit efté Lieutenant
Criminel delà Preuofté de Paris, tant pour raifon def-
dids libelles, que aufli pour aucun es iniuresou paro¬
les parluy diètes,comme on difoit de maiftre Iehan
de LadriefcheTreforier de France, èc puis fut deliuré
icelluy Mariete par la Court de Parlement, & mis
hors des prifons de la Conciergerie,ouil eftoit detenu
pour cefte mefmc caufe.
Aumois deluilletauditanfoixante & vnze mou¬
rut monfeigneur le Conte d’Eu, qui fut moult grant
dommaige : car c eftoit vng notable, faige & bon fei-
gneur, & qui de tout fon pouoir auoit bien & loyaul-
mentferuyleRoy, & fort aimé le bien & vtilité du
Roy & de fon Royaulme, & fut mife ladiéte Conté
d’Eu en la main du Roy, & mife & baillee és mains de
monfeigneur le Conneftable,à la grant defplaifànce
de monfeigneur le Conte de Neuers frere de mondit
feigneurd’Eu,& qui apres ladiétemort cuidoitbien
joüyr de ladiéte Conté d’Eu & des aultres terres dudit
defïunét, comme fon vray heritier.
Depuis ledit mois de IuiUet iufques au lourde Noël,
ne fut riens fait audit Royaulme de France, finon que
lesAmbaflàdeurs du Roy & de mondit feigneur de
Bourgongne firent plufieursalees & venues les vngs
auecques les aultres, pour pacifier & trouuer moyen
de paix & accord entre eulx.En ladiéfe année fut mor¬
talité commune & vniuerfelle par la plufpart dudiéb
Royaulme, de maladie de ftux de ventre & aultres ma¬
ladies , à caufe dequoy plufieurs gens de façon mouru-
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dv Roy Loys XI. ift
rcnt en ladite ville de Paris & ailleurs.
Audit an monfeigneur de Guyenne'qui s’en eftoit
retourné audit pays de Guyenne apres le retour d’A¬
miens , deuint mal content du Roy, & manda venir à
luy le Conte d’Armignac,qui auoit elle fugitif hors
du Royaulme, & duquel le Roy auoit mis fadiéte
Conté en fa main. Lequel Conte vint par deuers
mondit feigneur deGuyenne,& puis mondit feigneur
luy rendit la plulpart de fàdide Conté contre le gré &
voulenté du Roy. En apres lefdits de Guyenne & Ar-
migitac, & aulïi le Conte de Fouez & aultres afïèm-
blerent en leur pays gens de guerre, faignans de vou¬
loir faire faire guerre au Roy : lequel pour ce leur em~
pefeher y enuoya fur la Marche dudit Guyenne cinq
cens lances, & certain nombre de francs archiers,auec-
qucsgrantnombredefonartillerie, qui defpuis ce y
rat & fejourna par long temps, pendant lequel vint &c
fut nouuelles que mondit feigneur de Guyenne eftoit
mortàBourdeaulx,dont iln’eftoit riens.
Audit temps aulïi furent enuoyees par diuerfes fois
de par le Roy Ambalïades par deuers le Duc de Bour-
gongne,pourlefaitde latreue d’entre eulx quifail-
loit le quatrielme iour de May mil quatre cens fonçan¬
te & douze, & y eftoient encores le premier iour
de May le firede Craon, maiftre Pierre Doriolle, &
aultres.
Et ledit premier iour de May mil quatre censfoi-
xante& douze, fut fait à Paris vne moult belle & no¬
table procelïion en l’Eglife de Paris, & fait vng pref-
chement bien folcmpnel par vng D odeur en Theo-
Y ij
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ij 2 . Les Chroniqjes
logie nommé maiftre Iehan Brete, natif de T ours : le¬
quel dift 8c declaira entre aultres chofes, que le Roy
auoit finguliere confidence en la Benoifte Vierge Ma¬
rie , prioit 8c exhortoit fon bon populaire, manans 8c
habitans de fa cité de Paris, que dorefenauant à l’eure
de midy, que fonneroit à l’Eglife dudit Paris la groflc
cloche chafcun feuft flefchy vng genoüil à terre, en di-
fant Aue Maria, pour donner bonnepaix au R oyaul-
me de France, 8c apres ladiéte proceflion faiéte Rcue-
rend pere en Dieu monfeigneur l’Euefque de Paris
cheut malade d’vne maladie de laquelle ce mefme iout
aladevie àtrefpas,dont fut grant dommaige 8c fut
fort ploré: car il eftoit fainét,bonne perfonne 8c grant
clerc. Et ce iour furent en Ton hoftel Epifcopal grant
populaire delà ville de Paris, tant hommes que fem¬
mes pour le veoir mort en fa chappelle hault, eftant au
long de la grant falle fille dudit hoftel. Et illec par ledit
peuple fut moult piteufement ploré, 8c pour fbn amc
deuotement prié, 8c au partir luy baifoient les pieds 8c
les mains, 8c difoient la plufpart d’iceulx quils creoient
fermement que ledit Euefque feuft faind 8c bien ai¬
mé de Dieu, 8c le quinziefme iour dudit mois de May,
le Roy enuoya lettres aux Preuoft des Marchans 8c
Efcheuins 8c bourgois de Paris : par lefquelles il leur
faifoit fçauoir queiedit Euefque en fon viuant luy
auoit efté mauuais, 8c n’auoit pas aimé fon proufiît,Ôc
qu’il auoit eu intelligence auecques le Duc de Bour-
gongne 8c aultres Princes 8c lèigneurs qui auoient
efté deuant la ville de Paris durant le bien publicque,
8c que pour leur donner faueur en icelle ville, auoit
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dv Roy Loys XI. 173
fuborne lefdits habitans. Et que pour ces caufcs & af-
fin qu’il en feuft mémoire ordonna eftre faiéte & mile
fur Ion corps vn epitaphe contenant les chofes defluf-
di£tes, lequel epitaphe fut fait faire par les deffufdits
iufquesàl’affeoir. En ce temps audit mois de May la
treue d’entre le Roy & le Duc de Bourgongne qui
failloit auquatriefme iour dudit mois, fut derechief
continuée iufques au quinziefme iour de Iuing en-
fuiuant.
Audit mois de May-le Duc de Calabre nepueu du
Roy de Cecile & de Iherufàlem, à qui le Roy auoit
fait tant d’honneur de luy donner fa fille ainfnee en
femme & efpoufe, s’en ala hors de fa Duchie de Lor¬
raine par deuers ledit Duc de Bourgongne pour trai-
dter d’auoir & efpoufer fa fille, en delaifïànt en ce fai-
fànt ladite fille du Roy fà femme,qui fut chofe moult
effrange à luy de ainfi faulfer fa foy, & foy ainfi abaif-
fèr de delaiffer la propre fille ainfnee du Roy fon fou-
uerainfeigneur,pour cuider auoir & prendre la fille
dudit de Bourgongne, fubged: & vaffal du Roy. Et
parauant ces chofes leditdeBourgongneauoitfait &
j&it faire moult de guerre au R oyaulme de France, à la
faueur de mondit feigneur de Guyenne, feignant à ce-
fte caufe de luy donner & bailler fadi&e fille dont il ne
filt riens : mais fift tout le contraire en abufànt iceulx
fèigneurs 5 c plufieurs âultres, foubs vmbre dudit ma¬
riage.
Et le ieudy quatorziefme iour dudit mois de May
mil quatre cens foixante douze, aduint par male for¬
tune que tout le comble & fefte de l’Eglifc Noftre-
Y iij *
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174 Les Chroniques
Dame de Clery,& près d’Orléans,queleRoyauoit
fait faire & ediffier de nouuel, où il y auoit moult no¬
ble & belle couuerture tant de charpenterie de bois
que d’ardoife & de ploms, fut toute arfe & brouye, &
tout tombé en bas & par terre, par ce que vng plom-
beur befoignant en icelle couuerture s’en deuala en
bas,&laiilalefeuou ilchauffoit les fers àfoulder en
icelle couuerture, fans aucune garde: & lequel feu le
vent accueillit tellement qu’il s’envola & difperfa au
long d’icelle charpenterie & couuerture, en telle fa¬
çon que fans y pouoirremedier tout fut brûlé & ars.
Et ce mefme iour le Roy eut certaines nouuelles que
luy fift aflauoir monfeigneur de Malicorne, feruiteur
ôc bien fort amé de mondit feigneur de Guyenne,que
fondit feigneur Sc maiftre eftoit allé de vie à trefpas en
lavilledeBourdeaulx. En icélluymois monfeigneur
de Craon, maiftre Pierre Doriolle general des nnan-«
ces,maiftre Qliuier le Roux Confeillier & Maiftre des
Comptes, & aultres Ambafladeurs du Roy,par luy
enuoyez par deuers ledit Duc de Bourgongne,retour¬
nèrent deuers le Roy luy relater ce que fait auoient
auecques luy, & de la treue qu’ils auoient ainfi faiéte,
qui deuoit durer iufques au quinziefme iour de Iuing
enfuiuant. Durant laquelle treue &nonobftant icelle
ledit de Bourgongn e fift mettre fes gens de guerre fur
les champs, & mener & affeoir fon parc & artillerie
entre Arras & Bapaulmes, en vng heu qu’on nomme
Hubuterne en Artois. Et pendant ce temps le Roy
apres les nouuelles de la mort de mondit feigneur de
Guyennefonfrere,s’en partit du Pleftis du parc lez
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dv Roy Loys XI. 175
T ours, 8 c s’en cira audit pays de Guyenne, la Rochel¬
le, fainét Iehan d’Angely, Bourdeaulx,& aultres lieux
voifins, 8 c y mift 8 c créa officiers nouueaulx de par
luy. Et d’icelle Duché de Guyenne fift 8 c eftablit gou-
uerneur monfeigneur de Beaujeu frere de monfei-
gneur le Duc de Bourbon.
Apres ces chofes ledit de Bourgongne en perfeue-
rant toufiours en Tes diableries, foies obftinations 8 c
mauuaiftiez,comme deuantauoitfait. Le ieudy vn-
ziefmeiourdeIuingaudit an foixante 8 c douze, en-
uoyadeuantlavillede Nefle dedens laquelle y auoit
de par le Roy vng nommé le petit Picart', qui eftoit
Capitaine de cinq cens francs archers de rifle de Fran¬
ce, qui eftoient dedens ladiéfe ville, & par granc force
& violence voulurent auoir ladiéte ville & chafteau:
& pour l’auoir y baillèrent 8 c liurerent de gratis 8 c di-
uers aflàulx, aufquels Bourguignons fut vaillamment
refifté par ledit Picart 8 c ceulx de fadiéte compaignie.
Etiufquesau vendredy qui eftoit le landemain dou-
ziefine iour dudit mois de Iuing,que enuiron cinq
heures de matin ledit Picart en la compaignie de la
ContefTe dudit lieu de Nefle y {firent hors de ladiéte
place pour aler par deuers le Baftardde Bourgongne,
8 c aultres,ayansillec leurarmee pour ledit de Bour¬
gongne, pour cuider trouuer pacification & accord
entre les gens du Roy & ledit dé Bourgongne, qui
traiéla auecques eulx en telle manière que lefdits Pi¬
card & ceulx de fadiéte compaignie s’en iroient leurs
vies fàuues, en rendant ladiéte place, en laiflànt leurs
biens. & harnois, à quoy faire ils furent contens. Eta
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i7 6 Les Chroniques
tantfe départirent & s’en retournèrent en ladite ville
deNcfle,& dirent aux deffufdits francs archiers leur
compofition , & comment ils deuoient tous laifler
leurs biens cheuaulx & harnois,& eulx en aler leurs
vies fàuues. Pour laquelle chofe incontinent apres plu-
fieurs d’iceulx par l’ordonnance dudit Picard leur Ca¬
pitaine, fe defpoüillerent & habandonnerent leurf-
dits harnois, & en ce faifanc & auant qu’ils feufTent
bien affeurez d’auoir lettres de leurs p rom elfes & trai¬
tez , furent par aucuns dudit lieu de N elle mis & bou¬
tez en icelle place lefdits Bourguignons,qui inconti¬
nent nonobstant ladi&e promette vindrent charger
furlelHits francs archiers ainfi des-habillez, foubs vm-
bre d’icelle promeffe, & plufieurs en tuerent & meur-
drirent: & partie d’iceulx cuidans eux fàuuer s’en ale-
rcnt ôc retrayerent dedens l’Eglifè dudit lieu de N elle,
ou depuis lefdits Bourguignons alerent les tuer tous
& meurdrir. Et apres qu’ils furent tous ainfi tuez &
meurdris,yfuruint &ley trouua ledit de Bourgon-
gne, qui toutà cheual entra dedens ladi£te Eglile, en
laquelle y auoit bien demy pied de hault de fang des
poures créatures illec eftans, qui à cefte heure eftoient
tous nuds gifâns illec morts. Et quant ledit Bourgui¬
gnon les vit ainfi abatus fe commença à feigner & dire
qu’il veoit moult belle chofe, & qu’il auoit auecques
luyde moult bons bouchiers. Et le lendemain cnfui-
uant qui fut le famedy treiziefmc iour dudit mois, le¬
dit petit Picarc qui eftoit prifonnier auec aultrcs de
ceubc de fàdi&ecompaignie furent pendus & eftran-
, de l’ordonnance.dudidb de Bourgongne,
&puis
fift
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r>v Roy Loys XL 177
fift arrafer ladidbe place & mettre le feu dedens. Et le
Dimenche quatriefme de icelluy mois s’en partirent
dudit lieu de N elle & alerent deuant Roy e,ou eftoient
enuiron quatorze cens archiers de la compaignie &c
charge Pierre Aubert Bailly de Meleun & de Nugon,
ôcauili y eftoient pour Gendls-hotnmes Sc Capitai¬
nes Loifel de Balagny Capitaine de Beauuais, monfei-
gneur de Mouy, le feigneur de Rubempré & aultres,
qui bien auoient deux cens lances bien en point.Et ia-
çoit-ce qu’ils feuffent dedens Iadi&e ville que le Roy
auoit fait remparer, bien auitailler & garnir de moult
belles ferpentines , ils fe rendirent iemardyenfuiuant
feiziefme iour d’icelluy mois à l’eure de midy,& laiffe-
rent illec ladi&c artillerie, leurs cheuaulx & hernais,
tout abillement de guerre, & toutes leurs bagues : ou
le Roy & eulx eurent dommaige de cent mil efcus
d’or & plus, & s’enreuindrent tous nuds & en pour¬
point, vng balton en leur poing. Et demoura illec le¬
dit Duc de Bourgongne depuis par certain temps, &
d’illec s’en ala deuant la ville de Beauuais pour y met¬
tre le fiege, ou il y arriua le famedy vingt-feptiefme
iour de Iuing audit an mil quatre cens foixante &
douze,ou de plaine venue y donnèrent vng fortaf-
fàult, à quoy rat fort refifté par les bourgois, manans
& habitans d’icelle ville. Et celle mefme nuit y arriua
Guillaume deValee Lieutenant du Senefchal de N or-
mendie, à tout deux cens lances, qui moult bien fe-
coururent ceulx dudit lieu : car ils y arriuerent à l’eure
du fort deleur affault, &c tout incontinent montèrent
defTus la muraille, & firent reculer lefdics Bourgui-
Z
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178 Les Chroniques
gnons. Ht le landemain enfumant y vint monfeigneur
de Cruffol, Iouachin Rouault, la compaignie de mo-
ieigneur de Bueil, Guérin le G roing, monfeigneur de
Torcy, & aultres nobles de Normendie,qui tres-vail-
lamments’ycontindrent. Et pendant ce temps furent
bien fecourus de ceulx de la bonne ville de Paris, tant
de pionniers, pics, pelles, farines, vins, pouldres à
canon, & aultres auitaillemens,qui firent tres-grant
bien aufdits gens de guerre & aux habitans d’icelle
ville. Et en ces entrefaites y eut de belles & grandes
efcarmouches, ou plufieurs Bourguignons eltans de-
uant icelle ville furent morts &c tuçz.
En ce temps aduint que aucuns des habitans d’Au¬
xerre faillirent hors de leur ville pour aler courir e's
pays du Roy, pour prendre & mener audit lieu d’Au¬
xerre, bœufs , vaches, & tout ce qu’ils pourroient
trouuerpour eulxauitailler,& vindrentprés de Ioi-
gny, de Seignelay & illec enuiron : contre lefquels y
alerent le baftard dudit Seignelay, le feigneür de Plan-
cy & aultres, iufques au nombre de trois cens,qui vin-
drent rencontrer lefdits d’Auxerre, qui fe mirent en
bataille contre eulx. Et quant les demifdits feigneùrs
les eurent ainfi veus, ils fe frappèrent dedens moult vi-
goureufement, & yen eut nuit vingts de morts &
quatre vingts de prins, & le demourant fe mift en fui¬
te ou fut noyé'. Audit temps pour raifon de l’approu-
chement defdits Bourguignons ainfi venns à Beau-
uais, furent faites à Paris ae moult belles ordonnan¬
ces , par fire D enis H effelin Panetièr du R oy noftre fi-
re, Efleu de Paris, & Preuoft des Marchans de ladite
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dv Roy Loys XI. 179
ville : comme de faire redifficr la muraille & gardes de
deftus les murs, faire faire belles & grandes tranchées,
mettre en point les chaifnes, rediffier les foftez, bou-
lcuars & barrières des portes, en faire murer d’aucu¬
nes , faire faire de moult belles ferpentines toutes neu-
ues, & d’aultres belles ordonnances y furent faites.
Et le Ieudy fécond iour de Iuillet vint & arriua à Pa¬
ris le feigneur de Rubempré qui venoit de ladite ville
de Beauuais, & apporta lettres des Capitaines de ladi¬
te ville addreftàns au feigneur de Gaucourt, Lieute¬
nant du Roy à Paris, aux Preuoft des Marchans & Ef-
cheuins de ladide ville de Paris. Par lefquelles leur
eftoit faitfçauoir que le Duc de Bourgongne & ceulx
defon oft eftoient en telle necelïite de viures, quevng
pain de deux deniers à Beauuais valoit audit oft trois
fouis parifis, & queicelluy Duc de Bourgongne auoit
intention deiouer audefefpoir & auoir ladide ville,
pour y perdre la plufpart de tous fes gens:&pouree
prioientaufdits de Paris que on leur enuoyaft de la
menue artillerie, desarbaleftres,du traid & des viures.
Laquelle chofe fut faille & enuoyee à eulx par le Ba-
ftard de Rochouart feigneur de Meru, qui y mena &
conduifit les foixante arbaleftriersde Paris, auecques
traid, arbaleftres, artillerie & viures. Et le ieudy neu-
fiefme iour dudit mois de Iuillet, enuiron l’eure de
fept heures au matin, apres que ledit de Bourgongne
eutfaid getter grant nombre & quantité de bombar¬
des & aultres artilleries contre les murs de ladide ville,
à l’endroit de la porte de l’oftelDieu, vindrent & ac¬
coururent dedens les foftez de ladite ville grant quan-
Z ij
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i8o Les Chroniques
tité defdits Bourguignons, qui y apportèrent grant
nombre de bourrées, clayes & aultres mefrain dedens
lefditsfoifez, & puis y drdïerent efchelles, & moult
vigoureufementaflaillirent à l’endroit de la muraille
& portail dudit hoftel Dieu, dont auoit la garde &
charge meflire Robert Deftouteuille Cheualier fei-
gneurdeBeyne& Preuoftde Paris, qui moult hon-
norablement & vaillamment fi contint, & ceulx de
fàdiéte compaignie. Et dura ledit aflàult depuis ladi¬
te heure de fept heures iufqucs apres vnze heures,du-
rant lequel temps y eut grande quantité de Bourgui¬
gnons tuez & abbatus morts de deflus lefdits murs de¬
dens les foflez d’icelle ville, & de naurez grant nom¬
bre , & bien iufques au nombre de quinze à feize cens
hommes, & plus largement y en euft eu de morts s’il y
euft eu faillie à y eftre hors d’icelle ville : Mais toutes les
portes d’icelle eftoient murees du collé de l’oft defdits
Bourguignons, pourquoy ne fe peut faire Iadiéte fail¬
lie, dont furent moult dolans les nobles feigneurs,
Capitaines, gens d’armes & de traiél, qui eftoient de¬
dens icelle ville en bien grant nombre,comme de qua¬
torze à quinze mil com Satans, dont auoit la charge &
conduire le Conte de Dampmartin, Iouachin Rou-
ault Marefchal de France, Salezar, Guillaume de Va-
lee, MerydeCoue , Guérin le Groing,les firedeBey-
ne & Torcy freres, &: plufieurs aultres Gentils-hom¬
mes de conduire & grant façon. Et durant ledit af
fault moyennant la grâce de Dieu ne fut point tué de
gens du Roy plus de trois ou quatre perfonnes, & en-
cores difoit on que ce auoit efté par leur oultraige. Et
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dv Roy Loys XL 181
au regard de toute l’artillerie qui fut tiree par lefdits
Bourguignons durant le temps en icelle ville, iufques
auneufiefmeiourdeIuillet,nenfuttue plus de qua¬
tre perfonnes. Et le landemain dudit aiïault enuiron
lepointduiour, fut de rechief enuoyé par ledit fire
Denis Heftelin Préuoft des Marchans, audit lieu de
Beauuais grant quantité de traita arbalefte,& des cor¬
des pour y fcruir, des pouldrcs à canon & couleurine,
& des Chirurgiens pour penfer & guérir les naurez.
Etlefàmedyvingt&vniefme iour dudit mois de
Iuillet au matin, fut tiré hors des prifons du Chaftel-
let de Paris vn Meflàigier de l’oftel du Roy, qui
auoit efté conftitué prifonnier efdites prifons, pour-
ce qu’il auoit di<St & publié au Palais & aultres plu-
fieurs lieux de ladiéte ville de Paris, que Monfei-
gneur le Conneftable auoit tiré dudit lieu de Beau¬
uais aux champs les Capitaines eftans dedens icelle,
faingnant d’auoir conlcil auecques eulx , à fçauoir
qu’il eftoit de faire pour lafeurecé & deffence d’icel¬
le ville : & que ce pendant qu’il tenoit ledit confeil
lefdits Bourguignons furent auitaillezen leur oftde
grant quantité de viures , à quoy euft efté fait faire
refiftence par lefdits Capitaines, fi n’euft efté ledict
confeil. Defquelles parolles ainfi diébesyjarledit Mef-
fàgier, quifonnoient mal à la charge de mondit fei-
gneur le Conneftable, &c que de ce fe tint fort à mal
content, fut ledit Meflàgier baillé & deliuré par l’or¬
donnance du Roy à Maiftrc Milles Huifïier d’ar -
mes de fon Hoftel, qui le mena & conduifit par de-
uers ledit Conneftable, 5 c fi luy porta les charges
Z iij
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,82. Les Chroniques
informations qui faites auoient efté defdides pa-
rolles.
Et le vendrcdy dixiefineiour dudit mois qui fut le
landemain dudit alfault, par vne trenchee qui fut fai-
depouryftre hors dudit lieu de Beauuais,Salezart &
aultres de fa compaignie entrèrent dedens le parc d’i-
celluy de Bourgongne enuiron le point du iour,ou
furent tuez tous les Bourguignons qu’ils rencontrè¬
rent : & en icelluy parc y furent bruflees trois tentes &
toutcequieftoit dedens, & en vne d’icelles y furent
tuez deux hommes de grant façon, jaçoit-ce qu’ils
promettoient de payer moult grant finance. Et pour-
ce que en iceluy oft fut fait grant cry & noife, en criant
viue Salezart,lefdits de l’oft fe aftemblerent en bien
grant nombre, parquoy il conuint audit Salezart fe
retraire audit lieu de B eauuais, & en s’en rctrayant &
ceulx de fa compaignie en emmenerent auecques eulx
de bien belle artillerie, comme deux des chambres,des
bombardes qui auoient batu & getté en bas la murail¬
le de ladi&e ville. Lefquelles chambres pour caufe de
haftiueté ils getterent dedens les folfez,& fi boutèrent
dedens ladide ville deux bien belles ferpentines auec
vn g gros canon de cuiure nommé l’vn des douze Pers,
que le Roy à la journée au rencontre de Montlehery y
perdit. Et fut ledit Salezart fuiuy de bien prés, & fort
batu&nauré, & fon cheual auifi nauré de plufieurs
coups de piques de'Flandres & aultres, nonobftant
qu’il reporta iufques audit lieu de B eauuais, ou le che¬
ual mourut incontinent qu’il y fut arriué.Et depuis la¬
dide faillie n’aduint audit oft gueres de chofes iufques
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dv Roy Loys XI. 185
au vingt & vniefme iour dudit mois de Iuillet, que les
bourgois,manans & habitans de la ville d’Orléans,
enuoyerent & firent pafier parmy la ville de Paris la
quantité de cent tonneaulx de vin du creu dudit lieu
d’Orléans , qu’ils enuoyoient & donnoient aufdits
feigneurs & gens de guerre eftâs audit Beauuais, pour
les rafraifehir & aider à bien befongner alencontre
defdits Bourguignons. Et fi leur renuoyerent encores
grant quantité de trouffes, de flefehes à arc, artillerie,
arbaleltres, & des pouldres à canon. Et pour conduire
les chofes deffufdiétes, y eftoient en perfonne aucuns
bourgoisdudit lieu d’Orléans,pour faire le prefent
aufdits feigneurs & gens de guerre eftans audit Beau¬
uais, dé par icelle ville d’O rleahs.
En ce temps furent fai êtes les morilfres en la ville de
Paris,par les habitans d’icelle,par chafcune dizaine
& quartiers deladiéte ville, tous lefquels y furent en
armes & par ordre: Lefquelles mohftres Furent veùës
&receuësparlefeigneürde Gaucoürt Lieutenant du
Roy en ladiéte ville, maiftre Iehande Ladriefche Pre-
fident des Comptes ,fire Dénis Pleffelin Panetier du
R oy, Efiéujfur le fait des Aides, & Preuoft des Mar-
chans de ladiéte ville, lefquelles monftres il faifoit
moult beau Vèoir, & plus eufl fait fe les ârbalcftriers
couleüriniefs, gens prinsés bannières, aultres gens
deguërreén grant nombre, enuoÿéz de ladiéte ville
audit lieu de Beauuais , y euffentefté. En ce temps fut
mis en termes que encores feroit prins pàrmy ladiéte
ville, iufqües au nombre de trois mil combàtans, qui
feroiént armez & fouldoyez de par ladiété ville, ceulx
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184 Les Chroniques
de Parlement, de Chaftellet,la Chambre des Com¬
ptes , la Chambre des Monnoyes, le Chancelier, mai-
ître des Requeftes, les Efleus & aultres, qui fembla
eltre moult grant charge aux habitans d’icelle, vcu le
grant nombre de gens que défia on auoit enuoyé au¬
dit Beauuais, & que aulh ladite ville en demourroit
moult affoiblie. Et furent ces chofes moult honnora-
blement remonftrees par ledit (ire Denis Heflelin aux
Capitaines eftans audit Beauuais , qui defdiétes re-
monftrances fe tindrent à bien contens, & fe conten¬
tèrent de ce qui leur auoit efté enuoyé, fauf qu’ils priè¬
rent que encores on leur menait cent arbalcftriers &c
cquleuriniers, ce que fift ladiéte ville.Et depuis le mer-
ctedy fefte de la Magdelaine enuiron l’eure de trois
heures du matin, ledit Duc de Bourgongne honteulè-
melit fe delloga de fon oit & s’en partit & s’en ala fans
aultre chofe faire, finon que durant l’elpace de vingt-
fix iours entiers qui fut deuant ladiéte ville, il ne celïà
de faire getter fon artillerie contre ladiéte ville nuit&
iour, qui peu ou néant greuerent icelle ville, ne les ha¬
bitans d’icelle, & y donna & filt donner deux grans &
merueilleux allauts, aufquels y furent tuez & meurdris
bien grant nombre de fes gens de guerre, des plus
grans qu’il eut en là compaignie, & fi perdit durant
icelluy temps grant quantité de fon artillerie , que
ceulx de la garnifon d’Amiens pour le Roy gaignerent
delïus IelditsBourguignons.Et depuis ledit partement
defdits Bourguignons,ds s’en alerent boutant; les feux
és bleds & es villaiges par tout ou ils palToient, & vin-
drent deuant làinâ Valéry lez le Çrotoy, qui leur fu t
rendu
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dv Roy loys xi. 185
rendu par cculx de dedens, pource qu’ils n’eftoient pas
aflez de gens,& que la place n’eftoit point de tenir co¬
tre fà puifïànce, & apres s’en ala à Eu qui pareillement
luy fut rendue pour les caufes que deffus. Et le mercre-
dy vingt-neufiefme iour de Iuillet, monfieur le Con^
neftabIe,monficurlegrant Maiftre,& aultres Capi¬
taines qui eftoient dedens la ville de Beauuais, accom-
paignez de huiét cens lances , fe partirent dudit lieu
pour eulx tirer au pays de Caulx vers Arques & Mou-
ftieruillier,pour eftreau deuant defHits Bourguignons
qu’ils fiippofoient qu’ils y deuoient aler > ce que firent
lefdits Bourguignons, &: alerent mettre & aneoir leur
parc entre ladite place d’Eu & D ieppe, en vngvillai-
ge nommé Ferrières. Et illec depuis y feiouma bien
grantpiccefàns riens conquérir, finon le neuf Cha¬
tte! de Nicourt ou ils fe boutèrent, pource que dedens
nytrouuerent aucun qui leur contredift, & y furent
par l’efjpace de trois iours, puis s’en alerent ,& au par¬
tir y boutèrent le feu & brûlèrent la ville & chaftel,qui
fut vng moult grant & piteux dommaige, car c eftoit
vne moult belle ville de guerre &: grande. Et en apres
fift mettre & bouter ledit Bourguignon le feu àLon-
gucuille, au Fahy, & aultres plufieurs lieux & villai-
ges du Bailliage de Caulx, qui pour tout fbn vaillant
n’euftfceu reparer. Et plus ne aultre vaillance ne fift
que de bouter lefdits.' feux depuis fon partement de
fes pays iufques au premier iour de Décembre quatre
cens foixante & douze. Durant ces chofes le Roy qui
eftoit en Bretaigne à tout plus de cinquante mil com-
batans, ne fift que peu ou rien, pource qu’il fut mené
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186 Les Chroniques
de belles paroles ôc par Ambaftades,aumoyen dequoy
il cuidoitauoir bonne pacification &c accord auec le¬
dit de Bretaigne, fans efïufion de fang ne perdition de
fes gens de guerre, quetoufiours il a fort craint, plus
fans comparaifon que ledit de Bourgongne,qui eftoit
trop cruel & plaindemauuaifeobftination,ainfique
en fon temps la bien monftré & monftroit chafcun
iour. Etapres que ledit Duc de Bourgongne fut re¬
tourné dudit pays de Caulx, ou ainfi auoit bouté le
feu comme dit eft, & quedeuant Arques & Dieppe
fut fi vigourcufement recueilly & batu,luy & fes gens,
s’en partit d’icelluy pays & délibéra de s’en aler deuant
la bonne ville & cité de Rouen , ou plus que deuant
fut bien receu. Et tellement que au moyen des faillies
& grans vaillances que firent fur luy ceulx de dedens,
luyconuintfoy en retourner bien honteufemçnt & à
fa grant perte vers Habcuille, & fiil courir lors le grant
bruit de mettre le fiege deuant la ville de Noyon, &
icelle auoir par force, à quoy luy fut bien refifté par le
lire deCruflol & aultres vaillans Capitaines pour le
Roy, qui fevindrcnt loger dedens, & qui la fortifiè¬
rent d; engins, de viures & aultres chofes, pour repul-
fer fa dampncé fureur, mais vng grant mal fut fait par
fon moyen : câr lefdits Capitaines pour eftre & de-
mourer plus feurs en ladiéfe ville, firent brûler & aba-
tre les fàulxbourgs d’icelle ville,pour garder de y loger
lefdits Bourguignons qui n’y vindrent point.
Audit temps mefïire Robert Deftouteuille Cheua-
lier Preuoft de Paris, qui-eftoit dedens la ville de Beau-
uaisauecques les nobles de la Preuofté & Viconté de
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dv Roy Loys XI. 187
Paris, 6c certain nombre de francs archiers, s’en partit
dudit lieu de Beauuais 6c s’en vint loger es fauxbourgs
de la ville d’Eu, du cofté d’Abbeuille.Et ce mefme iour
aufli arriua d’aultre cofté efdits faulxbourgs du cofté
de Dieppe, moniteur le Marefchal Iouachin, lefquels
incontinent enuoyerent fommer les Bourguignons
qui eftoient dedens. Et tels effrois leur firent les gens
du Roy qu’ils prindrent compolition, qui eftoit telle
qu’ils s’enalerent tous, 6c Il rendirent ladite ville:c’eft
aftauoir les Cheuaüers chacun fur vng petit courtault,
& tous les auitres Bourguignons qui eftoient bien
cent & plus, s’en alcrcnt chafcun vng ballon en leur
main, 6c biffèrent tous leurs habillemens, biens, 6c
cheuaulx, & Il payèrent dix mil efeus , 6c puis ne de-
moura guieres que lelHits Iouachin & Dellouteuille,
eulx& leurs gens s’en alercntdeuant la ville de faint
Vualery qu’ils eurent par femblable condition, 6c
payèrent hx mil efeus, 6c puis s’en alerent à Rembures
vn bien bel & fort Chafteau, ou dedens eftoient au¬
cuns Bourguignons,qui vindrent au deuant dudiéb
Deftouteuille & Iouachin, aufquels ils rendirent ledit
chaftel, moyennant que lefdits Bourguignons s’en
alerent, eulx & leurs bagues làuues.
En ces entrefaites aucuns tenans le party dudit de
Bourgongne,commeleContede Rouili fils dudit
Conneftable, & auitres de leur party, tindrent les
champs au pays & marche de Bourgongne, & fe vin¬
drent efpandre & loger en la Conté de Tonnerre, ou
ils ne trouuerent aucune refiftence. Et en gaftant &
deftruilànt pays vindrent iufques à Ioigny,qui fut fort
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i88 Les Chroniques
fecouru par les gens du Roy & ne l’eurent point, &
puis s’en alerent vers Troyes,boutans feux e's granches
&villaiges,&aultre vaillance ne firent. Et pendant
qu’ils faifoient tels maulx, femblablement le raifoient
le Conte Daulphin d’Auuergne, & aultres nobles
hommes de la compaignic au pays de Bourgongne
pour le Roy, où ils mirent & boutèrent aufli le feu en
plufieurs des villes, villaiges,& lieux dudit de Bour¬
gongne, & y firent dudommaige irréparable .-mais
c’eftoit pour reuenge de ce que ledit Bourguignon
auoit fait fur les villcs,pays & fubgets du Roy,commc
mauuais qu’ils eftoient à leur vray & fouuerain fei-
gneur.
Au mois de Septembre enfuiuant le Roy qui auoit
efte par certain temps au pays de Bretaigne fift treue &.
abftinence de guerre, en laquelle treue eftoient com-
prins les amis & aliezd’iceluy de Bretaigne, lefquelsii
declaira eftre ledit Duc de Bourgongne,quiaufli print
èc accepta ladite treue ledit temps durant, aufli pour
luy,fes amis & aliez, qu’il declaira eftre l’Empereur
d’Alemaigne, les Rois a Angleterre, Efcoflè,Portin-
gâi, Efpaigne, Arragon, Cecille, & aultres R ois, iufi-
ques au nombre de lept,& plufieurs aultres Ducs &
f rans fèigneurs. En ce temps accoucha d’vng fils la
onne Royne de France, que on appella moniteur de
Berry, qui ne vefquit guieres.
V ers la fin du mois d’O ftobre aduint que moniteur
de Beauj eu, frere de monfieur le Duc de Bourbon,qui
eftoit aie par l’ordonnance du Roy au paysd’Arhii-
gnac comme GouuerneUr de Guyenne, lequel eftoit
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dv Roy Loys XI. 189
bien accompaigné de grans feigneurs & nobles hom¬
mes , luy eftans dedens la ville & cité de Leftore audit
pays, fut par trayfon pris & mis és mains dudit Conte
d’Armignac, lequel au moyen d’icelle prife recouura
ladiébe cité. Et puis apres icelle prife ledit d’Armignac
deliura plus, des feigneurs eftans auec ledit feigneur de
Beaujeu qui depuis furent prins de par le Roy, pource
qu’il auoit foupçon qu’ils euflcntefté caufe de la prife
dudit feigneur de Beaujeu, & furent menez plufieurs
au Chaftcau de Loches. Et de ladiébe prife dudiéb de
Beaujeu fut le Roy moult doulant,& pour le rauoir
enuoya deuant icelle cité de fes gens de guerre & artil¬
lerie en grant nombre, & luy mefmes ala iufques à
Poi£biers,à la Rochelle, & au pays d’enuiron, & y
eftoitleiour fainéb Andry audit an foixante & douze,
& puis s’en retourna à Angiers. Et à caufe de ladiébe
prife y eut vng gentilhomme feruiteur dudit mont
fleur de Beaujeu,nommé Iehan Deymcr,qui dftoiç
prifonnier audiéb lieu de Loches, lequel fut efcartellé
en la ville de Tours, pource qu’il confefla auoir efté
traiftreauRoy & à fondit maiftre : & à l’eure qu’il
deuft mourir parla moult honnorablcment &c publi¬
quement deuant tous dudit feigneur de Beaujeu, en
difant par luy qu’il eftoit bon & loyal, &c qu’il n’auoit
rien feeu de ladiébe trahifonrmais d’icelle en charga
fort le Cadet d’Alebret feigneur de fainébe Bafi le, au¬
quel ledit de B eauj eu auoit eu grant confidence,pour¬
ce qu’il auoit efté nourry & eu moult de biens en la
maifon de Bourbon. Apres ces chofes le Royfejourna
longuement en Poiébou, & vers les marches de Bre-
A a iij
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190 Les Chroniques
taigne, & tant y demoura que appoin élément fe fift
entre le Roy & le Duc de Bretaigne,dont de ce faire
femeflafortOudetdeRie feigneur de Lefcun,à qui
le R oy à cefte caufe fift de grans biens, & parauant luy
en auoit auffi fait, & en faifant ledit appointement le
Roy bailla & deliura audit Duc de Bretaigne la Con¬
té de Montfort, & certaine fomme de deniers,.
Et apres ledit accord ainh fait,fut enuoyé par lediéfc
Duc de Bretaigne le faire fortiffier & fçauoir par fes
Ambailadeurs au Duc de Bourgongne, &c pour rauoir
de luy les feelez, que ledit Duc de Bretaigne luy auoit
baillez en faifant Talicnce d’entreulx.
AumoisdeFeurier audit an quatre cens foixante
& douze, le tiers iour dudit mois, aduint fur le point
de rtx heures au foir que le temps eftoit fort doulx &
chault, qu’il defcendit du Ciel deux grans clartez com¬
me deux chandelles, pafïànt deuant les yeulx des re-
gardans, quifembloiteftrefort efpouuen table, & en
yrtoit moult grant clarté, mais ce ne dura guieres. Le
ièptiefme iour dudit mois de Feurier monueurrEuef-
que de Paris fitsde monfieur de la Foreft,fit ion entree
commeEuefquede ladiéte ville, & y eut grande fo-
lempnitégardéeàfonentree. Etapresleferuicefait en
la grant Eglife, donna à difner aux gens d’Eglife, Vni-
uerfité, Parlement, Chambre des Comptes, Gene-
raulx, Maiftres des Requeftes, Secrétaires , Preuoft
des Marchans, Efcheuins & bourgois de la diète ville,
bien &honnorablement.Ence temps fut tiree de la
villedeLeftorevnegrorteferpentine énrdft des gens
du Roy eftans deuant, laquelle d vng feul coup tua le
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dv Roy Loys XI. i 9 i
maiftre de l’artillerie du Roy & quatre aultres ca¬
nonniers.
Audit temps futprins prifonnier le Duc d’Alençon,
par meftireTriftan Lermite Preuoft des Marefchaulx,
& mené deuers le Roy, pour occafion de ce que on di-
foit qu’il s’en eftoit party de Tes pays, cuidant s’en aler
par deuers ledit de Bourgongne,pour luy vendre &
deliurer toutes fes terres & feigneuries qu’il auoit au
pays du Perche & Normendie, auecques ladiéle Du-
chié d’Alençon.
Au mois de Mars enfuiuant mil quatre cens feptan-
te deux, le vendredy cinquiefme iour, le Conte d’Ar-
mignac eftant dedens ladiéte ville de Leftore, & qui
audit iour auoit compofition faiâre auecques le Roy,
par le moyen de mefnreYues du Fau,que le R oy auoit
enuoyé par deuers ledit de Armignac pour Celle caufè,
affin de îby en vuider dudit lieu de Leftore,luy,là fem¬
me & feruiteurs, leurs vies làuues, fut ledit de Armi¬
gnac tué & meurdry par les gens du Roy, qui par al-
lault entrèrent en icelle ville, pourcc que ledit de Ar¬
mignac nonobftant fondit appointement, en alant à
l’encontre voulut tuer & meurdrir aucun des gens du
Roy qui entrèrent en icelle ville, foubs couleur du¬
dit trai&é : lefquels quant ils virent que ledit de Armi-
t nac les vouloit ainu trai&er, crièrent au Roy tenans
lecleftege qu’ils lesvoulfifTent fecourir, ce qu’ils fi¬
rent Et vindrent aftàillir ladiéle ville à l’endroit où elle
auoit efté batuë,& par là entrèrent dedens le Senefchal
de Lymofin & aultres en grant nombre, & tels qu’ils
tuèrent ledit de Armignac, toutes fes gens, & tous les
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i9i Les Chroniques
habitans de ladiéte ville de Leftore, tellement que de
tous n en demeura que la Contefle d’Armignac &c
trois femmes, & trois ou quatre hommes, que tout
ne fut tout meurdry & tout pillié.
Et par tant monfieur de Bcaujeu & les aultres fei-
gneurs & gentils-hommes que ledit d’Armignac te-
noitprifbnnicrs au lieu de Leftore, furent deliurez &
s’en vindrent deuers le Roy. Et des chofes deffufdiétes
en emporta au Roy vng des cheuaucheurs de fbn efeu-
rie nommé Iehan Dauuargne, dont le Roy fut moult
joyeulx, & pour ceftecaulele fift & creafon Hérault,
& filuy donna cent efeus d’or. Et aufïi entra dedens
ladi&e ville le Cardinal d’Arras, qui moult vaillam¬
ment s’eftoit porté deuant icelle en y tenant le fiege
pour le Roy, & apres fut toute la ville arfe & tout get-
té dedens les foflfez, & pour la dcfconfiturc dudit Ucu
de Leftore & dudit d’Armi^nac en ala la nouuelle au
Roy d’Arragon, qui eftoit a Parpignan, lequel pour
lacaufedeflufdiéle & auflique on luy rapporta que
Phelippe monfieur de Sauoye s’en aloit à luy, pour luy
faire la guerre & recouurer ladiétc ville de Parpignan,
qu’il auoit prifè fur le Roy y &z venoit iliec à tout grant
compaigniedegens de guerre, tant des pays de Sa¬
uoye, du Daulphiné que d’Armignac, s’en ala & dé¬
partit dudit Parpignan & fe retrahit en aultres lieux
fespays. Et puis le fkmedy matin quatorziefmc iour:
dudit mois de Mars àl’eure de fix heures, le Roy qui
eftoitauPlefïis du parc, jadis nommé les Moncilslcz
Tours, s’en partit à priuee compaigaie & sert ala à
Bordeaux & à Bayonne. Et a£En que homme viuant
aultres
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dv Roy Loys XI. 195
aultres que ceulx quil auoit ordonnez ne le fuiuilTent,
ne alalïent apres luy , fift tenir toutes les portes de
T ours fermées depuis ladiéte heure iufques à dix heu¬
res fonnees, & {1 hit rompre vn pont prés dudit lieu de
T ours par où il eftoit pàlfé, affin que homme n’y pàf-
faft, & fift illec aulïi demourer monfieur de Gaucourt
Capitaine des Gentils-hommes de (a maifon , affin
que perfonnen’alaft apres luy.
Et le mercredy fèptiefme iour d’Auril auant Paf-
ques audit an feptante-deux, le Cadet d’Alebret fils du
Conte d’Alebret, qui auoit efté auec mondit feigneur
de B eauj eu audit lieu de Leftore, & qui adoit trahy &
baillé ledit feigneur au Conte d’Armignac, fut icelluy
Cadet pris pnTonnier audit lieu de Leftore apres la
mort dudit d’Artnigriac, ôc amené en prifon à Poi-
éliers, où illec fut fait fon procez & condempnéà eftre
décapité, lequel y fut ledit iour de mercredy Auril fe-
ptiefinc, & incontinent quil eut le col couppé fut fou
corps &c Ùl telle mis en vng cercueil couuert d’vng
poiîlearmoyé à fes armes, & fut porté ledit corps en¬
terrer par les quatre Mendiens dudit Poiébicrs, &Iuy
fut fait vng moult beau feruice. Audit mois d’Auril fut
fait de techieftreue entre le Roy & le Duc de Bour-
gongne iufques à vng an prouchain enfuiuant, qui fi¬
nirait Tan foixante & quatorze.
L’an mil quatre cens foixantc & treize, enuiron la
find’Apuril,aduintqueleRoy d’Arragon fift entre-
prifefurlavilledePerpignan, & la print fur monfieur
du Lau qui en âuoit la garde & la charge, mais le cha-
ft eau demoura au Roy & à ceulx qui aedens eftoient,
Bb
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194 Les Chroniques
&lc Ündrent depuis ladite ville prife bien longue¬
ment, & iufques la conqucfte faiétc dudit lieu de Le-
ftore, que apres icelle le Roy en enuoya Ton armee par
deuantladiâe ville de Parpignan, deuant laquelle ils
mirent lelicge, & y alïiegerent ledit Roy d’Arragdn
& fon fils , & auec lés nobles, feigneurs, Capitai¬
nes & Senefchaulx de ladite armec,y eftoit auffi mon-
fieur le Cardinal d’Alby, qui moult bien & fàgement
fe y gouuerna. Et deuant icelle ville tindrent Te fiegc
longuement, & iufques au mois de Iuin que le Roy y
enuoya de rechief pour reconforter ladiébe armee,
quatre cens lances prifes à Amiens & aultres villes voi-
nnes, & fi y enuoya grant quantité d artillerie & can-
nonniers* Au mois de Iuing audit an mil quatre cens
foixante & quatorze le Duc d’Alençon que le Roy
auoit fait prendre & mener prifonnier a Loches,fut
mené à Paris au Ghafteau du Louure, & y arriua le
mercredy veille du làinéb Sacrement fêiziefme iour du-*
dit mois de Iuing, à l’eure d’entre neuf & dix heures
au forr à l’arche de Bourbon, ou il defeendit illec des
bateaulx qui le auoient amené de Corbueil, &: y
eftoient à le conduire moniteur de Gaucourt,le lire de
la Choleriere maiftre de Poftel du Roy, & auecques ce
en leur compaignie y eftoient cinquante archiersdela
garde, & vingt-quatre Gentils-hommes de Porte! du
Roy, lefquels apres queleurdit feigneur eut efté mis
& bouté audit Chafteaudu Louure s’en retournèrent '
deuers leR oy & le laifleren t en la garde dudit fejgneur :
de la Choleriere, & desarchiers dcladiébe ville de Pa¬
ris , & eft artàuoiir que le iour qu’il arriua fut mené lo -
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dv Roy Loys XI. 195
gcr en la rue fàinâ: Honoré à l’enfeign e du Lyon d’ar¬
gent. Et ledit iour dudit Sacrement apres foupper auf-
ii à ladi&e heure d’entre neuf & dix heures au foir,fut
mené & coduit ledit feigneur audit chafteau du Loin
ure. Et apres que ledit uege euft efté longuement tenu
deuant ladite ville de Parpignan, aduint que les gens
du Roy au moyen de la grande & extrême chaleur
qu’ils auoient & foudroient illec, & aufïi qu’ils auoiét
grantfouffreté dcviures,prindrenttreues lefdi&s de
Parpignan, & eulx vng peu de temps, pendant lequel
chacun feauitaiila ôc appointa de ce que befoing leur
eftoit, 8c en ces edtrefaiétes y furent enuoyez grant
quantité de gens de guerre. Et pour y remettre le ficgc
& fournirdeviures ledit oft,le Roy y enuoya mon-
fleur de Gaucourt, maiftre Iehan Bourre, 8c le Chan¬
geur du T refor, pour prendre viures & les payer, par
toutourccouurer en pourraient,pour mener audiéb
Parpignan. Durant ce temps & au mois de Iuillet qua¬
tre cens feptante trois, mourut vng des enfahs du Roy
nommé monfieur François de France,Duc de Berry,
dont leRoy porta moult grant ducil , 8c par l’cfpacc
de fîx heures au Chafteau a Ambolfë, que homme ne
parloitàluy. Audit moisde Iuillet le Duc de Calabre
mourut de peftiience à Nancy en la Duché de Lorrai¬
ne , 8c incontinant apres fon trefpas fut nouuelles que
vng Alemant qui auant fou trefpas auok la conduire
defarmee dudit de Calabre,print àprifonnier le Con¬
te de Vaudefmons heritier de ladiéte Duchié de Lor¬
raine, a l’adueu 8c faueur du Duc de Bourgongne,
pour laquelle caufe & affin de rauoir ladi&e Conté de
Bb ij
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i $6 Les Chroniqves
Vaudefmons fut prins pour marque en ladiâre ville de
Paris vng ieune fils efcollier,nepueu de l’Empereur
d’Alemaigne. Audit mois de Iuillec fut ordonné vng
grant confeil eftre tenu en la ville de Senlis entre les
gens du Roy & ceulx du Duc de Bourgongne, pour
appointer les differens d’entre eulx. Et y enuoya le
Roy de fon codé le Conte Dainpmartin qui y fift de
grans pompes, monfieur le Chancellier, monfieür de
Craon,monfieur le premier Prefident de Parlement,
maiftre Guillaume de Serifay Greffier Ciuil d’icelle
Coujrmaiftre Nicole Bataille Aduocat en ladiéte
Court,lefquels y feiournetent paf longue efpace de
temps, & iufquesau iourdemy-Aouft dudit an foi-
xante 5ctreize,fans aucune ehofe.faire.
En ce mëfine temps le Duc de Bourgongne niiffcfus
fonarmee,&s’enala à la Duché de Guerles,pour la
fubiuguer & mettre, en fes mains. Audit mois d: Aouff,
le Dimenché huiétiefme d’icelluy:, leRoy eftant;de+
dens le Chafteau d’Alençon qui s’en aloit hors d’icel¬
luy, aduintque par grant derortune ainfi qu’il yfïoit
hors du Chafteaii d’icelluy lieu chey defTus/luy;, deffiis
l’vne de fes mançhés, vue? greffe pierre de faix j dont
& dequoy il fut en moult grant dangier de là pérfon-
ne,. duquel dangier Dieu & la Benoîte Vierge Marie.
& tous les faindi fitfainéfes de Paradis >a U grace.de
laquelle il «ftoit moult enclin, en fut garenty & hors
getté. Audit mois d’Aoult le confeil du Roy qui eftoit
en la bonne ville de Senlis auec les Ambaffadetfrs de
Bourgongne & Bretaignè, & qui auoiefit feiourné
longuement^ s’en départirent, & s’en ala & retourné
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dv Roy Loys XI. 197
chacun en Ton lieu, fans riens faire de la matière pour
laquelle ilseftoientalez. Et au regard du fait & difpo-
fition du temps de ladite annee,l’Ellé fut moult chaut,
& par efpeciaî depuislemois de Iuingiufques au pre¬
mier iour deDecembre,&pluschault & ardant que
oneques n auoit efté veu d’aage d’homme lors viuant,
6c à celle caufe furent les vins chaulx & ardans, & plu-
fîeucsd’icëubcdeuindrent aigres & puants, & en fut
grant quantité de perdus & gettez par les rues, & ne
ntl point de froit,ne ne gella point qu’il ne full la
Chandeleur pàlfee.. i' T ; :-
- En ce temps pource 'qu’il cllait bruit que les'
Bourguignons tiraient vers Lorraine & Barro is, le
Roy .y enuoya cinq cens lances foubs la eonduiéle
de monfeigneur de Craon, qu’il fiftr fomLieutenant
General, & y enuoya les nobles de 1111e de France, de
Normendic, & les francs archiers,qui furent logez
ettdiuersikuxnupaÿsdeChampaigne, & y demou*
rerentplus de deux moisy&puis s’en retourna chacuh
enia maifon fans rien faire. : / ..
Audittemps ledit Bourguignon amena l’Enlperéur ■
d’AlemaiJpie iufques à LuxembourgÉt fat ledit Em¬
pereur dedés la ville de Mets pour les enhorter de bou¬
ter ledit de fiqurgogne.en la*dite.ville,ce qu’ils ne vou-
lurent pasfakcj^ s’en retourna ledit-Empereur audit
de Luxébourg,& deillccs; en retourna en A lemaigne.
. En ce temps ledidb de Bourgongne enuoya à
Venizcpour cmpruiiter dé l’argent S aux Veniciens,
& de icclluy argent en’ 1 b uldoyer Ex: cents lances du
pays-, pour le temps & terme de trois mois, & paf-
Bb iij
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198 . Les Ch'roni'qvss
ferent par la Duché de Milan .& s’cuvindrentauhault
pays de Bourgongncaucccju.es les lubicts dudit Duc,
pour ce qu’ils n’eftoient pas aiTez forts pour greuer
L’armeedu Roy, qu’il auoitfait loger fur ies marches
dudit Duc de Bourgongne.
Audit temps le Roy maria fon afin ce fille,que para-
uantii auoitpromife.au feu Duc de Calabre, à mon-
feigneur de Bcaujeu,frcre de monfcigheùrie Duc de
Bourbon.
Audit temps les Bourguignons par trahifon & em-
blee entrèrent au pays de Niuernois, & y prindrent
des places de monieigricur de Ncucrs, comme la Ro¬
che Chaftillon, & aultres. Audit temps feralTemblc-
rentà Compiengneles AmbafTadeursduRoyyquiau-
parauant aboient èfté aflemblez à Scnlis > cuidans y
trouuer 1 * Ambaflàdc de Bourgongne qui auoient pro¬
mis y v enir, lefquels y firent longuement attendre lefi-
dks A mbafTadçurs du Roy, lèfqucUs’cn retournèrent'
à Paris pource que lefdits B ourguignons ny venoient
point, & puis encores y retournèrent le mois de Ian-
uier, & y eftojcntlc quinzicfmeiour dudit mois;
En ce tèraps fut nouuelies que ledit Duc de Bour¬
gongne voyant qu’iln auoit pas puiflance de paracnir
adeltruirele Royaulmc deTra'nce^ ainil que grant pei¬
ne y auoit mis, conlpiira auecqnes vng. nomme mai-
lire Y thicr marchant, qui aiioic eftéferuiteur de mon-
feigneur de Guyenne, & auecques vng nommé Iehan
Hardy feruitwrdaditraaiûteYthiet,qui s’eneftoient
retirez apreslcdit trefpas diiditde Guyenne deuers le¬
dit de Bourgongne, de trouuer moyen de faire mou-
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dv Roy Loys XI. i 99
rir& empoifonner le Roy.De laquelle chofe faire le¬
dit Hardy print à iuy la charge, & pour ce faire & ac¬
complir luy furent baillez les poifo ns, en Iuy promet¬
tant faire moult de biens, & de luy donner cinquante
mil efeus pour diftribuer à cciluy ou cèulx qui feraient
ladite execution, & fi fut deliure argent audit Hardy
pour faire fes defpeüscn la pourfuite. Lequel Hardy
fol non ayant Dieu deuant les yeulx; &t non voulant
cognoiftrcque fe ladide execution euft efté accom¬
plie, ou Dieu a bien pourueu,tout le tres-noble R oy-
auime de France eftoit du tout perdu & deftruit, s en
partit & tira la craie Roy eftoit,& pour mettre là dam¬
née entreprife à execution, & non cognoiftànr que le
Roy l’auoit recueiîly & donne' grant argent, saddref-
làà vng des feruiteiirs du Roy , ayant la charge en G
cuifine de faire faulces, & auquel ledit Iehan Hardy
auoit eu cognoiffance durant que ledit faulcier & Har¬
dy auoient efté en i’oftel, & au feruice de mondit fef*
gneurde Guyenne. Et luy declaira ledit Hardy de fa-
aide entreprife, en luy promettant vingt mil efeus ou
cas ou il vouldroit faire & accomplir ladide charge;
qui luy prefta l’oreille , &dift qu’il n*y pourrait riens
faire fans le moyen de Colinet queux du Roy, ôc qui
aufli auoit efté & demouré auecques ledit Hardy &
Êtulcier en l’oftel dudit fêigneur deGùyenne.Endifànt
par ledit faulcier à icelluy Hardy qu’il parlerait âüdid
queux, & y ferait ce qu’il pourrait, en difant oultre
audit Hardy qu’il luy aeliuraft lefthdes poifons, pour
les monftrer audit queux. Ét bien toft apres ledit Gui¬
der & Colinet, qui de ce auoient parléenfèmble, en
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ioo Les Chroniqves
alerent aduertirle Roy, donc il Fût moult efbafty & e£
pouuencé. Et dudit aduertifTement furent lefdiéts
queux &faulcier moult honnorablement & prouffi-
tablementguerdonnez du Roy. Et en toute diligence
fut ledit Ienan Hardy fuiuy, qui’ s’en retournoit de-
uers Paris, & futprins vers Eftampes & remené de-
uers le Roy, qui le interroga ou fift interroger fur les
chofes deflufdiétes, & icelles luyconfcfïà eftre vrayes.
Pourquoy & affin de y donner ie iugement ordonné
eftre fait en pareil cas, s’en partit le Roy d’Amboife &
s’en vint à Chartres, Meulenc, Greil, & aultres lieux
és marches de Beauuoifin. Et apres luyeftoit mené le¬
dit Hardy en vne baffe charrete,ou il eftoit moult bien
enferré de gros fers, & enchaifné, & le conduifoit
Iehan Bloffct Efcuyer,Capitaine de cent archi ers de là
garde de Moiifeigncur le Daulphin,& auoitauecqucs
luy cinquante défaits archiers, toujours eftans autour
de ladiéte charrette. Et ainfi accompaigné que dit eft
fut ledit Hardy enuoyé à Paris, pour eftre deliuré au
Preuoft des Marchans & Efcheuins de ladiéte ville, &
y fut mené & y arriua le leudy vingtiefme iour de Ian-
uier quacre cens foixante , & treize, enuîron l’eure de
trois heures apres difner, que fine Denis HefTelin,
Confeillier & maiftre d’oftel du Roy, Preuoft des
Marchans & Efleu fur le faiét des 'Aydes de ladidbe
bonne ville, le ala recueillir és faulxbourgs dé la porte
fàinét Denis d’icelle ville, & auecquesluy eftoient les
quatre Efcheuins , leClerc & fetgens de i’oftel de la-
diète ville, & aultres notables habitans d’icellë : & ac-
compaignoientlefdits Preuoft & Efcheuins auecqucs
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t>v Roy Loys XI. 101
Iesarchiersd’icelleville,&:parbelordre.Et fut lediét
Hardy ainfiaccompaignié que deflus,& aflis fur vne
haultechairemifeaudedens &au milieu dvne char¬
rette , afEn qu’il feuft magnifefté & apperceu par le
populairç d’icelle ville.
Aufquels &: affin qu’ils ne feuflent meus de mal fai¬
re ou iniurier ledit Hardy, pour l’enormité dudit cas,
fut deffendu de le mutiller,blafphemer,ne iniurier.
Et ainfi eftant en ladite charrette que dit eft , fuit
amené tout au long de la grant rue fainét Denis, &
defcenduauditholïelde la ville, & deliuré par lediét
Bloflet es mains & en la garde defdiéts Preuoft des
Marchans & Efcheuins, aufquels le Roy voulut leur
attribuer l’honneur d’en auoir la garde, & faire faire
Ion procez de icelluy mettre à execution.
Audit temps le Roy eftoit à Creil,fift vng Ediét
touchant les gens d’armes de Ion Royaulme,par le¬
quel il declaira que chafcune lance n’auroit ne ne tien-
droit que fix cheuaulx. C’eft affauoir la lance trois che¬
uaulx, pour luyfonpaige& lecouftillier, & les deux
archiers deux cheuaulx, & vn cheuai pour le varlet, &
qu’ils n’auroient plus de panniers à porter leurs har-
nois:& auecques ce ne feiourneroient que vng iour en
vng villaige. Et enoultre fut crié que nul marchant ne
vendift aufdits gens de guerre,ne preftaft aucuns draps
de foye, ne camelots, fur peine de perdre l’argent que
lefdits gens de guerre leur pourroient deuoir à caufe
de ce, & aufli que on ne leur vendift aucun drap de lai¬
ne plus de trente-deux fouis parifis l’aulne.
Audit temps le Roy fift ordonnance fur le faiét de
Ce
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toi Les Chroniques
Tes monnoyes, & ordonna Tes grans blans courir pour
vnzedeniers tournois, qui parauant nevaloienc que
dix, les targes vnze deniers tournois qui en valoient
douze, l’efcu trente fouis trois deniers toijjrnois, &
ainfi de toutes les aultres efpeces de monnoyes, tout
fut change. Audit temps enuiron le vingtiefme iour
delanuier quatre cens fbixante & treize,fut fait ac¬
cord & appointement entre le Roy &monfeigneur
le Conneftable, qui auoitprins &c mis en là main la
ville de fainâ: Quentin, & en mift hors le (ire de Crc-
ton, qui y auoit cent lances de par le Roy. Et par ledit
accord ckmoura ledit Conneftable audit fainâ: Quen¬
tin , airifi que auant auoit fait, & luy fut rendu Meaux
& aultres places, dont il auoit efté defappoinâé, & h
luy bailla on Commiftàires pour eulx informer de
ceulxquiauoient parle dudit Conneftable, pour rai-
fon de ladiâe prinfe de fainâ: Quentin, affin de les pu-
gnir, & luy fut deliuré l’argent du fouldoy de fes gens
de guerre, qui empefèhe fut incontinent apres ladiâe
ville de fainâ: Quentin prife. Audit temps le Roy vint
des parties d’Amboifè où il eftoit,foy tenir à Senlis, &
illecques enuiron, & cependant les Ambaflàdeurs du
Roy & du Duc de Bourgongne qui communiquerait
fur le faiâ de trouuer entre eulx* appointement de
paix ou treucs, & fmablement fut ladiâe treuc conti¬
nuée iufques à la my-May , en attendant plus ample
appointement. En ce temps le Roy qui eftoit à Senlis
s’en vint loger à Ermenonuille en Xanters, apparte¬
nant à maiftre Pierre l’Orfeure Confeillier des Com¬
ptes , ôc illec y feiourna enuiron vng mois,paidant
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Dv Roy Loys XI. zo$
lequel temps monfeigneur de Bourbon que le Roy
auoit diuerfes fois mandé venir par deuers luy,yvint
& arriua & ny demeura que dix ou douze iours, puis •
s’en retourna en (on pays faire fes Pafquesainfi que le
Roy luy en donna le congié, auquel il promift incon¬
tinent apres Quafimodo s’en retourner & reuenir. ^
En ce temps au mois de Mars, le ieudy 3 o. & penul-
tiefmeiour dudit mois, IehanHardy,empoifonneur
dont eftparlé deuant,futcondempné par Arreft delà
Court de Parlemét à eftre trainé depuis l’uys de laCon-
ciergerie du Palais iufquesàlaporte dudit lieu,& de
illec bouté en vng tombereau & mené deuant l’ho-r
ftel de la ville de Paris deflus l’efchauifaulfpour ce illec
drecié pour y eftre efcattellé,ainfi qu’il fut fait. Et con-
dempné la tefte eftre mife & demourer deftus vne lan¬
ce deuant l’ofteldc ladiéte ville, les quatre membres
porter en quatre des bonnes villes desextremitez de ce
Roysiulme.Et à chafcun defHits membres eftre misvne
epitaphe pour faire fçauoir la caufe pourquoy lefdits
membres y eftoientmys & pofez.Etoultrecoiidamp-
né le corps eftre brullé & mis en cendre deuant l’oftd
de ladiéle ville, toutes les maifons dudit Iehan Hardy
arrafees & mifes par terre, mefînement le lieu de fa na-
tiuité gettee par terre, fans iamais y eftre fait édifice, &
de y mettre epitaphe pour faire fçauoir l’enormité du
cas dudiél Hardy, & pourquoy eftoitfaide ladiéte
démolition. Et fut ledit Hardy ainfi exécuté leditiour
de ieudy és prefences du feigneur de Caucourt Lieute¬
nant du Roy,du premier Prefident Boulenger,du Pre-
uoftdeParis,du Preuolldes Marchans & Efcheuins
Ce ij
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io4 Les Chroniques
de ladide ville,du Procureur & le Clerc d’icelle, &
plufieursaultres notables perfonnes,& fut baillé au¬
dit Hardy pour la conduide de fon ame & confcience,
vng notable Dodeur en Théologie nommé maiftre
IehanHuë. Et puis le famedy enfuiuant enuiron mi¬
nuit , pourquoy ce fut il n’a point elle fceu, la telle du¬
dit Hardy mife au bout d’vne lance, fut ollce de def-
fus l’efchauffaut ou elle eftoit,mife & gettee en vne ca-
ue prés d’illec. Ledit iour vint & arriua à Paris vne
moult belle AmbalTade du Roy d’Arragon, qui fut
recueillie par monfeigneur le Conte de Pantheure,
monfeigneurdeGaucourt &aultres,qui bien feltie-
rentladide AmbalTade en plusieurs lieux de Paris, &
iufques au iour de Pafques fleuries que on cefla pour la
fepmaine peneufe qui entra, de les fellier. Et puis vint
& arriua le Roy à Paris le famedy feiziefme iour d’A-
uril foixante & quatorze apres Pafques.
Et le mercredy enfuiuant vingtiefme iour dudit
mois d’Auril mil quatre cens foixante & quatorze, le
Roy ordonna que les monllres feulfent faides des of¬
ficiers, bourgois, manans &c habitans de ladideville
de Paris, ce qui fut fait. Et fut ladide monllre faide &
monllreeaudehors de Paris, depuis la Bafhille làind
Anthoinc en alant au long des folfez iufques à la tour
de Billy, & d’illec en bataille iufques à la grange aux
Mercicrs.Et de l’autre collé aulïi elloient en bataille les
habitans de ladide ville, qui elloit moult grande &c
belle choie à veoir. Et ellimoit-on le nombre des ar¬
mées de quatre vingts à cent mil hommes, tous d’vnc
liuree de nocquctons rouges à belles croix blanches,&
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à
dv Roy Loys XI. zo $
, fut tiré aux champs grant quantité d’artillerie de ladi¬
te ville de Paris, qu’il faifoit moult beau veoir. Et à
veoir ladide monftrey eftoit le Roy &c l’AmbafFade
duRoyd’Arragon,quitous faifoient grandes admi-
rationsdelaquantitédesgensdeguerre qu’ils veirent
yflir hors de ladide ville. Et auecques le Roy eftoit fa
garde, Tes gentils-hommes de famaifon,le Conte de
Dampmartin, qui fey trouua moult fort pompeux,
aufti y eftoient Phclippe môfeigneur de Sauoye Con¬
te de BrefTe,monfeigneur du Perche, Sallezart & plu-
fleursaultres Capitaines, notables hommes & gens de
nom. Et apres ladide monltre faide le Roy s’en ala au
boisdeVinciennes foupper,& y mena auecques luy
ladide Ambafîàded’Arragon,& peu de temps apres
le Roy donna aux deux feigneurs chefs de ladide Am-
baftade, deuxhanaps couuertsàperfonnaigestout de
fin or, quipefoient quarante marcsd’orfin, & coufte-
rent trois mil deux cens efcus d’or, & puis s’en partit le
Roy pour s’en retournera Senlis, oùilfejourna depuis
par certain temps. Pendant lequel temps vint & arriua
î’Ambafïàde de Bretaigne qui s’en ala deuers le Roy,
& des Alemaignes aufli arriua à Paris AmbafTade,dont
eftoit chef le Duc de Bauiere, & auecques ladide Am-
bafïàde de Bretaigne y vint Phelippe des Eflars fei-
gneur de Thieux, maiftre d’oftel du Duc de Bretaigne,
lequelauoit auparauant efté contre le Roy. Et le re¬
cueillit tres-bien le Roy & luy donna dix mil efcus,& fi
le fift maiftre Enquefteur& general Reformateur des
Eaues & Forefts és marches de Bric & Champaigne,
que tenoit monfeigneur de Chaftillon, à qui le Roy le
Ce iij
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io 6 Les Chroniques
ofta pour bailler audit Phelippe des Eftars.
Audit temps que le Roy cftoit à Senlis, à Ermenon-
uille & illcc enuiron, y vint & arriua l’Ambaffade de
Bourgongne qui y demoura aftez longuement fans
riens taire, & le Roy s’en ala à Compiengne,à Noyon,
3 c aultres places d’enuiron. Et là le Conneftable vint
par deuers luy pour aucuns difFerens qui eftoient entre
le Roy ôc luy, & parlèrent aux champs enfembleen
vngvillaigenommé où fut fait vng
pont entre eulx deux, ôc chafcun deux eftoient garnis
de gens de guerre pour la garde de leurs perfonnes. Et
illec ainfi aftemblez que dit eft, parlèrent de leurfdits
difFerens, mefmcment pour raifon de la prinfe ôc rete¬
nue que faifoit ledit Conneftable de la ville de fàinâ;
Quentin, qu’il auoit prife ôc mife en là main, ôc en dc-
chafsé Ôc bouté dehors le lire de Creton,qui auoit la
garde d’icelle ville de par le Roy, & la retenue de cent
lances, qui tous parla force ôc contrainte dudit Con-
neftable vuiderent dehors de ladiefte ville, dont le Roy
fut bien mal content.
Et pour cefte caufc le Roy fift arrefter les deniers &
defeharges qui auoient efte leuees pour le paiement
dudit Conneftable Ôc des quatre cens lances de là char¬
ge ôc retenue, pour le quartier d’Auril, May Ôc Iuing,
lorsefeheu, qu’ilprintledit faindt Quentin. Et apres
ledit pourparlé enfemble, le Roy leua fa main dudit
Arreft ôc fift tout le payement deliurer audit monfei-
gneur le Conneftable, ôc puisfe départirent d’enfem-
blebons amis, & fi fift illec la paix duditfeigneurôc
du Conte de Dampmartin, qui rien ne s’entredeman-
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DV Roy Loys XI. 107
doient. Et audit partcmcnt le Roy pardonna tout au¬
dit monfeigneur le Conncftable,qui luy promift &
iurade non luy faire iamais aultres faultes,mais que
bien le feruiroit de là en auant alencontre de tout le
monde, làns nul en excepter. En icelluy'temps le Roy
s’en retourna à‘Sentis, Ermenonuille, Ponts fainéte
Maixance & aultres lieux, & fouuent & prefque tous
les ioursaloit le Roy en l’Abbaye de la Viétoirc, prier
&: aourer la Benoifte Vierge Marie, illec requife, à
l’honneur & louange de laquelle il fift faire audiét
Prieuré de biens grans dons en or content , qui bien
montèrent dix mil efcus d’or.
Audit temps lé Rôy ayant en finguliere rccomman- *
dation fon populaire & gens de guerre, & pour elche-
uer eftufion de fang par guerre, nft vne treue auecques
fon ennemy ôc aduerfaire leDuc de Bourgongne pour
vngan, finiftant le premier iour d’Aurilmil quatre cés
foixante & quinze, combien que plusieurs Ambaiïà-
dcs feuftent venues par dcuers luy de par l’Empereur
d’Alcmaigneluy humblement prier & requérir qu’il
ne feift point ladiéle treue auecques ledit de Bourgon-
gne.Etque par port d’armes ils le rendr oient fugitif &
en la mercy du Roy, &: que toute la conquefte & prou-
lit qu’ils pourraient faire & auoir fur ledit de Bour¬
gongne, ils promettoient le bailler & donnerau Roy
làns riens luy coufter du lien : mais nonobftant ce que
dit eft,fut ladiéte treue fai été &. accordée auecques le¬
dit de Bourgongne à la grant defplaifance des tref-
bons &loyaulx fubicéts du Roy. Et nonobftant la¬
dite treue & au commencement d’icelle lefdits Bour-
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zo8 Les Chroniques
guignons firent de grans oultraiges & dommages aux
pays & fubieéts du Roy,eftans alentour defdits Bour¬
guignons, dont aucune réparation ne fut faiéte par
iceulx Bourguignons, laquelle chofe demeura en
grant efclandre de veoir le valfal du Roy ainfi oultrai-
ger les pays & fubieéts de fon louuerain feigneur.
Au commencement du moys de Iuillet mil quatre
cens foixante & quatorze, le Roy vint & arriua en là
bonne ville & cité de Paris, ou il ne feiourna qu’vne
nuit,& le lendemain s’en ala à l’Eglife NoitreDame, &
de là en la làinéte Chappelie du Palais, &dilna en la
Côcicrgerie dudit Palais au logis Sc domicilie de mai-
lire Iehan de Ladriefche Preliaent dés Coptes, & illec
enuiron quatre heures apres midy s’en partit, & ala en
vng bateau par la riuiere depuis la pointe dudit Palais
iufques à la tour de Nefle, où il monta à cheual & s’en
ala à Chartres, à Amboife, & delà àNollre Dame de
Behuart en Poiébou.
Audit an le Roy enuoya grand nombre de gens d’ar¬
mes de fon ordonnance, des francs archiers & aultres,
& de fon artillerie pour reconquérir le Royaulme
d’Arragon,dont on difoit que Dieu leur donnait grâ¬
ce de y bien befongner & de retourner ioyeufement,
car on dit communément que c’eft le cymetiere aux
François.
Audit temps le ieudy dixhuiétielme iour dudit mois
de Iuillet foixante & quatorze, l’A rrelt futprononcié
en la Court de Parlement par monfeigneur le Chan¬
celier nommé maiftre Pierre Doriolle, du procès fait
alencontredudit d’Alençon, qui parauant auoit ellé
deten u
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dv- Roy Loys XI. z 09
détenu prifonnier au Louure 6c audit Palais, &par
icelluy Arreft fut ramené a fait les cas 6c crifmes à luy
impofez, 6c la condampnation jadis contre luy pro¬
noncées Vendofme du temps du Roy Charles, dont
Dieu ait famé. Et le pardon 6c grâce que de ce luy a-
uoit depuis fait le Roy de luy laiffer la vie faulue, 6c
que depuis il auoitencores continué de mal en pis co¬
rne ingrat. Et tout dit 6c recité publiquement en icelle
Court, Rit ledit d’Alençon declaire par Arreft eftre
criminel de crifme de leze Majefté, 6c comme tel con-
dampné a eftre décapité 6c fouffrir mort. Sauf fur ce
le bon plaiEr du Roy. Et toutes fes terres 6c feigncu¬
ries, 6c tous fes biens eftre acquifes 6c confifquees au
Roy. Et luy fut le diétum dudit Arreft dit à là perfon-
ne par mondit feigneur le Chancelier, 6c bien toft a-*
près fut ramené prifonnier en là première prifon du¬
dit Louure , en la garde 6c conduire de Ere Denis
Heflèlin Efleu de Paris, & de fes gens pour luy, de Ere
Iacques Heftelin fon frere Efcuier de Efcurie du Roy,
6c de Ere Iehan de Harlay Cheualier du guet de nuit
de ladiéte ville, & autres ordonnez de par le Roy à la
garde dudit feigneur. Apres ledit Arreft le Roy s’crij
tira à Angiers 6c au pais d’enuirpn, 6c fift mettre en fa
main ladiéte ville d’Angiers 6c aultres terres 6c fei-
gneuries qui eftoient 6c appartenoient au Roy de Cé¬
cile pour aucunes caufcs qui ad ce le meurent: Etau
gouuernement 6c adminiftration defdiétes feigneu-
ries & terres y fiitmis & commis maiftre Guillaume
de Cerifay Greffier ciuil de la Court de Parlement. Et
apres le Roy retourna par deuers le pais deBeauffe à
Dd
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no Les Chroniqv^s
Chartres & en Gallinois, au bois de Maiez-herbes &
aultres lieux voifins où il fejourna par certaine lon¬
gue efpace de temps, en chalfant & prenant belles
iàuuaiges, comme cerfs, fangliers, & aultres belles
dont il trouua largement. Et pour raifon delagrant
quantité' des belles qui y furent trouueesayma fort
ledit pays. Combien que en aultres chofes il ell mai¬
gre pays fec inutile & depetite valeur,& puis s’en par¬
tit le Roy, &: s’en alla au Pont de Chamoys ou aulliil
demoura par certain temps & iufques au jeudy fixief-
me iour d’O&obre audit an feptante quatre qu’il s’en
partit, & ala iüfques à Montereau au fouit Dyonne.
Et audit Pont de Chamois demoura mondit feigneur
de Beauj eu, par deuers lequel s’en aloient par chafcun
iour les gens du grant Confeil en l’abfence du Roy.
En ce temps le Duc de Bourgongne qui s’en elloit
party de fes pays pour aler faire guerre aux Alemans,
ala en Alemaigne tenir & mettre le hege deuant la vil¬
le de Nuz, qui ell vne bonne ville près de Coulongne
lurleRin, oùiifejourna bien longuement tenant le
fiegeillec deuantauecques toute fon armee & artille¬
rie. Audit temps furent enuoyez en Bretaigne Am-
balfadeurs de par le Roy; c’ell alfauoir Monfeigneur
le Chancellier Phelippe des Elïàrs & aultres. Et au re¬
tour de ladidle Ambadade reuint & retourna dudi£fc
Bretaigne MeÙire Pierre de Moruilliet jadis Chan¬
celier , qui s’en elloit aie auec feu Monfeigneur de
Guyenne, &c depuis fon trelpas s’en elloit retrait! au¬
dit pais de Bretaigne. En ce temps les genstenans le
party dudit de Bourgongne, nonobllant ladite tre-
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dv Roy Loys XI. zn
uc prindrent la cité de Verdun en Lorraine, dont le N
Roy eftoit feigneur & gardien. Et pour la rauoir le
Roy enuoya trois cens lances & quatre mil francs ar-
chiers qui eftoient accornpaigneez du feigneur de
Craon & aultreL Audit temps aufïi lefdits Bourgun
gnons prindrent par emblee vne ville au pais deNi-
uernois nommee Molins en Cibers ou pareillement
le Roy enuoya des gens de guerre & de ion artillerie.!
Et ne différa point ledit de Bourgongne que par fes
pais & defonpartynonobftant icelle treue detouf-
jours faire maulx & perfecuter les gens feruiteurs,vil¬
les & fugeéts du Roy.
En icelluy temps Edouart Roy d’Angleterre en¬
uoya fes Heraulx par deuers le Roy le fommer de luy
rendre & bailler les Duchez de Guienne & de Nor-
mendie qu’il difoità luy appartenir,ou que en fon ref-
fus il luy feroit guerre, aulquels Heraulx fut faiéte &>
rendue refponce. Et par iceulx .le R oy enuoya audit
Edouart le plus beau courcier qu’il eut en fonefeurie,
& depuis ce le Roy luy enuoya encores par Iehan de
Laiflier Marefchal de fes logis, vn afne, vng loup, &
vng fànglier, & a tant s’en retournèrent lefdits He¬
raulx en leurdiél pays par deuers leur Roy. Au mois de
Nouembre le Roy vint par deuers Paris, & fut logé à
Ablon fur. Seine,depuis au bois de Vinciennes,à Hau-
beruillier & aultres lieux, & puis d’illec fe dcfloga &
ala en la France foy loger en vng hoffel appartenante
maiftre Dreux Bude Audiencier, nommé le Bois le
Conte, & meffeigneurs de Lyon, deBeaiijeu, & aul¬
tres feigneursfuiuans le Roy fe logèrent à Midtry en
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ziz Les Chroniq^ves
France. Et puis fedefloga le Roy & ala auec les fei-
gneurs deuant dits à Chafteau Thierry, où il demoura
certaineefpacede temps,& iufques enuiron le dou-
ziefmeiourde Décembre qui! retourna à Paris & y
fift fon Noel,& fut le Roy aü ferüice la veille de Noël
en l’Eglife Noftte Dame de Paris. Le landemain de
Noël qui eftoit le iour fainéb E(tienne, le Roy eut des
nûuuelles que les Anglois eftoient alarmes en grant
nombre fur mer, &cTfcoient vers les parties du mont
faindt Michiel. Et incontinant fift monter àcheual &
enuoyer en Normendie les Archiers par luy mis (us de
fa nouuelle garde, nommee la garde de monfieur
le Daulphin.
En ce temps le Roy eut des nouuelles de fon armee
qu’il auoit enuoyee en Arragon , & comment fes
gens auoient prins vne place prés de Parpignan nom¬
mee Gonne, dedens laquelle y cftoient aucuns Gen¬
tils-hommes & habitans d’icelle ville de Parpignan
3 uc on voulut faire mourir comme traiftres, mais on
iffera pour ce qu’ils promirent dedens vng temps
qu’ils nommèrent, de faire réduire & mettre enl’o-
beyflànce du Roy ladidte ville de Parpignan, laquelle
chofè ils ne firent point dedens le temps qu’ils auoient
promis,parquoy en furent aucuns d’culx décapitez.
Et entre les aultres y eut vng nommé Bernard de Do-
uis , qui cuit le col couppé. Et bien toit apres fut fait
appointeraient entre le Roy & lefdits d’Arragon, par
lequel la Conréde Rouflillon fut de rechiéf remife en
la main du Roy.
Au mois de Ianuier foixante ôcquatorze,aduint
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d v*R.0 y Loys XI. iij
queaulcunsdarrons Bourguignons lànl maiftte.nc
adueu, fe mirent furies champs 6c vindrent courir es
pays du Roy &iufques prés de Compiengne, où ils
prindrent éc tuerent gens', & puis voulurent ediffier
vne place pour culx retraire prés deRoye., .nommee
Arfon, où ils amenèrent grant quantité de pionniers.
Et quant le Roy en eut ouy les nouuelles il manda aux
garnifons d’Amiens, B eauuais,& aultre$ lieux,àuec
la compaignie du grant maiftre, & aufli des Arbaie-
ftriers & Archiers de Paris 6c aùltres de ladiéte ville,
que meflire Robert Deftouteuille Preuoft de Paris
conduifoit, qu’ils allaient deftruire lefdits Bourgui¬
gnons 6c place , mais incontinent qu’ils en oyrent la
nouuelleilsdefemparerent tout, 6c s’enfuirent com¬
me paillars qu’ils eftoient.
Audit mois de Ianuier quatre cens foixante 6c qua¬
torze, aduint que vng franc archier de Meudon prés
Paris,eftoit prifonnierés prifons de Chaftellet,pour
occalion de plufieurs larrecins qu’il auoit faidrs en di-
uers lieux, & mefmcmcnt en l’Eglife dudit Meudo. Et
pour lefdits cas 6c comme facrilege, fut condempnéà
eftre pendu 6c eftranglé au gibet de Paris nommé
Montfaulcon,dontilappella en la Court de Parle¬
ment, où il fut mené pour difeuter de fon appel: par
laquelle Court & parfonArreft fut ledit franc archier
declairé auoirmal appellé & bieniugié par le Preuoft
de PariSjpardeucrs lequel fut renuoyé pour exécuter
là fentence. Et ce melme iour fut rcmonftréauRoy
par les Médecins 6c Chirurgies de ladite ville queplu-
fteurs 6c diuerfes perfonnes eftoient fort trauaillez 8c
Dd iij
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Ü4 Les Chroniques
-moleftez de la pierre, colicque, paffion , Ôc maladie
du cofté, dont pareillement auoit efté fort molefté le¬
dit franc archier. Et auffi defdides maladies eftoit lors
fort malade monfteurdü Bocaige, & qu’il feroit fort
requis de veoir les lieux ou lefdites maladies font con-
crees dedens les corps humains, laquelle chofe ne po-
uoit mieulx eftrefceuë que incifer le corps d’vng hom¬
me viuant, ce qui pouuoit bien eftre fait ënla perfon-
ne d’icelluy franc archier, que auffi bien eftoit preft de
fouftr ir mort, laquelle ouuerture & inciftonfut faide
au corps dudit franc archier, & dedens icelluy quis &
regardé le lieu defdides maladies. Et apres qu’ils eu¬
rent efté veuës fut recoufu, & fes entrailles remifes de¬
dens. Et fut par l’ordonnance du Roy fait tres'-bien
penfer, & tellement que dedens quinze ioursapres il
fut bien guery,& eut remiffion de fes cas fans defpens,
& fi luy fut donné auecques ce argent.
En ce temps le vingc-huidiefme iour dudid mois
de Ianuier, le Roy ayant finguliere affedion aux
fainds faits & grans vertus de faind Charlemaigne,
voulut & ordonna que ledit vingt-huidiefme iour
feuftfaide & folempnifee la fefte dudit faind Charle¬
maigne , laquelle chofe fut faide & folempnifee en la
ville de Paris, & ladidefefte gardee comme le Dimen-
che, & ordonné que d’orefenauant par chafçun an la¬
dide fefte feroit raide ledit vingt-hüidiefme iour de
Ianuier. Au mois de Feburier enfuiuantfurcntles Ale-
mans dedens la ville de Nux auitaillez par cculx de la
ville de Coulongne fur le Rin, & aultrcs Alemajisde
ia partie de fEmpereur d’Alemaigne,nonobftant le
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dv Roy Loys XI. ziy
Duc de Bourgongne qui pafsé a long temps eftoit de-
mouré tenant le nege deuant la ville deNux, & qui
auoitfait arriuer plulieurs nauires pour cuider empef
cher que ledit auitaillement ne vint en iéelle ville, mais
nonobftant toute là puiflance& armée vint & en tra
ledit auitaillement en ladite ville. Et furent toutes les
nauires dudit Duc rompues &mifes en pièces dedens
la riuiere du Rin, & mors plus de fix à fept mil Bour¬
guignons eftans dedens icculxnauires. Etauparauant
auoient eu & fouftert lefdits Bourguignons de grans
p ertes & maulx par lefdits de Nux.
A u mois de Mars enfuiuan t pour ce que lefdits Bour¬
guignons des parties de Flandres, Picardie, & aulïi de
ceuîx eftans par ledit Duc de Bourgongne logez à
Roye,Peronne,Mondidier & aultres places tenans
(on party,eftoient venus courir es pays &c fur les fub-
jc<fts du Roy. Et en iceulx prins plulieurs prifonniers,
viures & biens, ôc menez en leurs places contre la tre-
ue faiéte entre le Roy & lüy, fc mirent aux champs
plulieurs des compaignics de l’ordonnance du Roy
eftans és garnifons d’Amiens, Bcauuais, faindt Quen¬
tin , ôc aultres lieux, iufquesau nômbrede quatre cens
lances, & aultres populaires'qui pareillement alerent
courir fur lefdits Bourguignons, ôc iufques dedens les
faulxbourgs d’Arras, où ils couchèrent vne nuit entiè¬
re. Etillecau moyen de certaine grande quantité de
vents, Ecaulx & aultres oftils,dont les gens du Roy
auoient mené grant nombre auec eulx en charrettes &
chariots, fut patu tout le grain eftant & trouué és
granches dudit pays de Bourgongne & Picardie. Et
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ti 6 Les Chroniques
icelluy befta.il , gens prifonniers,& vtencilles/ait ame¬
ner & conduire par Sallezart & aukres Capitaines de-
dens lefdites villes d’Amiens & Beauuais. Durant le
temps le Roy ne bouga de Paris,& y fift Ton Karefme,
faifant grant chiere, & fi trouua fain & bien difpofe"
comme il difoic.
Audit temps de Mars , ajduint à Paris que vng
ieune fils de Brigandinier, qui auoit cfté nourry
en partie par vng poiftonnier d’eauë doulce de la-
diète ville nommé Iehan Penfart, meu de maul-
uais couraige & trahifon, fçaichant que ledit Penfart
auoit grarlt argent qui eftoit venu &yfiy de la vente
du poiffon qu’il auoit vendu durant le Karefme, &
dont il deuoit la plus part à plufieurs Seigneurs & aul-
tres notables hommes qui luyauoient vendu lepoif-
fon de la pefehede leurs eftangs.Et lequel argent ledit
brigandinier auoit veu,& le lieu ou icelluy Penfart le
mettoit,vint & entra denuit en l’hoftel dudit Pen-
fàrt, & apres la minuit paflee vint oüurir luys dudit
Penfart à tout trois Efcoffois qu’il auoit illec fait ve¬
nir pour auoir ledit argent & aefrober ledit Penfart,
dontl’vngdefquels Efcofîbis eftoit nomme" Mer,dit
Lefcuier, & l’vn des aultresThomas le Clerc,lefquels
Efcofïbis par le moyen dudit brigandinier crochetè¬
rent, prindrent & emportèrent ledit argent montant
en fomme deux mil cinq cens liures tournois. Et pour
lequel recouurer fut fait bien grant diligence, telle¬
ment que ledit iour dudit defrobement fut ledit bri-
gandinicrtrouué tenant franchife aux Carmes dela-
diéte ville de Paris, duquel lieu il fut tiré hors &ap-
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Dv Rot Loys XI. '^7
porte a^Chaftellct de Paris, pource qu’au moyen des
fers dont ileftoit enferré il ne pouoit alcr. Et illec ii
confeflaquelefdits Efeoftois auoient eu toux ledit ar¬
gent, pourquoy fut fait grant diligence de iereoou-
urer, St euft elle ledit Mortemer prins & fait amener
audit Chaftellct, par l’ordonnance de Maiftre Pheli-
pes du Fource, n’euflènt elle deuxaultres Efeoftois de
la garde du Roy qui vouldrent tuer ledit maiftre Phe-
lippcs St fes fergens, & fiftefèhapper ledit Mortemer.
Et depuis ledit Thomas le Clerc trouué tenant fran-
chifcdcdens làin&e Katherine du Val des Efcolfters,
qui illec fut prins à-grant port d armes qu’il fift contre
les gens dudit monieigneur le Prcuoft de Paris, dont
il bleffa pluheurs, & ilafîn apres qu’il euft reccu plu-
fieurs playes fut amené efHi&es priions, ou il confedà
ledit larredn, à caufe dequoy fut rendue partie de ladi¬
te fomme qu’il auoit muflee prés de ùinâ Eftienne
des Grez, Et pour ledit cas & aultres, par mondit fei-
gneur le Prcuoft de Paris, eu fur ce oppinion & deli»
berationde faiges,fut condcmpné a eftre pendu
eftranglé au gibet de Paris, dont il appella. Et depuis
fut ledit appel vuidé par la Court de Parlement, &
xenuoyé audit monfeigneur le Prcuoft pour exécuter
ûfentenee, laquelle mtmife à execution lcleudy fei-
sriefme jour dudit mois de Mars l’an foixante Sc qua¬
torze, pour vcoir laquelle gent furent iufques audiét
gibet lire Denis Helfelin,maiftre Ichande Ruel,com¬
me commis par maiftre Pierre de Ladehors à l’exerci¬
ce de l’office de Lieutenant Criminel,pour occalion
dclamaladie dudit dé Ladehors.
Ec
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zi8 Les Chroniques
Audit temps fut la ville de Parpignan mife redui-
:£teenl’obeylTance du Rôy,& s’en alerent ceulx de
dedens qui s’en voulurent aler, eulx & leurs .biens
faufs,fors que l’artillerie qui dedens eftoit,qui dé¬
molira au Roy, laquelle eftoit moult belle & de grant
valeur. .
Le feptiefme iour du mois d’Apuril l’an mil quatre
• cens foixantc & quinze fut publiée à Paris l’alliance
d’entre l’Empereur & le Roy, & de l’ordonnance du
Roy fut enuoyé publier deuant le logis de monfieur
duMayne, Duc deCalabre & l’AmbafïàdedeBretai-
gne, qui eftoit en ladi&e ville, & apres par les carre¬
fours d’icelle ville. Audit mois d’Apuril vint par de-
uers le Roy deux Ambaffades, l’vne de Fleurance &
•l’autre de l’Empereur d’Alemaigne, qui furent moult
honnorablemcntreceuz & feftiez,tant du Roy que
des auitres feigneurs d’antour luy. Audit mois de May
le Roy fepartitde Paris pour aler à Vernon fur Seine,
auquel lieu l’attendoient monfieur l’Admirai,& les
auitres Capitaines, pour conclure de la guerre, & ce
qui eftoit à faire pour la treue qui faillôit le dernier
iour dudit: mois d’Apuril, & puis s’en retourna à Paris,
od il arriua le vendredy quatorzième iour dudit mois.
Et le lundy vingt-einquiefmeiour dudit mois d’Apuril
s’ènpartit le Roy pour aler à Pons fainéle Maixance,
pour illec préparer de fon armee, & en emmena pour
le conduire & eftre autour de luy auecques lesGentils-
hommes, fa garde & officiers de fon hoftel, huit cens
lances fournies, & y fut mené & conduire grant
quantité' d’artillerie, groffe & menue, entre lefquelles
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dv Roy Loys XI.
y auoit cinq bombardes ,dot les quatre auoient nom:
c’eft afïauoir l’vne Londres, l’autre Brebant,& la tier¬
ce Bourg en Breffe, & la quarte fainétOrner.Etoul-
tre & par dcfïiis la compaignie defdits de la garde Ef.
coffoife & Françoife, & aultres Gentils-hommes &
Officiers de l’oftel y fut & y ala grande compaignie
des nobles & francs archiersde France & Normen-
die, & pourrauitaillement de l’oft y furent enuoyez
viures de toutes pars.
Et le lundy premier iour de May le Roy fe partit de
l’Abbaye de la Vi<5toire ou il effoit, pour aller audit
Pons faindte Maixance pour faire fesapprouches, &
ordonner de la guerre en ce qui eftoit aflàire fur les
Bourguignons, & fut enuoye dcuantie Tronquoy &:
Mondicuer. Et le mardy deuxiefme de May vint & ar-
riuaàParismonfieur de Lyor^jui venoit de deuers le
Roy, lequel fut eftably Lieutenant du Roy au Con-
feil de Parisl Et le mercredy troifiefme iour dudit mois
fefte de fàin&e Croix fut faidfce vne moult bellcpro-
celïion generale audit lieu de Paris de toutes les Egli-
fes. En laquelle faifànt furent tous lespetits enfansde
Paris, chacun tenant vng cierge, & rut aie quérir le
fainft Innocent &portéànoftre Dame. Et en ladi<5te
proceflion eftoient monfieur dé Lyon, monfieur le
Chancellier de Coftc luy,& apres aloient monfieur de
Gaucourt Lieutenant du Roy à Paris, les Preuoft des
Marchans & Efcheuinsde ladi£te ville, les Prefidens
& Confeillers de Parlement, Chambre des Comptes,
& aultres officiers d’icelle ville. Et apres le populaire
aloient en grant & merueilleux nomlbre, que on efti-»
Ee ij
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tio Les Chroniques
moit à ccnt mil pcrfonnes ou mieux, & fut porte' ledit:
fainft Innocent en ladiéte proceflion par moniteur le
premier Prefident, & par Nanterre Prefident en ladi¬
te Court de Parlement, & le Prefident des Comptes
de Ladriefche, & le Preuoil des Marchans. Et pour
conduire & mettre ordre en ladi&e proceflion y e-
floicnt lcs archiers de la ville,& aultresgens ordonnez
pour garderde faire bruit & noîfe en icelle proceflion.
Et le mardy fécond iour de May audit an, le Roy qui
auoitenuoyéfommcr les Bourguignons tenans ledit
Tronquoy furent d’iceulx Bourguignôs tue ceulx qui
clloient alez faire ladiéle fommation. Et pour celle
caufe fill tirer fon artillerie contre ledit lieu du Tron¬
quoy , tellement qucledit tour à cinq heures apres mi-
dyy fut lmrèl’aflàult fort & àfpre, &c fut emporté la¬
dite place d’aflàult,furent tuez & pendus tous
ceulx qui furent tramiez dedens, fàuf fie referué vng
nommé Motin dcGaulers, que le Roy fîft fàmicr, &
fi le fift EfleudeParis cxtraordinairc.Maisauant qu’ils
fuflent prins firent grant refiftence iceulx Bourgui¬
gnons contre les gens du Roy, & cuerent audit aflàult
le Capitaine de Ponthoife, qu’on difoit dire vaillant
homme, & aultresgens de guerre & francs archiers,
& puis futlcditheuahatu& demoly. Et ledit iour de
fàinébcCroixs’enalal’armce du Roy mettre le fiege
deuant Mondidier, pourcc qu’ils furent rdïufans
d’eulx rendreau Roy. Etlevendredy cinquiefmeiour
dudit mois d’Apuril audit an fut mife & redui<5lc en la
main du R oy ladiéte ville de Mondidier, & s’en alè¬
sent ceulx de dedens leurs vies iâui lies ,ôc lai fier en t
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dv Roy Loys XI. zi i
tous leurs biens, & puis fut toute ladiéie ville abatuë.
Le famedy cnfuiuant fixiefmeiour de May fut pa¬
reillement rendue la ville de Roye,& s’en alerent les
Bourguignons de dcdens, vies 8c bagues fàulucs, &
puis fut aufli rendu le Chafteau de Moreul, pareille¬
ment que ceulx de Royc. Et en faifant telles execu¬
tions que dit eft fur ledit de Bourgongne 8c fonpays
par larmee du Roy qui eftoit fi noble , telle 8c fi
bellecompaignie& artillerie, que là où elle euft efté
menee y auoit gens affez pour en brief temps prendre
8c mettre en la main du Roy toutes les villes & places
de Bourgongne,tant Flandres, Picardie,queaultres
lieux, car tout fùyoit deuant iceulx. Et pour rompre
icelle armee fut le Roy aduerty par aucuns, & mefme-
ment de par monfieur le Conneftable, que befoing
luy eftoit de garder fà Duchié de Normendic, pour les
Anglois que on luy difoit qu’il y deuoit defeendre : &
fi luy fut ait parmondit feigneur le Conneftable, au
moins fut mandé ou efeript qu’il fift hardiment ledit
voyaige en Normendie, 8c qu’il ne fe fouciaft point
d’ A bbeuiile 8c Peronne, & que cependant qu’il y roit
les feroit réduire en fà main. Et le Roy croyât ces cho¬
ies s’en ala audit pays de Nonnendie, & là mena auec-
ques luy monfieur T Amiral & cinq cens lances, auec
les nobles & francs archiers, &àcefte caufefe départit
l’armee 8c s’en ala chafcun en fon logis. Et puis quant
leRoyfutenNormendie trouua qu’il n eftoit milles
nouuellcs defdits Anglois, & ala à Harfleu, Dieppe,
Caudebet de autres places. Et cependant ne fe lift riens
àrauamageduRoy,mai$ au contraire au moyen de
E e iij
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ni Les Chroniques
ladite alce en Normendie firent lefdits Bourguignos
de grans maulx aux fubieéts & pays du Roy, qui y cu¬
rent degranspertes,&puiss’cn vint le Roy a noftrc
Dame Defcouys, en vng hoftel prés d’iilec nomme
Gaillart-Bois, appartenant à Colon Lieutenant de
monficur l’Amiral, oùil fe tint par aucun temps, du¬
rant lequel eut nouueiles de monfieur le Conneftablc,
de la venue & defeenduequefaifoient lefdits Anglois
à Calais.Et autfi que monait feigneur de Bourgongne
s’eftoitleuédedeuantNux,dont il dilbit qu’il auoit
la pofiefïion,& fait fon appointement auecqucs l’Em¬
pereur. Lequel Empereur auec ledit de Bourgongne
s’en venoit Faire faire guerre au Roy, defquelles chofes
n’eftoit rien, & fu.ft trouué tout le contraire eftre vray.
Durant ces chofcs fut prins vng Hérault d’Angle¬
terre nommé Scales,qui auoit plufieurs lettres qu’on
eferipuoit de par le Roy Edouar t à diuerfes perfo nncs,
lefquelles lettres le Roy vift, &c diét & certifia au Roy
ledit Scales, que les Anglois eftoient defeendus à Ca¬
lais,& que le Roy Edouart y deuoit eftre le vingt-deu-
xiefme iour de ce prefent mois de Iuing, à tout douze
ou treize mil comoatans. Et fi luy certifia oultrc que
ledit de Bourgongne auoit fait fon accord auec lediét
Empereur, & eftoit retourné à Brucelles,dont de tout
iln’eftoit rien. Audit lieu Defcouys futaufti le Roy
aduerty que môndit feigneur le Conneftable auoit
enuoyé à monfieur de Bourbon fon feellé, pour Xu-
borner & tant faire,que mondit feigneur de Bourbon
voulfift deuenir & eftre contre le Roy, & de foy alier
auecquesleditDuc de Bourgongne, de toutes lefquel-
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dv Roy Loys XI. 113
les chofes le Roy fut moult merueillé. Et incontinent
par plufieurs & diuers méfiaiges,fut mande'par le Roy
monditfeigneur de Bourbon venir à luy, & en la fin
l’enuoya quérir par moniteur l’Eucfque de Mande,
par lequel ledit feigneur de Bourbon auoit enuoye'au
Roy lefeellé dudit monficur le Conneftable, des cho¬
fes deuant di&es.
Audit temps le Roy eut nouuelles de mondit fei¬
gneur de Bourbon comment les gentils-hommes de
les pays, frâcs-archiers & aultres que mondit feigneur
auoit enuoyez faire guerre pour le Roy à la Duchiéde
Bourgongne, par laquelle guerre le Roy auoit com¬
mis mondit feigneur a fon Lieutenant general qu’ils
auoient trouué lefdiéfs Bourguignons a Guy près de
Chafteauchinon,& illec chargèrent fur iceux, lefquels
ils defeonfirent & y en eut de prins, de mors & s’en
fuyrent grant quantité, entre lefquels Bourguignons
y fut défiait deux cens lances de Lombardie,' dont la
plus part y moururent, & fi y mourut le feigneur de
Couches & aultres feigneurs. Et y furent prins delà
Comté de Roufii Marefchai de Bourgongne, le (ire
de Longy, le Bailly d’Auxerre, le lire de Lille, l’Enfci-
gne du feigneur de Beauchamp, le fils du Comte de
lainéb Martin, Mefiire Loys de Montmartin, Mefliré
Iehan de Digoigne, le feigneur de Rugny, le feigneur
deChaligny , les deux fils de monfieur de Viteaulx,
dont l’vn eftoit Comte deloigny, & aultres, & fut la¬
dite deftroufte ainfi faite lemardy xx. iour delüing.
Audit mois de Iuingnonobftant les lettres ainfien-
uoyees par mondit feigneur le Conneftable au Roy,
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tt4 Les Chroniques
leRoyeucnouuelles de l’Empereur qu’il auoic fait re-
frefchirceulxdeladi&e ville de Nux, & d’icelle au oit
mis hors cous lesnaurez & malades, & les auoitaui-
taillez pour vn an entier, &c mis gens tous nouueaulx,
& partant mift ledit de Bourgongne à ù. croix de par-
dieu, & que auecques ceauoit gaignee grant quantité
de fon artillerie, fa vaiiTelle d’argent & aultrès bagues.
Audit temps de Iuingle mardy xxvij. monfieur l’Ad-
miral & cculx de fa côpaignie qui auoient efté ordon¬
nez de par le Roy à faire le gaft en Picardie & Flâdrcs,
& de mettre à feu & à fang tout ce qu’ils trouueroient
cfdi&s pays, vintledit iour mettre lesembufches près
de la ville d’Arras. Et icelles mifes enuoya enuiron qua-
rente lances courir deuant ladite ville d’Arras, lcfqucls
d’Arras cuidans defeonfire lefcli<Stes lances firent fiir
eulx grans faillies qui vindrent afprement courir fus
aufdùftes quarante lances, lefquelles fè vindrent
rendre efdi&es embufehes. Et apres eulx lefdits
de Arras, tous lefquels furent enclos parceulxdefdi-
tesembufehes,qui fur eulx chargèrent & les mirent
en fuite, & en fuyant y en eut de tuez de quatorze à
quinze cens hommes, & y fut tué le cheual du lire de
Romont fils de Sauoye & frere de la Roync, mais il fe
fauua. Le Gouuerneur d’Arras nomme' Jacques de S.
Pol, & plu fieurs aul très feigneurs & gens de nom y
furent prins>que mondit feigneur l’Admirai mena de-
uant icelle ville pour les jfommer de eulx rendre es
mains du Roy leur fouuerain fèigneur, ou amltfemeût
qu’il feroitcoupper les cols aufdics feigneurs pnion-
niers. Audit mois de luing le Roy qui auoit à fon pla¬
fonnier
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dv Roy Loys XI. 12,5
fonnier le Prince d’Orengefeigneur de Aerlay, & qui
eftoit à trente mil efcus de finance, le deliura & donna
fadiéte finance,& en ce faifant deuint homme lige du
Roy, & iuy fift hommaige de ladiéte Principaulté
d’ Orenge. Et partant le Roylerenuoya à fe§ defpens
en Tes pays, & luy donna & odtroya telle prééminen¬
ce, qui Te peuft nommer parla grâce de E)ieu,puiflàn-
ce de faire monnoye d’or & d’argenrde bon aloy,au£
fi bon que la monnoye du Daulphiné, donner aufli
toutes grâces, remiflions & pardons, refçrué de l’he->
refie & de crime delezc Ma)elle. Et fi donna le Roy
dix mil efcus contens au feigneur qui auoit prins ledit
Prince.
Audit mois de Iuing le Roy cnuoy a fes letres paten¬
tes à Paris, par lefquelles il fift publier que les Anglois,
eftoient defceddus à Calais , & que pour refifter il
mandoitauPreuoftde Paris de contraindre tous les
nobles & non nobles, tenans fief & arrierefief,pour
cftre preft le lundy treiziefme iour de Iuillet, entre Pa-,
ris & le bois de Vinciennes,pour d’iilec partir & aler
ou ordonné leur feroit, &c nonobftant Iepreuilegc &
pour cefte fois feulement. En enfumant lequel cry fu¬
rent enuoyez par ceulx de Paris plufieurs gens en ar¬
mes, montez & habillez par deuers mondit feigneur
le Preuoft de Paris au pays de Soixonnois. Au mois de
Iuillet enfuiuant le Roy qui feiourna en Normcndic
par aucun temps s’en retourna àNoftreDame Dcf-
couys & à Gaillart-Boisprés d’illec, ou aufli il feiourna
vnepiece, & puis s’en partit pour aler à noftre Dame
de la Viétoire,ou il fut aufli vne autre efpace de temps.
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ti 6 Les Chroniques
& puis s’en ala à Beauuais. Audit mois ledit Duc de
Bourgongnequiauoitefté deuantlavilledeNux par
l’efpace de douze mois, s’en partit & s’en ala denuiét
& honteufément de deuant icelle ville fans l’auoir peu
conquérir, qui luy vint à moult grant blafme, Ôc perte
de gens & biens. Et puis s’en reuint à Tes pays, où il
trôuua Ton frere le Roy Edouart d’Angleterre qu’il y
âuoitfait defténdre, pour en continuant Ton mal &
malice derechief faire guerre au Roy & à Tes pays &c
fubieéls. Audit temps fe fift de grandes batteries &
deftruérioris de pays & terrés duditde Bourgongne,&
y eut plufieurs villes,bourgs Se viliaigesars & deftruis.
Et audit temps fut mandé par le Roy venir à luy mon-
feïgriéur le'Duc dé Bourbon, qui auant qu’il y vint
eut plufieurs lettres & meffàige^, & puis vint par de-
uers le Roy, luy cftantà Noftre DamMe la VufVoire,
& arriua eii la ville de Paris mortdit feigneur de Bour¬
bon au mois d’Aouft, a moult belle & honiiefte com^
paigniedenoblesliommcs,&bien fort triumphans,
& auoit bienaüecques luy de la compaignie cinq cens
cheuaulx. Et s’èn partit ledit Duc dé Bourbon de ladi-
éfce ville de Paris pour aler par deuers le Roy, le lundy
quatorzicfmciourd’Aôuft,& futvngpeu d’efpace de
te.mpsauecqués le Roy, & puis s’en partit de Senlis
pour aler à Clcremont.
Audit mois d’Aouft le Roy eut Ambaffades de par le
Roy d’Angleterre, qu’il s’eftoit venu logera Lyhons
en Santers, qui communiquèrent auecques le Roy
d’aucunes matières j auecqücs lequel pourparlé le Roy
enuoya à Paris monfeigneur le Chancelier } mejflfei-
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dv Roy Loys XI. 2.2.7
gneurs les gens des finances & aultres,pour auoir prçft
d’argent de ceulx de ladite ville , aufquels fiit fait prq-
mefle & obligation deleurreftituer leur preft dedens
le iour de T ouffainéls. Et fut prefté de ladite ville foi-
xante & quinze mil efeus d’or, qui furent baillee auf.
dits Anglois au moyen de certain traidie' fait auecques
euix. Etfifutenuoyéau Roy grant quantité de gens
en armes de par ladiéte, ville, montez 8c habillez aux
gaiges & dépens des officiers Sc aultreshafiipans de la¬
diéte ville.
Audit mois d’Aouft lematdy yingt-neufiefme iour
dudit mois, le Roy fe partit d'Amiens* & aufli meffei-
gneurs de Bourbon, de Lyon, ôc aultres nobles hom¬
mes. Capitaines, gens d’armes, officiers, & aultres
gens,en moult grant & merueillcux nombre,que bien
on eftimoit cftre centmilcheuaulx, pour tous aler à
Piquigny. Auquel lieu le Roy Edouart d’Angleterre
vint parler au Roy, & en emmena ; auecques luy fon
auant-gardc & arriere-gardc, & demoura ep bataille
prés dudit Piquigny.Et deflusle pont dudit Piquigny
le Roy auoit faitdrefTer deux appentis de bois, l’vng
deiiantl’autre, dontl’vngeftoit fait pour le Roy, &
l’autre pour le Roy d’Angleterre. Et entre les deux ap¬
pentis y auoit vnecloifon de bois, dont la moitié par
le hauit eftoit; treillilfee, tellement quc chafcun des
deux Rois poüoient mettre leur bras par dedens ledit
treillis. Et en l’vn defdits appentis vint & arriua le Roy
tout le premier, & incontinent qu’il y fut arriué s’en -
partit vng Baron d'Angleterre illec attendant la ve¬
nue du Roy, qui ala dire au Roy d’Angleterre que le
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iz8 Les Chroniques
Roy eftoit ainfi arriué: lequel Roy d’Angleterre qui
eftoit en fon parc loing d’vne bonne lieue dudit Pi-
quigny, accompaigné de vingt mil Anglois, bien ar-
tilliez dedens fondit parc, s’en vint incontinent audit
lieu de Piquigny, audit appentis qui luy eftoit appa-
reillie. Et amena auecques luy pour l’attendre au ioi-
gnant d’icelluy appentis, vingt-deux lances de fa con>
|>aignie, qui illec furent & demourerent dedens l’eauë
a cofté dudit pont, par tout le temps que le R oy & le¬
dit Roy d’Angleterre furent & demourerent en icel—
luy appentis; Durant lequel temps vint vne moult
grande & merueilleüfc pluye, qui fift moult de mal &;
perte aux feigneurs & G entils-nommes du R oy,à cau-
le des belles houfiures & nobles habiilemens qu’ils
auoient préparez pour la venue dudit Roy Edouart
d’Angleterre. Et lequel Roy d’Angleterre quant il
vit & appcrccut le Roy il fc getta à vng genoil a terre,
& depuis par deux fois fey getta auant quearriucr au
Roy, lequel le receut benïgnement, & le fift leucr, &
parlèrent bien vng quart d’eure enfembleés prefences
de mefdits feigneurs deBourbon, de Lyon, & aultres
feigneurs & gens des finances, que le Roy auoit faieft
illec venir iulques au nombre de cent. Et apres ce qu’ils
eurent parlé enfemble en general, le Rcry fift tout rc-
culler & parlèrent à priucc enfemWe,ou aufli ils forent
& demourerent vne efpace de temps.. Et au departe¬
ment fot publié que l’appoinétement eftoit fait entre
eulx tel qu’il s’enuiit : c eft aflauoir quetreues eftoient
accordées entre eulx pour le temps de fept ans, qui cô-
mencerent ledit xxix. iour d’Aouft, l’an foixanteôc
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dv Roy Loys XI. 119
quinze, & finieroient à pareil & femblablc iour qui
feroit mil quatre cents quatre vingts ôc deux. La¬
quelle treueferoit marchande, & pourroient aler ôc
venir lefdits Anglois par tout le Royaulme, armez ôc
non armez, pourueu qu’ils ne fcroient en armes en
vnecompaignieplusdeccnthommes. Et fut publiée
ladi&e treue à Paris, auenuës, & aul très lieux du Roy¬
aume de France. Et puis fut baille' audit Roy d’Angle¬
terre foixante & quinze mil efcus d’or, & fi fiftlc Roy
d’aultres dons particuliers à aucuns feigncurs d’autour
dudit Edouart, ôc aûx Heraulx ôc trompettes de ladi¬
te compaignie, qùi en firentgrant fefte & brait, en
criantà haulte.voix, largeflc au ttes-noblc ôc puiftànt
Roy de France, largeffe, largeffe. Et ffpromift enco-
res audit Roy Edouart iuy payer ôc donner par chafcu-
nedcfditesannées cinquante mil efcus, ôc fi feftoya
bien fort le Duc de Clairance frcre dudit Roy d’An¬
gleterre , ôc luy donna de beaulx dons. Et puis le Roy
Edouart retira tous fes Anglois qu’il auoit, tant de fon
oft que aultrcs qu’il auoit enuoyez à Abbeuille,Pcron-
ne & ailleurs, ôc fift troufter ôc baguer tout fon baga¬
ge , & s’en retourna à Calais pour pafscr la mer ôc s’en
aier en fon Royaulme d’Angleterre.Et le conuoya iuf
ques audit lieu de Calais maiftre Hefbcrgc Euefque
d’Eureux, ôc fi laifîa ledit Edouart au Roy deux Ba¬
rons d’Angleterre, l’vn nommé le feigneur de Hauarr,
& l’autre le grant Efcuycr'd’Angleterre, iufques à ce
que le Roy euft eu aucune choie que ledit Edouart
luy deuoit enuoyer du Royaulme d’Angleterre, ôc les¬
quels de Hauart ôc grant Efcuyer eftoient fort amis &
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ijo Les Chroniques
en la grâce dudit Edouart, & qui auoient elle' fnoyefl
de faire ladite paix, treues, 8c autres traitiez entre
iceulxRois. Et furent iceulxHauart 8c grant Efcuyer
fort feftiez à Paris, & puis le Roy,meidits feigneurs
de Bourbon, Lyon, 8e aultres feigneurs qui eftoientà
Amiens, s’en retournèrent à Senlis, oüils furent vne
cfpace de temps. Et ordonna le Roy gens de fà maifon
pour mener & conduire lefdits deHauart & Efcuyer
parmy la ville de Paris 8c aultres lieux, 8c entre aultres
y ordonna & bailla la chargea fire Denis HdTelin fon
maiftre d’Hoftel 8c Efleu de Paris, qui en fîft bien fon
debuoir,à l’honneur 8c louange du Roy, 8e demourc-
rent en ladiéte ville par l’cfpace de huiét iours entiers,
où ils furent bien fort feftiez 8c menez iouer au bois de
Vinciennes 8e ailleurs. Et entre aultres chofes furent
bien fort feftiez aux Tourneiles, en l’oftel du R oy, &
pour ce faire leur fut enuoyé pour les honncftement
entretenir, plufieurs Dames,Damoifelles 8c bourgoi-
fes, 8e puis s’en retournèrent lefdits de Hauart 8c Ef¬
cuyer par deuers le Roy, qui eftoit à la Victoire prés
Senlis. Et audit mois le Roy qui eftoit audit lieu de la
Viétoire, s’en ala vers le pays de Soixonnois, 8c à no-
lire Dame de Liece. En ce voyage print & reduifit en
fes mains la ville de Sainét Quentin que monfeigneur
leConeftableauoitprinfefur luy, 8cboutéhors ceulx
à qui le Roy en auoit baillé la charge, ainfi que dit eft
deuan t. Et par auant lediét*Conneftable s’en eftoit alé,
& en l’obeiflànce dudit de Bourgongne. Et âpres qui
pis eftoit auoit efeript 8c madéaü Roy Edouart d’An¬
gleterre apres le traiété par luy fait auecques le Roy, 8e
»
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Dv Roy Loys XI. z 31
quil cftoit retourne à Calais pourpafler lamer 3 & re¬
tourner en Angleterre, qu’il eftoit vng lafche deshon-
nouré & poure Roy d’auoir fait ledid traidié auec-
ques le Roy foubs vmbre des promefles qu’il luy auoit
raides, dont il ne luy tiendroit rien, & qu’en fin s’en
trouueroitdeceu. Lefquelles lettres ainùaudid Roy
Edouart eferiptes par ledit Conneftable,il enuoya du¬
dit lieu de Calais au Roy, lequel apparceut que ledid
Conneftabien’eftoit point real comme eftredeuoit.
Et puis fut donné congié par le Roy audit deHauart
& grantEfcuier d’eux en retourner audit Royaume
d’Angleterre, & leur fut donné debeaulxdons, tant
en or qu’en vaiifelle d’or & d’argent, & fifift le Roy
publier à Paris qu’on leur laitfàft prendre des vins au
pays de France , tant que bon leur fembleit>it pour
mener en Angleterre, en les payant.
Audit mois d’O dobre le Roy qui eftoit à Verdun
&aultres places enuiron la Duché de Lorraine, re¬
tourna à Senlis & àla Vidoire, & y vindrent les Am-
baftàdeurs de Bretaigne qui firent la paix entre le Roy
& ledit Duc de Bretaigne, qui renonçaà toutesalian^
ces &fcelez qu’il auoit fait &c baillez contre le Roy.
Et pareillement ledit monfeigneur de Bourgongne
print & accepta treues marchandes auecques le Roy,
pareillement que la treue des Anglais.
Et le lundy feiziefme iour dudit mois d’O dobre
audit an mil quatre cens foixante & quinze, fut pu¬
bliée folempnellement au fonde deux trompettes, 6c
par les carrefours de ladide ville de Paris ladide treue
marchande, d’entre le Roy & mondit feigneur de
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z$z Les Chroniques
Bourgongne, pour le temps 6c terme de neuf ans,
commcnçanslequatorziefmeiour de Septembre au¬
dit an,& finifïàns àfemblable iour l’an mil quatre cens
quatre vingts& quatre. Par laquelle toute marchan¬
dée deuoitauoir cours par tout le Royaume de Fran¬
ce, & ce temps durant chafcunpouoit retourner en fes
poflelïions immeubles. Et puis le Roy s’en retourna à
faind Denis, ôc puisa Sauigny près Montlehery,& de
là au bois deMales-herbes, & en apres à Orléans, à
T ours, & à A mboife. Et le lundy vingtiefme iour de
Nouembre audit an foixante 6c quinze, fut mené ef-
carteller aux Halles de Paris par Arreft de la Court de
Parlement, vng Gentil-homme natif de Poidou,
nommé Régnault deVcloux,& fort familier de mon-
feigneufdu Maine, pour occafïon de ce que ledit Ré¬
gnault auoit fait plufieurs voyages par aeuers diuers
leigneurs de ccRoyaulmc, & confeillié de faire plu-
ficurstraidiez, & porté plufieurs fcllez contre 61 au
preiudicc du Roy,du Royaulme,& de lachofepu-
blicque. Et fut ledit Régnault par l’ordonnance de la-
dide Court fort fecouru pour le fait de fon ame 6c
confcience : car il luy fut baillé le Curé de la Magdelei¬
ne Penitancier de Paris, & moult notable Clerc, Do-
deur en Théologie, & deux grans Clercs de l’ordre
des Cordeliers, & furent pendus fes membres aux qua¬
tre portes de Paris, & le corps au gibet.
Et pour ce que par le Roy d’vnc part & fes AmbaP-
fàdeurs pour luy, 6c les AmbafTadeurs de monfèigneur
le Duc de Bourgongne, au mois d’O dobre qui eftoic
pafsé dernier, en fanant par eulx la treuc de neuf ans
entre
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dv Roy Loys XI.
entre eulx deulx,dont eft fai<£te mention,deuant auoit
efté promis de par mondit feigneur le Duc de Bour-
gongne de mettre &iiurer es mains des gens & Am-
bafladeurs du Roy ledit Conneftable de France nom¬
mé monfeigneur Loys de Luxembourg. Fut par ledit
Duc de Bourgongne baillé & liuré ledit Conneftable
es mains de monfeigneur T Admirai baftard de Bour¬
bon, de monfeigneur de fainéfc Pierre, de mbfeigneur
de Boucaige, demaiftre Guillaume deCerifày,& aul-
tres plufieurs. Et par tous les deflus nommez en fut
mené prifonnict en la ville de Paris, & mené par de¬
hors les murs d’icelle du cofté des champs, à l’entree de
la Baftilie fainét Anthoine. Laquelle entree ne fut
point trouuee ouuerte , & pource fut ordonné & ame¬
né ledit monfeigneur le Conneftable pafler parrny la
porte fàint Anthoine au dedens de ladiéfce ville, ôc mis
en ladiéte Baftilie. Et eftoit ledit monfeigneur le Con¬
neftable vcftu& habillé dvnecappe de camelot dou¬
blée de veloux noir, dedens laquelle il eftoit fort em-
brunché,& eftoit monté fur vng petit cheual à cours
crains fort v elues. Et audit eftatapres ce qu’il fut de-
feendu audit lieu de la Baftilie, trouuaillec monfei¬
gneur le Chancellier, le premier Prefident, & les aul-
tres Prcfidens en la Court de Parlement, & plufieurs
Confeillers d’icelle Court. Et auifi y eftoit fire Denis
HefTelin Maiftred’ôftel du Roy rioftre Sire, qui tous
illec le receurent, & apres s’en départirent, & le laifTe-
rent en la garde de Phelippe Luillier, Capitaine dudit
lieu de lâ Baftilie. Et auquel lieu de la Baftilie ledieft
monfeigneur l’Admirai prefent mondit feigneur le
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i54 Les Chroniques
Conneftable, aufdits Chaneellier,Prclidens & aultres
dcfllis nommez, profera & ditt telles oufemblablcs
parolles, en dfeét & fubftance: Mefieigneurs qui cy
elles tous pcefens, vqcz cy monfcigneur de faindt Pol,
lequel le Roym’auoit chargé d’aler quérir par dcuers
monfcigneur le Duc de Bourgongne, qui luy auoit
promis Le luy faire bailler, en Laifant auecques le Roy
ion dernier appointement de la treue d’entre eulx. En
foumiiîant à laquelle promeife le me a faiét bailler &
deliurcr, pour & aunom du Roy. Et depuis l’ay bien
garde iufques que ic le mets & baille en vos mains,
pour luy fairefon procez le plus diligemment que fai¬
re le pourrez : car ainh ma chargé le Roy de le vous di¬
re, & à tant s’en partit ledit monfdgncur rAdimtal
dudit lieu de la Baftille.Et apres que ledit Conneûable
cutainfilaifsc h mains des dcfïiis nommez, monfei-
gncurleChanceüier;, premier & fécond Prefidens de
Parlement, & aulrres notables &i fàiges perfonnes,
en bien grant nombre, à faire ledit procez vacquerenr
& entendirent à bien grant diligence &c fidiciiude à
faire ledit pnooezj&cn milànt icefluy. interrogent le¬
dit feigncurdcS. Polfur les charges &c crimesa luy rais
lus & impofez, aufqucls interrogatoires daefpôdk de
bouche fur aucuns points.,' Icfquâs inccrrogato ires &
«défiions furétmis au net,& enuoy ez deuers leRoy.
Elle fiindy qnatriclme iour de Décembre auditan
fi>ixante & quinze,aduint quevng 'Heratdt du Roy
nomme Montjoye, natif du pays de Picardie , & qui
Eaifoit la plufpart de là refidence auecques ledit fei-
gacuTdelàin& Pol, toay eftant Conndlatale, vint &
' T ' : S
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dv Rot Loys XI. *$5
arrj.ua luv & vng feen fils en la ville de Paris, par deuers
maiftrelehan de Ladriefche Prefident des Comptes
& T reforicr de France, natif du pays de Brebant,pour
luy apporter lettres de par le Conte de Merle, fa fem¬
me & enfans, affin de fecourir & aider par luy en ce
quepoflible luy feroit audit Conneflable pere dudiot
Conte de Merle :lefquclles lettres ledit maiftre Ichan
de Ladriefche ne voulut pas receuoir d’icelluy Héraut,
finon ert la prefence de monfeigneur le Chancellier,&
des gens du Confeil du Roy. Età celle caufeledit mai-
lire Iehan de Ladriefche mena & condüifit ledit Hé¬
rault iufques aulogis dudit monfeigneur le Chance¬
lier , affin que par luy lcfdites lettres îeufTcnt veuës, &
ce que dedens y elloit contenu .\mais pource que ledits
Ichaii de Ladriefche demeura longuement auConfeü
auecqucsuccliuy monfeigneur le Chancellicr 6c aul-
tr.es, ledit Montjoye & ion fils s’en ret-ournerent en
leur logis , 6c illcc montèrent incontinenoàcheual 6c
s’enalercnt au gifle à Bourgel. Combien que à. leur
partementils dirent àleurhofle que fe aucun les de-
mandoit,.quil dillquils s eneftokntalczau gifle au
bourg la Roync. Et quant ledit de Ladriefche cuida
trouuer ledit Herault pour auoir lefdidles lettres, ne le
trouuappintjpourquoy futha&iuemét enuoyc apres
ledit Hérault iufques au bourg, la Royne, où il ne fut
point trouué: mais fut trouué par deux archicrs de la
ville de Paris audit lieu de Bourgel, 6 c- par eulx ramené
le Dimenche tiers iourde D ccembre audit an, lequel
fut mené 6c conduit iufques enl’oftel d’icelle ville, &
illec deuant les gens & Confeil ace ordonnez, fut le-
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i3 6 Les Cmroniqves
dit Montjoye & fondit fils,chafcun à part interrogué,
& furent leurs dépolirions redigees & mifes par elcrit
par le fire Denis HefTelin. Et apres ce furent lefdits
Montjoye & fondit fils mis & laiifez en la garde de
Denis Baudart, archier de ladite ville & en fon hoftel,
auquel il fut & demoura par refpace de vintg-cinq
iours, &illecbien & diligemment garde auec fondit
fils, par trois des archiers de ladite ville.
Audit temps au commencement du mois de Décem¬
bre,fut amené leConte de Rouffi qui prifonnier eftoit
dcdensla groffetour de Bourges, iüfqucs au Pleffis
du parc, autrement dit le Montils lez Tours, où le
Roy eftoit. Et illec fut parlé à luy, & luy fift plufieurs
gransremonftrances des grandes folies efqucllcs par
long temps il eftoit entremis i & comment il aubit du
Roy durant ce qu’il auoit ellé & foy porté fon en-
nemy /& fait plufieurs grans & énormes maulx à fes
villes,pàyi&fubgedts,comme Marefchai de Bour-
gongne pour le Duc. Et comment villainement &
nonteufement il auoit efté prins prifonnier par les
gens de guerre du Roy,qui pouriuy ëftoient en armes
audit pays de Boürgongne loubs la charge de monfei-
gneur le Duc de Bourbonnois.
Et par ledit de Rouffi baillee fà foyau feigneur de
Cômbfonde, & corainent il auoit achaté de mondic
feigneur le Duc vingt & deux mil efous d’or. Et luy fift
le R oy de grans paours & effrois, dot ledit feigneur de
Rouffi cuida'auoir froide ioyc de fa peaùrmais en con-
clufionle Roy le mift à quarante miî efcus de rançon,
ôc luy fut par iuy .donné terme de les trouuer & rap-
; ;p
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dv Roy Lo ys XI. z$j
porter deuers le Roy dedens deux mois apres enfui-
uans, pour tous termes & delais, & que aultrement &
ouilyauroitfaultededens ledit terme,quil feuft a£-
feuré qu’il mourroit. Et depuis ces choies fut procédé
par toute diligence à faire le procez dudit Connefta-
bie,parmefditsfeigneur lcChancellier,Prefidens &c
Confeillers Clers & Lais de la Court de Parlement,
defdics de fainéb Pierre &c aultres, à ce faire ordonnez
& appeliez.
Lequel procez veu fut par eulx conclud, tellement
que le mardy dix-neufiefme iour de Décembre audiét
an mil quatre cens feptantc cinq, fut ordonné que le¬
dit Conneftable feroit mis & tiré hors de fàprifon &
amené en la Court de Parlement, pour luy dire & dé¬
clarer lediétum donné & conclud alencontre de luy,
par icelle Court de Parlement,& fut à luy ledit iour de
mardy.en la chambre & logis d’iccluy Conneftable en
ladiéle Baftille fainéf Anthoine, où il eftoit prifoiî.-
nier, ledit monfeigneur de faindt Pierre qui de luy
auoit la garde & charge : Lequel en entrant en la
chambre luy fut par luy dit, Monfeigneur que faidbes
vous, dormez vous, lequel Conneftable luy refpon-
dit, nenny, long temps a que né dormy : mais fuis icy
ou me voyez penfant & fantafiant. A uquel de fainét
Pierre dift qu’il eftoit neceftité qu’il feleuaft pour ve¬
nir en ladiéte Court de Parlement, par deuant les fei-
gneurs d’icelle Court, pour luy dire par eulx aucunes
chofes qu’ils luyauoient adiré touchant fon faiéf &
expédition, ce que bonnement ne pouuoit mieulx
faire en ladiébe Court: En luy difant aufli par ledit de
G g "i
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138 Les Chr.oniqjes
fainél Pierre qu’il auoit efté ordonné que auecques
luy ôc pour l’accompaigner y ferait Ôc viendrait mon-
feigneur Robert Deftouteuille, Cheualier Preuoft de
Paris, dont de ce ledit Conneftable fut vng peu e£-
pouuenté,pour deux caufes que lors il dccIaira.Lapre-
miere, pour ce quil cuidoit que on le voulfift mettre
hors de la pofTellion duditPhelippeLuillier,Capitaine
d’icelle BaftiUe, auecques lequel il s’eftoic bien trouué,
ôc l’auoit fort agréable, pour le mettre es mains dudit
Deftouteuille qu’il reputoiteftre fou ennemy, ôc que
s’il y eftoit doutoit qu’il luy fift defplaifir, ôc aufli qu’il
craignoit le populaire de Paris,& de paflèr parmy eux.
A toutes lefquclles doubtes ainfi faiâes par ledit Con¬
neftable,luy fut folu & dit par ledit feigneur deS. Pier¬
re que ce n’eftoit point pour luy changer fon logeis,&
qu’il le mènerait feulement audit lieu du Palais, fans
luy faire aucun mal,ôc à tant s’en partit dudit lieu de
la Raftille, monta à cheual ôc ala iufques audit Palais,
coufiours au milieu defdits D eftouteuille 6c de fainéfc
Pierre, qui le firent defeendre aux dégrez deuant la
porte aux Merciers d’icelleCourtde Parlement. Et en
montant efdits dègre 2 trôuüa illee lc feigneur de Gau-
court ôc HefTelm, qui le faluerent ôc luy firent le bien
venant, & icelluy Conneftable leur rendit leur faluc*
Et puis aptes qii’il futmonté le menèrent iufques en la
tour criminelle dudit Parlement, ou il trouua monfei-
gneur le Chancelier qui à luy s addrefTa, en luy difanc
telles paroles* Monfeigneur de fainct Pol vous auez
eftépar cy-déiiafir ôc iuiques àptefène tenu ôc réputé
le plus faige ôc le plus confiant Cheualier de ce Royau-
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Dv Roy Loys XI. *39
me, ôc puis doncques que tel auez elle iufques à main¬
tenant,il eft encorcs mieulx requis queiamaisquç ayez
meilleure confiance que oncques voiis n’euftes, & puis
luy dillmonfeigneurilfaultquevous oftiez d’autour
de voftre col l’ordre du Roy, que y auez mife. A quoy
refpondit ledit de S.]Pol,quevoulcntiers il lcferoit.
Et de fait mift la main pour lacuider olter: maisellete-
noie par derrière à vne efp ingle, & pria audit de faind:
Pierre qui! luyaidaft à l’auoir,ce qu’il fifl, ôc icelle
baifa & bailla audit monfeigneur le Chancelier, ôc
puis luy demanda ledit monlèigneur le Chancelier ou
elloit ion efpee que baillee luyauoit elle en lefailànt
Connellable. Lequel rebondit qu’il ne l’auoit point,
ôc que quant il fut mis enarrel! que tout luy fut olle.
Si qu’il n’auoit riens auecques luy aultrement qu’ainfi
qu’il elloit quant il fut amené prisonnier en ladiéle
baftilie, dont pat mondit feigneur le Cliancellier fut
tenu pour excufé.Et a tant fe départit mondit feigneur
leChancellier,& tout incontinent âpres y vint ôc artR
ua maiftre Iehan de Ponpaincourt Prefident en ladite
Court,qui luy dillaultres parollestelles que s’enfui-
uent. Monfeigneurvousfçauez que par l’ordonnan¬
ce du Roy vous auez dlé conflitué prifonnier en labâ-
ftilie làinél Anthoine, poulrâilbn de plulieurs cas &
crimes à vous mis lus ôc impofez. Aufqudles charges
auez refpondu ôc elle ouy en tout ce que vous auez
voulu dire, & fur tout auezbailié vos excufàtions > ôc
tout veu à grant & meure deliberation, le vous dis &
declaire, ôc par Arrefl d’icelle Court, que vous auez
Êftécriminieuxde crimedelezc Majêllé, & cotnme tel
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.'Les Chroniqjes
elles condcmné par icelleCourt à foufîrir mort dedens
leioy.rd’huy, c’eftà fçauoir, que vous ferez décapité
deuantl’oftel de celle ville de Paris, & toutes vos fei-
gneuries,reuenuës, & aultres héritages ôc biens dc-
claircz acquis ôc confifquez auRoy noftre Sire,duquel
diétum ôc fentence il fe trouua fortperpleux, & non
(ans caufe,car il ne cuidoit point que le Roy ne fa iufti-
cele deulfent faire mourir. Et dtft alors ôc relpondit,
Ha, à Dieu foit loué, vecz cy bien dure fentence, le luy
fupplie ôc requiert qu’il me dône grâce de bien le con-
gnoiftreauiourd’huy. Et h diftoultre à moniteur de
S. Pierre! Ha,a moniteur de S. Pierre, cen’eftpascy
ce que m aués toujours dit,& a tant fe retrahit. Et lors
ledit moniteur de S. Poi fut mis ôc baillé es mains de
quatre Docteurs enTheologie,dont l’vng cftoit Ccy:-
delier nome maiftrelehan de Sordun,VautreAuguftin,
le tiersPenitencierdeParis, 3c le quart cftoit nommé
maiftrelehan Hue Curé de S. Andry desArs, Doyen
de la faculté de Théologie audiéb lieu de Paris, auf-
quels 3c à mondit feigneur leChancellier, il requift
qu’on luy baillaft le corps de noftre Seigneur,ce qui ne
luy fut point accordé, mais luy fut fait chanter vne
Melfe deuant luy, dont il fe contenta alfés. Et icelle di¬
ète luy fut baillé de l’eauëbenoifte ôc du painbenoift
dont il menga, mais il ne buft point lors depuis , ôc ce
faitdemouraaucc lefdiéts Confelfeurs iufques à entre
vne ôc deux heures apres midy dudit iour qu’il defeen-
dit dudit Palais ôc remonta àcheual pour aler enl’o-
ftel de ladiète ville, où. eftoient faits plulieurs efehaf-
faulx pour fon execution. Et.auecques luy y eftoient
le
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dv Roy Loys XL z 41
le Greffier de ladite Court, & Huifficrs d‘icelle. Et
audit hoftel de la ville defcendit & fut mené auBureau
dudit lieu, contre lequel yauoit vn grant efchaflàult
drecié , & au ioingnant dicelluy on venoit par vne
alee de bois a vng aultre petit efchaflàult,là ou il fut
exécuté. Et en icelluy bureau fut illec auec fefditsCon-
fefleurs failànt de grans & piteux regrets, & y fift vng
tcftament tel quel, & foubs le bon plciifir du Roy,que
ledit iire Denis Heflclin efcripuit foubs luy.En faifànt
lefquelics chofes il demoura audit bureau iufques à
trois heures duditioury qu’il ylEffihors d’iccllüy bu^-
reaü, & s’en vint getter au bout dudit petit efchàffimlt
& mettre la face,les deux genoils fléchis deuant TE»
glifenoftre Dame de Paris, pour y faire fon oroifon 1,
laquelle il tint affez longueen douleurcux; pleur ôè
grant contrition, &: toufiours la croix deuant lesy eux,
queiuy tenait maiftrc Iehan Sordun, laquelle fouuent
if baifoit en bien grant reuerence,& moult pioeufo^
ment plourant. Et apres fàdide orbifonainû raiébq &
quilfefutieué debout, vint à luy vng nommé petit
Iehanflk deHenry Couimylprs maiftre rcKeçuteut dé
khaulte Iàfliicççqhiiapplqrta vneimbyèwné cotf dcdpiiiè
il lia les mainsduait de kinét Rolyce quil fouflsrit bieti
benignement. Etcnappe&lêmerialedirpetic Iehan 8î
fiftmôntef dcffiusdédkpBnœ^cha^illt\ défltti lequel
il fe arrefta & tourna le vifàijye-par • deûér* ledit Chan-
cellier de Gaucoùrt Preuaft de Paris, fcigneür de S.
Pierre G réffief CiuildelaBiébe Coucsjdïidit firè Demi
H cffielinjiSc aufercsOfficiérsduiRoyîHollreSireÿdlaïM
illëc en bien grant nombre, en leur criant mercy pour-
Hh
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2.4 i Les Chroniques
le Roy, & leur reqùerant qu’ils euflent Ton ame pour
recommandée. Non pas comme il leur dill qu’il n’en-
tendoitpas qu’il leur couftaft riens du leur. Et aulïi fc
retourna au peuple eftant du coufté du faind: Efperit,
enieurfuppliant aufïi de prier pour Ton ame, & puis
s’en ala mettre à deux genoulx defTus vng petit carreau
de laine aux armes de ladite ville, qu’il mift à point &
le remua de l’vrigde fes pieds, où il fut iliec diligem¬
ment bandé par les yeulx par ledit petit Iehan, touf-
iours parlant e Dieu & à fefdits conrefTeurs,& fouuent
baifàntladiéfe croix. Et incontinent ledit petit lehan
faifit fon efpee que fondit, pcrc luy bailla , dont il fïft
voiler la telle de defliis les elpaules, (i toft & fi tranfi-
uement que Ion corps cheyta terre aulfi toft que la te¬
lle,, laquelle telle incontinent âpres futprife par les
cheueulx par icelluy petit Iehan , & mifelaueren vng
feau d’eau eftâs prés d’illec, & puis mife lùr les appuyés
dudirpeticelchaiFault & monftréaux regardans ladi-f
éle çxceuàionjqul eftoient bien deux cens mil perfon-
nes & mieulx. Et apres ladiéte. execution ainli faiéte
ledit eorp&mortifut defpoiiillé & misauccdadiéle te-
ilejltoüt enfeudy dcdensvng beau drap.delin, &puis
bouté dedeiis vng ceréiiéil de bois, que ledit lire D cnis
Hellèliri auoit fait fairet.Erlequcl corps ainfi enfçpue-
ly.qjiE dir éH, fut .venuit^imr par llordré des Corde¬
liers dè Parié, & fur leurselpauîes Femporterentinhu-
riieren leur JEglife. Et aufquels Cordeliers leditHeffe-
Im fift bâiller'quarante torches pour faire , le conuoy
dMjefoçatps.jdprcsleqùel il fut ôc le conuoya iufqucâ
auditlicu des. Cordeliers, & le landemain y fiû aulli
' k\.
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dv Roy Loys XI. 143
faire vng’beau feruicc en ladite Eglife, ôc aufli en fut
fait feruice à faindb lehan en G reue, là où aufti fa foife
auoit efté fai<Ste cuidant que on luy deuft en terrer, & y
eut efté mis ce n’euft efté que ledit Sordun dift à icelluy
de lainét Pol, que en leurdiéte Eglife y auoit enterrec
vne Conteflc de fainéb Pol, &c qu’il deuoit mieux vou¬
loir y eftre enterré que en nulle aultre part , dont icel¬
luy de làinét Pol fut bien content, & pria à fes luges
que fondit corps feuft porté aufdits Cordelliers. Et eft
vray que apres ladiéte fentence ainli declairee appert
auditdeffunétde faindb Pol que dit eft, fut tout fon
procez bien au long declairé au grant parc de ladiétc
Court, & à huis ouuers. Auquel'procez fut di< 5 t & de¬
clairé de moult merueilleux & énormes cas & crifmes
auoir efté faits & perpétrez par ledit delàinét Pol, &c
en iceulx maulx foy eftre entrctenu,continué & main¬
tenu par long temps, & par diuerfes fois. Et entre les
aultres choies fut dit & récité comment lefdits de
Bourgongne & de fainét Pol auoient enuoyé de la
partie d’icelluy de Bourgongne, meflirc Phelippe
Bouton,’& meflire Phelippe PotCheualiers, & de la
partie dudit ConneftableHeétor dcl’Elclufe par dc-
uers monlieur le Duc deBourbon, afïin de efmouuoir
mondit feigneur de Bourbon de foy efleuer & eftre
contre le Roy, & foy départir de fa bonne loyaulté,
aufquels fut dit pour ledit feigneur par la bouche du
feigneur deFleurac fon Chambellan, qu’ils s’abu-
loient, & que ledit feigneur aimerait mieulx mourir
que d’eftre contre le Roy, & n’en eurent plus pour ce¬
lte fois. Et que depuis ce ledit de l’Efclufe y retourna
Hh ij
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144 Les Chroniques
de rechief, qui dift audit monfeigneur de Bourbon
que ledit Conneftablc luy màndoit par luy, que les
Anglois defcendroient en France, & que fins difEcul-
eé à l’aide dudit Connéftable ils auroient & emporte-
roien t tout le Royaulme de France. Et que pour efche-
uer là perdition & de fes villes & pays, ledit feigneur
de Bourbon vouifift eftre &c foy alier auec ledit de
Bourgogne,&luy dift en ce failànt que luy en viédroit
degrantproufEt. Etoùilnevoudroit faire que bien
luy en conuenift, que s’il luy en pren oit mal, qu’il ne
fieroit pasà plaindre. Lequel mon dit feigneur de Bour¬
bon dift &c relpondit audit de l’Efclufe qu’il n’en fc-
roit riens, & qu’il aimeroitmieulx eftre mort & auoir
perdu fon vaillant, &c deueniren auffi grant captiuité
& poureté que oncques fut lob, que de confentir fai¬
re , ne eftre fait, quelque chofe que ce feuft, au dom-
maige,. au prciudice du Roy , & à tant s’en re¬
tourna leduft Hetftor fans aultrc chofe faire. Et par
auant ces chofes mondiéf feigneur de Bourbon en-
uoya au Roy lefiiiétes lettres de feellé dudi<ft Con-
neftable, par lefquelles apparoift la grande trahi-
fon dudit C on neftable, & plulieurs aultres grans
cas, trahifons, &: mauuaiftiez que auoit confenees à
fondit procès ledit Gonneftable bien-au longdeclai-
rees en iceluy procès que ie lailfe icy pour caufe de
briefuecè. Et fi eft vérité que ledit Côneftable apres ce
q u’il eut efté cô fefle & qu’il vouloir venir audit efichaf-
faut, dift & declairaà fèfdits Côfcffeurs qu’il auoit de-
dens fon pourpoing foixante dix demy eicus d’orqu’il
tira hors d’iceluy,. en priant audit Cordelier qu’il les
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DV Roy Loys XI. 145
donnaft & diftribuaft pourDieu,& cnaulmofhepour
foname &enfàconfcicnce, lequel Cordelier luy dift
qu’ils feroient bien emploiez aux poures enfans No-
uices de leur maifQn, & autant luy en di|t leditft Con -
fefleur Auguftin- des enfans de leurmaifoii. Etpour
tous les appaifer dift & refpôdit icelluy derfund Con-
neftableàfefditsÇonfeftèurs qu’il prioit à tous lefdits
quatre Confefteurs que cliafciyi en prenift là quatre
partie, &que en leurs confciènces le diftribuaffent là
oüilsverroicnt qu’il feroit bien employé. Et en apres
tira vng petit anneau" d*or pu auoit vng diarpanc qu’il
auoit en fon doy, Ôc pria audit Penitâcier quille don¬
naft & preferitaftdepar luy à l’imaigenoftre Dame de
Paris,& le mift dedens Ton doy, c<$ que ledit Penitâcier
promift de faire. Et puis dift enepres audit Cordelier
Sordun, beau pere veez cy vne pierre que i ay longue¬
ment portée en mon col, & que i’ay moult fort aymec
pourde quelle a grade vertu ; car elle réftftdeoncrè tout
venin, & preferue aufli de toute peftilenee,laquelle
pierreie vous prie que portez de par moy à mon petit
fds, auquel direz que ie luy-prie qu’il .là garde oien
pour l’amour de moy, laquelle choft luy promiftde le
fàire.Et apres ladide mort mondit feigneur le Chan-
ceüier interroga lefdits quatre Confeïeurs, s’il leur
auoit aulcune chofe baillé, qui luy dirent qu’il leur
auoit baillé lefdits demy efeus, diamant, & pierïe,de£
fus declairez. Lequel monfèigneur le Chancellier leur
refpondit, que au regard d’iceux demy efcus& dia¬
mant, ils en feiflent ainfi que ordonné l’auoit,mais
queaüregard de ladide pierre,quelle feroit baillée
H h iij
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z ^6 Les Chroniques
au Roy pour en faire à Ton bon plaifir.
Et de ladi&e execution ainfi fai&e que diteft,cn fut
fait yng petit epitaphe tel qui s’enfuit.
il quatre cens l’annee de grâce.
Soixante quinze en la grant place,
tA Paris que l'on nomme Greue.
L’an qui fut fait aux zAng^tois treue.
De Décembre le dix-neuf ,
Sur ojn efehaffault fait de neuf:
Fut amené le Connectable,
'' A, compaigniè grant et> notable :
Comme le veult Dieu ffrj raifon ,
Tour fa très-grande trahifon.
, Et la il fit décapité, ..
Eh cejlè tres-noble cite.
Et apres ladite execution ainfi faille dudit Con-
neftahle, fut le famedy vingt-troificfme iour dudidb
mois de Décembre , fait publiera Parisafon de trom¬
pe & cry publique le defappointement des Gcneraulx
màiftres des Monnoyes,pour les caufes contenues au¬
dit mandement. Btaubeu d’eulx le Roy mift & cfta-
blift quatre perfonnes feulement: ceft aflàuoir firc
Germain de Merle, & Nicolas Potier, Dcnys le Bre¬
ton , & Symon Auforran.Erfut ordonné que les efeus
d’or du Roy, qui parauant auoient eu cours pour
vingt-quatre fols parifls & trois tournois , auroient
cours pour trente-cinq vnzains, vaillans vingt-cinq
fols hui< 5 t deniers parifls. Et que on feroit desaultres
efeus d’or qui auroient vng croiffant,au lieu de la cou-»
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dv Roy Loys XI. 147
ronnc qui cftoit es aultres efcus,qui vauldroient tren-
te-fix vnzains, du prix de vingt & fix fols fix deniers
tournois, & des douzains neufs de douze tournois
pourpiece. Etleditiour de famedy par làpermiflion
du Roy furent aler quérir & : afTcmbler lé corps qui
pendu cftoit au gibet de Paris de Régnault deV eloux,
& lateftcqüi mife eftoit au bout d‘vne lance es Haies
dè]Paris,auecques fès fnébres attachez à quatre poten¬
ces aux portes de Paris, & fut tout aftemblé enfemble.
Et puis furent portez inhumer & enterrer auConuent
defditsGofdéliers de Paris, auquel lieti lûy fut fait fbh
fefuicë & horinoÉablemenr, pour le falut & rémede de
foriame, toutaucouft,mifes & defpeiisdesparens. &
amis dudit‘déffiin<ft Rlégfiauk de VëlpUx.- 1 ' ' ;
Et lè mardy enfuiüànt iouï fàln^Eftfëniietâpres
-Noël, auditanfeptanté-cinq,fut & comparuft par-
•deuant'l’oftcl fie ladite ville de Paris vhg Chëualiér
Lotfebâft,'UOintne meftire Bbüfiftéj qtihauôft éftëdef-
fiéd’eftrccômbâtuà oültrancë ën lice de pie jpar vng
afûltre Cheualier natif dii Royaulme .d’A rragon, qui
audit iioüry dëuôitf coriàpàrer, mâïls ît f iiy ( vint point.
ËKpburâuoif contre luy tel deftaùlt que de raifon par
ledit Bouillie, s’eh vint par deuers le Colite deDamp-
tttàmn illeé ordonne" lugede pâï le Roy de la queftioh
d'efltîëlefdiéieS 'éjem partiesÆt'ville en iéelle place lë-
'dit'Boufillc tout armé de fori harnois, & en f eftât qu’il
deuoit combacre, fa hache au poing, & deuant luy
fàifoftpôrter'fonenfcigne, & auoittrbis trompettes,
ôcapfesluyduôit plufieurs ferüitcürs, dont l’vng luy
portait encores vhe aultre hache d’armes. Et apres
,couo.. njio;
v à.
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44* . Les Chroniques
qu’ileutainfi parlé audit de Dampmartin& fait fàdi-
£tc requefte,il fc retrahit & s’en retourna en Ton ho-
ftellerie,oupendrenfeignedugranc Godet prés du¬
dit hoftel de la ville.
Et le ieudy vingt-huiétiefmciour de Décembre au¬
dit an quatre censfoixante-cinq, enuiron l’eure de fix
heures de nuit mpnfieur d’Alençon dont eft parle de-
uant, & quiaupit èfté longuement detenu prifonnier
audit Chafteau duLouure, en fut mis dehors par la
permiflion du Roy, qui oétroya à fes gardes que on le
trçift en ladiéte ville en vng holteljde boUrgois, ou ils
yerroienteftre bon, & il fut mené loger en l’oftel feu
maiftre Michel de Laillier, & y eftoientà le mener du¬
dit Louûreiufqües audit hoftel, lédit;hçéI^ço.ÿshfef-
. félin Jacques Heflelin fon frçjre, fns Iehan dçHâîlay
Cheualier d^Guet, & aultres perfonnes en armes ; Et
jdcuaatlpdit-fçigpqm^OioienrpQrtçes qi^Crç .torches.
A# ç>\futo^dndi£. sudhifcmtÀ-
çinq, futpubliée ai fon de trompe p^irltecarrefou}:S:diP
. Paris les lett res patentes du Rpy noftfç Sire., qui cOnr
tcfl^e^icpmpn(ç d^;f0^anc4enn^Uupir sftéipetr
: HHs,aüX;RGiÿd^P^n^cpat)lé^feiî^^§f^^s>!qaê
de cinq ansen cinq ans, ilspeuire^t'^çqlTemlhlçfl dé
..ppu? Iqs Prélats du Royaulmed* Ika^spodr Iftisêar-
JUatiqn de- .lLp^ld#.> '^jguid5 ldng; temps
j n auoitefté:fait;pour laquelle cnpfe & audi queleRojy
voulant lg$ dronsdel’Égldè oftrç'g^te&fiobferue^»
y0ult'&ord*>œ*aqurdtreud^
en layülede Lyon» ou aukr# lieU'pjés d’ilkcï-pour^
quoy d vouloir, mandoit & ordonnoit, que tous
Arccuefques,
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Dv Roy Loys XI. *49
Arceuefques,Euefques, & aultres conftituez en di¬
gnité 7 , feuffent refidens chafcun en leurs bénéfices & fi
enalaffent demourer,pour eftre tous preft & appa¬
reillez à aler ou ordonne 7 leur feroit, & où. ils n’au-
roient ce fait dedens fix mois apres ladi&e publica¬
tion, que tout leur temporel feuft faifi, & mis en la
main du Roy. Et apres ledit cry,fut fait de rechief pu¬
blier comme de pieçaleRoy pour luy fubuenirà au¬
cuns fes affaires j & pour lanecefflté de. fon Royaul-
me,euftmis& ordonné vng efeu àeftre leué & payé
fur chafcunc pipe de vin, à mener dehors du Roy-
aulme, & qui en feroit tyré, & de toutes aultres
denrees à la valeur, qui par aucun temps auoit efté de-
laiftee à cueillir. Lequel ayde d’vng efcu fur chafcunc
pipe de vin feulement, & non point fur aultre mar-
chandife, fut de rechief mis fus par toutes les éxtremi-
tez du Royaulme. Et à ce faire & recueillir maiftre
Laurens Herbelot Confeiller dudit Seigneur, & Dc-
nys Cheualier jadis Notaire au Chafte.Het de Paris,
non obftant que decefte mefme charge leRoy y auoit
pieça ordonnémaiftre PierreIouuelinCorredeur des
Comptes, qui de ce en demoura defehargé. >
Aumoys de Feburier audit an mil quatre cens foi-
xante cinq le Roy qui eftoitàTours & a Amboifes’cn
partitpouraleraupays .de Bourbonnois & d’Auuer-
gne, & de là s’en ala faire fa neufuaine à noftjreDamc
du Puy, & de la en Lyonnois, & au pays du Daulphi-
né. Et luy eftant audit lieu du Puy eut nouuelles que
les Suiffesauo.ient rencontré le Due ?de Bourgongne
& fbnarmee, qui vouloierit entrer audit pays de Suif-
I i
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zjo Les Chroniques
fe. Et comment ils auoient mis ius ledit de Bourgon¬
gne, & des gens de Ton armee, bien de feize à dixhuidfc
mil hommes, & fi gaignerent toute fon artillerie par
la maniéré qui s’enfuit. Apres que le Duc de Bourgon-
gnceut' prins GranfTons où il y a ville, il s’en ala au
long du lac de Verdon, en tirant deuers Fribourg, &
trouua moyen d’auoir deux chafteaulx qui font fur les
montagnes à l’entree de Saxe ; mais les SuifTes qui bien
fçauoient fa venue, & laprife qu’il auoit fait aefdi&s
deux chafteaux, & dudit Granüon, s’approucherent.
Et le Vendredy au foir deuant le iour des brandons,
trouuerent iceulx SuifTes moyen de endorre lefdits
deux chafteaulx en façon telle queceulx qui Soient
dedens n’en pouuoient faillir, &c mirent leurs embuf-
ches entre &affez|)res defdits deux chafteaux ettvng
petit bois près de la où les Bourguignons auoient mi¬
les leurs batailles. Et le lendemain enfumant veille
defdits brandons au bien matin, ledit Duc de Bour-
gongne pafta auecqües fes gens ôc fort artillerie. Et in¬
continent qu’il fut pafte lefdits SuifTes qui n’eftoient
queenuirondequatreàfixmilcouleuriniers, & tout
à pied, qui fe prindrént à tirer & bouter le fou dedens
leurs ballons, don fils firent tel & fi bon bruit, que
les chefs de Tauantgarde dudit de Bourgongne y fu¬
rent tous tuez, & ainfi tourna en fuite toute iadidle
âuant-garde. Ettantoft après chargèrent lefdits Suif-
fes fi eftroit que la bataille tourna en fuite. Et non ob-
ftantcequeledicftde Bourgongnefiftfonpouuoir de
ralier fes gens pour refifter à la fureur défaits SuifTes.
Finablcment luy fut force de tourner en fuite, & s en
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dv Roy Loys XI. 251
efchappa à grant peine & dangier de fà perfonne, Ôc
luy cinquième en cheuauchant & fuyant fans arre*
fter, &louuant, regardoit derrière luy vers le lieu ou
fur faiéte fur luy ladite deftroulfe, iufques à Ioigné,Qii
il y a huid: groffes lieues, qui en valent bien feize de
France la iolie, que Dieufaulue ôc garde. Et y furent
m ors à ladi£fce rencontrée la plus part des Capitaines
ôc gens de renom de lanneedudit de Bourgongne. Et
fut faitfle ladite deftroulfe le Samedy deuxiefme iour
de Mars audit an foixante ôc quinze, oii il y eut grant
meurdre fait dcfdits Bourguignons. Et apres ce que
ledit de Bourgongne s’en fut ainfl honteufement ruy
quediteft, ôc quil eut perdu toute fon artillerie, (a
vaiflelle', & toutes fes bagues, lefdits Suifles reprin-
drentlefdifts deux chaftcaulx, ôc firent pendre tous
les Bourguignons qui dedeaseftoient. Etaulli reprin-
drent la ville & chairel de Granlfon, & firent dépen¬
dre tous les Alemans que ledit de Bourgongne y auoit
fait pendre, qui effoient en nombre cinq cens ôc dou¬
ze, & les firent mettre enterre faindte. Et puis firent
pendre les Bourguignons qui eftoient dedens lediét
G ranlTon es rrtelmes lieux,ôedeslicols dont ilsauaient
pendules Alemans ou SuilTes.
Auditmoisde Mars, & audit an foixante cinq, le
Roy qui auoit çnuqye Moniteur de Beau-jeu auec-
ques grant quantité de gens de guerre aflieger mori-
dit feigneurle Ducde Nemours ,que lors eftoitàCar-
laten Aùuergne, fè mift ôc rendit mondit feigneur de
Nemours és mains de monleigneur de Beau-jeu qui
le mena par deuers le Roy,cftant lors au pays du Daul-
Ii ij
*
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zji Les Chroniques
phiné&Lyonnois.Etfut ledit de Nemours del’Or-
donnance du Roy mené prifonnier au chafteau de
Vienne. Et durant qu’il fut ainfi afïiegé au chafteau
deCarlat, madame la femme filles de Charles d’An¬
jou Conte du Maine,accoucha d’enfant en icelluy lieu
de Carlat. Et tant pour la defplaifànce de fondit fei-
gneur & mary que du mal d’enfant, ala de vie à tref-
pas, dont ce fut grant dommaige,car on la tenoit bien
bonne & honnefte Dame. Et apres ces choies fut me¬
né ledit feigneur de Nemours à Pierre Aflife lez Lyon.
Au mois d’Apuril audit an, le Conte de Camboba-
chcLombartouMillenois, quiauoit la conduire de
deux cens lances de Lombardie qu’il auoit amenées
audit Duc de Bourgogne,luy tenant le iiege deuant la
ville de Nux, & qui depuis sefto.it trouuéauec ledit de
Bourgongne à la deftroufle fur luy faite près deGranf-
fon, le partit ledit de Cambobache dudit de Bour-
gongne, & ala par deuers le Duc de Bretaigne, duquel
iliè aifoit eftre parent, & faignant pour luy aler en
pèlerinage à fàinéHacques en Galice, lequel Duc de
Bretaigne le recueillit tres-bien, & luy donna de l’ar¬
gent. Et illec ledit Cambobache difoit dudit de Bour-
gongne qu’il eftoit tresrcruel & inhumain, & que en
toutes ces entreprifes riy auoit point d’effetft, & nefai-
foit que perdre temps, gens, & pays, par fes folles ob-
ftinadons. ’ - -
Au mois de May enfuiuant l’an mil quatre cens foi-
xante feize, & apres la rencontre.fur ledit Bourgui¬
gnon faite par lefÜits Alemans près dudit Granffon.
Ledit de Bourgongne délibéra de pourfuiure 6c con-
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dvRoyLoys XI. 2,55
tinucr là pourfuite fur & al encontre defdits Alemans,
& d’aler deuant la ville de Straboürg y mettre le fiege,
laquelle chofe bonnement il ne pouoit faire fans auoir
ayae& fecours de gens, & aulîi auoir argent de fes
pays. Et à cefte caufe y enuoya fon Chancelier nom¬
me maiftre ; Guillaume Gonnet, & autres deleguez
auecques luy iufques au nombre de douze en aucuns
defes pays Sc villes pour leur dire & remonftrer ladç-
ftroüüeàinfifur luy fai&e par lefdits Alemans ouSuif
fes. Et quenonobftant icelle fon intention eftoit de
tirer auant, & eftrevengié defdits Suilfes,pourlefquel-
lcsdholèsluy falloitâüoir argent & gens, & qu’ils luy
voülfilfentayder du fixicfme de leur vaillant, & de fix
hommes, l’vn puiffant de porter arnois, aufquels dou¬
ze airifi deleguez de luy que dit eft fut rendue & fai été
felponcfc del Gant, BrugcsyBrucélles, fille iesFlandres,
& aultres-que au regard dudit de Bourgongne ils le
reputoient leur vray & naturelfeignéur, & que pour
luy fcrôflt leurpoiEbifît^.^ Eli difaïit par eulx que feil
fentoit aucunement emprelfé defdits Âlemans ou
Suilfes, & qu’il n euft auecques luy aifez de gens pour
fi’en detournef franchement en fes pays qu’il le leur fift
afTauoir, & qu’ils expoferoient leurs corps & leurs
biens pour l’aler quérir pour le ramener lauluement
en fefdits pays. Mais que pour faire plus de guerre
pour luy, n’eftdïefftpoint délibérez de plus luy àyder
de gens, ne d’argent.
Durant ces chofes le Roy demoura à Lyon faifanç
grant chieitè, & vint par deuers luy le R oÿ de Cecille
Ion oncle,auquel il fift moult bel recueil à l’arriuer par
I i iij
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154 Les Chroniques
deucrs luy audit lieu de Lyon > & Iuy mena veoir la
foire qui eftoit audit lieu, auecqucs les belles bour-
geoifes & dames dudit Lyon. Aufli y vint & arriua
vng Cardinal nepueu du Pape qui auoit fait aucuns
excezen Auignon contre le Roy Ôç rnonfeigneur l’Ar-
ceuefquc de Lyon Légat d’Auignon. Lequel Cardi¬
nal demoura par long temps autour du Roy auant
quedeluy pçuftauoirlon expédition. Et puis tout le¬
dit débat fut appointe'entre le Roy, ledit Légat d’A-
uignon, & ledit Cardinal.
Audit temps le Roy de C ecile appointa, voulut &
accorda auecqucs le R oy > que aprçs fà mort fa Gonté
de Prouence rctourneroit de plain droit au Roy,& fc-
roit vnie à la Couronne. Et en ce failànt la Roync
d’Angleterre fille,dudit Roy de C ecile, ycufUc du feu
Roy Henry d’Angleterre', qui edoit prifonniere au
Roy Edouart d’Angleterre, fut par le Roy racheptcc,
& pour fa rançon en futpaye'audit Edouart. cinquan^
temilcfcUsd’ot; Et àçeftecaufeladûdc Royne d’An¬
gleterre céda & trânfportaau Roy tout le droit qu el¬
le pouoitauoir en ladite Conté de Prouenee,moyen-
nant aufTi certaine penfionà vie, qucle Roy luy bailla
par chacun an,durant le cours de la vie d’icelle Royne.
En ce temps le fàmedy treiziefmc jour du mois de
, Iuing mil quatre cens fonçante & feize, le Senefdbalde
Normendie Conte de Mauleurter , fils defeu.raefîke
Pierre de Breze, qui fut tué à la rencontre de Montle-
; hery. Lequel Senefçhal qui s'en «doit aléà la chafTc
prés d’vng villaige nommé Romiers les.Dbncdan,à
luy appartenant, & auecques luy y auoit mené mada-
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dv Roy Loys XI. 155
me Charlote de France fa femme, fille naturelle dudit
feu Roy Charles, & de Damoifelle Agnes Sorel. Ad-
uint par male fortune apres que ladite chafle fut fai¬
lle, & qu’ils furent retournez foupper& au gifte au¬
dit lieu de Romiers, ledit Senefchal fe retrahit feul en
vne chambre, pourillec prendre fon repos de la nuit,
& pareillement fadiéte femme fe retrahit en vne aul-
tre chambre. Laquelle rneuëde lefcherie defôrdonnee,
comme difoit fondit mary, tira & amena auecques el-
levri gëntilhômmedupaysde PoiëfoU nomme Pier¬
re de la V ergne, lequel eftoit Veneut de là chaffc du¬
dit Senefchal, & lequel elle fift coucher auec elle, la¬
quelle ehofe futdiélc audit Senefchal pftr vng fieh fer J
uitèur & maiftred’oftel , nomnie Pierre fApoticairè;
Lequel Senefchal incontinen t priflt fon elpec & vint
faire rompre l’uys où eftoient léldicsDame & Ve¬
neur , lequel Veneür il trouua : en chemife, auquel il
bailla dé fon eipee defiiis la telle &autrauers dû corps,
tellement quille tua. Et ce fiait scrmla en vne cham¬
bre, ou retrait, âû ïoingriâût dé ladite chambre', où
il trouua fadite femme mucee deflbus là coufte d’vng
liél où eftoient couchez fes enfans, laquelle il print &
la tira pàrlcbrâs à terré'. Çt èrila tirâht àbaS luyftappa
deladiéleelpeeparmylcselpaules puis elledefcen-.
duë à terre ellant à deux genoulx luy tràuerfà ladi-»
âfeëlpeë partny Ics ma-mmelles & ëftomach, dont in¬
continent elle ala de vie a trefpas, &f puis l’enuoya en¬
terrer ch l’Abbaye de Coulons, & y fift faire fon fer-
uice. Et fift enterrer ledit Veneur en vng iardin au
iôingnant de l-oftel où il àuoit efté occis.
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^6 Lés Ch.ro niqjes
En apres le Roy eilantà Lyon, qui auprès de illec
auoit grant quantité de fon armee, eut certaines nou-
uelles que le Duc de Lorraine qui eftoit au pays de
SuilTeauecqueslesSuiiTes, Barnes, Alemans, & Lor¬
rains pour defeonfire ledit de Bourgorigne, qui par fa
folle obftination & ouitrecuidancc eftoit entré audit-
pays deSuiffe, & auecques luÿ mené grande quantité
d’artillerie, gens de guerre, & marchands fuiuans (on
oft qu’il auoit parqué & mis en forme de fiegedeuant
vne petite ville dudit pays de. Suide nonarheeiMprat.
Et’le famedy vingt-deuxieffne dudiét mois de Iuing
audit an quatre cénts foixante & feize > enuiron.l’eure
d’entreidix& qn?& d&matiùledit iDjjc de Lorraine
a.çpmpaigné'cqmtAe dit eft, s’en viftt adâillk lediéfc de
Bourgongne, & de prime venue içeluy de Lorraine
defçonfit toute,l’aüantrgarde dudit- de Bourgongne*
qui edoient douÉe mil combatans &; mieulxj dont
auoit la charge & çonduiéte monfeigneur le Conte
de'Romont qui à bien grant, hafte.trquua moyen de
fq v làuluerj mtfttjçt eft fuiittp luydquziefme. Et puis
le bqutterent les gens de guerre dedens ledit Morat
auecques les aultres.de lacüéte armee de monditlpi-
gneuf de Lprraine dpden&lqpare-duditde Bqnrgonr;
gne .qii.ilsftuerenqtouÉ cequiyfuttrouué, 3c lànsmi-
lericordeaupune. Et-fut ledit bqiirg çqntrainét de le
retraire autçques; vng peu dç gens> dq guerjreidédbjd
armee qui le làuuerent . ; Et. depuis fondit : parc s’en¬
fuit fans arrefter, fouuent regardant derrière luyiuf-
quesà Ioigné, qpi etlbiçn diftantj dudit lieu oïl mêla-:
diète defeon^rede quinze à^eize tieüës frgnçoifes:
& illec
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dv Roy Loys XI. *57
& illcc perdit tout fon vaillant, qui y eftoit comme or,
argcntjVaifTelle, ioyaulx, tapifferie, toute fon artille¬
rie, tentes, paueillons : & generallement tout ce qu’il
y auoit mené, & apres ladite defconfiture lefdits Ale-
mans & Suyfïès confidcrant le grant fer uice à eulx fait
par ledit de Lorraine, luy donnèrent & deliurerent
toute ladiéte artillerie & parc dudit de Bourgongne,
pour la recompenfe de fon artillerie quil auoit perdue
auditlieudeNancy,que icelluyde Bourgongne par
violence & vouloir defordonné fans aulcun filtre,
auoit prinfe & emportée hors d’icelle ville. Et en ladi¬
te delconfiture moururent vingt-deux mil fept cens
hommes qui y furent trouuez morts, tant dedens le¬
dit parc que dehors, pour le rapport fait des Heraulx
& pourfuiuans qui par ladiéte eftimation faireie trâf-
porterent audit lieu. Et apres ladiéte defconfiture ainfi
faiéte que dit eft,ledit deLorrainc & Suiffes firent leur
fuite apres ledit de Bourgongne, & tuerent depuis
plufieursaultres Bourguignons qui aufll fe retiroient
audit lieu de Ioigné,& depuis firent bouter les feux
& deftruire toute la Conté de Romont en Sauoyc,
ou ils tuerent tout ce qui y fut par eulx trouué, & fans
mifericorde aucune.
Apres ces chofes ainfi faiéles ledit feigneur de Lor¬
raine fe rctrayt àStrafbourg audit pays de Suiffe, &d’il-
lec apres s’en partit à tout quatre mil combatans de la-
diète armee, & ala mettre le fiege deuant fà ville de
Nancy, ou dedens eftoient bien de mil à douze cens
combatans pour ledit de Bourgongne, lequel fiege il
mift & ordonna deuant. ladiète ville de Nancy. Et
K K
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Ï58 Les Chrônïqjves
apres qu’il eut ce fait s’en retourna audit lieu de Suifle,
ôc depuis retourna audit fiege à tout grant quantité
d’aultres gens de guerre.
En apres le Roy par long temps s’eftoit tenu à Lyon
& illcc enuiron, s’en retourna au Pleflis du parc lez
TourSjOii eftoient la Royne,& monfeigneur le Daul-
phin, oùilfejourna vngpeu de temps & puis s’en ala
rendre grâces à noftre Dame de Behuart, de ce que fes
beloignes s’eftoient bien portées durât fondit voyage
dudit lieu de Ly on,& fi enuoya argent en plufieurs &
diuers lieux oüeftreueree laBenoifte glorieufc Vier¬
ge Marie. Et entre aultres lieux donna & enuoya à no-
ftre-Dame de Ardenbourg en Flandres deux cens ef-
cusd’or, & enfoy retournant dudit Lyon fift venir
apres iuy deux Damoifelles dudit lieu iufques à Or¬
léans , dont l’vne eftoit nommee la G igonne, qui aul-
trefoisauoit eftémarieeàvng marchant dudit Lyon.
Et l’autre eftoit nommee la Pàfte-fillon, femme aufli
d’vn marchant dudit Lyon, nommé Anthoine Bour-
cier. Et pour l’onnefteté defdits deux femmes, leur fift
6 t donna le Roy de grans biens: car il maria la Gigon-
neà vng ieune fils natif de Paris, nommé Gieftroy de
Caulers. Et pour ledit mariage donna argent & des
offices audit Gieftroy. Etau mary de Pafte-fillon don-
nal’office de Confcillicr en la Chambre des Comptes
à Paris, au lieu de maiftre Iehan de Reilhac, auquel
pour ceftecaufe elle fut oftee. Et puis laifta la condui¬
re defdites deux femmes à les mener à Paris dudit lieu
d’Orléans àDamoifelleYfabeau de Caulers femme de
maiftre Phelipe le £egue Correcteur en la Chambre
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dv Roy Loys XI. 159
des Comptesà Paris. En apres le Roy s’en aladudiét
lieu d’Orléans à Amboife & à Tours, par deuers la
Royne &monfeigneur le Daulphin. Et depuis en pe-
lerinaigeà Noftrc Dame de Behuart, & auicres laindts
lieux. Et apres s’en retourna audit Plefïis du parc, ôc
aultres lieux voifins.
En apres ladite defeonfîture faille dcfdits Bour¬
guignons audit lieu de Morat, & que le fiege eut efté
ainu mis deuant ledit Nancy que dit eft, par ledit Duc
de Lorraine, fut icelle ville remife en Tes mains, & s’en
alerentlefdits Bourguignons eftans dedenspar com-
pofition, culx & leurs biens faufs.Et apres ce que ledit
leigneur de Lorraine eut ainfi recouuré fadiéte ville de
Nancy, & de nouucl auitaillee, & mis gens pour la
garde d’icelle, ne demoura pas vng mois apres que
ledit Duc de Bourgongne qui s cftoit retrait envnc
ville nômee Riuicres,qui eftoit prés de Salins en B our-
gongne, & qui auoit afTemblé & fait amas de gens le
plus qu’il auoit peu,s’en vint de rechief mettre le fiege
deuant ladiéte ville de Nancy. Etdaultreparts’cn ala
leditDuc deLorraine audit pays deSuifle pareillement
faire fbn amas de gens, pour reuenir fecourir fesgens
dudit Nancy & leuer ledit fiege.
Apres ces chofes le Roy de Portingal qui prêtai-'*
doitaluyapartenirlesReaulmes deSeuille &Caftille,
enfèmble toutes les Efpaignes,à caufe de fa femme, fe
partit de fondit Royaulme de Portingal & vintdef-
ccndre és marches de Frâce,& puis vint àLyon, & de la
àTours par deuers le Roy, pour luy requérir aide & fe-,
cours de gens,pour iuy aider àrecouurer lefdits Roy-
Kk ij
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i 6 o Les Chroniqves
aulmcs. Etfutreccudu Roy moult bénignement &
honorablement, & apres ce quil eut efté audit lieu de
T ours par certaine efpace de temps,où il fut fort fe-
ftoyé & entretenu de plufîeurs Seigneurs & nobles
hommes eftans auecques le Roy, & tout au coufts &
defpens du Roy. Ledit Roy de Portingalprintcongié
'du Roy & s’en ala à O rIeans,oii il iuy fut fait honneile
recueil, & apres s’en partit dudit Orléans & vint en la
bonne cité de Paris,dedens laquelle il fit fon entree, &
y arriua le fàmedi vingt huiéf iefme iour de Nouembre
quatre cens foixate & feize,enuiron l’eure d’entre deux
& trois apres midy, & y entra par la porte fainét Iac-
ques. Etpouraleraudeuantdeluy & le recueillir aux
champs iufqucs au molin à vent, y furent tous les E-
ftats de Paris, & parordre, enhonneftes & riches ha¬
bits, tout ainfi que ce euft efté pour faire l’entree du
Roy. Et premièrement y fhrent hors Paris pour aler à
luy,lc$ Preuoftdcs Marchans & Efcheuins de ladiéte
ville, qui pour ladiârc venue furent veftus de robes de
drap de damas blanc & rouge,fourrées de martres,
lefquelstftoicnt accompaignez des bourgeois & offi¬
ciers de ladiéfe ville. En apres y fut aufti meffire Ro¬
bert DeftouteuillePreuoft de Paris, qui eftoitaccom-
paignéde fesLieutenans Ciuil & Criminel,& tous
les Officiers du Roy & Praticiens du Chaftellet, qui fc
y trouucrent en grantnombre Ôc honneftes habits.En
apres y vint monfeigneur le Chancelier Doriolle,met
fcigneurslcs Prefidcns & Confcilliers de la Court de
Parlement, les Cofeillicrs & Gens des Coptes, les Ge¬
neraux fur le fait desAydcs & Monnoyes & duTrefor.
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DV RO Y LOYS XI. 2 . 6 !
auecques grant quantité de Prélats,Eucfques Ôc Arce- *
uefques, ôc aultres notables homes, en moult grant ôc
honnefte nombre. Et ainfi accompaignéquediteft,
futmené ôc conduit iufques à la porte Fainâ Iacques,
où illec en entrant par icelle dedens ladiébe ville trou¬
ua de rcchieflefdits P reuoft des Marchans ôc Efche-
uins, qui luy prefenterent vng moult beau poifle ou
ciel, qui eftoit armoyé par les coftez aux armes du
Roy, & au meillieu y eftoient les armes d’Elpaigne,<Se
puis fe bouta defloubs icelluy poifle. Et luy eftant ain-
lî dcfloubs, vint ôc fut conduit iufques à fainét Eftien-
ne des Grecs, où il trouua là les Reéteur, Supports Ôc
Bedcaulx de l’Vniuerfité de Paris , qui propofcrent
d'euant luy fa bien-venue. Et ce fait s’en vint iufques
en l’Eglifc de Paris, où il fut receu par le Prélat d’icel¬
le moult honnorablement. Et apres fonoroifon fai-
&e s’en vint au long du pont N oftre- Dame, & trouua
à l’entrce du marché-palu cinquante torches allumées,
qui le conduifircnt autour dudit poifle. Et au bout
dudit pont Noftre Damcà l’endroit de la maifon d’vn
coufturier nommé Motin ,y fut trouué vng grant ef-
chaflault, où eftoient diuers perfonnaigcs,qui eftoient
ordonnées pour faditc venue. Et d’illec s’en ala defeen-
dre en fon logis, qui luy fut ordonné en la rue des
Prouuaircs, en l’oftcl de maiftre Laurens Hcrbelot
marchant ôc bourgois de ladi&c ville, où il fut bien
recucilly. Et là luy furent faits plufieurs beaülxprefcns
tant de ladi&c ville que d’ailleurs, ôc fut veoir tous les
beaulx lieux &cftats de Paris. Et premièrement fut
mené en la Court de Parlement, qui fort triompha à
Kk iij
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i 6 t Les Chroniques
ceiourdc (a venue: car toutes les Chambres y furent
tendues & parées, & en la grant Chambre y trouua
monlèigneur le Chancellier Doriolle, mefleigneurs
lesPreudents, Prélats, Confeiiliers, & aultres OfK-
ciers, tous honneftement veftus. Et deuant luyy fut
plaidoyé & public vnc matière en Regallc par maiftre
François Haflé Archidiacre de Paris & Aduocat du
Roy en ladiébe Court, & contre luy eftoitpour Ad¬
uocat maiftre Pierre de Breban Aduocat en ladiétc
Court & Curé de fainét Euftace, lefquels deux Ad-
uocats il faifoit moult bel oyr. Et apres ladiéte plai¬
doirie luy furent monftrees les Chambres & lieux
de ladiéte Court. Et par aultres iournees fut en la
grant falle del’oftel de l’Euefque de Paris, pourilicc
veoir faire vnDoéfceurenla faculté deTheologie, &
apres ala voir le Chaftellet,les prifons & chambres,
qui toutes eftoient tendues, & tous les O fficiers chaC-
cun en foneftat veftus de beaulx & honneftes habits.
En apres le Dimenchepremier iour de Décembre au¬
dit an quatre cens foixan te & feize,alerent pafter par
deuant fon logis toute T Vniuerfité de Paris, & toutes
lesfacultez & fubgets d’icelle, & puis s’en vindrent
chantervnegrant MeiTe àfaint Germain Lauxerrois,
& par tout où ilaloit par ladiéte ville eftoit mené &
conduit par monfeigneur de Gaucourt, Lieutenant
du Roy audit lieu de Paris, qui luy donna en la maifon
vng moult beau & riche foupper où y furent grant
nombre de gens notables d’icclle ville, tant hommes
que femmes, Dames & Damoifelles & aultres.
Audit mois d’Oébobre aduint à Tours que vng
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dv Roy Loys XL i6$
nommé IehanBon natif du pays de Galles, qui auoit
belle penfion du Roy, & qui l’auoit marié à vne fem¬
me de Mante qui auoit bien du lien, confpira par l’en-
hortement du Duc de Bourgongne, comme il con-
feflfa, de empoifonner & mettre à mort monfeigneur
leDaulphin,aifhéfils du Roy. Et pour ledit cas qu’il
confeflàeftre vray, futcondempnépar le Preuoft de
l’oftel du Roy à eftre décapité. Et en le voulant exécu¬
ter luy fut demandé par ledit Preuoft s’il vouloit plus
rien dire, lequel refpondit que non, finon qu’il pleuft
au Royd’auoir là femme & fes enfans pour recom¬
mandées. Et alors luy fut dit par ledit Preuoft qu’il
choifift de deux chofes l’vne : c’eft allàuoir de mourir,
oud’auoirlesyeulxcreuez. Lequel choifit d’auoir les
yeulx crcuez,ce qu’il luy fut fait fai^e par ledit Preuoft,
& puis fut deliuré à fa femme, laquelle le Roy voulut.
quelle cuft la penfion de fondit mary durant fa vie.
Au mois de Décembre audit an foixantc & feize,fe-
fte de S. Iehan és feftes de Noël, aduint par male for¬
tune que le Duc de Milan fut tué & meurdry parvng
Gentilhomme du pays, qui ledit iour en faingnant
de vouloir parler àluydedens la grant Eglife dudiét
Milan,oùilfepourmenoit auecques vneAmbaftàde
qui eftoit venue par deuers luy, vint fècrettement
luy bouter vng coufteau parmy la fente de fa rob-
be dedens le petit ventre, ou lemift foubdainement
par trois ou par quatre fois, & fans dire mot chey t fou-
dainementàterre tout mort, & futfaitledit faitpour
raifon de ce que ledit Gentil-homme,fes parens &
amis auoient mis & employé tout leur vaillant pour
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zé 4 Les Chroniques
payer le vaccantd'vne Abbayepour vnde leurs parés.
Auquel ledic Duc de Milan l’auoit oftec pour bailler la
àvngaultre: &: pource qu’il ne voulut delaifTer&en
fournir iouyr leurditparent, icelluy Gentil-homme
apres ce qu’il eut de ce fait pluficurs requeftes audit
DucdeMilan,quineluyvouloit accorder,fit &com-
mift ledit homicide à la perfonne dudit Duc de Milan
dedens ladicSte Eglife. En laquelle aufli incontinent ce
fait fut tué & meurdry, & vng aultrede ladiétc ville
qui acompaignoit leditGentil-homme qui aulïi auoit
délibéré de tuer ledit Duc de Milan,pour ce qu’il luy
detenoit & maintenoit fa femme,contre fon gré &
voulenté,eftant auccques luy, & par la fentencc des
nobles dudit pays,des iuges & aultres notables perfon-
nes dudit Milan,fut dit & délibéré que tous les hom¬
mes,femmes & enrans,ducofté &c ligne de iceluy gen¬
til-homme, & cclluy de fadi&e compaigncequclquc
part qu’ils feroient trouuees,feroient tuees &mcur-
dries, & leurs maifons & feigneuries démolies & gct-
tees par terre & arrafez, mefinement les arbres portans
fruidsà eulx appartenans defracinez,& mife la racine
delTus:ce qui fut fait.
Audit mois de Décembre quatre cens foixante &
feize, mourut &ala de vie à trefpas madame Agncz de
Bourgongne,au Chafteau de Moulins en Bourbon-
nois, laquelle eut efpous feu Prince de très-noble
mémoire monfeigneur Charles , en fon viuant Duc
de Bourbonnois &: d’Auuergne,dont eft ifluë tres-no-
ble & tres-honnefte Iigniée,tant malles que femelles,
comme tres-hault & puilfant Prince monfeigneur
Iean
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-Ov Roy Loys XI. 165
IeaàDiicdcBourbonnois & d’Auuergrie,qui efpoufà
tres-exccllente Princelfe madame Iehanne de France
filleaifnee du Roy Charles feptiefine decenom,mon-
feigneùr Loys feigneur de Bcaujeu qui mourut jeune,
monfeigneur Charles Arceuefquc & Conte de Lyon
Primat de France, Cardinal de Bourbon, môfeigneur
Pierre feigneur de Beaujeu qui efpoufa l’aifhee fille du
Roy de France lors fils dudit Roy Charles, monfei-
gneurrArceuèfque du Liege, Iacques monfeigneur
qui mourut à Bruges, madame Iehanne qui fut efpou-
fee au Prince d’Orengc feigneur d’Arlay , madame
Marguerite femme de Phelippe monfeigneur de Sa-
uoye feigneur de Brcffe, & laquelle deffunte dame
vefquitiaintement & longuement, & fon trcfpas fut
fort plaint &ploré de tous fesenfans, parens, ferui-
teurs & amis, & de tous aultres habitans efdits pays de
Bourbonnois & d’Auuergne, en benoift repos gife
fbname. Ellegifteni’EglifédeSouigiïy.
Et aptes que ces chofes curait efie ainfi faites que
die eR, le Duc de Bourgôngne qui auoit mis le fiege
deuant la ville de Nancy en Lorraine, pouricelle auoit
comme douant auoit eue, mit les gens qui eftoient des
dens icelle viliepourleditDuc de Lorraine en telle
necefficé qu’ils n’auoient plus quemenger, & pargrat
contrainte dcfàmine fecftoiçntmis encompofition
d’eux rendre esmainsdudit Duc de Bourgongne. Le
Dimenchc veille des Royscinquiefmciour de Ianuier
audit an lxxvj. vint & arriua ledit monfeigneur de
Lorraine acompaigne de xij. àxiiij,. mil Suifiès, Ale-
mans& aultres gens de guerre pourleuer ledit fiege y
L1
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1 66 Les Chroniques
combatre ledit de Bourgongne,& remurerleditNan-
cy,dontenaduint ce qui s’enfuit: C’eftaiTauoir que
quatre iours auant la iournee 5c venue dudiét de Lor¬
raine deuant Nancy, qui fut le cinquiefrçie de Ianuier
veille des Roys quatre cens lxxvj. le Conte de Camp-
bafts,le fire Ange 5c le feigneur de Montfort laiïfcrent
le Duc de Bourgongne, 5c l’abandonnèrent en fondit
parc. Et le mercredy deuant la bataille ou iournee', ice-
luy Conte de Campbafts en emmena bien auecqucs
luy neuf vingts hommes d’armes, 5c Itffamedy enfiii-
uant les deux aultres Capitaines dcfTus nommez en
emmenerét bien fix vingts hommes d’armes, qui tous
vouloient eftrc François : mais on difïimula de les re-
ceuoir pour la treue, & fut ordonné par aucuns à qui
ilss’addrefferent,qu’ils s’eniroient en Lorraine: La¬
quelle chofe ils firent referuévne partie qui demoura
pour garder Condé, qui eftvne place fus la riuicrc de
Mezelle,par oti tous les viures dudit Duc de Bourgon¬
gne paffoient, qui venoient du val de Mets 5c du pays
aeLuxembourg, & s’en tira ledit feigneurdeCamp-
bafts deuers monfeigneur de Lorraine, 5c Taducrtit
de tout le fait dudit de Bourgongne ^ incontinent
s’en retourna luy &fes gens audit lieu de Gondé, qui
n’eft que à deux lieues dudit lieu de Nancy. Et lediéfc
iour de fàmedy quatriefme iour dudit mois delanmer,
ledit monfeigneur le Duc de Lorraine arriua à fainét
Nicolas de Varengeuiile 5c les Suiffes auec luy, qui
bien eftoient dix mil cinq cens de vray compte fait,’&,
d’aultres Alcmansy auoit beaucoup, fans les Lorrains
& aultres gens de guerre.
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dv Roy Loys XI. ± 6 y
■*' Et le Dimenche enfuiuant cinquiefme iour dudit
moisenuiron huiét heures de matin, defemparerent
& partirent lefdits feigneurs de Lorraine &de Suiffe,
& vindrent.à Neufuille, & oultre vng eftanc prés d’il-
lec firent leurs ordonnances, & en etted lefdits Suif-
fes fe mirent en deux bandes, dont le Conte d’Abftain
& les Gouuerneurs de Fribourg & de Zurich auoient
lvne, & les aduouez de Berne 1 autre, & enuiron mi-
dy marchèrent tous à vne fois :ceftafîàuoir vne ban¬
de deuerslariuiere,& l’autre tout le grant chemin à
venir deuers.ledit Neufuille audit Nancy. Ledit Duc
deBburgongnes’eftoitjamishorsde fon parc & en
bataille, & au deuant & deuers luy y auoit vng ruif-
feauquipajreàvneMaladerie nommée Lamagonne,
& cftoitîedit ruiflfeau entre deux fortes hayes des deux
coftez, entre luy & lefdits SuifTes. Et fur le grant che*»
min par ou venoient lvne des bendes d’iceulx SuifTes,
auoit leditDuc de Bourgongne fait affeoir le plus fort
dé fon artillerie. Et ainfi que les deux bandes mar-
çhoient &c quelles furent à vng grant traiéb d ? arc des
Bourguignons, defeharga fur iceulx SuifTes, & n y fift
quelque dommaige. Laquelle bendedes SuifTes laifïà
ledit chemin & tira au defTus vers le bois, & fift tant
qu eUe fuCau cofté dudit Duc de Bourgongne,au plus
haultdu lieu.
En faifànt ces chofes ledit D uc de Bourgongne fift
tourner Tes Archiers, qui tous eftoient à pie deuers
iceulx SuifTes, & ordonna deux, efles de Tes hommes
d’armes pour batailler, dont en lvne eftoit Iacques
G aliot Capitaine I talien, à l’autre eftoit le fouuerai n
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2,68 Les CHRONiQVES
de Flandre?> nomme' meflire Idffe deLalain. Et fi tbft
quelefdits Suides fe trouuerent au deflus & au collé
dudit Duc de Bourgongne:toutà vngcoupfe tourne*
rent levifaige vers luy & fon arm ce, èc fans arrefter
marchèrent le plus impetueufement & orguillieufe-
mentqueiamaisgens firent. Et à l’approucher pour
ioindre defchargerent leurs couleurincsà main,& àla-
dide defeharge qui n eftoit pas des Generaulx des fi¬
nances , tous les gensde piet dudit de Bourgongne fe
mirent en fuite. La bende defdits Suifies qui eftoit dc-
uers la riuiere marchèrent quant ôc quant celle dudit
Galiot & deceubc qui eftoient auccques luy, & frap¬
pèrent lefdits Suifies dedens eulx.tellement qu’ils fu¬
rent incontinent defiaits.L autreefie defdits Bourgui¬
gnons tourna pareillement fur l’autre bende défaits
Suifies, mais ils les recueillirent bien : & fi toft que lef¬
dits gens dudit Duc de Bourgongne qui eftoient à
pied,fe mirent en fuite, tous fes gens decheual Blo¬
quèrent apres, & tirèrent pour pafler au pont de Bri-
dores à demie Üeuë de Nancy, qui eftoit le chemin à
tirer vers Thionuiile & Luxembourg.: Et lequel pont
ledit de Cambafts auoit empefehé,& y eftoit luy & fes
gens, &aultre$ gens d’armes tous en armes, ôz auoit
fait mettre des chariots au trauers duditpont. Etainfi
que la foule defdits Bourguignons y arriuoit,rrOuua
illec empefehement, monfieur de Lorraine & fes gens
qui le fuiuoient au dos, ôz pource que ongardoitledit
pont & qu’il eftoit en baraille, lefditsvB ourguignons-
furent contraints de eux ietter aux guez de la riuiere.‘
Et U fut la grant defeonfiture & plus la moitié que
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dv Roy Loys XI. 1 69
au champ de là bataille : car ceulx qui fe gettoient en
l’eauëeftoient incontinent tuez par lefdits Suifles qui
y vindrent, & ceulx de l’autre partie fe noy oient eulx
mefmes, & tout le demeurant fut pris ou mort, &*
bien peu s’en fàuua. Et aucuns quant ils virentTem-
bufehe dudit pont fe tirèrent vers les bois,& là les gens
du pays fi les fuiuoient & les prenoient & tuoient, & à
quatrelieuësenuiron onnetrouuoit que gens morts
parles champs & chemins, 6 c dura la chafle fur lefdits
Bourguignonsiufques à plus de deux heures de nuit,
que monfieur de Lorraine s’enquift de tous collez
qu eftoit deuenu ledit Duc de Bourgongnc, 6c s'il s’en
cftoit fouyou s’il eftoit pris,mais à l’eüre ne furent
feeues aucunes nouuelles : & tout incontinent fut en-
uoyé par ledit de Lorraine homme propre en la ville
de Mets par deuers vng qui eftoit nomme Iehan Dais,
Clerc de ladite ville de Mets, pour fçauoir fi ledicSb
Duc de Bourgongne eftoit point pafte, & le lande-
main ledit Iehan Dais manda dudit lieu de Mets audit
feigneur de Lorraine,quefeut#ment il n’eftoit point
pafle, ôcnefçauoit-on qu’il eftoit dcuenu,& qu’iln’â-
uoit point tiré vers Luxemb ourg. Et le landemain qui
futlundy iour des Rois,ledit ContcdeCambaftmô-
ftravngpaigequiauoit eftéprins, quiauoitnom Bà-
ptifte, natirde Rome, de la lignee de ceulx de la Cou-
îompne, qui eftoit auec le C onte de Chalon Neapoli-
tain^lequel eftoit auec ledit Duc de Bourgongne. Et
apres qu’il euft efté interrogué* fut icclluy paige mené*
à grant compaignie de gens de guerre, au lieu ou ledit
de Bourgongne gifbic mort, lequel eftoit tout nud.
Ll iij
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i70 Les Chroniqjes
Et en ieellüy lieu le mardy enluiuant de ladiéle bataille
au matin, ledit Paige monftra clairement ledit Duc de
Bourgongnemort & toutnud, St enuiron luy qua¬
torze hommes tous nuds,les vngs alTez loings des aul-
tres. Etauoit ledit Duc de Bourgongne vng coup de
ballon nomme hallebarde, à vng coufté du milieu de
la telle par deflus l’oreille iufques aux dents, vng coup
dcpicqueàtrauersdcs cuilTes, & vng aultre coup de_
picque pariefundement, & futcogneumanifeflemét
que c’elloit le Duc de Bourgongne à lix choies. La
première & la principale fut aux dents de dclfus, lef-
quelles il auoit aultrefois perdues par vne cheute. La
fécondé fut d’vne cicatrice à caufe de la playe qu’il eut
à la iournee de Montlehery en la gorge, en la partie
dextre. La tierce à fes grans ongles qu’il portoit plus
que nul aultre homme de fa Court, ne aultre perlon-
ne. La quarte fut d’vne playe qu’il auoit en vne clpau-
le, à caulè d’vng efcarboucle que autrefois y auoit eue.
La cinquiefine fut à vne fiflule qu’il auoit au bas du
ventre en la pennilliere du collé dextre. Et la lixicfme
fut d’vng ongle qu’il auoit retrait en l’otteil. Etaufdits
enfeignes donna fon iugement. pour tout vray vng
fien Médecin Portingalois, nommé maillre Mathieu,
que c’elloit ledit Duc de Bourgongne fon maillre, &
aulïi le dirent pareillemen t fes varlets de Chambre, le
grantBaftard,melhre Oliuier delà Marche,fonChap-
pclain, & plulieurs aultres de fes gens prifonniers du¬
dit monfeigneür de Lorraine.
Et apres que ledit de B ourgongne aihli trouué eut
i eftéportéauaitlieu de Nancy, &illec laué & mondé
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dv Roy Loys XI. 171
& nettoyé, il fut mis en vne chambre bienclofe où il
n’y auoit point de clarté, laquelle fut tendue de veloux
noir & eftendu le corps demis vne table, habillé d’vng
veftement de toille depuis le col iufqucs' aux pieds, &
defTus fa telle fut mis vng oreillier de veloux noir, &
defTus le corps vng poille de veloux noir,& aux quatre
cornets auoit grans cierges, & aux pieds, la croix &
l’eauë benoifte. Et ainfi habillé qu’il elloit le vint veoir
monditfeigneurde Lorraine veftu de dueil, & auoit
vne grant barbe d’or venant iufqucs à la Teinture, en
lignification des anciens preux, & de la vi&oirc qu’il
auoit fur luy eue. Et à l’entree dift ces mots en luy pre¬
nant l’vne des mains de defTus ledit poille, Vos âmes
ait Dieu, vous nous auez fait moult de maulx & dou¬
leurs. Et à tant vint prendre l’eaue benoifte & en getta
defTus le corps, & depuis y entrèrent tous ceulx qui le
vouldrent voir,& puis le fift ledit Duc de Lorraine en¬
terrer en fepulture bien & honnorablement,& luy fift
faire moult beau feruice.
Et incontinent apres ladiéte defeonfiture & mort
dudit de Bourgongne, ledit monfeigneur de Lorrai¬
ne & aultres feigneurs & Capitaines, fe mirent à con-
feil & ordonnèrent que aucuns d’eulx yroient en la
Duché de Bourgogne,en la Conté & aultres lieux qui
le tenoient pour ledit de Bourgogne,pour tous les ré¬
duire & mettre en la main du Roy, laquelle chofe fut
incôtinent faiéte fans refiftance,& pareillement ceulx.
de la Conté d’Auxerre fe rendirent & firent ferment
au Roy. En ladiéte bataille moururent la plufpart de
tous les gens de bien de fadiéte compaignie, & y fu-
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i-ji Les Chroniques
rcnt prins le grant Baftaxd de Bourgongne, lequel
depuis ledit monfeigneur de Lorraine mena au Roy,
luy eftant en Picardie, Le Baftard Baudouin de Bour¬
gongne & plufieurs aultres grans feigneurs prifon-
niers.
Apres ces chofes & que le Roy eut efté deuement
accrtene de ladite mort dudit de Bourgongne,& des
chofes defliifdi&es, ii fe partit de Tours pour aler en
pelerinaigc à fâ deuotio, & apres s’en retourna à Char¬
tres, à Viilcpcrcur,à Hauberuillier,à Noftrc Dame
delà Vi&oirc, &apres à Noyon & à Compiengnc.
Et cependant fe reduifirent à luy plufieurs villes ôc
places tenues & occupées par ledit de Bourgongne,
comme Montdidier,Pcronne, Abbeuille, Monftreuii
fur la mer, & aultres places cftans près d’Arras, mais
kfdits d’Arras ne vouldrcnt point obeyr de prime face
& fe fortifièrent en ladite ville, de gens de guerr e,vi-
ures & artillerie JEt lurent enuoy ez de par culx au Roy
plufieurs AmbafTadeurs, qui tindrent la chofc entre-
ue, pendant laquelle le Roy fift le plus grant amas
dartiHerie,pauldres, pionniers, gens de guerre, & atti¬
trés préparatoires que jamais on auoit veu,toufiours
attendans quelle conclufion prendroient lefdits d’Ar¬
ras, ou de appointeméc onde guerre» Et pour faire les
frais des choies defiufdites futîaiâr de grans emprunts
à Paris & aultres bonnes villes de ce Royanlme. Et:
apres le Roy tronua moyen cfauoir & mettre la cité
dudit Arras en fa main, dedcns laquelle ilenrrale mar-
dyquatriefmeiourde Mars fan îbixanre & feize, &
fift fortifier &redifier ladiétc cite contre kdiétc ville
d’Arras,
bv Roy Lôys XI.' I73
d’Arras, dedens laquelle y auoitvng tas de gens illec
venus de plufieurs lieux tenans le party de Bourgon-
gne,&mefmementdes villes qui nouueliement s’e-
ftoient réduises au Roy. Et illec (ans auoir chiefne
hommes de conduire fe fortiiKerent fort, & firent
de grans blafphemes au Roy, comme faire gibets en
ladiéte ville & fur les murs, & y pendre croix blanches,
monft rer leur cul &aultresvillenies.Etsentretindrent
en leurs folies imaginations iufques à vng peu de
temps apres, que vindrent deuers le Roy en ladiéte ci¬
té aucuns manansdudit lieu de Arras,pour auoir de
luy aucune bonne parification,auecques lefquels non-
obftant qu’ils feufîent de faulfe & mauuaifè obftina-
tion, & que en icelleeufTent trop perfeueré;Le R oy fut <
content auec eulsqne ladiébe ville d’Arras feroit mile !
en famain commetouuerain,, & par deffault de hom¬
me, droits & dcuoirs non faits. Et que les fruitbs & re-
uenuesdeladî&e ville & appartenances feraient re¬
cueillis par fes CommifFaireSjlaquellc reuenuë fe pour¬
rait prendre par IefditsCommiüàires > & foubs la main
duRoy paricellc Ebamoifclle de B ourgongne , & iuf- :
qèesà ce quelle luy euftbaillce homme. Et queau re¬
gard de ladiiStc ville d’Arras le Roy n y mettrait puif-
lâncene gens d’armes , fans le bon gré &; vouloir des
habitansduditlieu.Apres lequel appoin cernent ainfi
fait le Roy enuoya audit lieu monfeigneur le Cardinal
de Bourbon, monfeigneur le Chancelier, mefïire
GuyOtPotBailiy de Vermendois, mefïire Phelippes
deCreuecœur feigneur Dcfquerdcs, Gouuerneur de
ladiéte ville, & aultres nobles hommes, pour prendre
Mm
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174 Les Chroniqves
& recepuoirlcs fermens des habitans dudit Arras, la¬
quelle chofe fut fai die : mais en icelle faifant lefdits ha¬
bitans d’Arras en aucune partie fe rebellèrent, &vin-
drent en l’Abbaye de faindt V uaft, ou eftoient aflis à
difner lefdits feigneurs Cardinal 8 c âultres nommez,
en armes 8 c fort effrayez, crians, tuez, tuez, dont tous
lefdits feigneurs eurent la plus grant paour 8 c frayeur
qu’ils eurent oneques en leur vie, mais il n y eut point
de mauuais mai fait pour celle fois. Etàpres cescnofes
& qu’ils furent retournez en la cité d’Arras,le Roy s’en
partit 8 c ah faire fes Pafqucs à Therouenne, & : apres !
s’en alaiaHedin où il eutla ville : mais aucuns paillars i
tenansleparty deBourgongne s’enalerent mettre 8 c
bouter dedens le Chaftel & parc dudit H edi n, auquel
liëu le Royfift tirer de fon artillerie $ ^incontinent y
fillvnegrant brefehe,parlaquellelesgens du Roy y
entrèrent. Et en ccllemefine heure ceulx de dedens eu-.
rent compofition. de rendre ledit lieu f» & eü&etwdierjîi
eubc& leurs bagues fauuès. • < ; > v > ; '! ü
L’an mil quatre cens foixan te dix-lepr* apres ce que
ledit lieudeHedin euftéfte ain£ pris qukmteft s aduifllL
que aucuns habitans dùdit. Arras faighdhsid® vouloûp
aler deuers le Roy, obtindrent fauf-condùit dettiôn-
feigneur L’Admirai qui le lèuc bailla, maispopree qu’il ;
luy-femblort qu’ils aüoipnt aultte knfagindiaittiqùni
d’aler deuers le Roy, les fifrfdinre ôc traimawï^u ils"'
aloiehten Flandres' par deuers-ladi&e dQamorfelle dé
Boutgongney p otulâqdellecaulè iHs êiüe^tpriisa&rîai-;
menez audit H edin yaufqùels ’ fut lait Ifeur .procez. Eab
par iceul? trouuez quiauidits.voyage enmauuaife in-.
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dv Roy Loys XI. 1?5
tentionjpour laquelle caufe furent décapitez audit lieu
deHediniufques au nombre de dixhuid, entre lef-
quelsy eftoitvng nomme' M.Oudart de Bucy Procu¬
reur General de ladite ville d’Arras & de la Conté
d’Artois, auquel fut le col couppé dedens vng chappè-
ron d’efcarlate fourré de letiftes,& ladide tefte auec
ledit chapperon mife & bouttee au bout'd vng che-
uron , auquel fut foirt cloué'lcdit chapperon , affih
qu’il ne feuft emblé enfemble ladide tefte, & contre
ledit cheurony auoit vng efcripteau ou eftoit efcript.
Cy eft la tefte maiftr'e O üdart de Bucy, Confeillier d il
Roy en fa Court de Parlementa Paris.Et apres ladide
execution faide le Roy s’en ala à Noftre Dame de
Bouldngnè fur-la-mer ,•& pour raifon des deftufdids
airifi décapitez,le Roy eut grande malueillance contre
ladide ville d’Arras, & declaira lorsqu’elle fejroit de-
ftruide r Et pour ce faite y tnuoya m anouuriers, gens
de guerre, artillerie, viures, & aultres chofes, : & y fut
mis le fiege fort & afpre. Et tira lartillerie dedens icel r
le.ville d’Àri^s vers la fin dumoisd’Apurrl, qüe.|e Ro|
retourftaon ladide tire d’Arras, ou incôhtinen t fift ti¬
rer fadide artillerie , tant bombardes que aultres, à
caufedequdy toütela ville fut fort fouldroyee, & fut
fërtafeatu le bouiéuéft què'ceulx d’Arras auoîent faid
contre îadide cité, tellement qu’on véoit de ladite cf-
téparmy le bouleuert tout au long de ladite ville d’Ar¬
ras. Et tellement que apres ces chofes lefdits fiàbltans
dudit Àrfàs forent fort efpouuerttez,& cüidbient bien
mourir, & trouuerèrît le moyen d’enuoyer deuers le
Roy pour deluy obtenir fa bonne grâce & mifericor-
Mm ij
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276
Les Chroniques
de , lequel le leur bailla & oébroya, combien qu’il
l’auoic nabandonnec aux nobles hommes & francs ar-
chiers eftans pour luy deuant icelle, qui le tindrent à
mal contens delà compofition que leur auoit donnée
le Roy veu fondit habandonnement.Et que les delfu£
dits en perfeuerât de mal en pis aUoient iniurié le Roy,
tué de les gens &fait moult de maulx, parquoy leur
fembloit bien que le Roy lie les prendrait point à
mcrcy. Et les gens du Roy au moyen dudit appointc-
ment entrèrent dedens ladiébe ville d’Arras le Dimen-
che quatriefme iour de May mil quatre cens foixante
& dix-fept.
Et apres la compofition ainfî faidtc dudit lieu d’Ar¬
ras , s’en partit le R oy & vint à la Viéboirc. Ainfi s’en
partitmonfeigneur l’Admirables Gentils-hommes &
francs archiers de No rmendie, pour eulx en aler chaf-
cunenleurmaifon. Et le Royeftant audit lieu de la
Viétoire eut nouuelles que cinquante archiers de fon
ordonnance eftoient alez.à Peronnc, pour y mettre &
loger cinq prifonniers de par le Roy,aufqucIs ils auoit
fait refus a’y entrer,pourquoy il s’en partit &ala audit
Peronnc cuidant qu’on y voulfift faire aucune rébel¬
lion , ou il fut depuis par aucun teraps que aultrèsnou-
Uelles luy furent apportées que les Flamens Sc attitrés
tenans leurparry eftoient fur les champs pour nuireaix
Roy & fespays, pourquoy incontinent le Roy fift pu¬
blier fon arrierepan, & que tout homme noble &
non-noble, preuilegié &c non preuilcgié,& pour ceftc
fois feuft toutpreft & enarmes pour le feruir ôc refi— .
ftçr à leur fureur. Et fut ledit cry publié à Paris le Di-
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nv Roy Loys XI. 177
menchc dix-huichefme iour de May àudit an mil qua¬
tre censfoixante & dix-fept. En apres le Roy s’en ala à
Cambray, où il fut rcceu par compofition, & illeefùc
reeeu par certain temps, & s y refrefchirétfes gensd’ar-
mes iufques au iour de la Trinité. En ce temps le Roy
enuoyafes lettres patentes adreflans aux Gens tenans
fà Court de Parlement à Paris, par lefquelles leur
mandoit tous en general alcr & eulx tranfporter en la
ville de Noyon, auec aufii les maiftres des requeftes de
l’oftel duRoy,pour auecques le Roy & aûltres fei?
gneürs defon fang ôc lignage, qui feraient illec vcoir
prendre conclufion & ntl fur le fait du procez faitalen-
contre dudit de Nemours, qui par long temps auoit
Paris, laquelle chofc firent lefdits de Parlement, ôé
partirent de Paris pour aler audit lieu de Noyon, le
lundy fécond iour de Iuing pour eftre le landemain
audit Noyon, ainfi que mande leur eftoit par lefHidfes
lettres, • .
A udit temps .& au mois de Iumglefartiedyquator*
ziefine iour dïqcUuÿ mois vng qui auoit cfte de l’oftei
du R dy, & qui auoit.fàlfifre fon fignet & celluy dvng
des Secrétaires, & à celle caufe auoit fai<5t & lignées
plusieurs lettres & baillées en diuerfes villes de ce Roÿ-
aulme,oüil auoit au moyen d'iccHes prins plüfieurs
fbmraes de deniers au nom du-Roy, &: icelles à luy ap¬
pliquées, fùtpourledit cas audit délinquant fonpro-
cezfaitdeparle Preuoft derofteiduRoy du Ion Laon
tenant, & depuis enuoye 7 audit lieu de Paris, auquel
lieu & pour ledit cas fut pillorié & mictre, & puis fia-
Mm iij
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j Lis Chroniques
ftré au fronc, le poing coisppc,& banny du Royaul-
me de France, & fes biens & heritaigcsdeciairez & ac¬
quis confifquez au Roy. . .
Auditmoisde îùin adudntque le feigneur deCraon
à qui lé Roy auoit baillé la charge de fon armee, pour
aieren la Concède Bourgongne faire guerre à l’en-
eoritre du Pririce d; Q rengeipour aucunesiniures à luy
faites par ledit de Craôn, qui n’eftoit pas de pareille
maifon deluy. Et pour foy venger d’icelle iniure, ét
auffi le Roy qui auoit baillé le Gouuernement dupays
audit Prince, & qui auoit edé auffrau moyen dé faire
mettre ledit pays ai la main du Roy, & l’auoit de ce
defehargépoiir bailler audit de Craon,s?en courrouça
£b«i& ironua moy endefarre rctoumcrcqntr ele R oy
lés pays j villes, & placés qui àfà requefte's’eftoient rc-
duiâesàluy. Etauecques & en fa compaignie fe mift
& bouta vng Ghéualierjduduc pays de Bourgongne,
nomméîftefüre Claudbde¥auidî^y,mii fouftindrent
îa guerre contre ledit de Craon, iniques a certain
temps , que iediét. de Craon fceuft.qqe ledittfO-
renge eftoittoni vnevil^e ncunmee Guy»,«H il vintmet-
ççlefiege & y démolira par deux iours que ledit fei-
gnetrr ae Chaûeauguyan frerockidit drOrcnge, &:
auteres, vindrénepour lb farecurity dofrtins aickierry le4
dit ddCrponi* quûiîenialarmeaafe un bataille Gontreie-
ditfeigneur de Ghafteàugayon i ôc f eue grànthurti-
bilis à^adi®erapeontxty&.deQOiÜ^^
rut de gensdeia^otridudtobb éb
fâns.Etde lad&éÔc dfefcoixEcurey haceacfàiéleèpâr lor-
«donnante duRoy:procef£o|is^da5crales
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l’Eglife{àin&MartindeSJthamps,.. -j. ; • . .
Au mois deluiüeç enfuiuattt audit anj fbixantc dix- *
fept, le Duc de Guerles qui eftoit venu logeur prés de
Tournay à tout quatorze ou quinze cens Alemaris, &
vinccuiderl^ùterlefeuésE^uxbpuigsdudirToUrnay^:
& foy loger aü pont de pierre prés de ladiéte ville, vin^'
drent dommager icelle, fut fait faillie par deux fois fur
ledit dé GuedeSjOuà la ptœmiier.eiàülieiilifut tellement’
qu’il y mourut,& Ton corps apportéiehlaŸilledeTraur-
nay. Et puis à la fécondé faillie yflîrent fur ceulx de fon
arm ce de trois à quatre cens lançesde l’ordonnance du
Roy, auec aücunspàrticuliérs deladiéèe vilIMefq<ijceii
mirent en fuite tous lefdits Alcm'ans ôd £lamens[i &
bien tuèrent deux mil, & de fcpt 4hui6tcens‘prifôn-
niers. Etde ladite dcfconfitureen fW chanté-en ÜEu.'.
glifé de VansTêDtHm 1audaé«sy8i: faitiaibedeS ftmtf
parmy les rues de ladite ville.1 i'-v - , i.~.. d •
; j Audit; ancnitquatré t^s dbixanca fic-dixHfèpt ylc*
mignac DücdcN emours& Cariât© di laIMÎarché,qui-
auoit eRé c'onfliitué ôf amené prifonnier do la BàÛriliq *
fairiéti AnthoinjQà itelj&i lîèmblah)© quatriflCoaei iouar ;
d’Aoull: en l’anrice prcccdeiite,polit aucuns cafe,délits, >
& crimes par luy commis ; & perpétrez, durant lequel :
tcmpsdeioriytrhpri^^ enècdi&qi E«üfde la Ba*»
{bUe,luy£in:mtiaits'pluficuis mtcrlrdgatdirés. furi lefi '
di&c$ charges, aùfqucls il rcfpoKjditdc bouche & par >
efertpt 9 «mtlpaidcuant mdTcigtièursi lb Chamelier de :
Frahtenommémaiûix Pïcri^D ofkrlle,que,aulàcs des ?
Prefidens & Confeillers delai Court de, Parlement par
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tSo Les Chroniques
pluficurs ôc diuerfes ioumees. Ec cncores par certains-
gtansClers du Royaulme, demouraiïs en diuerfes ci¬
tez & villes dudit Royaulme,pource mandez & af-
fcmblcz de l’ordônancc du Roy en la ville de Noyon,
auee& enJà compaigniedèfdits de Parlement. Et en
laprcfèncedemonfeigneut de Beaujeu illec reprefen-
tant laperfonne du Roy, fut tout veu & vifité lapro-
cedurcpar ladiéte Court, faiû^ alencontrédudilfc de
N emours,ehfemblejaufli ks^Kcufàtronsparluy faites-
& baillées feruants àià faluation. Et tout pareuix veu
côclurent audit procez,tellement queleditiourdc lun-
dÿ.quàtriefme idur dtAouiVfut audit lieude iaBaftille
meliirc Ichari te Boulengierpremier PrefidentaudicSt •
Parlement,accompaignic du Greffier Criminel de la-
<Ü3e Court, de fire X>enisjidTelin maiftei ctoftel du
Ro)r, & aultrèsijXjufiyindrcnt dire& declairer audidfc
de Nemours, que veues les charges àîluy impofees, fes-
confefliofii& excofàaons par luy fur cdàires r & tout
veu 6èconrider4agTandei& s meOTc'deliberation,luy>
fut dit par ledit PrÆ.dent^parla.Court dc-'Parlcmét,
qu’il droit crimineux decrimc de leze-Majeifé,èccom>
me tclcondempné par Arrcû d-icelleCouttà^ eftrb le^- ;
ditioùr décapité es Halles deParis, fesbiensj feigneù-
ries & terres acquifex &conâf^uces au Roy: laquelle
executionfut ledit iour fuébelleftbafï^t^rdonné
efdiébes Halles , à leurs de trois heures aptes midÿ ,
qu’il eut illec le col couppé ,& puis fut enfèpûely &
mis en biere & deliuré aux Corcdeliers de Paris, pQUr
cftrcinhumé en ladite Ègüley & Vindrcnr quérir le¬
dit corps es Halles iufques enoiron de fept à hui#
vingts
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dv Roy Loys XI. * 8l
vingts Cordeliers a qui furent deliurecs quarante tor¬
ches pour mener ôc conduire ledit corps du dit fei-
gneurdeNemoursen leurdide Eglifc.
Audit mois le Roy quieftoitàTherouenne enuoya
partie de Ion armeepdur combatre & mettre hors de
leur parc certaine quantité' de Flamens qui eftoient
parquez en vng lieu nomme le blanc fofle, lefquels
Flamens quant ils ouyrent nouuelles de la venue du
Roy & fon armee,s enfuirent & deparquerét, & audit
delparquement faire frappèrent nos gens fur les def-
luldits Flamens, defquels eny eut bien tué deux mil.
Et depuis furenr fuiuis iufques bien loing dedens le
pays de Flandres,& paderent lefdits gens du Roy au
mont de CafFel, à Fiefnes & aultres places, qui furent
priles & arrafees, & en tuerent encores bien aultres
deux mil. Et de/Hidtes defeanfitutes en furent failles
de moult belles procédions en la ville de Paris.
1 ■A'Udit mois d Aouft 1 an mil quatre cens feptante-
lept, aduint queVng ieune fils Bourreau à Paris nom¬
mé petit Iehan , fils de mai tire Henry Coufin maiftre
Roumcmj en ladite ville de Paris, qui dcfiaauoitfaia
plulieurs exploits de Bouneau: Et entre les aulrres
auoit exécuté & couppé le col de meffire Loys de Lu¬
xembourg Conneftable de France, fut tué & meurdry
Iddit pcticlehan en Miteville de;Paris, au pourchas
d’vngmenuifier qui eftoitnommé Oudin du Buft na-
rifdupays de Picardie,qui auoit conceu haine mortel-
k contre ledit petit Iehan, pour raifon & càufe de ce
que ledirpetic Ichan auoit frappéou batu long temps
parauandedit du Buft,pour aucune noife quils eurent
Nn
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z 8 i Les Chroniques
enfemble, àcaufe de ce que ledit Menuifier du Buft:
luy demandoit la. greffe & feel'd’vne obligation,en
quoy ledit petit Iehan eftoit obligié à icelluy Oudin
du Buft, & de laquelle obligation ledit petit Iehan
auoit payé le principal, & ne reftoit que ledit groffe-r
ment & feel.
Et pour eftre ledit du Buft vengé dudit petit Iehan,
feaffocia ledit du Buft.de trois ieunescompaignons
demourans à Paris.L’vngd’iceux nommé Lempereux
du Houlx Sergent à-verge. L’autre Iehan du Foing
Fontcnier & plombeur. Et l’autre nommé:Regnault
Goris Orfeurefils de Martin Goris Courtier de Geo-
leric. Touslefquels quatre de guet à pens & propos
délibéré, vindrent affaillir ledit petitIçhan qu’ils tronq¬
uèrent au coing de la rue de.Garnellesprës.de l’oftel dq
.Moulinet, & vint le premièr à luy ledit Empereux du
Houx foubs fiance amiable, qui le print par deffoubs
le bras enle tenantfermemét,énluy difant qu’ilneuft
pointdepabur desdeffufdits, &qu’ils;ne luy feroient
point de mal. Et en luy difant ces chofes vint ledit Ré¬
gnault Goris quifrappa ledit petit Iehan.d’vnepiarre
parla tefte dont ilchancella, & lors, lediéfc Empefcux
le lafcha,& incontinent vint! luy ledit IehanduFoing
que. luy bailla d’y ne jauelinè aii trauers du corps dont
il çheyt mort ehJaplace,. & depuis qu’il fbtmortledit
Dubuft luy vint cOùpperles jambes, Ôc a tant fe depar¬
tirent les quatre deffufdits,& s’en alerent bouter en
franchife aux,Geleftin s de Paris* A uq uel lieu la nuic en-i
fumant furéntprins & tirez dehors par l'ordonnance
commqndementde meffire Robert O eftouteuille,
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dv Roy Loys XI. 18$
Cheuaiier Preuoft de Paris, &c gens de fou Confeil,
pourcc que par information leur apparut dudit guet à
pens & propos délibéré, dequoy lefdits Celeftins ap-
pellerent, & par la Court de Parlementant l'appel vui-
dé& dit qu’ils ne iouyroient point dés priuileges de
l’Eglife. Et apres comme Clers furent requis par l’E-
uefque de Paris comme fes ; Clers. Aufti pareillement-
fut dit par Arreft de Parlement quais ne jouyroient:
point du preuilege de Clerc, & furent renuoyez par,
deuantledit Preuoft, par la fentencc duquel ils furent
tous condempnez à eftre pendus & eftranglézidont
ils appelèrent en la Court de Parlement. Lequel con-
ferma ladiéte fentence qui fut executee, & furent tous
quatre pendus au Gibet de Paris, parles mains dudicft
maiftre Henry pere dudit petit Iehan;qui pour tant
fut vengié delà mort de fondit fils, le ieudy veille de
monfèigneurfàinétlehan decollafte, vingt ■hüi&ief-
me iour dudit mois. Et furent pendus en la maniéré
qui s’enfuit,& tout ioingnant l’vng de l’autre :c’eft
âftauoir ledit Empereux le premier, Iehan du Foing le
fedond,Régnault Go ris lexiers, & ledit Iehan du Buft
le quatriefme & dernier. .Et :eft âftauoir quelcfdié&
Empereux, du Foing & Goris, eftoicttt trois beâuè
ieunes hommes, & en oultrepiour 1 edit;cas fût ; b.a tu dé
verges &c banny du Royaulme ’de France Yhg ieunè
fils Cordonnier, qui auoit confpiré de la mort dudit
petit Iehan: mais point ne s’eftoit trouué à icelle;
Audit temps le Roy qui eftoitàupays de Picardie,
fe partit dudit pays, & y laifta pour fon Lieutenant ge¬
neral monfeigneur le Baftard de Bourbon Admirai de
Nn ij
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t&4 Les Chroniques
France, pour la conduite de la guerre & garde de tout
le pays. Et au regard des gens de guerre de l’ordonnan¬
ce du Roy & aultres eftans pour luy efdits pays,on leur
bailla & alïigna F en leur logis en la cité & ville d’Arras,
T ournay,Lens,la Baftèe,# aultres lieux furies frontiè¬
res de Flandres & autres pays quiencores fe tenoient
pour ladiéte Dainoifelle de Flandres fille dudit Duc
de Bourgongne. Et apres toutes ces chofes ainfi fai¬
tes & ordonnées le Roy s’en vint à noftre Dame de la
V i&oice veoir la belle Dame illec a ouree,& puis apres
s’en tira à Paris où il nefcjouma guercs, & y eftoit le
iour de la fèfte fainét Denis. A Ta reuerence duquel
Sainét il deliura tous les prifonniers eftans en fes pri¬
ions de Chaftellet de Paris, & puis s’en aia à T ours, à
Amboife &: aultres lieux voifins où il fe tint paraffez
longue efpaffe de temps, durant lequel les Bourgui¬
gnons ôc- aultres ennemis du Roy foubs les charges &
compaignics du Prince d’Orenge, mefïire Claude de
Vouidray & aultres eftans en la Conté de Bourgon*-
gne,firent# portèrent de grans guerres aux gens du
Roy eftans pour luy audit pays, & en fut fait de grans*
defconfiturcs fur lefdits gens du Roy , tant en la ville
du Grey fur Sofne & ailleurs, ou lefdits gens du Roy
s’eftoient logez.Ety tuerent lefdits Bourguignons des
Gentils-hommes de l’ordonnance du Roy, foubs les-
charges & compaignies de Sallezart'& de Conyngan,
Capitaine des Efcoffois, en biengrant nombre-.
En ladite anneeleRoy ayant en finguliere recom¬
mandation lesfain&s faits de fainétLoys & S.Gharle-
maigne, ordonna que leurs Imaiges de piarre pieça
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dv Roy Loys XI. 185
mis ôc affis en deux des pilliers de la grant lalle du Pa¬
lais Royalà Paris, du rang des aultres Rois de France,
feulTent defeendus, ôc voulut iceulx eftre mis & pofez
au bout de ladite grant falle au deflus ôc au long de la
Chappelleeftant au bout de ladiéte grant (allé, ce qui
fut fait. Et en furent payez les deniers que louuraige
coufta à faire, par Robert Gailletcl Rcceueur des Ay-
des en ladite ville de Paris.
Au mois de Décembre audit an, le Roypourtoufi
iours accroiftre fon artillerie, voulut ôc ordonna eftre
faivftcs douze groftes bombardes de fonte & metaii
de moult grande longueur ôc groffeur, ôc voulut icel¬
les cftres raidies : c’eft affauoir trois à Paris, trois à Or¬
léans , trois à T ours, ôc trois à Amiens. Et durant ledit
temps fift faire bien grant quantité de boules de fer és
forges eftans és bois prés de Creil,dontil bailla la chan¬
ge à maiftre Iehan de Reilhac fon Secrétaire. Et pareil¬
lement fift faire és carrières de Peronne grant quantité
depiarrts à bombarde. Et a’ufti faire dedens les bois
grant nombre de cheuretes ôc tauldis de bois,auec-
ques des efchelles à. aflàillirvilles ôc fortereflçs , pour
auoir& prendre les villes de Flandres ôc Picardie, qui
^encoresaudit temps eftoient à réduire.
Audit temps aduint au Roÿaulmed’Angleterre
que pour ce que le Roy Edouart dudit Royaulme fut
acertenéquevngfienrrerequieftoit Duc de Clairçn-
ce,auoitintention depafTer la mer ôc alerdefcendre
en Flandres,pour donner aide Ôc fecoursà fâ fœur Du-
chefTeen Bourgongne,veufue duditdefFunéb le der¬
nier Duc, fift icelluy Roy Edouart prendre & confti-
Nn iij
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i86 Les Chroniques
tuer prifonnier fondit frere & mettre prifonnier en la
Tour de Londres, où il fut depuis detenu prifonnier
par certaine longue elpace de temps. Pendant lequel
ledit Edouart aftembla fon confeil,&par la déclara¬
tion d’icelluy fut condempné à eftre mené depuis ladi¬
te tour de Londres, trainant fur les folfés iufques au
gibet de ladi&e ville de Londres, & illec eftre ouuert
ôc fes entrailles gettez dedés vng feu. Et puis luy coup-
per le col ôc mettre fon corps en quatre quartiers,mais
depuis par la grant priere & requefte de la mere defdits
Edouart ôc de Clairance, fut là condempnation chan¬
gée ôc muee tellement que au mois de Feurier audit
an icelluy de Clairance eftant prifonnier en ladite tour
fut prins ôc tyré de fadite prifon, ôc apres qu’il eut
cfté confelfé fut mis ôc boute' tout vif dedens vnepipe
de maluoifie deffoncee par l’vng des bouts la tefteen
bas, ôc y demoura iufques ad ce qu’il eut rendu l’cf-
perit. Et puys fut tyré dehors ôc luy fut le col couppe,
& apres enfeuely & porté enterrer à auecques
fà femme iadis fille du Conte de Vvarvich qui mou¬
rut à la ioûrnee de Conueneryauecques. le Prince de
Galles fils du fàin<ft Roy Henry d’Angleterre de Lan-
caftre.
Audit temps aduint à Paris que vng nommé Da¬
niel de Barferuiteur de maiftre Oliuier le Dain pre¬
mier Barbier Ôc varlet de Chambre du Roy, fut mis ôc
conftitué prifonnier enla Court de Parlement , pour
raifon de plufieurs plaintes qui furent baillées à ladite
Courtalencontre dudit Daniel,& mefmement à la
complainte d’vnenommee Marion femme de Colin
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dv Roy Loys XI. 187
Panier, & d’vne aultre femme diflolue qui chargeoiét
ledit Daniel de les auoir efforcées, & en elles fai (St &
commis Tord & villain péché de Sodome. Et apres
que par ladiéte Court & par la Iuftice du Prcuoft de
Paris euft eftévacqué par long temps à befongner au¬
dit procez, icelles femmes fe defdirent defdi<Stes char-
geSjen confeflant par elles,que icelles charges auoient
faiétes à la pétition & requefte dudit Panier & dvng
nommé Ianuier, comme ennemis dudit Daniel, &
pour eulx vengier de luy. Pourquoy lefdiétes deux
femmes par fentence du Preuoft de Paris furent con-
dempnccs à eltre batuës nues, & bannies du Royaul-
^ me de France, leurs biens & héritages confifquees au
Roy, furquoy premièrement feroient prins les dom¬
inai ges & interdis dudit Daniel Panier, première¬
ment & auant toute œuure. Laquelle fentence fut
pronuncee & apres executeepar les carrefours de Pa¬
ris, le mercredy vnziefmeiour de Mars audit an qua*
tre cens foixante & dix-fept. .
Audit an & moisde Mars,le Roy qui eftoitàTours
s’ën vint vers Paris loger à Ablon fur Seine,en vngho-
ftel appartenant à Marc SenamyEfleu de Paris , où il
ne fej ourna que deux iours, puis vint [à Paris &c cou¬
cher en fon hoftel des Tournelles, & d’illec le lande-
main matin s’en alla en rEglifc.de Paris faire fon oroi-
jfon à la Benoifte V ierge Marie. Et icelle fai été s’en ala
coucher à Louures& és lieux voifins,ou il fej ourna
vng;peu de temps, & apres ala à He£din- v Amiens &
aültres lieux de Picardie, oùlefeigneurdeHauart de
par le Roy Edoüartd ? Angleterre y vint, & commuai-
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2,88 Les Chroniques
qua de trouucr accord entre le Roy & les Flamens. Et
du cofté du Roy y fut commis le feigneur de S. Pierre
.& aultres. Et durant ce temps le Roy fift toufiours
paflerfonarmee audit pays de Picardie, tant ceulx de
fon ordonnance que nobles, archiers de retenue, &
aultres gens de guerre en bien grant nombre..
Audit temps au mois de Mars quatre censfoixante
& dix-hui£t apres Quafimodo, vint & arriua à Paris
madame d’Orléans, monfeigneur le Duc d'Orléans,
vng j eune enfant fils du Duc de Cleues nepueu d’icel¬
le Dame, madame de Nerbonefille dufeuDuc d’O r-
leans & femme de monfeigneur le Viconte de Ner-
bonne fils du Comte deFoucz, le fils du Comte de ^
Vendofme & aultres plufieurs feigneurs, gentilshom¬
mes , dames & damoifelles qui moult bien furent fe-
ftoiees par deux fois en ladidb.e ville de Paris. Pour la
première fois par monfeigneur le Cardinal de Fouez
en l’oftel d’Eûampes prèsla Jbxaûillc. Et la féconde fois
par monfeigneurle Cardinal de Bourbon enfonho-
ftel à ladi&e ville de Paris,qiii y donnaà foupper à icel¬
le dame, à toute fadi&e axnpaignie & plufieurs aul¬
tres, le mardy dernier iour de Mars audit an quatre
cens lxxviij. Et fut lediét foupper moult honorable
plantureux & bien & homieftement feruy de tout ce:
quil eftoit pollibLede trouucr, auecques chantres
plufieurs inftrumcns mélodieux, farces, mommeries
& aultres honneftes ioyeufetees. Et fut l’affietedudit
foupper cnla galieriedbree, referué madame dame de
Nerbonne qui cfioit fort grolfe , qui pour fon aife
auok auec monfeigneur fon mary,& iufques au nom-
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D v Roy Loys XI. 189
brc de hui& foupperent en vne chambre baffe dudi<5fc
hoftel au logis delehan de Roye Secrétaire demon-
feigneurleDucdeBourbon, &z garde dudit hoftel de
Bourbon.
Au mois d’Auril audit an mil quatre cens lxxviij. fut
feeu par Guérin le Groin Baillif de faiinft Pierre le
Monftier, & Robinet du Quefnoy, lefquels & chaf-
cun de eulx auoient charge de cent lances de l’ordon¬
nance du Roy, & qui eftoient en garnifon au pays de
Picardie j que les Flamens venoientà Douay pour ap¬
porter argent à ceulx dudit lieu pour leurs gaiges &
fouldees,&:aufli pour les affaires de ladiâre ville. Lef¬
quels Capitaines femirent aux champs pour gaigner
ledit argent, ce quils firent, & ruerent ius ceulx qui le
portaient, & entuerent aucuns, & plufteurs prifon-
niers y furent prins.
Et pour ce que ceux de ladiefte ville de Douay & de
l’Ifle les Flandres,eurent certaines nouuclles de ladifte
deftroufle, fe mirent aux champs pour refeourre ledit
argent & prifonniers. Et nonobftant qu’ils feuflent
moult grant nombre, nofdits gens fe faulueren t par-
my eulx, en tuerent quatre vingts & mieulx,& en em¬
portèrent ledit argent par eulx gaigné. Et n’y mourut
point des gens du Roy plus de vingt-ftx ou vingt-fept
nommes.
Au mois de May audit an mil quatre censfoixante
&dix-huiâ:, le Roy qui eftoit au pays de Picardie ne
fiftgucredechofes,(inonde gaigner & auoir par fà
puifïànce vne petite ville nomraee Condé, qui eftoit
tenue par les Bourguignons, laquelle eftoit fort nui-
O o
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i$o Les Chroniques
fimteàauitailler, & porter viuresà ceulx de la cité de
Tournay. Dedens laquelle ville y auoit des gens de
guerre du party du Duc en Auteriche qui felaiiferent
batre, mais en fin quant ils apperceurent le grant oft
qui leur cftoit apparant, ils prindrent compofition
auec le Roy de luy bailler ladiéte ville & lechafteau,
à quoy le Roy les receupt, & s’en alerent eulx & leurs
biens faufs.
En ladicftc année vint à Paris vng Cordelier natif
de ville Franche en Beauiolois, pour prefeher à Paris,
& illec blafmer les vices, & y prefeha bien lôguement,
difànt ôc publiant les vices dont les créatures eftoient
entachées. Et par fes parolles y eut plufieurs femmes
qui s’eftoient données aux plaifances des hommes &:
aultrespcchezqui deceferetrayrent, & aulcunes d’i¬
celles fe mirent & rendirent en Religion,en delaiftànt
leurs plaifances & voluptez ou par auant s’eftoient
dernenees:& fi blafma tous les eftats,& fi prefeha de la
iuftice, du gouuernement du Roy, des Princes & fei-
gneurs de ce Royaulme, & que le Roy eftoit mal fer-
uy, & qu’il auoit autour de luy desferuiteursquiluy
eftoient traiftres , &c que s’il ne les mettoit dehors
qu’ils le deftruiroiét & le Royaulme auili. Defquelles
chofes en yindrent nouuelles au Roy, parquoy ordô-
na qu’on luy deftendift le prefeher. Et pour cefte cau-
fe vint àParis maiftre O liuier le Dain Barbier du Roy,
pour luy faire deftendre le prefeher, ce quiluyfutin-
terdit: ce qui fut à la grant defplaifance de plufieurs
homes & femmes qui fort s’eftoient rendues enclins
à le fuyure & oy r fes parolles & prédications. Et pour
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. Dv R0Y l °ys XI. i 9 f
doubte quonneleprint ne que on neluyfeift aucun
opprobre,le furent veiller nuit 8 c iour dedensle Con-
uent des Cordeliers dudiét lieu de Paris. Et fi difoit on
que plufieurs femmes yaloientcurieufement de nuit
& de iour, quifegarnifloient en leurspatois depiar-
res, cendres, coulteaulx mucees, 8 c aultrcs ferremens
& battons pour frapper ceulx qui luy vouldroient
nuire ou empefeher fadi&e prédication, 8 i qu’ils luy
difoient qu’il n’euft point depaour, & qu’ils mou-
roient auant que efclande luy aduenift.
D urant ces chofes s’en ala en Picardie vng Légat de
parle Pape, pour remonftrer au Roy & au Duc d’Au-
terichelegrant mal que faifoient les Turcs infidelles
alencontre de la Chreftienté, en les exhortant de faire
paix entre eülx, 8c de eulx délibérer d’eulx expofer à la
deffence de ladiâx Chreftientc, 8c deftruire lefdits in¬
fidèles. Au moyen dequoy fut vng peu ceflee ladite
guerre, en efperant trouuer accord en Ieurfdits débats;
mais nonobftant ce ne ccfierent point les Bourgui¬
gnons delà Duché 8c Conté de Bourgongne,de toufi
iours faire guerre aufdits pays 8c à l’armee que le Roy
yauoitenuoyee, 8c de prendre fur les gens du Roy,
villes, chafteaulx, 8c places par le Roy recouurees, 8c
y tuèrent des gens du Roy 8c francs archiers bien
grant nombre.
Etlemardy vingt-fixiefmeiour de May fut crié à
fonde trompe & cry publicque par les carrefours de
Paris, côme de toute ancienneté il foit de couftume,&:
qu’il ne loife à nuis de quelque eftat qu’ils foient, de
faire afiemblees de gens en la vilie de Paris fans le con-
O o ij
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■ *1
i<)i Les Chroniques
gié & licence du Roy ou de fa Iuftice. Et que ce néant-
moins au moyen de certains fermons & prédications
puis n’agueres faits en ladiéte ville, par frere Anthoine
Fradin de l’ordre des Cordeliers, pîufteurs perfonnes
fe font alfemblces & venues au Conuent defdits Cor-
deli ers,pour illec garder leditCordelier,auquel n’auoit
efté fait aucun opprobre parle Roy ne là Iuftice, mais
y auoient efté enuoy ez feulement aucuns des Confeil-
lers du Roy pour le interroguer fur aucunes chofes 8c
matières fecrettes, dont le Roy en vouloit fçauoir la
vérité. Et illec s’eftoient tenus nuit 8c iour prés de icel-
luy frere Anthoine, 8c pour le garder, fi comme ils di-
foient. Laquelle chofe eftoit en grant efclandre,par-
quoy ôcparl’aduisde la Cour de Parlement 8c Prc-
uoft de Paris eftoitinterdit & defFendu à toutes per¬
fonnes de quelque condition qu’ils feulfent de non.
plus faire lefdiétes aifemblees en ladidte Eglife des
Cordeliers, ne ailleurs,fur peine de confifcation de
corps 8c de biens. Et que au regard de cculx qui ainfi
eftoientaffcmblezaudit lieu des Cordeliers, inconti¬
nent apres le cry fedepartiflent 8c alaft chafcun en (à
maifon fur lefditles peines,& aux maris qu’ils feif-
fent deffence à leurs femmes de plus aler ne eulx tenir
aufdiétes aftemblees. A près lequel cry ainfi fait que dit
eft,fut par grant derifion crié par plufieurs des efeou-
tans , que cen’eftoit que folie, & que le Roy nefçauoit
riens des chofes deftufdicfes, 8c quec’eftoit mal fait
d auoir ordonné de faire ledit cry.
Et lelundy premier iour deluingauditan, parle
premier Prefident de Parlement, ôcaultres qui fe di-
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r> v Roy Loys XI. z95
foientauoircharge du Roy, fut dit &declairé audit
frere Anthoinc Fradin qu’il eftoit à toufîours banny
duRoyaulme de France, & que pourcefaire ilvuy-
daft incontinent & fans arrefter hors d’icclluy Roy-
aulme, ce qu’il fift, & vuyda lelandemain deladidtc
ville de Paris, qui futmardy fécond iour dudit mois
deluing mil quatre censlxxviij. Et quant ledit frere
Anthoine partit dudit lieu des Cordeliers de Paris y
auoit grant quantité de populaire, crians & fouppi-
rans moult fort fon departement, & eneftoienttous
fort mal contens. Et du couroux quils en auoient, di-
foient de merueillcufes chofes, & y en eut plufîeurs,
tant hommes que femmes quilefuiupienthors de la
ville de Paris iulques bien loin g, & puis apres s’en re¬
tournèrent.
Audit temps le R oy qui eftoit aie au pays de Picar¬
die, en intention d’auoir & mettre en fes mains &c
obeiffance les villes,places & pays que tenoitle def*
funét Duc de Bourgongne au iour de fon trefpas,
comme appartenans au Roy, & à luy acquifes par la
rébellion & defobeyftance du delfund: Duc de Bour¬
gongne,& qui pour icelles auoir y auoit menee la plus
belle & grande quantité d’artillerie & gens d’armes de
fon ordonnance, francs archiers &: nobles hommes*
qui oneques fut veue en France. Et demoura longue¬
ment audit pays cuidant toufîours auoir les Flamens
& le Duc Maximien d’Auteriche,qu’ilsappelloient
leurfcigneur,foubsvmbreduquel auoir fut enuoyé
deuers le Roy luy eftant à Cambray & en la cité d’Ar¬
ras , Ambaffadeurs dudic Duc d’Auteriche, qui pour-
Oo iij
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194 Les Chroniques
parlèrent de bailler au Roy paifiblcment lesContees
d’Artois & de Boulongne,l’Ifle, Douay, & Orchies,
faindt Orner, & "aultres villes, auecques la Duché de
Bourgongne entière. Et foubs vmbre defdiétes pro-
meffes le Roy leur bailla la jouyftànce de Cambray,
Quefnoy le Conte, Bouchain, & aultres villes. Et
pour eftre plus prés du Roy pour communiquer des
chôfes ddîùfdiébes, s’en vint loger & parquer ledit
Ducd’Auteriche,luy & fon oft,quc on difoit eftre
vingt mil combatans & mieulx,entre Douay & Arras.
Et illec tindrent le Roy en belles parolles foubs vm¬
bre defdiétes promeftes, iufques en la fin dudit mois
de Iuing, que le Roy n eut aucune chofe de ce qui luy
auoit efté promis. Et fi auoit eu libéralement du Roy
icelluy Maximien lefdiétes villes, cuidant que de Ton
coftéfeuft entretenu ce que promis luy auoit, dont il
ne fift riens, &c ny eut aucune conclufion fur ce prinfe.
Durant ledit mois de-Iuing, Larmee que le Roy
auoit enuoyee en la haulte Bourgongne pour recou-
urer Tes villes contre luy rebellées , & dont auoit la
chargeleGouuerneurdcChampaigne nomé d’Am-
boife, profpera fort, & regaignerent & mirent es
mains du Roy la ville de Verdun, Monfauion, & Se-
mur enLauxois,tant par aftaulr que par côpofition.Et
aprez alerent mettrele fàege deuan t la ville deBeaulne,
où ils furent depuis par aucun temps,& iufques au co-
mencementdumoisde luiliet entuiuanr, & audit an
lxxviij. que ladite ville de Beaulne fe rendit au Roy
par compofition és mains dudit G ouuerneur: telle¬
ment quilscurentlotrsvies & biensfaufs,ôcpayèrent
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D V IlOY LOYS XI. Z95
en ccfaifànt par forme d’amende pour leurs defaultes
quarante mil efcus, & fi furent condempnez à rendre
& reftituer tout le vin &c aultres debtes qu’ils pou-
uoient deuoir aux marcharts de Paris, & aultres mar-
chans duRoyaulme,tant en vin par eulx vendu & non
liuré, que d’argent à eulx baillé & prefté. Et au regard
des gens de guerre ils s’en alerent par ladiéte compofi-
tion franchement Acquittement, eulx & leurs biens
faufs.
Audit mois de Iuillet furent & fe tranfporterent en
ladiéfe ville d’Arras par deuers le Roy illec eftant, vnc
grande Ambaflàde dudit Duc Maximien d’Auteri-
che,& aufïi des habitans des villes & pays de Flandres:
Lefquels furent oy s par le Roy & fon Confeil, & fur
ce qu’ils voulurent dire à grande & meure delibera¬
tion,fut appointé entre le Roy & lefdits Maximien &
Flamens, que la guerre qui lorseftoit audit pays cef-
feroit iufques à vng an, pendan t lequel yftient feure-
ment de enafeun des deux coftez toutes perfonnes de
l’vngparty en l’autre, &c que toute marchandée au-
roit fon plain cours. Et à tant s’en départit le Roy, &
s’en vint loger vers Paris, & ne entra point en la ville,
pour caufe de ce que on luy dift que on s’y mouroit,&
s’en ala prés de V endofme, où il le tint par aucun téps.
Et apres alaà Behuart, & aultres pelennaiges à fa de-
notion.
En ladiéte annee & au retour dudit pays le Roy fift
de grans dons à plufieurs Eglifes & diuers fainéfs : car
il vintveoirla Benoifte Vierge Marie de la Victoire
prés Senlis,oùil donna deux mil francs,qu’il voult
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196 Les Chroniques
eftrc employez à faire des lampes d’argent deuant Tau-
tel de ladiéte Vierge. Et aufli fift couurir d’argent la
chafic de monfeigneur fainéf Fiacre ou il fut employé
de fept à huit vingts marcs d’argent. Et en oultre pour
fâ grandeôc finguliere confidence que de tout temps il
a eu à monfeigneur S. Martin de Tours,voult & or¬
donna eftre faitvng grant treillis d’argent tout autour
delà chafie dudit lainut Martin, lequel y fut fait,&
pefoitde feizeàdix-fept mil marcs d’argét, quicoufta
auant que efire preffc ôc tout afiis,bien deux cens mil
francs.Eteftafiauoir que pour finer de ladiéte gran¬
de quantité d’argent à faire les ouuraiges defiufdits,fu¬
rent ordonnez commiflàires pour prendre & fàifir
toute la vaifielle qu’on pouoit trouuerà Paris &aul-
tresvilles,laquelle vaifielle fut payee raifonnablement:
mais nonobftantce,en fut grande quantité mucee&
ne fut plus veuë és lieux où elle auoit acouftumé de
courir. Et à^Befte caufe de là en auât quant on aloit aux
nopces franches & aultres,ou on auoit accouftumé dy
en veoir largement, ny eftoient trouuez que beaulx
verres & elguieres deverre &c feugiere.
En icelluy temps le Roy fift faire grant afiemblee
des Prélats,gens d’Eglife,de grans Clers,tant des Vni-
uerfirezde Paris, Montpelier,qued’aultres lieux,pour
eulxtroüuer & afiembler en la ville d’Orléans,pour
fubtillier & trouuer moyen de rauoir la Pragmatique,
& que l’argent des vaccans &c bénéfices ne fùfient plus
portez à Rome,ne tyrez hors de ce Royaume. Et pour
celle caufe fe tint ladiéfe afiemblee ainifi eftant à Or¬
léans,où prefidoit pour le Roy monfeigneur de Beau-
jeu.
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dv Roy Loys XI. 197
jeu, monfcigneurle Chancellier & aultres duConieil
du Roy .Lequel monfeigneur le Chancellief en la pre-
fence de monfeigncur de Beaujeudift& decîaira les
caufes pourquoy ladide aftemblec eftoit ainfifaide
audit Orleans,& les caufes quimouuoientle Roy d’a-
uoir fait faire icelle aftemblee,laquelle proportion fut
reiponduëpar maiftre Ican Hue, Doyen de la fatuité
de Tbeologie pour ladide Vniuerfité de Paris, qui en
cefaifant'fift de grandes remonftranccs & parla fort
& hardicmcnt, pource qu’il eftoit aduoué de par lef-
dits de l’Vniuerfité de Paris. Et auili y parlapour ladi¬
de Vniuerfttéde Montpellier vng aultre grant Clerc,
qui aufli parla moult bien. Et apres que .icelle aftem-
blee eut illec efté certaine efpace de temps, le Roy vint
à Ql deuotion en l’Eglifenoftre Dame deÇlery, & au¬
près làdeuotionfaide ala audit lieu d’Orléans, où il
ne fejourna que demie iournee. Et apres qu’il s’en fut
retourne" tout ledit Confiai ainfi aiTemble que dit eft,
fans conclure fe départit, ôc ala chafcun dont il eftoit
partypoury venir, & fut ledit Conieilremis à Lyon
au premier iour de May apres enfuiuant.
En apres le Roy eftant audit pays de T ouraine, en-
uoya fes lettres clofe&à fes bons Bourgois de Paris,leur
faifànt fçauoir quant ilauoit cnuoyéfcsAmbaftàdeurs
pat deuers le Roy de Caftille & de Leon, fur aucuns
difterens qui eftoient entre Le Roy & luy,affin de trou-
ueraucunbon accord entre eulx fur lefdics difterens,
lefquels fes Ambaftadcurs eftoient retournez dudid
voyaige, & auoient rapporté que ledit Royde Caftil¬
le eftoit bien content du Roy , & luy auoit promife 6 c
ft.
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198 Les Chroniqves
iurcc bonne amour Se vraye aliance.-pourquoy le Roy
voulant de ces chofeseftre loué & regracié Dieu no-
ftre Créateur Se la Benoifte Glorieufe Vierge Marie,
mandoitaufdits de Paris que de ce ils feiflent procef-
fions generallesà Paris, & que les feux en feuflent faits
parmy les rues deladiéte ville: Laquellechofe fut fai¬
lle. Et furent icelles procédions faiétes, qui alerent de
Noftre Dame à madame fainéte G eneuiefue au mont
de Paris, & y fut illec prefehé par le Prieur des Car¬
mes, qui illec declaira bien au long Se honnorable-
ment l’intention & contenu dcfdi&es lettres du Roy.
En ladiéte annee au mois d’Oétobre, aduint au
pays d’Auuergne que en vnc Religiô de moines noirs,
appartenant à monfeigneur le Cardinal de Bourbon,
y eut vng des Religieux dudit lieu qui auoit les deux
lexes d’homme Se de femme , Se de chafcun d’iceulx fc
aida tellement qu’il deuint gros d’enfant, pourquoy
fut prins Se faifi, Se mis en Iuftice Se gardé iufques à
ce qu’il fut deliuré de fon poftume, pour apres icelluy
venueftre fait dudit Religieux ce que Iuftice verroit
eftre à faire.
Audit pays aduint aufli que vng Gentilhomme du¬
dit pays d’Auuergne nourriftoit vng lyon, qui luy ef-
chappa& le perdit par aucun temps, qu’il ne fçauoit
oüil eftoit deuenu. Laquelle befte s’en ala à l’efeart Se
fur aucuns chemins,làoümengea Se deuoura pluiicurs
créatures, tant hommes que femmes, pour caufe de-
quoygrant nombre de gens dudit pays fe mirent fur
les champs pour le tuer, & y ala aufli fondit maiftre,&
tant firent qu’ils trouuerent ladite befte. Laquelle en-
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dv Roy Loys XI. 199
treaultresperfonnes reconnaît & vint à fondit mai-
ftrc, & incontinent fut tuee & meurdrie. Et pareille¬
ment aufli audit pays y fourdit vne fontaine en lieu ou
iamais n’en auoit point eu,& illec dcuint la terre mou-
uant & tremblant merueilleufement.
Audit an lxxviij.au mois de Nouembre, vngnom¬
mé Symon Courtois, que le Roy auoit fait fon Pro¬
cureur general par toute la Conté d’Artois, au moyen
de la treuequi eftoit entre le Roy & les Flamens,fc
partit de la ville d’Arras faingnant aller en fes affaires
au pays de Flandres. Auquel pays s’en ala par deuers la
ContefTedudit Flandres, femme dç Maximien d’Au-
tcriche, par deuers laquelle &non content de l’hon¬
neur à luy fait par le Roy de l’auoir ainli créé fondit
Procureur general en ladiéte Con té, dift à icelle Con-
teffe qu’il eftoit bien fon feruiteur, comme fesaultres
f >arensauoient efté, & quelle voulfift prendre de luy
c ferment &creer fondit Procureur, & de raifon elle
luy reuauldroit, & aimoit mieux quelle feuft & de-
mouraft en fes mains que en celles au Roy. Lefquelles
choies qui furent fccuês par leGouuerneurducfit Ar¬
ras pour le Roy,fut ledit Symon Courtois prins 5 c fai-
li, &c mené deuers le R oy à T ours, ou il confelfa tout
ce que dit eft delfus. Et à cefte caufc il fut décapité.
Audit an Ixxviij .le lundy deuant les Rois,aduint que
plufieurs officiers du Roy en fon artillerie, firent alfor-
tir vnegroffe bçmbarde qui en ladi&e annee auoit
efté faiéte à T ours, pour illec eftay er & efprouuer, &
fut acculee la queue d’icelle aux champs deuant la Ba-
ftille làinétAnthoine, &la gueulle d’icelle en tirant
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300 Les Chroniques
vers lepôntdeCharenton. Laquelle fut chargée pour
la première fois te tira cres-bien, & porta la piarre d’i¬
celle de volee iufqucs àlaluftice dudit pont de Cha-
renton. Et pour ce qu’il fembla aux deflufdits quel¬
le nes’eftoit pas bien defehargee de toute la pouldre
qui mife te boutee auoit efté dedens la chambre d’icel¬
le bôbarde, fut Ordonné par les deiïufdits que encores
feroit chargée de nouueaU, te que de rechief feroit ti¬
rée pour fécondé fois, & que auant ce elle feroit net¬
toyée dedens la châbre d’icelle auant que d’y mettre la
poudre,ce qui fut fait, te fut faite charger te bouté fa
boule qui pefoit 50 o.liures de fer,dedens la gueule d’i¬
celle bôbarde,à laquelle gueule eftoit vng nômé Iehan
Maugue fondeur, qui icelle bombarde auoit fai&e:
laquelle boule en rollant au long de la vollee contre le
tampon de la chambre de icelle bombarde, fe defehar-
gea incontinent, fans fçauoir dont le feu y vint. A
caufedequoyelletua te meurdrit te mift en diuerfes
pièces ledit Maugue, te iufquesà quatorze aultres per-
fonnes de Paris, dont les telles,bras, iambes te corps,
cftoient portez te gettéz en l’air, te en diuers lieux. Et
alaaulftladidle boule tuer te mettre en pièces & lo¬
pins, vng pauùre garçon oylèlleur qui tendoit aux
champs aux oyfeaufx. Et de la pouldre & vent de ladi¬
te bombarde, y en eut quinze ou feize aultres per-
fonnes qui tous en curent plufîeurs de leurs membres
gallez te brûlez, & en mourut plufîeursdcpuis.Ettel¬
lement que de çeulx qui y moururent ledit iôur,que de
ceulx qui furent happez dudit vent^en mourut en tout
de vingt-deux à vingt-quatre perfonnes. Et apres le
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dv Roy Loys XI. 301
trefpas dudit Maugue fondeur de ladite bombarde,
fon corps fut recueilly,enfepuely,&: mis en biere, &
porté à faillit Merry à Paris fon patron, pour y faire
fonferuicc,& fut crié par les carrefours de Paris que
onjpriaft pour ledit Maugue, quinouuellement eftoit
aile de vie à trefpas entre le ciel & la terre, au feruicc du
Roy noftre Sire.
En ladiéte année le mardy fécond iourdeMars, le
corps d’vng nommé Laurcns Garnier de la ville de
Prouins,qui auoit par Arreft delà Cour de Parlement
efté pendu & eftranglé au gibet de Paris vng an &
demy parauant leditiour,pour occafion de ce quil
auoit tué & meurdry vng Collecteur ou Receueur de
laTaillcdudit lieudcProuins, & duquel cas il auoit
obtenu remiffiô qui ne luy fut point entérinée par la-
diéte Court, fut au pourchas d’vng fien frere fait def-
pendre dudit gibet par Henry Couhn Exécuteur de la
naulte Iuftice audit lieu de Paris. Et illcc fut enfepuely
ledit corps & mis en vne biere couuerte d’vng cercueil,
& dudit gibet mené dedens Paris parla porte Sainét
D enys, & deuant icelle biere aloient quatre crieurs de
ladiéte ville fbnnant de leurs clochetes,& en leurs poi¬
trines les armes duditGarnier,&autour d’icelle bierey
auoit quatre cierges & huit torches,qui elloient por¬
tées par hommes veftus de dueil& armoyez comme
diteft. Et en tel eftat fut mené paffant parmy ladiébe
ville de Paris iulques à la porte fainét Anthoine,ou
fut mis ledit corps en vng chariot couuert de noir,
pour mener inhumer audit Prouins. Et l’vng defdits
Crieurs qui aloit deuant ledit corps, crioit bonnes
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30i Les Chroniques
gens di&es vos patenoftres pour l’ame de feu Laurés
Garnier en Ion viuant demourant à Prouins, qu’on a
nouuellement trouué more foubsvng chefiie, diètes
en vos patenoftres que Dieu bonne mercy luy face.
En ladiète annee audit mois de Mars le ieudy xviij.
iour dudit mois,vng Gentilhômenommé Oriolcna-
tif du pays de Gafcongne,quiauparauantauoiteuëIa‘
chargé & conduire de par le Roy de cent lances de
fon ordonnance, laquelle charge & ordonnance le
Roy auoit nouuellement fait cafter auecques aultres,
laquelle chofe il print à defplaifance. Et a celle caufe
fut rapporté que ledit Oriole parloit mal & vfoit de
menalfes, & que auecques ce aulli qu’il mift en deli¬
beration auecques le Lieutenant de là compaignie, de
delailferle Roy & fon feruice, & aler feruir en guerre
fonaduerlàirele Duc en Auteriche. En quoy îailànt
commettoit crime delezeMajeftéenuers lôn fouuc-
rain feigneur, pour lefquels cas & aultres furent iceulx
O riole & fondit Lieutenant décapitez en la ville de
Tours ledit iour de ieudy. Et apres ladiefte execution
faiâre furent portez par maiftre Denis Coufin Exécu¬
teur de la haulte Iuftice, & qui auoit exécuté ledit O-
riole '& fondit Lieutenant, leurs telles & partie de
leurs membres attachez & mettre aux portes d’Arras,
& Béthune, au pays de Picardie.
Audit an & mois de Mars fut aulli prins prifonnier
à Paris vng nommé le feigneur de Mauues, qui aulli
auoit efté cafte de la charge de cent lanccs,dont aulli
auoit eue la charge pour le Roy, & fut prins en l’oftcl
du Cornet prés lainét Ichan en Gréue par Phclippe
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dv Rôy Loys XI. , 0?
LuiilierEfcuyer Capitaine de la BaftilleS. Anthoine,
& par luy ou par aultres mené prifonnier audit Iieude
Tourspar deuers le Roy qui lors y cftoit.Et depuis fut
deliure comme ignorant des cas à luy impofez.
Au mois d’Auril quatre cens foixante & dix-iieuf
apres,le Roy qui cftoit au pays de Touraine délibéra
du fait de fa guerre, &de ce qui eftoit de faire touchant
le fait d’icelle, pource que la treue quifurceauoit efté
entre luy d’vncpart & le Duc en Auteriche d’aultrc-
part, eftoitprefque faillie. Et que par ledit d’Auteri-
chen auoit efté aucune A mbaftade enuoyé deuers luy
pour accord faire entre eulx fur leurs diiferens.Et pour
conclure de ce quils auoient à faire apres la fin d’icelle
treue.
Au mois de May enfuiuan t nonobftant que ladide
treuenefeuft empireenefaillie, les manans & habitas
de la ville de Cambray mirent & boutèrent les Picars,
Flamens,& aultres ennemisdu Roy tenans le party
dudit Duc en Auteriche dedens ladite ville de Cam-
kray- ^ icelle en dechafterent & mirent dehors les
gens dé guerre qui eftoient dedens leChafteau de la-
. didc ville de par le Roy, nonobftant que ladide ville
le Roy auoitlaiftèe & baillee enlagarde & cônfiden-
cedufeigneurde Fiennes,& incontinent apres vin-
drent de trois à. quatre cens lances defdits Flamens &
Picars, deuant la ville & chaftel de Bouchain, dedens
laquelle n’y auoit en garnifon pour le Roy que feize
lances qui fe retrahirent dedens ledit chaftel, pource
qu’ils apperccurent que les habitans dudit Bouchain
auoient délibéré de mettre lefdits ennemis du Roy de-
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304 Les Chroniqves
dcns leur ville, incontinent qu’ils y feroient arriuez,ce
qu’ils firent. Et incontinent eulx arriuez vindrent lefi-
dits habitans afiaillir lefdits gens du Roy, que par for¬
ce ils prindrent & les nièrent tous dedens ledit cha-
fteau,& de tous ceulx qui y eftoicntn’cn efehappa que
vng feul, lequel s’enferma dedens vne ehambre, &c
par vng tuyau des chambres aifees le laifla çheoir de¬
dens les foflez ôc fc fàulua : dcfquelles entreprifes &
chofes ainfi faites, le Roy en fut fort mal content, &
non fans caufe, veu que ladidte treuc rompue & entre¬
prifes defliifditcs ne fe faifoient point pour aucune
faulte ou coulpe,quc euflcnt fait les gens de guerre du
Roy fur lefdits ennemis.
Et àceftecaufe le Roy enuoya certain grant nom¬
bre d’artillerie en la Duché & franche-Contéde Bour-
gongne,auecques grant nombre de nobles hommes
& francs archiers du Royaulmede France, par deuers
leGouuerneur de Champaigne, qui eftoit Gouuer-
neur & Lieutcnât G eneral du R oy audit pays deBour-
gongne, pour recouurer ledit pays mettre dere-
chieten fàmain. Et y befongnerent lefdits Goüuet-
neur & ceulx de la compaigniefi vaillamment quepar
alfauit & port d’armes iis gaignerent d’aflàult le cha-
ftel de Rochefort, & tuerent tous ceulx qui cftoient
dedens, en pillant tout ce qu’ils y trouuerent. Et delà
s’en alerent deuant la cité de D oie, qui fut' fort batuë
d’artillerie, ôc apres fut alTaillie tellement quelle "fut
prife d’aflault, à càufe dequoy plufieurs gens de façon
S>c bons marchans y moururent, & fi fut ladiétc ville
arrafee & mife par terre.
Au
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dv Roy Loys XI. 305
Au mois de Iuing enfumant meilirc Robert De-
ftoutcuille,Cheualier feigneur de Beine, qui auoit efte
Preuoft de Paris par l’efpace de xliij. ans, ala de vie à
trefpas audit lieu de Paris. Et en fon lieu le Roy donna
ledit office de Preuoft de Paris à Iacques Deftouteuil-
le,fils dudit deffunét Preuoft, en faueur de ce qu’il di-
foit que ledit deffunâ: l’auoit bien&loyaulment feruy
à la rencontre de Montlehery & aultres diuers lieux. 7
Duunt ces chofesle Royeftant à Montargis oyt
les nouuelles des chofes defTufdiétes, dont il fut fort
ioyeulx, & lors fe partit & s’en ala à Noftre Dame de
la Vi&oirc prés Senlis y faire fès offrandes, & de là s’en
vintauboisdeVinciennes où il ne feioùrna que vne
nuyt. Et d’illecfe partit & print fon chemin pour aler
à Prouins,& de là au pays de Champaigne, à Langres
& aultres lieux, & cependant fut chargé à Paris par la
riuiere de Seine moult grant nombre de belle & grof-
fe artillerie, entre laquelle y auoit feize grofTes bom¬
bardes toutes de fonte, & grant quantité depouldres
& fàlpeftrepour mener à Chalons en Champaigne, à
Bar le Duc, & d’illec aler conquefter la Duché de Lu¬
xembourg, mais ledit voyage fut rompu & n’en fut
riens fait.
Et leSamcdy tien iour de Iuillet audit an lxxix.
vint & arriua à Paris vne moult belle & honnefte Am-
baflàdc du pays d’Efpaigne,que menoit & conduifoit
pour le Roy l’Euefque de Lobes, A bbé de S. D enis en
France. Et les furent recepuoir aux champs hors de la¬
dite ville les Preuoft des Marchans & Efclieuins de
ladi&e ville, & aultres eftats d’icelle ville,& apres leur
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30 6 Les Chroniques
entrée faiébe en icelle ville s’en alercnt à Sainét Denis,
ôù ils furent fort feftiez par ledit Abbé dudit lieu, &
aulfi audit lieu de Paris par aucuns des gens & officiers
du Roy eftans en icelle.
En icelle annee Ixxix. arriua en France vng ieunc
Prince du Royaulme d’Efcoce nommé leDuc d’Alba¬
nie frère du R oy d’Efcoce, qui par ledit Roy çftoit de-
chaffé hors dudit RoyaùIme,lequel s’en vint au Roy à
reffuge,qui luy fîfb faire grant honneur à l’entree qu’il
fift à Paris: car au deuant de luy furent aux champs par
la porte Sainét Ànthoine,fur le chemin alant au bois
de Vinciennès, tous les eftats de Paris auecques & en i
la compaignie de Monfcigncur de Gaucourt, qui
comme Lieutenant du Roy le recueillit bien honora»
blement.Et d’illec fut amené & conduit dedens Paris
& mené loger en la rue Sainét Martin,à l’enfeigne du j
coq,oii depuis il fut longuement logé, &.fes gens & I
C3mpaignie tout aux defpens du Roy, combien que
de Ùl compaignie & gens de nation n’auoit auecques
luy quededixàdouzecheuaux,& lefiftleRoyaccom-
paigner parmefTeigncUrsdeMonypegny Chcualier,
le feignéur de Congrcflâult, qui eftoitaufli EfcofTois.
Au mois d’Aouftenfuyuantles Picars, Flamens,&
aultres ennemis du Roy, eftans logez és paysde Flan¬
dres & aultres villes contraires au Roy, fe mirent fur
les champs tendans affin de trouuer &c combatre les
gens du Roy, & vindrentpour ce faire prés de la ville
de Therouenne, laquelle ville tenoient les gens du
Roy, &lefquels ennemis cuidoient auoir & empor¬
ter ladiéle ville par force & violence. Et apres leur ve-
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dv Roy Loys XI. 307
nue la battirét fort de leur artillerie 3 à quoy il fur vail¬
lamment refifté & contredit par monfeigneur de S.
Andry, comme Lieutenant de cent lances de monfei-
f neur le Duc de Bourbon,& aultresCapitaines & no¬
ies hommes de l’ordonnance du Roy. Et dudit ex¬
ploit en furent aduertis les aultres gens de guerre
eftans pour le Roy en gatnifon efditspays de Picar¬
die,tous lefquels pour fecourir lefdits deTherouenne
& ladiébe ville, fe affemblerent & mirent fus les châps
ôc vindrent trouuer lefdits Picars, Flamens, & aultres
gens de guerre ennemis du Roy, à enuiron vne lieue
prés dudit T herouenne : lefquels ennemis ôc aducrfài-
res eftoient grant nombre, comme lx. mil comba-
tans, qui eftoient menez & conduis par ledit Duc en
Auteriche, le Comte de Romont & aultres feigneurs
tenans ledit party, defquels vindrent frapper les gens
du Roy eftans en garnifon audit T herouenne, auec-
ques plufieurs des compaignies des lances que le Roy
auoiten Picardie,dontauoit la conduite le feigneur
des Querdcs & aultres Capitaines auecqucs luy,tous
lefquels par grant vigueur & honnefte couraige frap¬
pèrent dedens lefdits aduerfaires & ennemis, & telle¬
ment qu’ils deffirent toute l’auantgarde dudit Duc en
Auteriche, à caufe dequoy y eut grant occifion des
f ens dudit Duc, & y perdirent beaucoup de biens, &c
irent menez chaftans. Et pour ce que aucuns francs
archiers du Roy qui fuiuoient ladite chafte fe mirent
à piller lebagaige, & aultres biens laiifez par lefdifts
aduerfaires, ainft chaffez comme dit eft, vint fur lefdits
francs archiers & aultres gens de guerre le Conte de
>i
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5 o8 Les Chroniques
Romont, qui bien auoit de quatorze à quinze mil pie-
tons picquiers, qui tuerent partie defdits francs ar-
chiers & aultres gens de guerre. Et tant y en mourut
des deux coftez,qu’on diioit & eftimoit les morts de
quatorzeà quinze mil combatans, dont en y eut dek
dits Bourguignons, Picars & Flamens,de morts en-
uiron de vnze à douze mil combatans, fans les prifon-
niers, dont les gens du Roy prindrent grant quantité ;
c’eft aflauoir comme de neuf cens à mil prilonniers,
entre lefquels y fut pris vng des fils du Roy de Poulai-
ne, & vngaultreieune fils qu’on difoit eftrc le migno
dudit Duc en Auteriche,auec grant nombre de gens
de bonne & grande maifon,& tous bons prifonniers.
Etauregartdesgons de l’armee du Roy y mourut le
Capitaine Beauuoifien & V uafte de Mompcdon,Bail-
lif de Rouen,& des gens de guerre de l’ordonnance du
Roy y mourut enuiron trois cens archiers de ladide
ordonnance, fans les francs archiers.
Et apres ladide defeonfiture ainfi faide que dit eft,
ledit Duc en Auteriche, le Conte de Romont & aul¬
tres de leur compaignie fe ralierent & vindrent deuan t
vneplace nommee Malaunoy,dedens laquelleeftoit
vng Capitaine Gafcon nommé le Capdet Remonnet,
& auecques luy de fept à huit vingts lacqucts arbale-
ftriers aufïi Gafcons, laquelleplacc parlefdits d’Aute-
riche& Romont fut afîaillie. Et par lefdits Gafcons
fut fort refifté, mais en fin furent emportez d’aflault,
& y moururent la plufpart defdits lacquets, & les aul¬
tres fc getterent dedens les fbffez. Et au regard dudid
Capdet il fut prins prifon nier & mené pour affeurancc
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dv Roy Loys XL 509'
deuers ledit d’Auteriche, lequel nonobftant ladiéte af-
fcurance & trois iours apres fadicte prife,& de fang
froit St raffis ledit d’Auteriche le fift pendre & eftran-
gler. Et pour vengeance faire de fa mort le Roy très-
mal content d’icelle fift pendre iufques au nombre de
cinquante des meilleurs prifonniers que fes gens d’ar¬
mes euftent en leurs mains, &: par le Preuoft des Ma-
rcfchaulx lequel les fift pendre :c’eft aftàuoir fept des
plus elpeciaux prifonniers,au propre lieu ou le Capdet
Remonnct auoit efté pendu, dix aultres prifonniers
deuant Douay,dix aultres deuant S. O mer, dix deuant
la ville d’ Arras, & dix deuant l’Ifie. Et eftoit ledit Pre¬
uoft accompaigné pour faire faire ladite execution, de
huit cens lances & nx mil francs archiers, tous iefquels
apres icelle execution faiéte s’en alerent cofte la Conté
de Guynes, & en reuenant iufques en Flandres, prin-
drentdix-fcpt places & maifons fortes, & tuerent &
bruflerent tout ce qu’ils trouuerent, & en emmene-
rent bcüfs,vaches,cheuaulx,iufques es aultres biens, &
apres s’en retournèrent en leurfdiébes garnifons.
Audit temps fut prins fur mer par Coulon & aultres
efeumeurs de mer en Normendie pour le Roy,iufques
àquatrcvingtsnauircsde Flandres, qui eftoient alez
quérir des feigles en P race pour auitailler le pays, &
tout le harenc de la pefche d’icelle annee, où il fut fait
la plus grant defeonfiture qui pafle à cent ans fut fai été
fur mer, à la grande confufion & deftra&ion def-
dits Flamens.
En l’annee mil quatre cens quatre vingtspaflerent
la mer d’Angleterre pour venir en France par deuers
Qjl üj .
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jio Les Chroniques
le Roy,lefeigncurdeHauart,vng Prothonotaire,&
àultres Ambalïàdcurs Anglois, pour le fait de l’entre-
tcnement de la treue d’entre le Roy& le Roy d’Angle¬
terre jlefquels Ambalfadeurs furent bien receups du
Roy, & leur fift on bonne chiere & grant, & s’en re¬
tournèrent apres leur expédition. Et leur fut donné
par le Roy de l’or content & de belle vaifTelle d’argent.
Enladiéteannee mil quatre cens quatre vingts, le
Roy bailla lettres de commiffion à maiftre Iehan Auin
Confeillier en là Court de Parlemet,&à Iehan Doyac
de la ville de Culfet en Auuergne, pour faire fur mon-
feigneur de Bourbon fes villes, pays, officiers, & bons
fubie£ts,plufieurs dampnez exploits & nouuelletez,
que lefdits Commilfaires prindrentioyeufementà fai¬
re,cui dans deftruire & porter dommaige audit mon-
feigneur le Duc, contre Dieu & raifon & fans caulc:
mais pour complaire à la voulenté du Roy qui le me-
noit,affin de deftruire ledit feigneur & mettre en exiL
Et par lefdits Commilfaires en enfuiuant leurdiéte
commiiïionlirentadiournerà comparoir perfonnel-
lementen la Court de Parlement à Paris, la plulpart
des officiers d’icelluy monfeigneur le Duc,commelon
Chancellier,lbn Procureur general,le Capitainede là
garde, & autres plulieurs en grant nombre,qui y com¬
parurent au iour à euxaffigné,ou par Commiflàires
d’icelle Court furent examinez. Et pour ce faire lon¬
guement détenus enarreftsen ladûfte ville Rencon¬
tre defquels maiftre François Haie Aduocat du Roy
en ladiéte Court de Parlement,lefquels pour Ion plai-
fir faire contre Dieu Ôc raifon,le feruice de corps & d a-
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bv Roy Loys XI. 311
me. Et apres par ladiite Court furent eflargis & ren-
uoyez en leurs maifons.
Et apres ces chofesainfi. faites fut aufliadiourné à
comparoir en ladite Court maiftre Iehan Herbert E-
uefque de Confiances pour refpondre à plufieurs cri¬
mes & cas à luy impofez, où il vint & comparut, & fut
fur ceinterrogué,& puis par Arreft de ladite Court fut
fait conftitué prifonnier es prifons de la Conciergerie,
& tous fes biens & temporel mis en la main du Roy.
En ladiite annee au mois d’Aouft fut fait treue auec
le Duc en Auteriche pour fept mois,dont les trois mois
deuoienteftre marchans,les trois aultres d’aftinence
de guerre,& lefeptiefme mois de repentailles.
En iadiite annee au mois de Septembre le lundy
quart iour dudit mois, vng Légat du Pape nommé le
Cardinal de fainitPierre ad Vincula qui eftoit venu
en France, & arriua en la ville de Paris où il fut honno-
rablement receupar tous les eftats de Paris,qui alerent
jau deuant de luy par la porte faint Iacques. Et par tout
fon chemin où il pafta par laçliite ville eftoit tout ten¬
du de tapifterie iufques à TEglife Noftre Dame de Pu-»
ris,oùilfiftillecfonoroifon. Etapres icelle faiite s’en
ala en fon logis <jui luy eftoit ordonné au Colliege de
faillit Denys près les Auguftins. Et l’accompaignoit
ôc eftoit toufiours prés de luy tres-noble,tres-Reueréd
pereen Dicumonfeigneur le Cardinal de Bourbon.
Et le landemain qui fut mardy fixiefme iour dudiit
mois, maiftre Oliuier le diable dit le Dain, Barbier du
Roy, feftoya lefdits Légat, Cardinal de Bourbon, &
moult d’aultres gens d’Eglife, & nobles hommes,tant
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3i2. Les Chroniques
plantureufement que pollible eftoit. Et apres difncr
les mena au bois de Vinciennes efbatrc 6c chaffer aux
Dainsdedensle parc dudit bois, 6c apres s’en reuint
chafcun en Ton hoftcl.
Etleieudy enfuiuant veille de laNatiuité de laBc-
noifte Vierge Marie 6c vendredy enfuiuant,ledit Lé¬
gat fut aux Vcfpres 6c Melfe en l’Eglife Noftre Dame
de Paris,ou moult de gens de tous eltats furent en la¬
dite Eglife,pour veoir faire ledit fcruice audit Légat,
qui le fut bien & honnorablcment.
Et le Dimanche enfuiuant douzie£mciourdudi<St
mois, ledit Légat ala difner 6c foupper en l’oftel de
Bourbon à Paris, ou mondic feigneur le Cardinal de
Bourbon le feltoya, & y mena ledit Légat plufieurs
Arceuefques,Euefques,&aultres feigneurs 6c Gen¬
tilshommes,ou elloient l’Arceuefque de Befançon 6c
celuy de Sens,les Euefques de Chartres, celuy de Nc-
uers,celuy de T onne,celuy d’Amiens, celuy d’Alec, 6c
aultres,le feigneur de Culron,Moireau Maiftred’oltel
du Roy, 6c plufieursaultres Gentils-hommes 6c gens
d’EglifcjOii ils furent moult honorablement feftoyez.
Et le lundy apres enfuiuant xiij. iour dudit mois, le¬
dit Légat fe partit de Paris 6c s’en ala à S. Denis en
France,ou aulli il fut feftoyepar l’Abbcde S.Dcnis, 6c
dudit S. Denis s’en ala au pays de Picardie 6c Flandres,
pour cuider communiquer auecques les Flamens 6c
Picars,& effayer de faire aucun accord entre le Roy 6c
eulx fur leurs differens,où il fut depuis par long temps,
la plufpart d’iceluy fejournant à Péroné, cuidant auoir
feur acceps d’en trer audit pays de Flandres,ou le Roy y
enuoya
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dv Roy Loys XI. $1$
enuoya aufli maiftre FrançoisHaflé, le Preuoft de Pa¬
ris & aultres,qui fans y riens faire retournèrent à Paris.
Et aufli retourna ledit Légat audit lieu de Paris le ieu-
dy deuant Noël vingt & vniefmeiourdc Décembre
mil quatre cens quatre vingts, lequel Légat ala voir
monfeigneurle Cardinal de Bourbon,auec lequel il
fouppa ôc coucha, & le landemain s’en partit dudit
hoftel par la porte doree, & pafTa la riuiere iufques en
l’oftel de Neelle,où il monta à theual aucc fes gens qui
illec l’attendoient.Et s’en ala iufques à O rleans oü il fe-
journa certain temps, pendant lequel le Roy fift deli-
urer le Cardinal B»fee,& s’en ala audit Orléans deuers
ledit Légat. Et en ce temps fe tint le Roy au pays de
Touraine ou il demoura par laplufpart de l’yuer, &
iufques à enuiron les Rois qu’il s’en ala à Poidiers &c
aultres lieux, & puis s’en retourna à T ours & aux for¬
ges,vers la fin du mois de Ianuier.
En ce temps le Roy fift cafler & abatre tous les francs
archiers du Royaulme de F race, & en leur place y voùlt
ellre &demourer pour feruir en fes guerres les Souyf-
fes & picquiers. Et fit faire par tous couftcllicrs grant
quantité de picques,hallebardes,& grans dagues à lar¬
ges roüelles.
En ladidc année l’yuer commença tard, & ne gela
point qui ne feuftle landemain de Noël iour faind
Efticnne, &: dura iufques au huidiefme Feburier, qui
font fix fepmain es,durât lequel temps fift la plus gran¬
de &afpre froidure que les anciens euflent iamais veu
faire en leurs vies, & furent les riuicres de Seine, Mar-
nfe, Yonne,& to utes aultres riuieres afiluans en ladide
Rr
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314 Les Chroniques
xiuicrcdè Seine j prifes ôc gelees fi très-fort que tous
charrois,gens, & oeftes paflbient par deflitsla glace. Et
au defgel defdidtes riuieres en aduint plufieurs grans
maulx & dommages, à caufe defdi&es glaces qui en
emportèrent plufieurs ponts eftants fur lefdiétes riuie¬
res, & les glaçons firent de grans dommages: car ils
rompirent ôc emportèrent grant quatité de bafteaulx,
dont partie s’en aierent frapper contre les ponts No-
ftre Dame, faincft Michel d’icelle ville de Paris,lefqueis
bafteaulx fauuerent plufieurs grans heurs que euftent
fait lefdits glaçons contre lefdits ponts, qui furent en
bien grant dangicr d’eftre abatus.fifcpour la paour que
en eurent les demourans fur lefdits ponts, defempare-
rent lefdits ponts, eulx & leurs biens, iufques le dan-
gier en feuftpafle,&lefqueis glaçons rompirent fept
des pieux du moulin duTempie.Et à celle caufe ne vint
point de bois à Paris parla riuiere de Seine, & fut bien
chier,commede fèpt a huit fols pour le moule: mais
pour fecourir le poure peuple, les gens des villaiges
amenèrent en ladite ville à cheuaulx & charrois grant
quantité de bois vert. Eteuft efté ledit bois plus chier
felesAftroIogiensdeParis euftent dit vérité, pource
quilsdifoientque ladidre grande geiee dureroit iuf¬
ques au huiétiefme iour de Mars,& il defgella trois
iepmaines auant, mais dcfpuis ledit defgel le temps
fut fort froit iufques bien auant le mois de May, à cau¬
fe dequoy plufieurs bourgeos des vignes qui cftoient
;tropauancees furent perdus & gelez, Ôc lesfleursdes
arbres & les fouches en diuers lieux perdues & gellees.
Durant ledit y uer ôc iufques au mois d’Apuril, que
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DV R.ÔY Lo YS XI. 515
failloit la treuc entre le Roy & les Flamens,ne fut riens
faitde cofté ne d’aultre,pource que lefdits Flamens en-
uoyerent leur Anabaflàde deuers le Roy à T ours, auf-
quels il donna expédition & continua les treuesdvng
an,efperant que durant icelluy fe trouueroit quelque
bon expédient de paix finale.
Audit temps les Ambaffadeurs du Roy Edouart
d’Angleterre vindrent par deuers le Roy, pour le fai&
delatreue,& print le Roy la peine d’aler deuers eulx
iufqucs à Chafteau Régnault, où le Roy les ouyft fur
la matière pourquoy ils eftoient venus : Et illec furent
expédiez par le Roy & puis s’en retournèrent en An¬
gleterre. Et apres leur partement fut dit & publie' que
la treue d’entre lefdits deuxRois efioit continuée pour
bien long temps.
Audit an mil quatre cens quatre vingts au mois de
Mars,le Roy eftanten Ion hoftel du Pleflis du parc lez
Tours, fut merueilleufement maladed’vne maladie
qui foubdaincmentîeprint, dont fut dit depuis qu’il
fut en grant dangier de mort, mais moyennant l’ayde
de Dieu la fanté luy fut rendue, &c reuint en conualef-
cence.
En l’annec mil quatre cens quatre vingts & vng,Ie
Roy voult& ordonna que certain camp de bois qu’il
auoit fait faire pour tenir les champs contre fes enne¬
mis,feuft drecié & mis en eftat en vne grant plaine prés
lepontdel’Arche,pourilleclevcoir, 8>c dedens icelluy
certaine quatité de gens de guerre armez auec halebar-
diers & picquiers que nouuellementauoit mis fus, dot
il auoit aôné la conduite defdits gens de guerre à mef-
Rr ij
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jié Les Chroniques
{ire Phelipe de Creuccueur, Cheualier feigneur des
Querdes, &c à maiftre Guillaume Picquart Baillif de
Rouen ^dedens lequel camp ilvoult que lefdits gens
de guerre feuflfent par refpace dvng mois pour fça-
uoir comment ils fe conduiroient dedens, & pour fça-
uoir quels viures il conuiendroit auoir à ceulx qui fe-
roient dedens ledit camp, durant le temps qu’ils y fe-
roient. Et pour aler audit camp que le Roy auoit or¬
donné eltrepreft dedens lequinziefme iour deluing,
le Roy s’approcha prés de Paris, & fiftla fefte de Pen-
thecoufte àNoftrcDame de Chartres, & d’illec s’en
ala audit pont de l’Arche, & de là audit camp, qui fut
choifi & aflis entre ledit pont de l’Arche & le pont S,
Pierre,partie duquel camp tel qu’il pouoit contenir
fut foffoyé au long de ce qui en fut drefïié ,& dedens
fut tendu des tentes & pauillons, & aufli y fut mis de
l’artillerie ôc de tout ce qui y eftoit requis. Et par ladite
portion ainfi dreffee, qui fut fort agréable au Roy, fut
fait iugement quel auitaillemét il fauldroit auoir pour
fournir tout icelluy camp, quant il feroit du tout em-
plydece que le Roy auoit intention de y mettre &
bouter. Et apres ces chofes & que le Roy l’eut bien veu
&vifité,s’en vint à bien content, & s’en partit pour
s’en retourner audit lieu de Chartres,Selome,Vendof-
me,&àTours,& en renuoya toutes lescompaignics
qui eftoient venus audit camp par fon ordonnance,
chafcun en fa garnifon.
En ladiéte année le Duc de Bretaigne enuoya ache¬
ter à Milan certaine quâtite' de harnois,, comme cuiraf
fes,fallades,& aultres harnois,qui furent enfardelez en
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dv Roy Loys XI. ^
fardeaux en façon de draps de foye & aultres marchan-
difes fort enueloppez de cotcon.Et tellement que à re¬
muer les fardeaulx ne faifoientpoint de noife, lefquels
fardeaulx qui fe portèrent fur mulets arriuerent aux
montaignes d’Auuergne., laquelle marchandife de
harnojsles gens & commis deDoyacprindrent, & in¬
continent fut mandéau Roy qui donna lefdits har-
nms audit Doyac & aultres fes fatalités.
En ladideannee toutes les vignes prefquc vniuer-
fellçment par tout le Royaulme de France faillirent, &:
ne rapportèrent que vngpcudechofe, & le vin qui
creuft en ladiébe annee ne valut guieres, & fi fe vendit
bien chier. Et à celle caufe le vin de lannee precedente
qui aufli ne valoir guieres fut vendu moult chier: car le
vin qui au commencement, d’icelle annee qui ne fut
vendu a detail & tauerne que quatre deniers tournois,
fut vendu douze deniers tournois la pinte. Et par au¬
cuns marchans bourgois de Paris & d’ailleurs qui
auoient gardé du vin,creu autour de Paris, comme de
Champigny fur Marne & aultres lieux voifins, le ven¬
dirent bien chierement: car plufieurs en vendirent à
detail deux foisparifis la pinte, qui eftoit audit prix
trente fix liu.tournois le muy.Et aduint que au moyen
de ce que lefdi&es vignes faillerent comme dit eft,&
que le vin ne valut guieres,plufieurs marchans s’en ale-
rent cercher les bons en diuerjfes régions loingtaines,
lefquels marchans firent amener en la ville de Paris,
qui fut pareillement chier vendu, comme fix & lept
blancs la pinte. Et lefquels vins furent alez quérir iuf-
ques és fins & mettes des dernieres villes d’Efpaigne.
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318 Les Chroni^ves
En ladite anneeles garnifons pour le Roy eftans
au pays de Picardie, tenans froncieres fur lefdits Fla-
mens,nonobftantlatreue firent de grans courfes les
vngs contre les aultres, en faifant mauuaifc guerre : car
tous lesprifonniers de guerre prins de chaftun defditss
coftez, fans mifericorde aucune eftôicnt pendus quant
prins eftoient, fans aucun en mettre à ran çon.
Audit temps le Roy qui auoit efté malade à T ours;
s en partit dudit lieu de T ours, & s’en ala à T ouars, ou
aulfi y deuint très fort malade,& y fut en très grat dan-
gier de mort. Parquoy & affin de rccouurcr fa fante'en-
uoya faire maintes offrandes, & donner de bien grans.
fommes de deniers en diuerfes Eglifes de ceRoyaume,
& fift de grades fondations.Et entre les aultres fonda¬
tions fonda enlafaincfteChappellc du PalaisRoyalà'
Paris vne haülte Meffc, pour y eftre di<5te chafcun iour
en l’onneur de môfeigneur S. I ean,à l’eure de fept heu¬
res de matin, laquelle il ordonna eftrcchanteepar huit'
chantres qui eftoient venus dupays de Prouence, lei-
quels auoient efté auRoy René deCccile,& de fà chap«
pelle, qui s’en vindrent apres le trefpas dudit feu Roy
René leurmaiftre deuers leRoy, qui les recueillit corne
dit cft. Et fonda ladiéte meffe de mil Hures parifis, pri-
fèsfur laferme&couftumedu poiffon de mer qui le
vent és Halles de Paris. • '
E t apres ce que dit eft & que le Roy eut cfté ainfima-
lade,ilfevoüad’aler en pelerinaige a monfeigneur S.
Claude,ce qu’il entretint défaire,& s’en vintàNo-
ftre Dame de Clery faire fes offrandes, & puis fepartit,
d’iliec pour aler accomplir fondit voyaige. Et pour
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dv Roy Loys XI. 319
dire feurement de fa perfonne y mena auecques luy
huit cens lances, & plufieurs aultres gens de guerre
qu’on eftimoit bien à fix mil combatans. Et auant fon
partcmentdupaysde Touraine ala à Amboife vcoir
monfeigneurleDaulphin fon fils que iamais n’auoit
veu,au moins que bien peu,& au departement luy dô-
na fabenediétion, & le lailfa en la garde de monfei-
f neur Pierre de Bourbon feigneur de Beaujeu,lequelil
ft fon Lieutenant general par tout fon Royaume du¬
rant fondit voyaige. Et lors declaira le Roy à monfoi-
gneur le Dauiphin qu’il vouloir qu’il obeift à mondit
leigneurdeBeaujcu, & qu’il fift tout ce qu’il luy or-
donneroit, &c toutainfi que fi luy-mefmes luycom-
mandoit.
En ladiéleannee durant le voyage defainét Claude,
fut le blé moult chier vniuerfellement par tout le Roy-
aulmc de France,& mefmementaüpays de Lyonnois,
Auuergne,Bourbonnois, & aultres pays voifins. Et à
celle caufe y mourut grant quantité de peuple, tant de
maladie que de famine, qui rut merueilleufemét gran¬
de par toutes contrées, & fe ce n’eulTent elle les gran¬
des aumolhes & focours de ceulx qui auoient des blcz,
k mort y eull elle moult douloreufe. Nonobllant ce
fo partirent delHits pays plufieurs pourcs gens qui ale-
rent à Paris & en plufieurs aultres bonnes villes, & fu¬
rent mis en vne grange ou maifon à fainébe Katherine
du val des Efcolliers, odillec les bons Bourgois & bon¬
nes bourgoifes de Paris les aloient fongneufement
penfer. Et depuis furent menez à i’oftel Dieu de Paris,
oüils moururent tous ou la plus part: car quant ils cui-
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3 io Les ChroNiqves
doient mangicr ils nepoüoiént, pource qu’ils auoient
les conduits retraits par auoir efté trop fans mengier.
En l’an mil quatre cens quatre vingts & deuxjeieu-
dy iour de May, enuirôn l’eurc de quatre à
cinq heures,de tres-noble, puiffanté, fàinébe & des
bonnes viuans l’exemplaire :c’eft aflauoir ma tres-rc-
doubtee Dame madame lehanne de France,femme &c
efpoufede monfeigneur Ichan Duc de Bourbonnois
& d’Auuergne, expira & rendit lame à Dieu en Ton
chafteau de Molins en Bourbonnois, par le moyen
d’vne forte fleure,fimerueilieufe que l’art de Médeci¬
ne n’y peut pourueoir, & fut fon corps inhumé eni’E-
glife de Noftrc Dame dudit Molins. Laquelle Dame
rut fort ploree & lamentee, tant par monditfeigneur
fon efpoux & mary,fes feruiteurs & gcnsdefespays,&
partousaultresdu Royaulme de France, qui ladi&e
Dame auoient veuë & eu cognoilfance,pour les gran¬
des vertus & biens dont eiloit par grâce remplie.
Et auparauant icelle annee ala aufli de vie à trefpas
au pays de Flandres, madame la Conteiïe de Flandtes
& Artois, fille du feu Duc Charles de Bourgongne,
femme du Duc en Auteriche, & niepee de meffei-
gneursdeBourbon: de laquelle y Rirent deux enfans,
c’eft affauoir vng fils & vne fille, lefquels demourerent
en la garde des Flamcns en la ville de Gant.
En ceftedite annee mil quatre cens quatre vingts’ &
deux de iadicte maladie de fleure & taige de tefte,mQU*
rurent en diuers lieux moultde notables & gransper-r
fonnaigeSjtant hommes que femmes.' Et emtreaultres
moururentles Arceuefques de Nerbonne:&: Bourges,
i'Euefquc
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dv Roy Loys XI. $u
l’EuefquedeLifieux,& maiftre Iehan le Boulengier
premier Prefidcnt en la Court de Parlement, & auiîï
mellirc Charles de Gaucourt Cheualier, qui auoit efté
Lieutenant pour le Roy en fà ville de Paris, lequel fut
fort plaint: car il eftoit vngbon & honnefte Cheua-
ücr, beau perfonnaige,faige homme & grant c|erc. Et
de ladide Court de Parlement moururent plüfieurs
des Confeillicrs & Aduocats d’icelle, & entre aultres
mourut vngnômémaiftreNicolle Bataille,quc on dri-
foit cftre leplus grant Legifte duR oyaulme de France,
bonne perlonne & fort plaifànt, qui fut fort plaint &
non fans caufc. Et difoit on qu’il mourut par le cour*!
roux qu’il print de fà femme qui fut fille de maiftre
Nicole Erlaut,en fonviuantTrcforicr du Daulphiné,
combien quelle euft de fondit mary tout le plaiur que
femme en pouoit auoir, & d’elle auoit eu douze enfans
en mariage, & auoit ledit defïund au iour de fondit
trefpas quarante quatreans d’aage.Laquelle femme fc
conduifit en la lefeherie de fa pute chacougne auec-
ques ribaulx particuliers,durant fondit mariage.Et en-
treaultres entreuint en fadide lefeherie vng ieune gar¬
çon fils d’vne venderefle de poires & poiüon de mer
des Halles de Paris,nommé Régnault la Pie,lequel
auoitaultrefois eue grant familiarité autour du Roy,
comme fon varier de chambre, & depuis auoit efté mis
dehors de fon feruice par fes fauites & abus, dont l’ac-
cufàOliuier le diable dit le Dain,aufli fon compai-
gnon, comme barbier,varlct de chambre du Roy. La¬
quelle femme îe print en fon amour defordonnee, &
pour l’entretenir en vendit & engaiga de fes bagues &
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3 i t Les Chroniques
vaifTelie de fondit mary, & fi print auilx de largent de
fondit mary larçineufement , pour rentretenement
de fondit paillard : de toutes lefquelles chofes fondit
mary en futaduerty,qui en print (i tres-grant cour¬
roux queàcaufed’iceluy ilalade vieà trefpas,qui fut
moult grant dommaige. Au Royaulme des Cieulx gi-
fe lame de luy en bon repos.
Et apres que le Roy eut fait & accomply fon voya¬
ge audit lieu de faind Claude,il s’en retourna fort ma¬
lade à Noftre Dame de Clery, là ou il fit fa neufuaine,
& apres icelle fàide moyennant la grâce & bonté' de
laBenoifte Vierge Marie illec rcquHc , & à laquelle il
auôit fa finguliere confidence ôedeuotion, reuinten
afiez bonne conualefcenec, & fut fort alegé de fes
maulx. Durant & pendant le temps que le Roy eftoit
audit lieu de Clery y mourut beaucoup de gens , tant
de fon Hoftel que d’aultres, & entre les aultres y mou¬
rut vng Dodeuren Théologie que nouuellementii
auoit fait fon Confeiller & Aufmonier, qui eftoit na¬
tif de Tours fils d’vngBouchierdeladideville, &fe
nommoit ledit Dodeur maiftre Martin Magiftri.
En apres lé Roy qui eftoit audit lieu de Clery s’en
partit & s’en ala à Mehun fur Loire,à faind Laurens
des Eaues & illec enuiron,& y fut iufques prés la fefte
N oftre Dame demy-Aouft qu’il fe. partit dudit faind
Laurens & retourna de rechicf audit lieu de Clery,àla
fefte & folempnité de la Noftire Dame de my-Aouft.
, En laditeanneeaucQmmencementdcIuilletfèmi-
rent fusvne belle & honnefte Ambaftàde du pays de
Flandres,pour venir deucrs lc Roy audit lieu de Clery,
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df Roy Loys XI..
où ils arriuetént, & illec parlèrent au Roy, auquel ils
firent remonftrer & àfon Confeil,les caufes pour les¬
quelles ils eftoient venus deuers luy, de par les nobles
hommes, gens d’Eglife, & populaire dudit paysde
Flandres. Lefquelles caufes eftoient tendansaffin qu’il
pleuft au Roy auoir bon appoineftement aueeques luy
pour lefdits Flamens,quinetendoicntàaultrefin que
d’auoirpaix finaile aueeques le Roy.Lefquels Ambaf
fadeurs furent du Roy tres-bicn & honneftement re-
ceus & recueillis, & leur fut de par luy donne expediv
tion, donticeulx Ambafiàdeurs furent tres-bien con- 1
tens. Et ce fait ils s’en retournèrent audit pays de Flan*
drcs,& furent conduits & menez de par le Roy eh la;
ville de Paris par monfeigneur de fàinâ: Picrre,quiles
fift bien feftoyer par lePreuoft des Marchans & Ef-
cheuins d’icelle ville de Paris, bien & honneftement :
& puis apres s’en retournèrent à Gant & aultres villes
de Flandres,dont ils eftoient partis. Et ainfi que ladite
Ambaffade s’enretournoit,le Roy auoit fait mettre
fus les champs grant partie de fes gens de guerre qu’il
auoit en garniion au pays de Picardie, dont auoit la
charge & conduite le feigneurdes Querdes : laquelle
compaignic il faifoit beau veoir, car elle eftoit fort
belle. En laquelle compaignie auoit quatorze cens
lances fournies, tres-bien accompaignees de fix mil
Suiffes, & aufti de huit mil picquiers. Tous lefquels
^ens de guerre ainfi alfemblez que dit eft, s’en alerent
à grant triumphe & bruit mettre le fiege deuant la vil¬
le d’Aire,qui eft vne très belle place & bien afhfe, prés
de fain<ft Orner & Therouenne, dedens laquelle ville
Sf ij
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$i4 Les Chroniqves
y auoit pluficurs gens de guerre de par le Duc en Autc^
riche. En laquelle place, tout incontinent que les gens
duRoyyfurcntarriuez la battirent moult fortd’ar-
tillerieydont & dequoy les manans d’icelle ville furent
& fc trouuerent fort eipouuentcz : mais aucuns des
gens de guerre illec eftans, qui auoient bonne intelli¬
gence auecques ledit feigneur des Querdes pour le
Roy,de luy bailler ladite place & ville,firent compo-
fltion pour icelle ville,qui eftoit telle quelle feroit mi-
fe en la main du Rôy. Et fut faille ladite composi¬
tion par vngCheualier nommé le feigneur Defcon-
trans, qui eftoit du pays de Picardie, & lequel auoit la
garde de ladiéte ville de Aire de par ledit Duc en Aute-
riche. Etmift ladiâx place en la main du Roy, en luy
faifant le ferment de le feruir bien Sc loyaulment, dont
& pour bien le rccompenfer le Roy luy donna la char¬
ge de cent lances , & u. luy fut oultre baillé & donné
trente mil efeus en or content.
En ladiéte annee es mois d’Aouft & Septembre,vng
Ghcualier du pays du Liegenommé memre Guillau¬
me de la Marche,dit le Sanglier Dardaine, fift & cofpi-
ra guerre mortelle alencontre de tres-noble Prince &
tres-Rcuerend pere en Dieu monfeigneur Loys de
Bourbon, Euefque de ladiétc cité de Liege, qui auoit
parauant hourry ledit Sanglier Dardaine, pour le tuer
& meurdrir. Et apres ce fait de mettre &c faire Euefque
dudit Liege le frere dudit Sanglier. Et pour faire par
icelluy Sanglier la dampnee entteprifè, le Roy luy lift
deliurer argent & gens de guerre en grant nombre.
Au moyen dcfquels, & aufli de certain nombre de
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dv Roy Loys XL 515
mauuaîs garçons,larrons,pipeurs & pillars, qu ilprint
& aftèmbla tant «1 la ville de Paris, que en aucuns des
villages voifins d’icelle ville, iufques au nombre de
deux a trois mil. Lefquels il fift veftir & habiller de ro¬
bes rouges,& à chafcunc defdites robes deffus la man¬
che feneftrey fift mettre vnc hure de fanglier.Et eftoiét
lefdits mauuais garçons legierement armez: & ainfi le¬
dit Sanglier les mena iufques audit pays duLiege. Et
luyillecarriuétrouua façon & moyen d’auoir intelli¬
gence auccques aucuns traiftres Liégeois de ladi&c
ville, à l’encontre de leur feigneur, de acchafTer,tuer 8c
meurdrir leurdit Euefque, & le mettre hors de la cité,
auecquesce qu’il auoit de gens:ce que firent lefdiéts
Liégeois,& foubs vmbre d’vne amitié fainte qu’ils di-
foient auoir à leurdit Euefque, luy dirent que force
eftoit qu’il alaft affaillir fondit ennemy, & que fefdits
habitans lefuiuroient en armes, 8c viuroient 8c mour-
roientpour-luy,& qu’il n y auroit point de faultc que
leditSanglier 8c fa compaignie demourroient defeon-
fits & deftruits. Lequel monfeigneur du Liege incli¬
nant à leur rcquefteiàillit de ladiéte cité du Liege, 8c
ala auccques eulx aux champs tout droit où eftoit ledit
de la Marche .-lequel quant il vit ledit Euefque fe def*
couurit de l’embuche où il eftoit,& s’envint tout droit
audit monfeigneur l’Euefquc.Et quant lefdits traiftres
habitans du Liege virent leurdit Euefque és mains du¬
dit de la Marche fon ennemy,luy tournèrent le dos, 8c
fans coup ferir s’en retournèrent en ladiéte cité de Lie-
ge.Et incontinent ledit monfeigneur de Liege qui n’a-
uoif aide ne fccours que defes feruiteurs & familiers,fe
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Les Chroniqvss
rrouua fort elbahy: car ledit de la Marche qui cftoit
ûilly de fadkfte embufche,s’en vint à luy,& fans aultre
chofe dire luy bailla d’vne taille fur le vifaige, & puis
luy mefmes le tua de (à propre main : te apres ce fait
icclluy de la Marche fift mener & getter ledit Euefquc,
&eftendretout nuden lagrant place deuant l’Eglifc
fainét Lambert, mai ftreffe Eglife de ladiâre cité de Lie-.
ge,od illec fut manifeft ement monftré tout mort aux
nabitans de ladicStc ville, &àvn chafcun qui le vouloit
veoir. Et tantoft apres Iadi&emort y arriucrent cui-
dans lefecourir le Duc d’Auterichc, le Prince d’Orcn-
ge,le Conte de Romont &c aultres gens de guerre, lcC-
quels quant ils feeurent la mort dudit Euefque,sen re¬
tournèrent fans riens faire,à l’occafion d’icelle.
En ladite annee au mois d’O étobreje Roy fe trou-
ua fort malade en fon hoftel du Plelîis du parc lez
Tours, à caufe de laquelle maladie eut grant paourdc
mourir. Et pour celle caufe fe fift porter à; Amboilc par
deuers monfeigneur le Daulphin, auquel il fift plu-
lîeurs belles remonftrances, en luy difant qu’il eftoic
malade d’vne maladie incurable, en le exhortant que
apres fon trefpas il voufift auoir aucus de fes feruiteurs
pour bien recommandez. C’eft aflauoir maiftre Oli-
uier le diable dit le Dain, fon Barbier, ôc Ichan de
Doyac Gouuerneur d’Auuergne, en difant qu’ilauoit
efté bien feruy d’eulx, & que ledit Oliuier luy auoit
faitplulleurs grans feruices, & qu’il ne feuft riens de
luy,fi n’euft cité ledit O liuier.Et aulfi qu’il eftoit eftra-
gier & qu’il fe feruift de luy, & qu’il entretenift en fon
Feruice &c aux offices & biens qu’il luy auoit donnez.
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dv Roy Loys XI. 3*7
Luy recommanda auffi monfeigneur du Bouchaige,
& meffire Guyot PotBailly deVermandois,& luy en-
chargea qu’il crcuft leur confcil : car ils les auoit trou-
uezlaiges &deboftconfeil. Etfi dift oultre à mondit
feigneur ieDaulphin,qu’il confcrmaft tous les officiers
qu’il auoit faits en leurs offices, & que principale¬
ment il euft fonpoure peuple pour recommandé,le¬
quel il auoit mis en grande poureté &c defolation, &
piufieurs aultres chofes luy rcmonftra,que depuis il fift
magnifefter en piufieurs des bonnes villes de fon Roy-
aulmc &c en fa Court de Parlement. Et fi luy dift oul-
tre que pour la conduite de la guerre il fe feruift du fei¬
gneur des Querdes,& lequel il auoit trouué çn tous fes
affaires bon,loyal & notable Cheualier,& de bonne
& grade conduite,& ce fait s’en retourna au Montils.
Audit temps le Roy fift venir grant nombre & grât
quantité deioueurs de bas & doulx inftrumens, qu’il
fift loger à fainét Cofme prés T ours, où illec ils fe af-
femblerent iufques au nombre de fix vingts. Entre
lefquels y vint piufieurs bergers du pays de Poiéfou,
quifbuuentiouercnt deuant le logis du Roy, mais ils
ne le veoient point : affin que aufiüts inftrumens le
Roy y prenfift plaifir & pafte-temps,& pour le garder
de dormir. Et a’vng aultre coftéy fift auffi venir grant
nombre de bigots,Bigottes,&gens dedeuotion, com¬
me hermites & faillites créatures,pour fans ceffer prier
à Dieu qu’il permift qu’il ne mouruft point, & qu’il le
laiftaft cncores viure.
. En ce temps és mois d’Octobre & Nouembrefe fi¬
rent degransalees ôc venues parles Flamens delà ville
r
.1 i
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$iS Les Chroniques
de Gant,& qui vindrent en Ambaflade dcucrs le Roy?
Lequel pour les oyr y commift maiftre Iehan de la
Vacqueriequieftoitdupays de Picardie, & lequel il
auoit nouucllcment fait & créé fon premier Prelidcnt
en là Court de Parlement à Paris,pour confultcr de la
matière: C’eft alïauoir de bonne paix & vnion eftrc
faite entre le Roy & lefdits Flamens. Et aulfi auccqucs
ledit Prefident y ordonna & commift le Roy lediét
monfeigneur des Querdcs & aultres, & tellement fut
communiqué par lefdites parties tant d’vng cofté que
d’aultre,quilsfirent & traiéterentladiétepaix. En la¬
quelle failànt fe debuoit faire le mariage de monfei¬
gneur le Daulphin & de la fille du Duc en Aultcriche,
qui eftoit en lapoirefîion & garde deldits Flamens de
Gant, dont de ce le Roy fut fort ioyeulx, & eut ladite
paix & vnion pour bien aggreable. Et pour l’onneur
d’icelle en fut chanté par tout le Royaulmc,7> Deum
Uudamus , & fi en furent faits les feux en la ville de
T ours. Etincontinent ces chofes faites fut grant bruit
que lefdits Flamens s’eftoient partis dudit lieu de Gant
pour amener ladite fille. Laquelle pour la bien &
nonneftement recueillir, le Roy y auoit ordonné mc£
Dames de Beauj eu,la fille ainfiiec,madame de Dunois
fœur de la Royne,madame de Touars^nadame l’Ami-
rallc, & plufieurs aultres Dames, Damoifèlles & gen¬
tils fcmmes,que on cuidoit qu’ils deulfent venir & ar-
riucr en la ville de Paris le huiâriefme iour de Décem¬
bre. Mais ladi&e venue feiourna pour aucuns menus
differens qui furuindrent du cofté dcfdits Flamens, &
iufquesad ccque lefdits differens culTenteftévuidez.
En
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dv Roy Loys XI. $19
Eli ladi&e ann cc les Roys d’Efeoffe &c d’Angleter¬
re eurent grantguerre lvng contre l’aultre, & entrè¬
rent lefdi&s Efcoffois bien auant audit Royaulmc
d’Angleterre, lequel ils dommaigerent moult Fort. Et
nonobftant que lefdi&s Efcoffois eftoient cent mil
hommes en bataille plus que nettoient les Anglois,
tôutesfois affin qu’ils nefrappaflènt lvn fur l’aultre,
fè mift & fut Fait appoin&cment entr’eux par le moy¬
en du Duc d’Albanie frere dudit Roy d’Efcoffe, qui
querclloit contre icelluy Roy d’Efcoffe fon frere. La¬
quelle querelle d’entr’eux eftoit telle que ledi£fc Duc
d’Albanie difoitque fondit frere vfurpoit fur luy le-
diârRoyaulme, pource que lefdi£h Roy d’Efcotte &
Duc d’Albanie qui eftoient freres, eftoient venus &
yffus fur terre d’vneventrec, & que d’icelle ledit Duc
d’Albanie qui eftoit le premier yttii, & que par ainft
il auoit acquis droit d’aineffe deuant fondit Frere au¬
dit Royaulme. Et à cefte caufe ceulx qui menoient
ladidle guerre pour ledi<5t Roy d’Efcoffe firent com-
pofition auecques lefdi&s d’Albanie &c Anglois qui
eftoient cnfemblc, tellement qu’ils ne frappèrent
point les vngs contre les aultres, & s’en retourna chaf-
cun au lieu dont il eftoit party.
En ladi<fte annee au mois de Ianuier vindrent & ar-
riuerent en lavillcdeParis lcs Ambafladeurs de Flan¬
dres, qui auoient moyenne la paix d’entre le Roy &
les Flarnens, au moyen du mariage de monfeigneur le
Daulphin & de Damoifelle Marguerite d’Auteriche,
Conteffe de Flandres, fille dudit D uc en Auterichç: au
Tt
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tfà .Les Chroniques
deuant dcfquels & pour les reccuoir en la ville de Pa¬
ris, de par le Roy y furent monfeigneur l’Euefque de
Marceille Lieutenant pour le Roy en icelle ville de
Paris jâccompaigné du Prcuôft des Marchans & Ef-
cheuins, bôurgois & habitans dicelle ville, & d’vng
Do&cur de la ville de Paris nomme Scourable,qui fift
vne moult honnorable proportion par deuantlcfdits
Plamens, qui moult s en tindrèntpour bien contens.
Et le landemain qu’ils furent arriuez en ladite ville,
qui fut leDimenche quatriefme iour de Ianuicr, fu—
reritlefdits Ambaflàdeurs Flamcnsen l’Eglife Noftre
Dàme-de Parisoyr la Mefle. En laquelle Eglife de No¬
ftre Dame y furent fai&es procédions gencralles, & y
prefüha ledit Scourabie, qui y fift vue moult belle col-
hitïéû jdorit tousceulx qui l’ouyrent furent moult
bien contens. Et de ladite venue & publication dç la-
didçpaik en fut chante en icelle Eglife, Te Deum lau-
damus , faitiesfeux, & aufli degràns chieres parmyles
rues de ladite ville. Et furent ledit iour de Dimenchc
iceulx Ambaflàdeurs au partir de ladite Eglife de N o-
ftre Dame, menez dïfher enl’oftel de ladidte ville de
Paris,là oùilledils furent moult bien felfoyez. Et le
landemain lefdits Ambaflàdeurs fe partirent dudit lieu
de Paris & s en alerent pai> deuers le Roy.
Et d’icelèe venue & ocmne paix en furent refîouys
& joyeux tres-noble & tres-Reuercnd pere en Dieu
monfeigneur le Cardinal de fiourbon^qui à l’occafion
d’icelle honnepaixflft faire en fon hoftel de Bourbon
à Paris, vne moult belle -moralité, fotde, & farce, ou
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• BV Roy Loys XI. &
moult de gens de la villealerent pour les veoir iouer,.
qui moult priférent ce qui y fut fait. Eteuflcntlès cho¬
ies deflufdiétes efte' plus triumphantes fe n’euft cfté le
temps qui moult fut plouuieux & mal aduenant, pour
la belle tapifTçric& le grant appareil fait en la Court
dudit hoftel. Laquelle Court fut toute tendue de la
tapiflerie de mondit feigneur le Cardinal, dont il en
auoit grande quantité 7 & de belle.
Apres lefdits icux ainfi faits que dit eft, lefdits Am-
balladeurs s’en partirent de Paris le lundy enfuiuant,
comme dit eft , & s’en alerenta Anafeoift^ oftils furent
moult honûQtablemcnt receups de par k Roy,& :ÿ vi->
rent par deux fois monfeigneur lé Dauiphin,qui les
recueillit moult honneftement. Et à lcur departement
de Tours, ou ils furent depuis, leRoy lebrhft dbriner
pour leur deffroy trente mil efcus au foleil, & de belle
vaiflclle d’argent largement, & puis iceulx Ambaftà-
dcurs^ en retournèrent a PariSi oà ds firentpublier en
la Court de Parlement les àrciûiesifaâftes pour ladiété.
paix : c’eft aftauoir publiquement & en pleine Court,
a huis ouuers. Et apresladite leéhire faiébe leur furent
iceulx articles çonrermenpàrkdiéleCiïurnf Et: aju dc-t
partement d’icelle Court maiftre G uiilaurtie le Picard,
Baillif de Rouen, mena &coriduiftt lefdits Arnhafla-
deurs pi aultres Officiers du Roy, cftaès lillec en fon
hoftelaffis audit lieu de Paris, en la ju? de Quiqiien-
poisjoiiillecildonnaàdilfler à toute la compaignie,
& y furent moult plantureufèment feftayez, à vng
io.ur demardy quatriefmeiaur de Feurier eh ladiék?
Tt ij
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531 Les Chroniques *
annee mil quatre cens quatre vingts & deux,'
Audit mois de Feurier le Roy efcripuit lettres à tous
les cftats de Paris, par lelquelles il les prioit tres-in-
ftamment qu’ils fevoulfifient tranfporter en l’Eglife
monfeigneurfàinâ: Denys, luy faire priere qu’il veille
eftre interceiTeur 6c moyen enuers noître Saulueur Ie-
fus-Chrift, qu’il voulfift permettre que le vent de bife
ne couruft point,pourceque par le rapport de tous
Médecins, auoient efte d’opinion que ledit vent de
bife quant il venteroit feroit moult de maulx, tant à la
fàntédes corps humains, que des biens de terre. Et par
l'ordonnance du Roy furent - tous, lefdits eftats de Pa¬
ris àdiuer s iours audit lieu de faincft Denis ,fairepro-
oefiions& chanter lefdi&es Meifes.
Etlciàmedy dixiieufiefme iour d’Auril'mil quatre
cens quatre vingts & trois apres Pafqucs, monfei-
gneur de B eau jeu 6c madame fa femme vindrentà Pa¬
ris , pour eulx aler en Picardie reccpmoir madame la
Daulphine des mains des Flamens-, qui par le trai&ic
de la paix la debuoient mettre es mains de mondit fei-
gtteurdeBcaujeupourleRoy. Et fift ladidcDame de
Beaujcu fou entreeen la ville de Paris, comme fille du
Roy, & y fift des meftiers nouueaulx. Et eftoient lef-
<lits Seigneur & Dame bienhonneftement accompai-
gnez de grans feigneurs & Dames, comme le feigneur
d’Albret, lefeigneut de fainâr Valier, &Tàültres no¬
bles hommes, madame l’Admiralle & aultres Dames
& Damoifelles, lcfquels fejournerentà Parispar trois
iours , durant lcfquels monfeigneur le Cardinal de
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m
dv Roy Loys XI.’
B ourbon les feftoya moult honnorablemenk
Audit mois d’Auril le Roy Edouart d’Angleterre
mourut audit Royaulme d’vne apoplexie qui le print.
Aultres dient qu’il fut empoifonné en buuant du bon
vin du creu de Challuau, que le R oy luy auoit donné,
duquel il but en fi grande habondance qu’il en mou¬
rut : combien que on a dit depuis que il vefeut iufques
à ce qu’il euft fait Roy en fon lieu fon fils ainfné.
Audit mois &c an mourut auffi madame Margueri¬
te de Bourbon, femme de Phelipe monfèigneur de
Sauoye,ContefTe de BrefTe,de maladie qui longue¬
ment lüy dura, & d’icelle maladie on n’y peut mettre
remede quelle n’en mouruft ctique, dont fut grant
dommaige: car elle eftoit en fon viuant moult hon-
nefte & Donne Dame, & pleine de grans biens &
vertus.
Au mois de May le fàmedy tiers iour d’icelluy mois,
par l’ordonnance & commandement du Roy, tous les
eftats de Paris, comme le Preuoft, luge ordinaire,
âuecques les Supports & Praticiens du Chaftellet du¬
dit lieu, la Court de Parlement,la Chambre des Com¬
ptes, les G eneraulx des Aydes &c Monnoyes,la Cham*
bre du T refor & les Eflcus, auecaues les Preuoft des
Marchans &Efchcuins d’icelle ville, alerent en belle
proceflion dudit lieu de Paris iufques au lieu & en
l’Abbaye de monfeigneur fainéf Denys en France,
pourillec prier pour la bonne profperité du Roy, de
laRoyne,monfeigneurleDaulphin, & les fèigneurs
dufang,&aufïipourlesbiensdeterre. .
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334 Les Chroniqjes
Au mois de Iuing cnfuiuant le lundy fécond iour.
dudit mois,cnuiron cinq heures du foir,fift fon entrée
en la ville de Paris madame la Daulphine,accompai-
gnee de madame de Bcaujeu, madame l’Admiralle,
& aultres Dames & gentils femmes. Et entrèrent à la¬
dite heure audit lieu de Paris par la porte fainâ: De¬
nis , où eftoient préparées pour fà venue trois beaulx
cfchaffaulx, en l’vng defquels tout en hault eftoit vng
perfonnaigereprefentant le Roy comme fouucrain.
Au fécond eftoient deux beaulx enfans, vng fils 8c
vnefille,veftusde damas blanc, faifans 8c reprefèn-
tansmonfeigneur leDaulphin, 8c madiéfcc Damoi-
felle de Flâdres. Etau tiers eftaige audcfïoubs eftoient
deux perfonnaiges, de mondit feigneur de Bcaujeu 8c
de madame fà femme. Et à chafcun d’icculx perfon¬
naiges à coftc' eftoient les efeuffons des armes defdiéts
Seigneurs & Dames. Et fiyauoitaufïi quatre perfon¬
naiges :c’eftaftauoirl’vngde labour,l’autredeCler-
gié, l’autre marchandife, 8c l’autre nobleffe, qui tpus
dirent vng couplet à icelle entrée. Et eft aflàuoir que
par tout ou madi&c Damoifelle de Flandres paffa,
tout fut tendu par lés rues, 8c y furent cncores faits
plufieurs beaulx perfonnaiges,tous confonansauf-
dits monfeigneur le Daulpnin 8c madame la Daul-
phine. Et pour honneur de fàdi&e venue furent mi?
hors 8c deliürcz tous prifonniers de ladiétc ville dq
Paris. Etyfutfaitnouueaulxmcfticrs.
Et le vendredy fèptiefme iour dudit mois de Iuing,
enuiron leure d entré huit 8c neuf heures du.foirjlq
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dv Roy Loys XI. 355
leua grant tonnoire audit lieu de Paris. Et à vng des
cfclats dudit tonnoirc qui fut à ladidte heure, vint
icclluy tonnoire enflamber & mettre le feu au cio-
chier de madame fainété G eneuiefue au mont de Pa¬
ris , lequel brufla toute la charpenterie dudit clochier,
qui eftoit demouree par l'efpace de neuf cens ans, fon¬
dit toutes les cloches dudit clochier, & le plomb dont
il eftoit couuert, où il y auoit par eftimation cent mil
Iiures de plomb & plus, & y eut vng grant dommai-
ge,qui eftoit pitié avoir.
Au mois de Iuillet audit an mil quatre cens quatre
vingts & trois, fut fait & folempnifé la fefte des nop-
ccs de mondit feigneur le Damphin & Damoifelle
Marguerite de Flandres , en la ville d’Amboifc. Et y
auoit & eftoient prefens plufieurs nobles & notables
perfonnaiges de ce Royaulme, enuoyez des citez &
Donnes villes dudit Royaulme, & par l'ordonnance
du Roy.
En ladiéte année mil quatre cens quatre vingts &
trois le Roy délibéra d’auoir & luy eftre portée la iàin-
dte Ampolle qui eftoit en l’Eglife fainét Remy de
Reims, & qui auoit efté apportée par grâce diuine dés -
l’an cinq cens par vne Coulombe Blanche au bon
fàinâ: Remy de Reims,pour en oindre & fàcrer à R oy
de France le Roy Clouis,qui futlepremier RoyChre-
ftien, lequel mourut enladidte annee, &gift enl’E-
glifeTaindfee Gcneuiefue au montde Paris. Et par ain-
11 eftoit demdurce ladiéte fainébe Ampolle audidt
lieu de faindt Remy neuf cens quatre vingts & trois
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336 Lis Chroniqjis
ans quelle en fut tiree & mife hors de fon lieu, & ap¬
portée à Paris par Claude de Montfaucon gouuer-
neur d’Auuergne à ce commis par le Roy. Etarriua
à Paris le dernier iour de Iuillet, & fat apportée en
grande reuerence & procédons repofer en la fàin&c
Chappclledu Palais Royal à Paris, où elle y demeu¬
ra iufqucs à lendemain au foir premier iour d’Aouft
quelle fat emportée dudi<5b lieu de Paris au Roy en
fan hoftel des Montils lez T ours, auec les V erges de
Moy fe & Aaron, & la Croix de la Vi&oire qui aufïi
fat enuoyee par grâce diuine au bon Roy fain<St Char-
lemaignc pour obtenir vidtoire alencontrc dés infi¬
dèles. Lesquelles Verges & Croix auoient toufiours
cfté audiét lieu de la (ain&e ChappelLe à Paris aucc-
ques les filin<ftes relicques eftans illec au premier iour
d’Aouft qu’ils en furent auecques ladiéte fainéfce Am-
polle par l’Euefque de Seets & aultres Commiflàiresa
ce ordonnez depar le Roy emportez.
Audiéb an le lundy vingt-cinquiefinc iour dud£b
moisd’Aouft le Roy deuint fort malade en fon hoftel
des Montils lez T ours, tellement qu’il perdit la parol-
le & tout entendement, & envindrent lcsnouuelles
à Paris le mercredy vingt-feptiefme iour dudift mois
qu’il cftoit mort, par vnes lettres que en eferipuit mai-
ftre Ichan Briçonnct: Aufquelles lettres fat foy adiou-
ftee, pour ce que lediéb Briçonnet eftoit homme de
bien & de crédit. Etàcefte caufe lesPreuoft des Man-
chans & Efcheuins de la ville de Paris pourpourueoir
aux affaires d’icelle ville, firent mettre garde aux por¬
tes
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dv Roy Loys XL
tes de ladite ville pour garder que homme n’en y fïift
ne yentraft. Et à ceffce caufc fut bruit tout commun
parmy ladite ville de Paris que le Roy cftoit ainfi
mort, dont il n’eftoit riens, & s’en reuint, but, parla,
& menga tres-bien, & vcfquitiufques aufamedyau
foir enfuiuant trentiefme & penultiefme iour dudit
mois d’Aouft enuiron l’eurc de entre fix & fept au foir
qu’il rendit lame. Et incontinent fut le corps haban-
donné de ceulx qui 1’auoient feruy en la vie.
Et apres ledit trefpas fon corps depuis qu’il fut ap¬
pareillé comme on a de couftume de faire, fut porté
inhumer dudit lieu dés Montils en l’Eglifc noftre-Da-
medeClery, pource qu’il voulut & ordonna en fon
viuant que ainfi feuft faift, &c ne voult eftrcmis auec-
ques les deffunéts tres-nobles Roys de France fespre-
aeceffcurs en l’Eglife & Abbaye de fàünft Denis en
France. Et ne voulut iamais dire la raifbn qui le auoit
meu ad ce. Mais aucuns penfoient que ce feuft pour la
caufè de l’Eglife odil fift moult de biens, & aufli pour
la grande deuotion qu’il auoit à la Benoifte Vierge
Marie, priée audit lieu de Clery. Lequel deffunâ: Roy
en fon viuant à caufe d’aucuns perfonnaiges qui e-
ftoient à fentour de fàperfonnc,comme Oliuicr le
diable dit le Dain,fon Barbier, Iehan de Doyac, &
aultres plufieurs, lefqucls il creoit plus que gens ’ de
fon Royaulme, fift durant fon régné beaucoup de in-
iufticcs,maulx & violences:& tellement qu’il auoit
mis fon peuple fi au bas, que au iour de fon trefpas
eftoitprcfqueaudefefpoir:car lesbiens qu’il prenoit
Vu
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33* Les Chronf^üv Roy Loys XL
fur fondicpeuple donnai t- & diffoibuoit aux Eglifes,
en grans penfions, en A mba(îadesy& gensdfebas efta»
£econdmon:Aufquelspour les exauieer ne fe pouoiü
tenir de leur donner argent, biens & pofïèflioBS, en
telle façon qu’il auoit donné & aliéné-la plufpartdu
DemainedefonRoyaulme. Et nonobRant qu’il eue
durant fondit Régné plufieurs affaires, toutesfois-ib
railt en telle fubgc&ion fes ennemis, qu’ils vindren©
tous par deucrsluy à mercy, & fut fi craint & doubtéy
qu’il n’y auoit fi grant en fon Royaulme,& mefme-
ment ceulx de fbn fàng, qui dormift ne repofaft leur©*
mentenfàmaifon. Et auant fondit trefpasfut moule
fort molefté de plufieurs maladies : Pour le guérir dfcfc
quelles maladies furent faiétes pour luy, par les Méde¬
cins qui auoient la cure de fa perfonne, de terribles
merueilleufcs médecines. Lefquelles maladies luy püif»
fent valoir au fàlut de foname, & luy donne fbn Para¬
dis par fa miferieorde, celuy qui vit & régné au ficelé
des ficelés. Amen.
Deo grattas.
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